ÉPOQUES CHELLÉENNE ET ACHEULÉENNE
L.’industrie de ces époques est fort grossière. Sur des rognons de silex, de grands éclats ont été détachés à l’aide d’un simple caillou servant de marteau, de façon à leur donner une forme plus ou moins amygdaloïde. Quand le bloc de silex présentait une extrémité arrondie, elle était parfois conservée, sans doute pour qu’on pût tenir l’instrument à la main sans risque de se blesser. Ces outils ont été qualifiés de haches, ce qui est une dénomination impropre, car ils n’offrent pas de partie tranchante: il faut y voir plutôt des sortes de massues (il en est qui mesurent 24 centimètres de longueur) , auxquelles s’applique mieux le nom de coups-de-poing, proposé par G. de Mortillet.
D’autres silex ont été amincis sur un seul bord, de manière à rendre ce bord apte à racler.
Des éclats taillés sur une seule face ont été un peu retouchés à une extrémité pour obtenir un outil pointu.
Les instruments de Saint-Acheul ne diffèrent de ceux de Chelles que par un travail un peu plus soigné et des formes un peu plus
régulières. L’outillage de ces temps primitifs était donc des plus
rudimentaires; les instruments devaient agir surtout par leur poids. Néanmoins, des Hommes robustes, comme celui dont la mandibule a été trouvée dans les sables de Mauer, pouvaient en tirer parti pour chasser les animaux dont ils étaient entourés et pour se défendre contre leurs attaques.
A cette irériode reculée, durant laquelle le climat a été doux et même chaud, l’Homme n’avait guère à se préoccuper de vêtements ni d’abris. Sur ces deux points, nous manquons d’ailleurs
de documents précis. Il est à noter que les découvertes d’instruments
(I) Toutes ces dénominations sont tirées du nom des localités où les premières découvertes caractéristiques ont eu lieu : Chelles (Seine-et-Marne) ; Saint- Acheul (Sommet; Le Moustier (Dordogne); Aurignac (Haute-Garonnel ; Solutré (Saône-et-Loire I ; La Madeleine (Dordognel ; Mas-d'Azil (Ariège).
I‘- ■TRUMLNi . t.S --.KX 'i L ^.PoQUE AClHA't.ÉENNE. Collection d Anthropologie du Muséum.
chelléens et acheuléens ont presque toujours été faites dans des alluvions sablonneuses déposées par les cours d’eau; on peut en conclure que les Hommes de cette époque erraient le long des fleuves et des rivières, sans doute pour s’emparer du poisson. Les ossements d’animaux qu’on trouve à côté des instruments de pierre dénotent que nos vieux ancêtres faisaient parfois des chasses fructueuses. Des fruits, des végétaux sauvages devaient aussi entrer dans leur alimentation.
Nous savons que le feu était connu dès ces époques reculées, et il est assez vraisemblable que l’Homme cuisait déjà une partie au moins de ses aliments.
ÉPOQUE MOUSTIÉRIENNE. — L’industrie a été constamment en se perfectionnant : le travail de la pierre a progressé, les instruments ont été taillés avec plus de soin et les types s’en sont multipliés. On est frappé des efforts faits par les ouvriers pour remplacer l’industrie grossière et massive du début par des instruments moins volumineux, mais plus pénétrants.
Les types amygdaloïdes acheuléens persistent à l’époque moustiérienne, mais ils sont presque toujours taillés soigneusement sur les deux faces. Beaucoup d’instruments ne sont, en revanche, taillés que sur une seule face, l’autre face montrant un aspect éclaté ils caractérisent l’industrie moustiérienne.
Les principaux types d’instruments en pierre de cette époque comprennent, en dehors des objets amygdaloïdes, des racloirs dont un des grands côtés a été retouché avec plus de soin qu’à la période précédente, des pointes et des lames.
Les pointes sont de plusieurs sortes : les unes consistent en de simples éclats minces, sans retouches; d’autres montrent une pointe fine, qui a été obtenue par l’enlèvement de petits éclats. Certains de ces instruments ont pu servir à armer l’extrémité d’une lance ou d’un épieu, mais il en est qui ont dû être des perçoirs.
Les lames sont des éclats de silex allongés, à bords parallèles ou non, quelquefois retouchés pour les amincir et les rendre tranchants, mais souvent sans retouches sur les bords. Lorsque l’éclat, en se détachant du nucléus, présente des bords très minces, on ne peut que nuire à ses qualités tranchantes en le retouchant.
A 1’ époque du Moustier vivait la race de Néanderthal, qui, malgré ses caractères de bestialité, avait déjà accompli des progrès notables au point de vue industriel. Nous sommes un peu mieux renseignés sur son genre de vie.
La température s’était refroidie, ainsi que nous l’avons vu, et l’Homme avait besoin de s’abriter et de se vêtir. Ses vêtements, nous ne les connaissons pas, mais il est vraisemblable qu’ils consistaient simplement en peaux d’animaux. Pour s’abriter, il utilisait les grottes naturelles et parfois l’entrée de cavernes profondes. Il lui arrivait même souvent d installer sa denieure sous des roches surplombantes, et, dans ce cas, il est très probable qu’il complétai) son habitation au moyen de branchages. Entouré, comme il l’était, par des animaux redoutables, il lui fallait en effet se préserver de leurs attaques. Partout où il a vécu, il a laissé des restes de son industrie, des cendres et des charbons.
Ces troglodytes tiraient encore leurs ressources de la chasse et des produits végétaux que leur fournissaient les plantes sauvages. Les armes qu’ils possédaient, beaucoup plus pénétrantes, plus dangereuses par conséquent que celles des époques précédentes, leur permettaient de se procurer plus aisément leur nourriture.
Déjà, ils n’abandonnaient plus leurs morts au hasard. L’Homme de Neanderthal avait été dépose dans une grotte; les deux squelettes de Spy ont été découverts dans les mêmes conditions. Les mâchoires de La Naulette et de Malarnaud, qui appartiennent au même type ethnique, gisaient dans des cavernes. Les squelettes de La Ferrassie ont été rencontrés dans un abri sous roche. Celui de La Cha- |)elle-aux-Saints avait meme été enterré dans une fosse creusée dans la roche qui formait le plancher de la grotte. On peut conclure de ces faits que le culte des morts a pris naissance dès ces temps lointains.
LPOQUE AURIGNACIENNE. — Plus nous nous rapprochons de nous, [)lus les renseignements sur nos ancêtres se multiplient. Ils nous permettent de nous rendre compte des progrès qui n’ont cessé de s’accomi)lir.
C est à 1 époque aurignacienne qu’ont ai)paremment vécu les Négroïdes de Grirnaldi. D im|)ortants j^erfectionnements ont été apportés à l’outillage. Nous voyons apparaître notamment des instruments de pierre dont l’ouvrier s’est préoccupé de faciliter l’ein manchement. Ainsi, des lames i)ortent des encoches latérales, des pointes présentent un talon allongé en forme de soie, permettant de les fixer à l’extrémité d’une hampe ou d’un manche. Parmi les
L’HOMME PRÉHISTORIQUE — Vil
pointes, il en est qui offrent encore des formes assez voisines de celles de l’époque précédente ; mais, parfois, le dos en est arqué et retouché. Les silex amygdaloïdes ont même persisté ainsi que les racloirs qui, souvent, montrent une carène les rendant plus résistants.
A l’époque aurignacienne, on rencontre des instruments en os, dont les plus caractéristiques sont des pointes allongées, à base fendue. Pour travailler l’os, les ouvriers ne se servaient pas seulement de racloirs, mais aussi de burins en pierre à forme busquée, avec lesquels ils ont pu fabriquer des sortes d’épingles grossières et graver sur des lamelles d’os des traits dans lesquels on a voulu voir des marques de chasse. C’est que, à cette période, le gibier abondait dans nos contrées, quoique la température fût toujours rigoureuse. Le Mammouth et le Rhinocéros à narines cloisonnées continuaient à compter des représentants, mais le Renne avait fait son apparition et des troupeaux de Bovidés et d’Équidés paissaient dans les plaines. Tous ces animaux étaient chassés par l’Homme, qui, avec ses armes nouvelles, pouvait aisément pourvoir à sa nourriture et se procurer des peaux pour se vêtir. Il continuait à habiter les grottes, et souvent il enterrait les morts dans ses propres habitations. Certaines observations portent à croire que, parfois tout au
Les crottes de GriMALDI, habitations et sépultures des troglodytes quaternaires. — D'après Les Grottes de Grimaldi, par M. Boule, E. Cartailhac, R. Verneau et le chanoine L. de Villeneuve.
)ins, il abandonnait, pendant un certain
nps, les demeures où il avait inhumé les cadavres de ses proche?. Étant données les facilités relatives qu’il rencontrait pour satis- Qire ses besoins matériels, l’Homme avait des loisirs, et il songea l'a se parer. Les parures trouvées sur les Négroïdes de Grimaldi sont très simples : elles se composent uniquement de petites coquilles mannes du genre « nassa », qui sont toutes percées d’un trou d’enfilage. Sur le crâne du jeune homme, elles avaient adhéré aux os et paraissent avoir été enfilées dans une sorte de résille. La femme avait, au poignet gauche, un bracelet formé des mêmes coquilles.
Les deux cadavres avaient été inhumés côte à côte, avec leurs objets de parure. A cette preuve du respect qu’avaient pour leurs morts les vieilles tribus d’alors, s’en ajoutent d’autres : les têtes des Négroïdes avaient été protégées par une pierre plate que supportaient deux autres pierres verticales; la tête du jeune homme avait été recouverte d’une couche d’ocre rouge qui a teinté les os après la disparition des parties molles. Peut-être faut-il voir dans ce dernier détail la manifestation d’un rite funéraire.
Certains auteurs estiment qu’il faut faire remonter à cette époque une partie des statuettes, les unes en pierre, les autres en ivoire ou en bois de Renne, qui ont été rencontrées dans divers gisements paléolithiques; nous y avons déjà fait allusion. Elles représentent souvent des femmes, tantôt aux formes harmonieuses, tantôt des sujets féminins atteints d’adipose généralisée ou bien de développement graisseux localisé dans la région fessière (stéatopygie) . Nous ne reviendrons pas sur les conclusions qu’on a voulu en tirer au point de vue de l’origine des Aurignaciens. Nous ajouterons simplement que si ces statuettes datent réellement de l’époque à laquelle on les rattache, les débuts de l’art nous reporteraient bien loin dans le passé.