X. LES HÉRITIERS DE CONSTANTIN
Aussitôt guerres civiles et massacres, mouvements de Barbares, recommencèrent. L’un des fils de Constantin, Constance, se débarrassa de deux de ses frères et de cinq de ses cousins. Puis l’Eirlpire fut partagé entre trois fils de Constantin.
CONSTANTIN II (337-340) reçut la Gaule, l’Espagne et la Bretagne ; CONSTANCE II (337-361 ) , la T hrace et l’Orient ; CONSTANT (337-350), rillyrie, l’Afrique et l’Italie. Le premier voulut s’agrandir aux dépens du troisième, qui périt à Aquilée. Le vainqueur réunit ainsi les deux tiers de l’Empire. Mais Magnence prit la pourpre à Autun en 350 et Constant fut assassiné. Magnence à son tour, après avoir lutté pendant deux ans à la tête d’une armée de Barbares contre Constance, se donna la mort à Lyon en 353. Constance resta seul empereur. Guerres civiles à part, son long règne fut tout entier occupé par une lutte formidable, mêlée de succès et de revers, contre le puissant et ambitieux roi de Perse, Sapor. En 359, cinq légions furent faites prisonnières. Constance se préparait à venger ce désastre quand la proclamation de Julien et la mort mirent fin à sa carrière. Sur les autres frontières, Danube et Gaule, les Barbares n’étaient pas moins entreprenants. Pour parer au danger. Constance avait, en 355, donné à Julien, avec la main d’Hélène, fille de Constantin, le titre de César et le gouvernement de la Gaule, assaillie et pillée par les Francs, les Saxons et les Alamans.
JULIEN L’APOSTAT (360-363) . — C’est une des figures
les plus curieuses de cette fin d’Empire. Échappé au massacre de la famille de Constantin, Julien avait été tenu à l’écart et, en quelque sorte, prisonnier à Nicomédie. Élevé dans le christianisme, mais nourri, dès qu’il eut repris un peu de liberté, sous la direction du rhéteur païen Libanius, des lettres et de la philosophie du paganisme, initié à Éphèse aux mystères des cultes orientaux, il conçut pour la religion nouvelle une haine implacable. Ce fut, à la fois, un rêveur et un homme d’action. Son court règne se résume en deux
mots : lutte contre les Perses, tentative de restauration d’un paganisme transformé. César, il s’était, en Gaule, révélé habile général.
Il avait battu les Francs à Auxerre et à Troyes, refoulé les Alamans et repris Cologne, reconquis le Rhin sur les Francs- Saliens et Chamaves, libéré la Gaule. Acclamé par les légions dans sa «chère Lutèce», en 360, il tenta en vain de composer avec Constance. Contraint à la guerre civile, il s’était avancé jusqu’aux environs de Constantinople, quand mourut Constance (361 ) . Il réunit alors contre les Perses une puissante armée, passa en Asie, poursuivit Sapor jusqu’au delà du Tigre et mourut d’une blessure à trente-deux ans, en pleine victoire.
Trop philosophe pour s’accommoder du vieux paganisme, il le restaura comme religion officielle, avec, pour centre, le culte solaire de Mithra, et il voulut en faire le cadre de sa conception nouvelle.
Il prétendait emprunter au christianisme ses vertus actives, ses œuvres bienfaisantes, former un véritable clergé païen pur et charitable. Les temples furent relevés et les églises détruites, ainsi que les tombeaux des martyrs, les signes du christianisme prohibés; l’enseignement fut, avec mépris, interdit aux maîtres chrétiens, les privilèges du clergé chrétien abolis, les biens ecclésiastiques confisqués, les communautés chrétiennes frappées d’amendes à tout propos. Il n’y eut pas toutefois de persécution sanglante. La tentative de Julien était irréalisable, la position du christianisme était trop forte pour être sérieusement ébranlée, et il suffit d’un édit de son successeur pour tout rétablir en l’état précédent.
Julien. — Statue trouvée dans les thermes construits par cet empereur dans sa chère Lutèce. (Musée de Cluny.) Cl. Uikaudow.
VALENTINIEN ET SES FILS (364-392) . — L’Empire demeurait sans maître. Les soldats choisirent le chef des gardes du
Le mur de Rome. — Il fut construit par 1 empereur Aurelien et subsiste encore en grande partie. Cl. .vndkrson
ROME
palais, Jox if'N. II ne put que signer avec les Perses une paix qui leur abandonnait les cinq provinces au delà du Tigre et mourut ;!prAs huit mois de règne. Un officier d’origine pannonienne, ValeN- T'MF/':, lui succéda et s’associa, pour l’Orient, son frère ValENS. Fsr effort» se concentrèrent contre les Barbares qui pressaient toutes le? frontières. 11 battit les Alamans, les Francs, les Pietés et It' Calédoniens, tandis qu’en Afrique le comte Théodose, père du futur empereur, combattait la révolte du Maure hirmus. Valentinien I'’’ mourut en 375. L’Occident fut partagé entre ses fils, Gr.ATIEN et \ ALENTINIEN II, ce dernier âgé de quatre ans.
Pendant ces événements, Valens continuait avec succès la lutte contre les Perses. De son règne, il faut surtout retenir la concession de territoires en Fhrace aux Wisigoths refoulés par les Huns sur la rive gauche du Danube. Le négociateur des Goths fut leur célèbre apôtre, Ulfilas, évêque arien qui les avait convertis au christianisme. Concession dangereuse, car bientôt les Wisigoths, oublieux de leurs engagements pacifiques, s’avancèrent jusque sous les murs de Constantinople et écrasèrent l’armée romaine près d’Andrinople. V alens y trouva la mort (378). Gratien lui choisit pour successeur ThÉODOSE, fils du précédent. Il commença par montrer aux Goths qu’il leur fallait compter avec sa valeur militaire déjà éprouvée. Puis il usa de diplomatie et les décida à se mettre au service de l’Empire comme fédérés. Ils avaient pour chef Alanc. Sapor, à son tour, fut contraint de demander la paix.
En Occident, le gouverneur de Bretagne, MaxIME, tenant du paganisme, révolté contre Gratien, prenait le titre d’Auguste. Gratien s’enfuyait et était assassiné à Lyon (383) .