MARIUS ET SYLLA
• — Cependant grandissait à la faveur d’émments services militaires un homme nouveau, de bonne bourgeoisie provinciale, Marius. Un mariage contracté dans la famille des Jules lui facilita l’accès à la carrière des honneurs.
Guerre de Jugurtha (1 I I - 1 04) . — Le royaume de Numidie, protégé de Rome, fut laissé en 1 1 8 par Micipsa à ses deux fils Haderbal et Hiempsal. Jugurtha, leur frère naturel, tua le second et chassa le premier. Des envoyés du Sénat achetés par Jugurtha lui attribuèrent une partie du royaume. Il envahit le domaine d’Haderbal, finit par le tuer dans Cirta et massacra les négociants italiens de cette ville. Calpurmus, envoyé contre lui, lui vendit une paix, avantageuse. L’indignation populaire contraignit le Sénat à convoquer Jugurtha à Rome. Il s’y fit absoudre à prix d’argent, s’en retourna en exprimant son mépris pour un peuple vénal, cerna l’armée romaine, voulut la contraindre à se rembarquer. Metellus alors reçut le commandement, battit Jugurtha sur le Muthul, occupa la Numidie orientale. Son adversaire se réfugia dans une lutte de guérillas où il excellait. Marius, qui s’était distingué en Espagne, se montra l’audacieux lieutenant du prudent Metellus. Malgré la défense dédaigneuse de son chef, il vint à Rome briguer le consulat, fut élu et reçut le commandement de l’armée d’Afrique. Il y remporta de brillants succès, détacha de Jugurtha son beau-père Bocchus, qui livra son gendre à Sylla, questeur de Marius. Jugurtha, emmené à Rome, fut exécuté dans la prison Mameriine et Bocchus mis en possession du royaume.
Invasion des Cimbres et des Teutons (113-101). — A peine constituée, la province de Narbonnaise avait été submergée par des hordes de Cimbres et de Teutons venus de la région baltique. Trois consuls battus, une armée romaine massacrée à Orange (105), l’Espagne mise à sac, jetèrent l’Italie dans la terreur. Les Cimbres se dirigeaient vers l’Adige, les Teutons vers l’Italie par la vallée du Rhône. Le vainqueur de Jugurtha, envoyé contre eux, écrasa les Teutons près d’Aix (102) et les Cimbres l’année suivante près de Verceil. L’Italie fut peuplée d’esclaves barbares. Marius avait sauvé Rome, il en fut le maître.
Seulement le politique ne valait pas le soldat. Comme tribun, il avait pris une position intermédiaire entre le Sénat et la plèbe. Quand il brigua le consulat, l’opposition du premier le rejeta vers la seconde. Il en devint le chef. Chevalier, il avait pour lui cet ordre dépouillé précédemment de la judicature. Consul il réforma profondément l'armée, et, pour parer aux nécessités du recrutement, l’ouvrit à ceux de la dernière classe. Ainsi commença une armée de carrière portée à ne connaître que son chef. Telle fut la popularité de Marius qu’il en était à son sixième consulat lors de sa victoire sur les Cimbres; mais il se vit prisonnier de cette popularité. Allié aux démagogues, leurs excès le révoltèrent. Il marcha contre son propre parti et en fit une tuerie. Alors, abandonné de tous, il s’exila volontairement (100).
Le lac de TrASIMÈNE. Cl. Ai.inari.
Tentative de Drusus. Guerre sociale (91-88). — La victoire du Sénat ne fut pas suivie de représailles. Mais le conflit restait ouvert entre le Sénat et les chevaliers qui abusaient indignement de la judicature que Marius leur avait rendue. L. Drusus comprit qu’une restauration durable du Sénat était liée à la solution des problèmes agraire et italien. Pour enlever la judicature aux chevaliers, il oflrit au prolétariat rural une loi agraire, aux Italiens le droit de cité. Ainsi la popularité passerait au Sénat. Seuls, les meilleurs éléments de celui-ci appuyaient cette politique. La loi passa, non sans violence. La majorité du Sénat en prit prétexte pour l’annuler. Drusus périt d’une main inconnue. Alors l’Italie se souleva, et ce fut la guerre. La victoire restant indécise, on fit des concessions. En 90, le consul Julius fit accorder le droit de cité aux alliés fidèles qui le demanderaient. Puis on étendit la loi aux rebelles qui se soumettraient. La désorganisation se mit parmi les révoltés. Une autre année de guerre les réduisit. D’ailleurs, les Italiens avaient gain de cause. Il ne tenait qu’à chacun d’être citoyen romain (88) .
Rivalité de Marius et Sylla. — Il était temps que prît fin cette lutte fratricide. En effet, l’Orient attirait de nouveau l’attention de Rome. Mithridate, roi de Pont, l’un des hommes les plus prodigieux de l’histoire, avait réussi à se créer un puissant empire. Dès 92, Sylla, propréteur en Cilicie, l’avait un instant contenu. Lui parti, les faibles effectifs qu’il avait laissés ne purent empêcher Mithridate de soulever l’Asie Mineure, de gagner la Grèce, de s’établir à Athènes et de faire massacrer en Asie 80 000 Italiens. Sylla, qui s’était distingué contre Jugurtha et surtout dans la guerre sociale, fut préféré à Marius iiar le Sénat irour commander l’expédition contre Mithridate. Marius furieux suscita une émeute, et, par un plébiscite, fut substitué à Sylla. Celui-ci occupa Rome militairement. Marius s’enfuit jusqu’en Afrique. Alors Sylla partit pour l’Asie. Aussitôt Marius revint, s’allia avec Cinna, battit l’armée du Sénat. Rome fut livrée au pillage et au massacre, puis aux proscriptions et aux confiscations, Sylla déclaré ennemi public. Enfin, grâce à une mort soudaine, Rome fut délivrée de Marius (86) . Cinna gouverna seul.
Cependant Sylla avait assiégé Athènes, qui résista neuf mois, puis il défit une armée de secours à Chéronée et une autre à Orchomène en 85.
Lucullus, Valerius Elaccus attaquèrent Mithridate en Asie. Il se résolut à traiter. Par la paix de Dardanos (84) , il renonçait à ses conquêtes en Asie Mineure, sacrifiait sa flotte et payait dix-huit
l’admission de tous les Italiens au droit de cité. Mais une coalition se forma entre sénateurs et chevaliers, qui le brisa. Une politique de surenchère le discrédita, la colonisation de Carthage fut présentée comme un sacrilège.
Le peuple se détacha de lui.
L’abrogation de ses lois fut proposée. Il y eut des désordres. La République fut proclamée en danger et la tête de Caïus mise à prix. Il se donna la mort (121). Son but avait été louable, mais non ses moyens. Une réaction se déchaîna, sanglante. La loi agraire fut démolie par morceaux. Pendant seize ans, ce ne furent que scandales et désastres.
Le Forum romain. — Au fond, le Capitole moderne, puis, de gauche à droite, portique des dii consentes, temple de Saturne, temple de Vespasien, arc de Septime-Sévère ; plus en avant, basilique Æmilia et colonne de Phocas.
millions. Le pillage de l’Asie enrichit le soldat et l’attacha à Sylla.
Retour de Sylla. Sa dictature. Ses réformes. — Le vainqueur annonça son retour par une lettre menaçante. Le Sénat apeuré aurait voulu éviter une nouvelle guerre civile. Au contraire, les consuls Cinna et Carbon la préparaient. Mais le premier périt sous les coups de ses soldats mutinés (84) . Sylla envoya un ultimatum inacceptable. Le Sénat préféra la guerre. Sylla débarqua à Brindes. La bonne discipline de ses troupes lui gagna une partie des Italiens. D’autres, parmi lesquels les Samnites, restèrent fidèles au Sénat. Il fallut à Sylla combattre dix-huit mois pour entrer à Rome. Maître absolu sans titre légal, il se fit conférer par un plébiscite la dictature perpétuelle (82) . Sylla était un homme d’État. Il apportait son plan de reconstruction politique et sociale. Tout d’abord, il usa de représailles ; ses proscriptions dépassèrent en cruauté celles de Marius; la cupidité de ses partisans compléta l’œuvre de la haine. Lui, virant plus loin que la vengeance, voulait anéantir l’opposition : c’est pourquoi il étendit la proscription aux fils et aux petits-fils des vaincus. La vente de leurs biens devait, pensait-il, lui assurer la fidélité des acquéreurs. De même, il établit en Italie des colonies de vétérans, et ainsi la confiscation et la terreur s’étendirent aux Italiens. Il retira le droit de cité à ceux qui ne l’avaient pas soutenu. A Rome, il affaiblit le consulat, le tribunat, peupla le Sénat de ses créatures, et porta à 600 le nombre des sénateurs qui devinrent inamovibles ; il réglementa la carrière des honneurs et le gouvernement des provinces, de manière à rendre jilus difficile la suprématie d’un seul. Mais son exemiile allait à l’encontre de ses vues. Quand il crut avoir rétabli dans leur puissance le Sénat et l’aristocratie, il ne craignit pas d’abdiquer et se retira à Cumes, où il mourut paisiblement un an plus tard (78). On lui fit des funérailles royales.
POMPÉE. Sylla mort, son œuvre fut aussitôt combattue par les démocrates et les chefs militaires. Lepidus et Brutus s’unirent l’ïiur exiger le rétablissement du tribunat et le rappel des proscrits, l.f Sénat leur oiiposa le jeune Pom|)ée, qui les défit.
■AERTORIUS, SpaRTACUS. DESTRUCTION DE l’œUYRE DE >Vt.L.^. — Les débris de leurs armées se réfugièrent en Espagne,
auprès de -Sertorius. C’était un lieutenant de Marius, bon soldat et i'.' ':*!riue adroit, qui avait su isoler l’Espagne pendant la dictatu'e I. Tylla et l’avait organisée à la romaine. Moins qu’un ■ ■yaun !ui ippartenant, Sertorius visait à créer une grande force au profit du I .oti démocratique. Le Sénat envoya contre lui Pompée (76) . .A]-, er une victoire à Sagonte, Pompée usa d’intrigue, réussit à refroidir le 1 q atmols à l’égard de Sertorius, à détourner quelques-
uns de ses lieutenants. Sertorius, mal inspiré, recourut à la violence. Il ne fit que s’aliéner les esprits et périt assassiné. Son lieutenant Perpenna essaya de lutter encore. Pris, il fut exécuté.
L’Espagne se soumit (72) .
Aussitôt après, une révolte des esclaves, suscitée par des gladiateurs thraces et gaulois casernés à Caiioue et dont le chef fut le Thrace Spartacus, bouleversa l’Italie. Plusieurs généraux se firent battre. Enfin, Crassus parvint à les enfermer dans la [iresqu’île de Rhégium. Ils ne s’en échappèrent que pour être massacrés. De son côté, Pomiiée suriirit des bandes de Gaulois qui s’efforçaient de gagner leur pays, et leur tua 5 000 hommes (71).
L’exemple de Sylla avait montré la voie aux généraux vainqueurs. Crassus et Pompée auraient pu se disputer le pouvoir. Préférant unir leurs ambitions, ils se firent nommer consuls et s’en prirent aux réformes de Sylla. Le tribunat fut rétabli dans ses droits; le Sénat épuré et soumis de nouveau à la révision des censeurs, les tribunaux se partagèrent les deux ordres, les chevaliers recouvrèrent le fermage de l’Asie. Le scandale du procès de Verrès, le proconsul pillard de la Sicile, en discréditant la noblesse, favorisa l’œuvre destructive des consuls (70) .
Guerre des pirates. — L’msatiable ambition de Pompée trouva peu après une nouvelle satisfaction. A la faveur des troubles publics, une nuée de pirates s’était constituée qui enlevait au commerce toute sécurité. Par la loi Gabinia, Pompée reçut la mission de former une flotte puissante. Trois mois d’une campagne énergique lui suffirent pour purger la mer (67) .
Guerre contre Mithridate. Lucullus et Pompée. — L’insuffisante paix de Dardanos avait permis à Mithridate de rétablir sa puissance. Il avait hé partie avec Sertorius, avec les pirates, et chassé les Romains d’une partie de l’Asie Mineure. Après une série de succès où il avait révélé les plus hautes qualités, Lucullus, entraîné dans les montagnes d’Arménie, où régnait Tigrane, gendre de Mithridate, avait dû battre en retraite. Les chevaliers dont il avait réprimé les exactions en Asie en profitèrent pour provoquer son rappel. Pompée, appuyé par le tribun Manilius et par Cicé-
Cuirasse d'un mercenaire carthaginois.
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