ÉPOQUE MAGDALÉNIENNE
Avec l’époque magdalénienne, nous arrivons
\ III - L'HOMME PREHISTORIQUE
Objets en bois de Renne des grottes de la Vézère (Dordogne). Époque de La Madeleine. — Collection d Anthropologie du Muséum.
à la fin des temps quaternaires et à l’épanouissement de l’âge du Renne. Sur cette période, les documents abondent.
Nous avons vu que le climat continuait à être froid et sec. Le Renne était accompagné d’animaux qui ne vivent plus que dans les contrées polaires, tels que le Bœuf musqué, le Renard bleu, le Glouton, le Lemming.
D’autres encore, le Bison, l’Antilope saïga, ont disparu de notre pays et continuent à prospérer dans l’Amérique du Nord ou dans l’Europe orientale et l’Asie occidentale. Le Mammouth et le Rhinocéros à narines cloisonnées n’avaient pas abandonné notre région, au moins dans les premiers temps de cette période.
L’Homme, toujours grand chasseur, paraît avoir eu une prédilection pour le Renne, qui lui fournissait, non seulement sa chair et sa peau, mais aussi ses bois compacts, dont il tirait facilement de fort bonnes armes et de fort bons outils. Il s’est ingénié à tirer parti du bois de Renne et des os, et il a un peu délaissé le travail de la pierre. Toutefois, comme il lui fallait des instruments résistants pour travailler l’os et le bois de Renne, il a adapté les outils anciens aux besoins nouveaux, et il en a inventé d’autres. Les lames en silex n’ont guère subi de changements; cependant, quand elles présentaient une extrémité épaisse, elle a souvent été transformée en grattoir convexe. D’autres fois, des éclats allongés se terminent en grattoir à un bout et en poinçon à l’autre bout, ou bien en burin oblique, dit en « bec de perroquet ». La variété des grattoirs et des burins est considérable. Des racloirs étaient également indispensable pour préparer les morceaux d’os ou de bois de Renne, débités au moyen d’une scie en silex, tantôt à dents fines, tantôt à grosses dents. Parmi les instruments en os les plus typiques, nous citerons d’étroits perçoirs, des pointes de sagaies dont la base est taillée en biseau ; de longues et étroites pointes arquées, effilées aux deux extrémités, et d’innombrables aiguilles.
Du bois de Tienne, les ouvriers ont tiré, en outre, de nombreux bâtonnets, souvent ornés de gravures, dont on ne s’explique l)as l’usage, à l’exception de ceux qui ont |)u e .ir de jioinçons et de ceux qui, iî'usé*^ à une extrémité, ont été considérés ommc des cuillers destinées à extraire la mocile dt - |)réalablement brisés. Les j)lus r- rii... I U, '•le:, des instruments en bois de Renn- ’nt les harpons barbelés. Ils portent l'clures tantôt d’un seul
côté, tantôt des deux côtés, et parfois ces barbelures sont creusées de sillons. Beaucoup présentent, au talon, un dispositif fort ingénieux pour l’emmanchure ; ce sont de petites saillies coniques qui, introduites dans une hampe creuse, par une ou deux rainures longitudinales — suivant que ces saillies sont uniques ou doubles — jusqu’à une rainure circulaire, permettent de fixer la pointe par un simple mouvement de rotation.
Certains os, certains bâtonnets en bois de Renne portent des séries d’encoches dans lesquelles on a vu des marques de chasse. Des phalanges de Renne, percées d’un seul trou circulaire, ont été regardées comme des sifflets de chasse. Ces déterminations sont naturellement quelque peu arbitraires.
Il en est de même d’un dernier objet en bois de Renne dont on ne peut se dispenser de parler. Ce sont des bois, sciés vers la base, qui sont toujours percés d’un large trou, quelquefois de plusieurs. Beaucoup sont ornés de gravures ou de sculptures, qui représentent des Poissons ou des Mammifères. Quelle était leur destination? Les opinions sont extrêmement partagées à cet égard. On les désigne le plus souvent sous le nom de bâtons de commandement; ce seraient des insignes de chefs, ce qui suppose une hiérarchie. On y a vu des pièces de harnachement de Renne, ce qui impliquerait que cet animal était domestiqué. D’autres auteurs les considèrent comme des sortes de fibules ou des ornements de chevelure, explications tout à fait inadmissibles. En somme, le problème reste sans solution.
Les Magdaléniens vivaient de la chasse et s’abritaient dans des grottes: rien ne prouve qu’ils aient domestiqué des animaux. L’hypothèse qu’ils aient été cannibales est purement gratuite. Mais il est démontré qu’ils possédaient un sentiment artistique très développé. Les objets les plus vulgaires, de simples galets, étaient souvent décorés de dessins géométriques ou de figures d’animaux.
Les plantes ne figurent que d’une façon tout à fait exceptionnelle dans l’ornementation. On connaît des os sur lesquels ont été gravés des animaux, rendus avec une grande fidélité, ou même des scènes, comme celle qui représente un Homme allongé qui lance un trait à un Aurochs fuyant devant lui, ou bien un combat de Rennes. L’être humain est toujours représenté d’une manière très grossière, tandis que certains animaux sont reproduits avec un art et une fidélité qui font le plus grand honneur aux artistes. Des gravures d’animaux sont exécutées avec un tel talent qu’un artiste moderne ne les désavouerait pas. Quand elles représentent le Renne ou le Mammouth, il a bien fallu que l’artiste quaternaire les eût sous les yeux et, par suite, qu’il en fût le contemporain.
Ce que nous venons de dire de la gravure s’applique également à la sculpture en demibosse ou en ronde-bosse. Des Rennes en ivoire, un poignard en bois de Renne, dont la poignée représente l’animal lui-même allongé pour que ses bois et ses pattes ne gênent pas la main qui devait le saisir; des têtes d’Équidés sont des œuvres des plus remarquables. En revanche, la statuette féminine en ivoire, découverte à Laugerie- Basse, est une grossière ébauche.
Nous avons mentionné des peintures magdaléniennes. Il en est dont l’ancienneté ne saurait être contestée : ce sont celles figurant des animaux qui ne vivant plus chez nous depuis la fin du Quaternaire. Le plus souvent, elles se trouvent sur les parois des grottes.
Combat de Rennes eravé sur schiste, de Lau(çerie-Basse (Dordogne). Époque Je La Madeleine. — Collection de Vibraye, au Muséum.
OUKS DES CAVERNES, gravé sur galet, provenant de la grotte de .Massat (Ariège). — Collection Carrigou.
Gravures sur os de Laugerie-Basse (Dordogne). Époque de La Madeleine. — Collection Massénat.
L’HOMME PREHISTORIQUE — IX
D’autres ont été signalées sur des rocliers à l’air libre, et leur âge est beaucoup plus douteux, surtout lorsqu’elles ne représentent que des animaux encore vivants dans les contrées où elles ont été découvertes.
L’Homme de l’époque magdalénienne, pourvu d’un matériel de chasse perfectionné (on a même découvert un propulseur pour le lancement de la sagaie) , entouré d’un abondant gibier, n’était pas dans la nécessité de se déplacer constamment comme ses prédécesseurs : il devait être à demi sédentaire. C’est ce que confirment les nombreux restes d’industrie et d’art qu’on découvre dans les grottes qui lui ont servi de demeures. Les gravures, les peintures qu’il a exécutées sur les parois de certaines de ces grottes dénotent non seulement qu’il avait des loisirs, mais aussi qu’il y a fait des séjours prolongés. Néanmoins, il devait parfois accomplir des voyages. Au milieu des Pyrénées, on a découvert des gravures représentant, l’une une baleine, l’autre un phoque, et l’artiste avait forcément vu ces animaux. Loin de la mer, on a rencontré des coquilles marines qui, il est vrai, avaient pu y arriver en passant de main en main, ce qui ferait supposer un commerce d’échanges.
Les Magdaléniens avaient un goût encore plus prononcé pour la parure que leurs ancêtres, et les coquilles jouaient un grand rôle à ce point de vue. On en a rencontré qui avaient dû être fixées sur les vêtements en peau de Renne, qu’ils cousaient avec leurs aiguilles d’os. D’autres — de grosses Cyprées — ont été trouvées au niveau des bras ou au-dessous des genoux de squelettes. Un jeune homme d’une des grottes de Grimaldi, inhumé à 1 époque magdalénienne, avait tout le crâne couvert de petites nasses perforées, qui faisaient sans doute partie d’une résille; au cou, il portait un fort joli collier composé de plusieurs rangées des mêmes coquilles, alternant avec des vertèbres de poisson et des dents de Cervidés ornées de stries. Sur le front, enfin, se trouvaient de curieuses petites pendeloques en ivoire décorées également de traits gravés. Des pendeloques en os ou en ivoire ont été recueillies à diverses reprises dans des sépultures de cette époque.
On a même supposé que le tatouage était alors en usage. Ce qui a donné lieu à cette hypothèse, c’est la découverte d’une coquille remplie d’ocre, dans lequel plongeait une esquille d’os très pointue.
Parmi les pendeloques, il en est qui ont été considérées comme des amulettes. La croyance à un culte a fait son chemin depuis la découverte, au fond de grottes, dans les parties sombres qui ne devaient pas servir d’habitations, de nombreux décors peints ou gravés sur les parois; ces parties obscures seraient des sanctuaires paléolithiques.
A l’époque magdalénienne, les cadavres étaient inhumés dans les grottes où ils avaient vécu, parfois directement sur les foyers, parfois dans des fosses. Ces grottes étaient, dans certains cas tout au moins, abandonnées, durant une période plus ou moins longue, par les membres de la famille ou de la tribu, car au-dessus des sépultures on rencontre des assises qui ne renferment aucune trace d’industrie humaine. Dans une des grottes des Baoussé-Roussé, nous avons constaté que la fosse dans laquelle avaient été inhumés trois cadavres (un homme, une femme et un adolescent) avait reçu un lit d’une terre ocreuse, dont les trois défunts avaient été recouverts. Après la décomposition des parties molles, les os eux-mêmes ont été teints en rouge. En outre, les sujets avaient été enterrés avec leurs belles parures et, à côté d’eux, on avait déposé divers instruments en pierre. On ne comprendrait guère cet abandon d’objets qui auraient été très utiles aux survivants sans admettre la croyance à des besoins du défunt après le décès.
Parfois, on a observé que des ossements provenant de cadavres, qui n’avaient pas été inhumés dans des couches ocreuses, étaient cependant teints en rouge. On a vu là la preuve d’un rite funéraire spécial, encore en usage chez quelques peuplades modernes. Les corps auraient subi un décharnement après la mort ou bien les os auraient été recueillis lorsque les parties molles auraient complètement disparu. Dans une hypothèse comme dans l’autre, ces os auraient été peints avant de recevoir la sépulture définitive.
Quelles pouvaient être les croyances des Magdaléniens? Nous l’ignorons totalement et on ne le saura sans doute jamais.
ÉPOQUE AZILIENNE. — Dans une grotte du Mas-d’Azil, Piette a rencontré une couche, intermédiaire entre une assise magdalénienne et une assise néolithique, qui renfermait une faune identique à la faune sauvage actuelle. Il y a découvert des instruments en pierre qui ont subi un commencement de polissage, des harpons en bois de Cerf et des galets coloriés à l’aide de peroxyde de fer.
Les harpons sont plats, larges, et la base en est percée d un trou. Quant aux galets, ils portent des taches, des lignes droites ou en zigzag, des cercles, etc., en nombre très variable. Piette y a vu
des signes numériques et les judiments d’un alphabet, ce qui est fort contestable.
Cette découverte et différentes autres prouvent qu’il n’a pas existé d’hialus entre le Paléolithique et le Néolithique, comme on l’avait prétendu. Il n’en est pas moins vrai que la période de transition marque la fin de la belle civilisation magdalénienne.
ÉPOQUE NÉOLITHIQUE. — Les changements qui se sont produits dans nos contrées, au début de l’époque actuelle, ne se sont pas opérés subitement, mais d’une façon relativement lente. Sous l’influence de la température plus chaude, les glaciers ont fondu en grande partie et les cours d’eau ont peu à peu creusé leurs lits définitifs. De sec, le climat est devenu humide. La végétation herbacée a pris un développement notable et la tourbe s’est accumulée de tous côtés.
Les modifications climatériques ont eu un retentissement sur la faune, dont une partie a disparu. Le Renne, qui était pour les Magdaléniens un gibier si précieux, a gagné progressivement les régions boréales. L’Homme lui-même a éprouvé, dans une certaine mesure, les effets de ces changements. La race de Cro-Magnon, qui avait déjà franchi les Pyrénées durant l’époque quaternaire, semble avoir accentué sa migration dans cette direction. Mais une partie des chasseurs de Renne suivit, au contraire, son gibier favori ; au centre de la Suède, en Dalécarlie, vit encore un groupe humain qui présente de grandes affinités avec notre race de la fin des temps quaternaires.
LES INVASIONS. — Si l’Homme a émigré ainsi dans des directions opposées, on ne saurait expliquer le fait par les seuls changements survenus dans les conditions d’existence. La principale cause des migrations humaines réside sans doute dans l’arrivée d’envahisseurs qui sont venus disputer le sol aux anciens occupants.
Il est certain qu’à l’époque néolithique deux nouveaux types, l’un à crâne allongé, très haut, et à face longue, l’autre à crâne court et à face large, se montrent en grand nombre chez nous et supplantent rapidement les descendants des chasseurs de Renne. Ceux-ci résistèrent cependant; la preuve en est fournie par la découverte, dans des grottes du sud-ouest de la France, de squelettes des anciens troglodytes, qui portent, 'enchâssées dans leurs os, les pointes des traits des nouveaux venus. La paix se conclut et, dans les sépultures nouvelles, on rencontre quelques représentants de la vieille race à côté des restes de ceux qui leur ont ravi leurs territoires.
L’INDUSTRIE. — Les envahisseurs importèrent une civilisation bien différente de l’ancienne. Leurs instruments en pierre étaient beaucoup plus parfaits; ils possédaient des animaux domestiques et sans doute des connaissances agricoles. En tout cas, ils ne tardèrent pas à cultiver des céréales, des arbres fruitiers et des plantes textiles, dont ils filèrent les fibres au moyen de fuseaux munis d’un peson en terre cuite (fusaïoles) . Avec les fils, ils confectionnèrent des filets de pêche et tissèrent même des étoffes. Ils savaient également fabriquer de la poterie, d’abord très grossière, puis plus fine, sans avoir recours au tour.
Les ouvriers qui travaillaient la pierre utilisaient le silex de préférence à toute autre roche, et, pour se procurer une matière première de bonne qualité, ils ne craignaient pas d’aller la chercher
Objets de parure et statuette en ivoire des grottes de la Vézère (Dordogne). — Collection de V'ibraye, au Muséum.
X — L'HOMME PREHISTORIQUE
dans les profondeurs du sol. En plusieurs points, on a rencontré des puits de mines qui ont donné accès à des galeries où se trouvaient des tas de rognons de silex prêts à être ramenés à la surface. On y a découvert les pics en bois de cerf des mineurs, et les extrémités de ces outils qui, brisées, sont restées dans les parois.
On connaît beaucoup d'ateliers où les blocs de silex étaient débités et travaillés. L’un des plus célèbres est celui du Grand- Pressigny (Indre-et-Loire) , où la roche affleure et où le silex, de nature spéciale, fournit des éclats de dimensions exceptionnelles. De grands blocs de grès s’y rencontrent ; ils ont servi à polir les instruments destinés à subir cette opération. 11 se faisait alors un commerce d’outils en pierre : de grandes lames (couteaux) , mesurant jusqu’à 30 et 40 centimètres de longueur, tirées du silex si reconnaissable du Grand-Pressigny, ont été trouvées jusqu’en Belgique.
Les instruments néolithiques en pierre ne sont pas tous polis. Les lames ou couteaux sont souvent de simples éclats allongés à bords tranchants. Lorsque les bords en étaient un peu épais, on les amincissait en en détachant de petits éclats.
Beaucoup d’objets étaient retouchés avec une habileté sui prenante. L’enlèvement de petits éclats a laissé des sillons parallèles si fins, si réguliers, dans certains cas, qu’on doit admettre que les retouches ont été faites par pression. Parmi les instruments ainsi travaillés, il convient de citer de grandes pointes de lances, des pointes de flèches losangiques ou bien triangulaires, munies d’ailerons, avec ou sans pédoncule, des scies à encoches terminales pour l’emmanchure, et surtout de merveilleux poignards.
Le polissage n’était employé que pour certains outils : les haches, les ciseaux, les gouges, les pesons de filets à gorge, les hachesmarteaux. Les meules pour broyer le grain ont surtout été polies à l’usage.
Les haches, dont les formes et les dimensions sont très variables, sont généralement polies sur toute leur étendue. Sauf les très volumineuses, elles se rétrécissent du côté du talon ou même se terminent en pointe. Cette forme a pour but d’en faciliter l’insertion dans une douille creusée dans un bois de cerf, suivant son axe longitudinal. Celui-ci est, tantôt taillé à l’autre bout pour pouvoir être introduit dans un trou percé dans un manche en bois, tantôt percé lui-même d’une ouverture perpendiculaire à la douille pour recevoir le manche. Il est à noter que la roche qui a servi à la confection des haches provient parfois de contrées éloignées, ce qui confirme l’idée qu’il se faisait alors un commerce d’échanges. Il en est de même d’autres roches, telles que la turquoise, dont on tirait de beaux grains de colliers.
Les marteaux et les haches-marteaux sont presque tous pourvus d’un trou au centre pour recevoir le manche.
De l’os, les Néolithiques ont fabriqué divers objets : ciseaux, poinçons, lissoirs, harpons, etc.
LE GENRE DE VIE. — Ainsi armé et outillé, l’Homme de l’époque de la pierre polie se livrait encore à la chasse, car on a trouvé des ossements d’animaux sauvages dans ses habitations, mais ce ne devait guère être pour lui qu’un passe-temps. Ses trou-
InSTRU'I" M en pierre de l’épouue néolithique. Provenances diverses. — C'ollection d Aninropolojj.e du Muséum.
Dolmen de BacNEUX (Maine-et-Loire). Cl . Nr.i RDEIN.
peaux, les produits qu’il tirait du sol, lui permettaient de pourvoir à ses besoins. On a recueilli des morceaux de pain, qui se sont conservés dans la tourbe de certaines stations lacustres et qui, avec la farine, renferment beaucoup de glumes. Des noyaux de prunes, des tranches de pommes, etc., ont été rencontrés dans les mêmes conditions. On a même découvert des vases percés de trous jusqu’à la base, qu’on regarde comme ayant servi à la fabrication du fromage. Si l’on joint à cela les ressources que les Néolithiques tiraient de la pêche, on en conclut que leur alimentation était assurée. Ils pouvaient même se livrer à la pêche au filet ou au hameçon en pleine eau, car ils possédaient des pirogues creusées dans des troncs d’arbres dont on a retrouvé des spécimens.
Il n’est donc pas surprenant que ces Hommes soient devenus sédentaires. Quelques-uns habitaient encore des grottes, soit naturelles, soit creusées par eux-mêmes; mais la plupart se construisaient des cabanes, dont on ne découvre que les fonds contenant quelques ustensiles, ou bien les habitations sur pilotis dont il a été question plus haut et qui étaient souvent groupées en village. Reliées au rivage des lacs sur lesquels elles s’élevaient, au moyen de ponts, ces habitations sur pilotis étaient faciles à défendre. C’est évidemment dans un même but de défense que des demeures, réunies sur des sommets, étaient entourées d’une enceinte.
LES SÉPULTURES. — Les menhirs. — Les morts étaient de plus en plus entourés de soins. Si, parfois, on les déposait dans des grottes naturelles ou bien dans des grottes artificielles, comme celles de la Marne, où, le long des jiarois, se trouvaient des haches polies avec leurs emmanchures, on construisait aussi ces grandes chambres sépulcrales, connues sous le nom de dolmens ou d'allées couvertes, suivant leurs formes. On se demande comment des hommes, dépourvus des moyens que nous possédons, ont pu transporter, quelquefois à de grandes distances, les énormes dalles qui forment les parois verticales et la couverture de ces gigantesques monuments mégalithiques. Pour donner une idée du travail qu’a nécessité leur construction, il suffit de citer l’une des pierres qui entraient dans la toiture d’un dolmen situé auprès de Fontevrault (Maine-et-Loire) : elle mesure 22 mètres de longueur.
On s’explique tout aussi difficilement l’érection des menhirs ou pierres levées, dont la destination n’est pas encore élucidée : celui de Locmariaker (Morbihan) , aujourd’hui couché sur le sol et brisé en trois morceaux, a 2 1 mètres de longueur et 4 mètres d’épaisseur; son poids est évalué à 250 000 kilogrammes. Les célèbres alignements de pierre (cromlechs) de Carnac se composent de trentequatre lignes de pierres levées, de beaucoup plus petites dimensions; sur leur signification, on en est également réduit à des conjectures.
LES CROYANCES RELIGIEUSES. — Si l’industrie, la
construction, l’élevage, l’agriculture, avaient acquis un remarquable développement, en revanche, l’art, comparé à celui de l’époque magdalénienne, était en complète décadence. Les quelques spécimens de gravures et de sculptures que nous connaissons semblent avoir été inspirés jrar des conceptions religieuses.
Il semble fort probable, en effet, que les Néolithiques rendaient un culte à certains objets, à certaines divinités. Parmi les grottes
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