VUE GENERALE
tage, entendaient disposer en maîtres, sous réserve du serment de fidélité, des terres dont ils étaient détenteurs. Ainsi se prépara bien vite le morcellement du sol et de l’autorité, pendant que l’antique civilisation méditerranéenne subissait le redoutable assaut de l’islamisme, non seulement à Constantinople, mais dans l’Afrique septentrionale et jusqu’en Gaule.
Seule l’Eglise, dans le grand remous des invasions et des établissements germaniques, avait conservé l’idée de l’État, le sens et le besoin de l’unité et de l’ordre.
L’union intime qu elle contracta avec les Francs et qui fut avantageuse pour les deux parties est l’un des plus grands faits de l’histoire du haut Moyen âge.
Le baptême de Clovis, le sacre de Pépin, le couronnement de Charlemagne, considérés dans leur signification politique, marquent le désir de l’Église de réaliser de nouveau l’idée d’Etat. Mais l’œuvre reconstructive de Charlemagne fut éphémère; sous ses successeurs, le régime féodal s’organisa définitivement et fortement dans l’ouest et le centre de l’Europe. Partout, c’est l’émiettement de la souveraineté et de la terre, — la terre, dont la possession est alors la seule richesse et qui seule donne la puissance. Maîtres ou usufruitiers du sol s’enchaînent les uns aux autres, du suzerain au dernier des vassaux : il n’y a plus d’autre lien social dans cette éclipse de l’autorité centralisatrice, dans ce système de démembrement et de morcellement, qui s’étend à l’Église elle-même; car le clergé, grand propriétaire terrien, est tenu, comme les seigneurs laïques, par les obligations découlant de l’investiture et de l’hommage.
La subordination des vassaux aux suzerains et la répartition des individus en trois ordres ne doivent pas faire illusion. Sans doute le seigneur dans son fief exerce les droits régaliens et il y fait régner, en l’absence du pouvoir central, un ordre relatif, grâce auquel s’allument quelques foyers de vie, même intellectuelle; mais, en général, c’est presque partout l’anarchie, l’individuahsme, l’énergie sans frein, la violence, bref un recul considérable sur l’époque de Charlemagne. L’Eglise, qui a conservé le dépôt de la civilisation latine, qui est la protectrice naturelle des faibles et des pauvres, et qui, en attendant la restauration de l’autorité monarchique, est en possession d’une immense influence morale, s’attache à organiser la force. Elle a persisté, en même temps, dans sa résolution de reconstituer, avec l’unité à la romaine, l’ordre, la justice et la paix, et la création du
Saint-Empire romain germanique, à la fin du X® siècle, donne satisfaction au vœu le plus cher d’un âge si profondément chrétien : au pape, le souverain pouvoir sur le spirituel ; à l’empereur, le souverain pouvoir sur le temporel ; c’est au César germanique que doit obéir toute la terre chrétienne, que doit aboutir la longue chaîne des vassalités. Mais le spirituel et le temporel sont intimement mêlés ; le pape, chef des âmes, s’érige en juge des actions de l’empereur et celui-ci, maître des territoires, prétend disposer des terres de l’Église; le conflit éclate bientôt, terrible et sans merci, entre les deux lieutenants de Dieu, qui visent l’un et l’autre au pouvoir universel. Au lieu de la paix et de l’unité, le Saint-Empire donne au monde chrétien la discorde et la guerre. L’Allemagne et l’Italie ont particulièrement eu à souffrir de cette longue lutte, et, quand elle se termine, au XIII® siècle, l’anarchie féodale est pire dans ces deux pays que partout ailleurs : on n’y connaît guère que le « droit du poing ».
Dans les deux siècles environ qu’avait duré le conflit du Sacerdoce et de l’Empire, si grands qu’aient pu être certains empereurs, imbus des souvenirs de Rome et des préceptes du droit romain, c’était le pape et c’était l’Église qui avaient surtout conduit et dominé la chrétienté, entraînant sur les routes de la Croisade des multitudes de pauvres gens et de guerriers, auxquels se joignaient parfois les rois et l’empereur lui-même. Même en Italie et en Allemagne, dans les périodes d’accalmie, l’Église était intervenue pour limiter ou empêcher les guerres privées, combattre la brutalité des seigneurs, leur montrer la nécessité d’un idéal. Elle avait d’ordinaire, comme en France, protégé et défendu les rois qu’elle avait sacrés ; elle les avait aidés de sa puissance pour combattre les forces de désagrégation et de désordre. Elle avait enfin surveillé, encouragé le développement de la civilisation occidentale, l’enseignement des Universités, la construction, la décoration de ces admirables cathédrales, que la foi ardente du Moyen âge voulait toujours plus hautes, plus vastes et plus belles. Le XIII® siècle, qui voit le triomphe de la papauté, est celui où la civilisation médiévale atteint son apogée. Pendant les deux siècles suivants, nous assisterons à l’affaiblissement de la papauté, à la ruine des pouvoirs féodaux et à l’établissement corrélatif de l’autorité monarchique, enfin aux progrès de la bourgeoisie.
Mosaïque de Saint-Laurent hors les murs. — Arc triomphal (fin du vi® siècle). Le Christ est entouré des saints Pierre et Paul, de saint Laurent, saint Étienne, saint Hippolyle, Pélage II, à oui est due la mosaïque; puis, à gauche et à droite, de Jérusalem et Bethléem. La maigreur des figures, la pauvreté de la composition, le caractère hiératique des personnages
trahissent déjà la décadence. Ci.. Ai.ixari.
Sarcophage chrétien du musée de Latran. d une exécution grossière. Il représente divers suiets tirés de l Ancien et du Nouveau Testament. Ces derniers ont un
sens symbolique : ils préfigurent le Christ et 1 Église chrétienne, l'i. .Vmnarl