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XVII. LE CHRISTIANISME

Bien plus que les religions orientales, le christianisme répondait aux aspirations et aux espoirs qui agitaient le monde vers le temps de l’établissement de l’Empire. Il contenait en outre un idéal social qui devait attirer à lui les déshérités de toute sorte auxquels le monde antique fut, malgré l’adoucissement des mœurs et des lois, si peu pitoyable. Il fit, à Rome même, de rapides progrès, puisque Tacite, qui d’ailleurs le connaît fort mal, parle d’une multitude de victimes lors des violences qui se déchaînèrent contre les chrétiens après l’incendie de Rome sous Néron, en 56. A la fin du r'’ siècle, il y avait des églises plus ou moins nombreuses dans une très grande partie de l’Empire. Cent ans après, il y en avait dans toutes les provinces et même au delà des frontières. Aux confins du III® siècle, Tertullien pouvait écrire ; « Nous ne sommes que d’hier et nous remplissons tout votre Empire. » Et, ajoute-t-il, « si les chrétiens venaient à se retirer de l’Empire, les païens seraient effrayés de leur solitude ». Même en faisant une part à l’exagération, on ne saurait nier la valeur d’un pareil témoignage que confirment au moins en partie l’histoire et l’archéologie.

Pourquoi donc une religion d’amour et de paix fut-elle persécutée? C’est d’abord qu’à la différence des autres cultes, le christianisme, comme le judaïsme, ne souffrait pas de partage. Il avait contre lui tous les fidèles des autres cultes, dont il visait la destruction, et la religion officielle. Les Juifs furent tolérés parce qu’ils étaient ^me nationalité. Les chrétiens prétendaient à être une société et la seule. Puis la religion étant mêlée à tous les actes de la vie publique et privée, le chrét’en s’en excluait lui-même, du moins théoriquement, et souvent en fait, car, à tout instant, il se heurtait à quelque obligation d’idolâtrie. Enfin, il faisait passer la conscience individuelle avant les devoirs du citoyen, fondement de l’ordre politique. Toutes les forces du passé, sans parler des intérêts, se liguèrent contre lui. L’Empire sentait qu’il avait en face de lui un adversaire irréductible : c’est pourquoi il le combattit. De plus, toutes les absurdités dont sont coutumières la haine et 1 ignorance étaient accueillies même par ceux qui auraient dû s’éclairer avant de condamner. Quoi qu’il en soit de ces motifs, par la cruauté de la répres¬

sion, par la multitude des victimes (la thèse du petit nombre des martyrs est abandonnée) , par leur innocence et leurs vertus que les juges mêmes reconnaissaient, les persécutions, « même dégagées de la légende, dit Renan, restent une des pages les plus sombres de l’histoire et la honte de l’ancienne civilisation ».

Encore fallait-il une base légale pour poursuivre les chrétiens. Pour les deux premiers siècles, aucune théorie n’a fait l’accord entre les historiens. D’ailleurs que ce délit soit celui de lèse-majesté, en l’espèce le refus de sacrifier devant l’image de l’empereur (Mommsen) , et que la poursuite s’exerce en vertu du droit de police des magistrats (coercitio) qui autorise des châtiments inconnus à la loi pénale, ou le crime de perduelUo ou haute trahison en raison du fait de se tenir en dehors de la vie publique (Cézard) , le résultat est le même. Les chrétiens sont, durant cette période, sous le régime des Rescrits de Trajan, Adrien et Marc-Aurèle ; ils ne doivent pas être recherchés; mais, s’ils sont dénoncés, qu’on les poursuive. Système illogique et cependant conforme à la jurisprudence de l’époque qui, pour toute poursuite, exige un accusateur responsable. Au III® siècle, plus de problème juridique. Au rescrit succède Védit, lim té à la vie de l’empereur qui le promulgue : le magistrat doit poursuivre. Le premier édit de persécution est de Septime-Sévère ; Dèce est le véritable organisateur de la persécution. Sous le premier régime, une menace continuelle pesait sur le chrétien, et on compta de nombreux martyrs. Sous le second, 1 Église connut des heures d’angoisse suivies de plus ou moins longues accalmies; c’est à ce moment qu’eurent heu les persécutions de Dèce et de Dioclétien ; elles furent les dernières, mais aussi les plus violentes. Il est impossible de fixer le nombre des martyrs et, s’il n’atteignit certainement pas onze millions, comme on l’affirmait jadis, il fut très élevé.

Cependant l’Église, à l’abri soit de la loi de Septime-Sévère sur les collèges funéraires, comme le veut de Rossi, soit selon M'-''' Duchesne sous le couvert d’associations libres de posséder, se développait et constituait la propriété ecclésiastique, respectée même pendant les persécutions, car on ne poursuivait que les individus.

Les supplices pouvaient provoquer de plus ou moins nombreuses apostasies : ils n’empêchaient pas la doctrine de gagner chaque jour de nouveaux adeptes. Dioclétien lui-même dut renoncer à la lutte. On sait comment l’édit de Milan mit le christianisme sur le pied d’égalité avec les autres cultes, simple étape rapidement franchie jusqu’à sa reconnaissance comme religion d’État.

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