ÉPOQUE DE SOLUTRÉ. — A
l’époque de Sohilré, la taille de la pierre a atteint sa perfection. Des perçoirs, simples Æf\
ou doubles, des pointes à cran unilatéral, ^ ..
avec talon d’emmanchement, et surtout de i
grands silex en forme de feuilles de laurier ou de saule, admirablement taillés sur les deux faces, dénotent une habileté surprenante ' «Ikî
chez les ouvriers. 11 en est qui sont de telles \ Ç
dimensions (parfois plus de 20 centimètres de longueur) et d’une telle minceur, qu’on se demande comment on a pu arriver à les tailler des deux côtés sans les briser. Il est vraisemblable que ces merveilleuses pointes, exi)osées à se briser au premier choc, n’étaient
pas des instruments usuels. En dehors des burins, des lames et des autres objets en pierre des époques précédentes qui ont persisté, à l’exception des épais silex amygdaloïdes, l’industrie de l’os et de l’ivoire prend un certain développement. Les pointes de sagaies en os, au lieu d’avoir leur base fendue, ont un talon pyramidal. On voit apparaître les premières aiguilles en os à chas.
Le chasseur était donc fort bien armé à cette époque, mais il disposait sans doute d’autres moyens pour s’emparer du gibier. Il existait alors de grandes troupes de chevaux sauvages dont la chair entrait pour une bonne part dans l’alimentation de nos ancêtres. A Solutré, la station préhistorique est située au pied d’une falaise à pic, et les restes de chevaux qui s’y trouvent entassés représentent plus de I 00 000 animaux. On suppose que les chasseurs, poursuivant ce gibier, lui faisaient escalader la colline du côté opposé, et que les animaux, affolés, se précipitaient dans le vide. Ils étaient alors dépecés sur place, car les os portent des traces d’incisions, même dans les points où la peau s’applique presque directement sur le squelette, sans doute pour en détacher les tendons qui devaient servir de fil. L’existence d’aiguilles à chas vient à l’appui de cette hypothèse.
Le Cheval n’était pas le seul gibier chassé par l’Homme. On a trouvé des ossements de Bœuf, de Sanglier, de grand Ours et de beaucoup d’autres animaux, qui portent, comme ceux de Cheval, des incisions, et qui, quand il s’agit de la tête ou des os à moelle, ont été brisés dans le but évident d’en extraire le contenu.
Tout démontre que le climat était froid et sec. Non seulement les vêtements étaient nécessaires, mais les abris étaient aussi indispensables. A Solutré, la station est, il est vrai, à l’air libre et ne renferme, en dehors des restes des innombrables animaux qui ont servi à l’alimentation des chasseurs et de leurs familles, que des sépultures de différentes époques. Les Hommes, qui se livraient à la chasse des Chevaux dans cette localité, vivaient, sans doute, en troglodytes dans des grottes plus ou moins éloignées, où ils transportaient les quartiers du gibier dont ils s’étaient emparés. Étaientils artistes? Certaines des statuettes attribuées à l’époque aurignacienne semblent ne dater que de l’époque de Solutré. En outre, à Solu tré même, on a découvert une petite statuette, taillée dans un rognon siliceux, qui représente une femelle de mammifère à jrieds bifurqués.
Figurine en Ivoire, dite « à la capuche », de la grotte de Brassempouy (Landes). - Collection Piette, Musée de Saint-Germain.