Lettre de Henri, Palatin des Saxons (Erben, I
vêques, celui de Gran et celui deKalocsa, pour les blâmer de ce qu'ils restaient dans leur pays sous prétexte d’une guerre imminente, et pour les mander à Rome avec instance1. Or, ces deux prélats n’étaient pas seulement des pasteurs qui se devaient à leur troupeau dans le péril; ils étaient aussi les plus grands seigneurs du royaume : leurs vassaux armés et leurs personnes mêmes ôtaient nécessaires sur le champ de bataille, où ces deux hommes héroïques ont paru en effet et où ils sont morts. Les autres prélats n’ont pas montré moins de dévouement et de courage ; ils ont été supérieurs à la plupart des seigneurs et des capitaines laïques réunis comme eux autour du roi. On a raconté depuis que Batou, après avoir franchi les Karpathes, sacrifia aux dénions pour obtenir la victoire : » Marche sans crainte, répondit un de ces génies infernaux, j’enverrai devant toi trois esprits qui mettront tes ennemis en fuite, la discorde, la défiance et la terreur2. » Cette allégorie est quelque peu justifiée par les délibérations incohérentes et sans résultat qui s’agitaient à la cour de Bude. Le peuple ne sachant à qui s’en prendre, accusait les Cumans : ce ne sont pas des réfugiés, ce sont des traîtres ; ils ne se sont introduits dans le royaume que pour le livrer aux Mongols. L’irritation était grande, surtout contre leur chef Kuthen ; et le roi le fit arrêter, autant pour protéger sa vie que pour s’assurer de sa personne3.
Cependant au milieu de mars, Hedervary, palatin du royaume accourait de toute la vitesse de son cheval, et annonçait la défaite de la troupe insuffisante qu’on lui avait
1. Fejér, IV, Irc part., p. 20, et Bobiner, Regesta imperii , cité par Wolf, p. 287.