M. Paris, Additamenta, p
3. Lettre déjà citée. — Fere exstinguitur mililia regni Ilungariæ (Thurôczy, ch. xiv).
le sceau royal étant tombé en leur pouvoir, ils s’en servirent pour écrire des lettres officielles qui furent portées de différents côtés par des ca^difs forcés de se mettre à leur service :
« Ne craignez pas la cruauté de ces chiens, disait la fausse » proclamation royale, et ne quittez pas vos demeures. Si nous » avons dû quitter notre camp pour quelques jours, nous y » reviendrons et nous livrerons un vigoureux combat. Priez » donc pour que le Dieu de miséricorde nous permette d’as- » sommer nos ennemis. » Cette ruse tar tare eut quelque succès. Dans la suite de la guerre, les populations se réfugiant sur les hauteurs et négligeant de cultiver la plaine, les Mongols redoutèrent une famine dont pouvaient être victimes, les vainqueurs aussi bien que les vaincus. Ils rendirent donc la liberté à un certain nombre de captifs, leur demandant seulement d’encourager leurs compatriotes à revenir dans leurs villages. Puis ils établirent sur les populations rurales, à moitié rassurées, des baillis auxquels ils donnèrent, suivant Roger, le titre de canesii, nom qui est, selon les uns, le diminutif de Khan , dignité tartare, selon les autres, la forme latine du mot Knèze , prince, dans les langues slaves. Ainsi, sur quelques points du territoire, la vie agricole n’était point interrompue.
Cependant les canesii étaient destinés à régler les maux de l’occupation plutôt qu’à les atténuer. Ils obligeaient les habitants à fournir l’armée mongole de vivres, de chevaux, d’armes et de vêtements. De plus, ils abusaient de leur pouvoir sans limite pour se faire livrer les plus belles femmes, que leurs épouses barbares, peut-être par jalousie, torturaient de mille façons. Parfois ils se réunissaient en conseil et prenaient des mesures générales pour extorquer à leurs administrés le peu de ressources qui leur restaient encore. La
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science stratégique des grands chefs continuait son œuvre. Déjà Kadan, forçant les colons allemands à lui servir de guides, avait exécuté, à travers les montagnes et les forets de la Transylvanie, une campagne difficile pour une armée de cavaliers, et tout en maintenant ses communications avec l’armée principale, se tenait prêt à marcher sur l’Esclavonie etla Croatie. D’autre part, l’armée envoyée sous Baïdarcontre la Pologne et l'Empire, avait envahi la Silésie, puis la Moravie ; à la fin du printemps, elle se repliait sur la Hongrie. Pourquoi cette nouvelle direction? Rentrait-elle, chose possible et môme vraisemblable, dans le plan de conquête de Batou ? La résistance des défenseurs d’Olmütz, résistance couronnée par une sortie victorieuse, avait-elle détourné cette partie de l’armée mongole de toute attaque en Occident, ou même lui avait-elle fait subir en Moravie un véritable désastre ? C’est une question débattue entre les Allemands et les Slaves1 : les historiens tchèques ont cette prétention fondée sur leurs légendes populaires et jugée excessive par leurs voisins, que leurs ancêtres ont repoussé en désordre les Tartares. Il est plus probable qu’ils .traversèrent en bon ordre les défilés de Hrosinka dans les Petites-Karpathes, et il est certain que le réseau d’invasion, dans lequel la Hongrie était .prise, se trouva ainsi complété.
Un seul obstacle arrêtait désormais les Mongols, c’était le large cours du Danube, qui protégea l’ancienne Pannonie pendant l’été et l’automne de l’année 1241. Les comitats de la rivegauclie, c’est-à-dire les deux tiersau moins du royaume, n’en furent que plus cruellement ravagés. Les trois armées
1. V. dans les Chants populaires des Slaves de Bohème, de M. Louis Léger, la tradition poétique sur Olmütz, précédée de quelques pages de M. Palacky.
ne rencontraient aucune autre résistance que celles des places fortes, car nul ne pouvait songer à tenir en rase campagne, et les troupes qui, des provinces éloignées, s’étaient rendues trop tard à l’ai^pel du roi, une fois informées du désastre par les fuyards, s’étaient laissé entraîner dans leur retraite précipitée. Certaines villes furent surprises peu après la bataille de Sajô, par exemple la grande cité de Pesth, dont les habitants, malgré les conseils du prince Koloman, ne voulurent ^>as traverser le fleuve et n’eurent pas le temps de se fortifier : ils rougirent de leur sang les eaux du Danube. D’autres villes furent attaquées dans le cours de l’été. Le siège le plus mémorable fut celui de Vârad : l'évêque, moins brave que ses confrères, avait quitté la ville avec une partie de son clergé. Les habitants s’étaient hâtés de réparer et de fortifier à nouveau la citadelle afin d’y trouver un refuge, et ils avaient prudemment agi, caries Mongols entrèrent sans difficulté dans les rues, brûlant des quartiers entiers, massacrant les femmes et les enfants accourus des contrées voisines. Afin d'augmenter encore le nombre de leurs victimes, ils eurent recours à une de leurs ruses habituelles : ils firent semblant de s’éloigner, sachant bien que plusieurs des bourgeois réfugiés dans la citadelle s’empresseraient d’aller voir si leurs maisons avaient été épargnées par l’incendie et le pillage. Ces malheureux périrent jusqu’au dernier, et les barbares assiégèrent sérieusement la forteresse. Leurs puissantes machines lancèrent nuit et jour des quartiers de roc contre les murailles, et bientôt les horreurs qui avaient ensanglanté la cité se renouvelèrent dans la citadelle et dans les églises. Tel fut le siège de Vârad : le raconter c’est faire en même temps le récit du siège des autres villes.
Si nous connaissons celui-là plus en détail, c’est qu'il a
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eu pour témoin Roger, chanoine de ce diocèse1. Il put s’échapper dans une forêt voisine, et de là gagner avec quelques serviteurs une île assez bien protégée par les eaux du Kôrôs. Bientôt le bruit se répand de l’approche des Tartares : il faut quitter ce refuge et profiter de trois chevaux qui passaient près de la rivière pour s’enfuir pendant la nuit. Au matin on arrive près de la ville de Gsanàd ; mais elle venait d’être elle aussi détruite par un corps mongol. Le chanoine et ses compagnons se cachent dans des fossés, puis ils reprennent le chemin de leur île où se trouvaient de nombreux fuyards : au récit des atrocités commises par les vainqueurs, « mes cheveux se dressèrent sur ma tête, dit naïvement Roger, mon corps se mit à trembler et ma langue à balbutier misérablement; j’étais couvert d’une sueur froide. » Mais bientôt il est soutenu par le sentiment des miséricordes de Jésus-Christ ; alors il engage ses compagnons de misère à fortifier leur île, mais les ennemis arrivent trop rapidement, il faut fuir encore dans les forêts, se traîner de caverne en caverne, vivant de quelques provisions trouvées sur les cadavres. Cette fois Roger perd toute espérance ; il va se soumettre à un Hongrois qui ôtait entré au service des vainqueurs et qui l’admet du nombre de ses domestiques : esclave d’un traître2, il devait se résigner pour quelque temps à cette humiliante condition.
Pendant que se poursuivaient ces ravages, que devenait le roi de Hongrie, et à quoi songeaient les souverains de l’Europe ? Bêla IV n’avait survécu que par miracle à la destruction de son armée. Les Mongols le laissèrent passer avec une