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II. LES BARBARES

Les Barbares, ce sont tous les peuples demeurés é^angers, par la langue et par les moeurs, à la civilisation gréco-romaine. Ce nom, employé par les Grecs et les Romains, a été conservé pour désigner

les hommes de races diverses qui détruisirent l’empire d’Occident.

On réserve la dénomination de « grande invasion » à celle qui dévasta l’Europe au V® siècle, mais les migrations armées continuèrent jusqu’à la prise de Constantinople par les Turcs ottomans.

Les peuples envahisseurs de cette longue période appartiennent soit à la race ouralo-altaïque, comme les Huns; soit à la race sémitique, comme les Arabes; soit à la race aryenne, comme les Slaves et les Germains.

Les peuples germaniques s’étalent groupés en confédérations, dont les principales étaient, à la fin du IV" siècle : à l’ouest, les Francs; au nord, sur la mer du Nord, les Saxons, ainsi dénommés parce qu’ils étaient armés d’un long couteau {sax) ; les V andales, sur la Baltique; les Burgundes, entre l’Oder, l’Elbe et le Rhin; les Suèves, entre le Rhin et l’Elbe; les Hérules, sur le Mem; au sud, les Alamans, sur le haut Rhin et le lac de Constance; à l’est, les Colhs, qui, venus d’Asie par le Caucase, puis longeant le Pont-Euxm et le Danube, étaient parvenus jusqu’à la Baltique, jusqu’à cette partie de la péninsule Scandinave qui a conservé le nom de Gothland.

Les Barbares formaient, autour de l’Empire, une ceinture plus ou moins menaçante. D’une particulière importance était, jiour la sécurité romaine, le voisinage des peuples d’au delà du Rhin et du Danube.

LES GERMAINS. — Les Germains sont, au fond, assez mal connus; car nos sources [rrmcipales. César et Tacite, bien que le second ait pressenti l’instabilité du monde germanique, ne fournissent que des traits généraux.

Grands, les yeux bleus, les cheveux blonds, vêtus d’un sayon grossier, très ignorants, extrêmement vaniteux, très durs envers leurs ennemis, mais d’autre part hospitaliers et fidèles aux obligations une fois contractées, ils vivaient dans des villages ou dans des fermes isolées; leurs maisons étaient construites en bois.

Leur mythologie, inséparable de la mythologie Scandinave, mais ]j!us ancienne, reste encore incertaine sur bien des points. On dis-

LL HAUT MO'i'EN AGE

Bas rELIEF de la colonne élevée, après la mort de Marc-Aurèle, en souvenir des guerres soutenues par cet empereur contre les Marcomans, les Quades les Sarmates et les lazyges, et improprement appelée Antonine. La scène représente des prisonniers et du butin que I on emmène. Très inférieure à tous égards à la colonne Trajane. dont elle est l’imitation, elle décèle la décadence de l'art. La trace

visible partout du travail au foret en est un des témoignages. Cl. jVjndkksos.

tingue pourtant une mythologie inférieure, à laquelle appartiennent les génies malfaisants ou favorables qui peuplaient eaux, bois et montagnes : géants, nains, fées, restes du vieil animisme, et une mythologie supérieure : Odin ou IV olan, dieu de la guerre et de l’intelligence, inventeur de l’écriture runique; Thor ou Donar, dieu du tonnerre ; Ziu, dieu de la lumière. Des déesses qu’on leur accouple (et qui ne sont pas individualisées) , la plus célèbre est Freya, dont on a fait, à tort, l’épouse d’Odin. Les guerriers qui succombaient sur le champ de bataille ou qui mouraient des suites de leurs blessures étaient conduits au Walhalla, où ils avaient pour occupation de se livrer de violents combats à la suite desquels les Walkyries leur servaient à boire. Au dire de Tacite, les Germains pensaient que, par respect pour la majesté des dieux, on ne devait « ni les enfermer entre les murs, ni les représenter sous aucune forme humaine », et ils leur consacraient des forêts entières.

Les prêtres, sacrificateurs et devins, ne constituaient pas une caste, mais ils jouissaient d’une grande influence sociale.

Dans la classe des hommes libres, les nobles, investis de certains privilèges, tenaient le premier rang. Ils croyaient descendre des dieux, et la noblesse, qui ne comprenait qu’un très petit nombre de familles, se transmettait par la naissance.

Les hommes libres avaient seuls le droit de porter les armes et de composer les assemblées.

La naissance, la captivité, la perte au jeu étaient les sources de l’esclavage. La condition de l’esclave était analogue à celle du colon à la fin de l’Empire. Affranchi, il n’avait d’autre autorité que celle qui pouvait lui venir, par hasard, de la faveur royale, et il ne parvenait à la condition d’homme libre qu’après plusieurs générations.

L’unité politique était la tribu, dont le territoire correspond à la cioitas de Tacite. La tribu se divisait en pays (pagi) et ceux-ci en villages (vici) , dont les chefs administraient ensemble le pagus. Au-dessus des assemblées de « village » et des assemblées de « pays », l’assemblée générale de la tribu, composée de tous les hommes libres en état de porter les armes, statuait sur les affaires d’ordre général. Mais la cellule sociale, c’était la famille.

Les pouvoirs administratifs appartenaient, dans les tribus et les « pays », aux plus considérables des hommes libres, aux principes, qui décidaient, souverainement ou sous réserve de l’approbation par l’assemblée de la tribu.

La royauté était élective, mais le roi était généralement choisi dans la même famille noble. Le nouvel élu était élevé sur le pavois et ainsi présenté au peuple par les guerriers.

Principes, rois et chefs d’armée étaient entourés d’une sorte de « maison » {comilalus) , formée de compagnons attachés à leur personne [lar un serment volontaire de fidélité. En temps de guerre, le roi commandait l’armée chez les tribus où le commandement n’était pas conféré à des chefs (duces) , héréditaires ou élus. Le recrutement se faisait [lar familles.

Les Germains partageaient leur temps entre la guerre, la chasse, les festins, le jeu. Ils fabriquaient des armes, des étoffes de lin.

des meubles grossiers; mais ils comptaient pour s’enrichir sur le butin, non sur le travail. Les tribus guerroyaient sans cesse entre elles.

La culture était abandonnée aux femmes, aux vieillards, aux esclaves. Elle était peu développée, les forêts et les marais couvrant une grande partie du pays. La propriété du sol semble avoir été collective.

La femme était achetée à ses parents par le mari, qui, le lendemain des noces, lui faisait généralement un présent (morgengahe) . Ce présent du matin avait été, tout d’abord, purement facultatif.

La monogamie était la règle ordinaire, et les nobles seuls pouvaient prendre plusieurs épouses. Dans la famille, solidement unie par l’autorité du chef, la femme était considérée, mais elle demeurait toujours en tutelle, et elle n’héritait pas de la terre familiale.

Les Germains ne connaissaient que la succession ab intestat.

Il y avait une justice publique, mais l’homme libre exerçait le droit de vengeance, et cette confusion du droit public et du droit privé entraînait des guerres de famille à famille. Le coupable devait payer une composition pécuniaire, le wergeld, dont le tarif variait selon l’infraction et la condition de la victime. Si les parties ne s’entendaient pas sur le wergeld, l’affaire était portée devant la justice. Le fardeau de la preuve incombait à l’accusé, dont le serment était fortifié par celui des cojuranles (cojureurs) , pris, à l’origine du moins, parmi les membres de la famille, solidairement responsables de l’infraction et du wergeld, mais solidairement bénéficiaires de la réparation en cas d’acquittement. Le condamné devait verser à l’État un fredum ou argent de la paix.

Entre l’époque de Tacite et celle des invasions, l’état des peuples germaniques a subi des changements profonds, mais tous les caractères de race ont subsisté. Les hommes qui vont faire irruption dans le monde romain ont une répugnance marquée pour la soumission à l’autorité de l’État, et leur société, nettement individuçiliste, est essentiellement fondée sur des rapports d’homme à homme, qui seront un des éléments caractéristiques du régime féodal.

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