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III. LES GRANDES INVASIONS

LES PRÉLUDES. — On a vu les premiers contacts entre Rome et les Germains aux temps de Marius, de César, d’Auguste; comment, sous Adrien et ses successeurs, l’Empire dut se fortifier contre leur poussée, quelles luttes plus dures et pas toujours heureuses Marc-Aurèle eut à soutenir contre eux, leurs succès au III® siècle lorsque l’anarchie militaire permit aux Marcomans de s’avancer jusqu’à Milan et obligea Aurélien à ramener la frontière au Danube. Depuis la fin du III® siècle, l’Empire est tout occupé à rejeter les attaques violentes des Barbares.

Ces attaques n’étaient que le symptôme du trouble qui régnait dans le monde germanique. Nombreux et pauvres, se bousculant et se chassant eux-mêmes de leurs possessions par des guerres intestines, attirés d’ailleurs par la douceur et la richesse des contrées plus méridionales qui jouissaient de la jraix romaine, les Germains ne désiraient qu’y être admis pacifiquement. Et, de fait, ils s’infiltraient, à divers titres, dans l’Empire, dont ils devenaient les sujets. Auguste, Marc-Aurèle, Probus, d’autres encore leur concédèrent des établissements et furent fidèlement servis. D’autre part, les captifs de guerre étaient répartis en grand nombre, comme colons, entre les propriétaires. Il y eut ainsi des Barbares un peu partout et surtout aux frontières ; mais la forme la plus dangereuse de cette pénétration fut leur introduction dans l’armée. César avait déjà des Germains à côté de ses légions et, sans leur cavalerie, peut-être la fortune eût-elle favorisé Vercingétorix. Ces troupes, tout en relevant des magistri rmlitum, étaient commandées par leurs chefs, qui souvent avaient reçu une éducation romaine et, sans combattre contre l’Empire, y prirent une position qui finit par les en rendre maîtres.

LES GOTHS. — Le plus puissant et le plus civilisé des peuples barbares, les Goths, habitaient sur la rive gauche et vers les bouches du Danube. Ils se jiliaient sans peine à la vie romaine. Leurs grands hommes, les Alaric, les Ataulf, les Théodoric, ont eu des aspirations qui allaient plus loin que la guerre et le pillage; un instant même, sous les dynasties des Amales et des Baltes, le rêve d’un empire gothique avait failli devenir une réalité; mais ils n’étaient pas comiiris de leurs comjiagnons d’armes.

Des deux branches dont se composait la famille gothique, Ostrogoths et Wisigoths, les premiers avaient constitué un État fortement organisé. Un grand roi, Ermanaric, leur avait donné la sujirématie sur toute la Germanie; un grand évêque, Uliihilas, les avait fait entrer dans la religion de l’Empire, mais il était arien. Or, le catho-

ROMAINS ET BARBARES

licisme fut la religion des civilisés; l’arianisme, celle des Barbares, et, jusqu à la victoire de Clovis, cette divergence religieuse, s’ajoutant à la compétition territoriale, fut un ferment de haines et de guerres.

L arrivée brusque des Huns, chassés d’Asie par d’autres peuples orientaux, arrêta, vers 375, les destinées de l’Empire goth. Les Huns, après avoir culbuté les Alains, se les adjoignirent, puis suivirent la vallée du Danube. Les Ostrogoths, vaincus, privés de leur roi Ermanaric, qui se tua pour ne pas survivre à sa défaite, firent leur soumission et restèrent établis à l’est du Dnieper.

Les Wisigoths demandèrent la permission de passer le Danube. Cantonnés en Mésie au nombre de quatre ou cinq mille, ils fournirent quantité de soldats à l’Empire. La politique perfide qu’on suivit à leur égard, la dureté des chefs romains, la faiblesse croissante de l’État et aussi la turbulence de leur caractère les poussèrent à la révolte. Près d’Andrmople, les Romains succombèrent sous le nombre, et l’empereur Valens fugitif fut brûlé vif dans une masure (378) .

Ce fut la première des grandes invasions. Toutefois, leur victoire avait affaibli les Goths, et lorsque plus tard Théodose leur livra bataille, ils ne retrouvèrent pas leurs premiers succès. Théodose eut l’habileté de les rallier et mérita le surnom « d’ami des Goths ». Mais, par ses vices, sa fourberie, son manque de volonté, l’empereur d’Orient Arcadius, fils de Théodose, attira sur l’Empire de nouvelles catastrophes.

Couronnes votives des rois goths trouvées en Espagne et destinées à être suspendues dans un lieu saint. Elles sont d'or, de saphirs, perles et pierres fines (VIT‘ siècle. Musée de Cluny). Ci.. Akcuives phot

ALARIC. — Un Goth fédéré, issu de la famille des Baltes, Alaric, qui, en récompense de ses services, avait reçu, avec un grade élevé, des dignités souveraines, rêva de devenir magisier mililum : satisfaction ambitieuse, qu’Arcadius lui refusa. Secrètement excité par le perfide Rufin, ministre d’Honorius, Alaric se révolta, et nous connaissons par le poète Claudien les horreurs gothiques en Macédoine, en Thessahe, dans toute la Grèce. Athènes ne put se libérer qu’en payant une grosse indemnité; mais le temple d’Eleusis fut mis au pillage, la ville de Corinthe détruite. L’empereur d’Occident, Honorius, disputait l’Illyricum à Arcadius, qui eut la maladresse d’accorder aux Wisigoths un cantonnement dans cette province (396) . Alaric ne s’y tint pas longtemps en repos : profitant de l’éloignement momentané de Stilicon, il envahit la Péninsule et, après une bataille près d’Aquilée, ses éclaireurs parurent devant Rome. Stihcon accourut de Rhétie, enferma Alaric

dans Vérone, reçut sa soumission et, pour prévenir de nouvelles lutttes, le décida à se remettre au service de l’Empire. Mais, sous la poussée des Huns, de nouveaux Barbares, conduits par un autre chef d’origine gothique, Radagaise, se ruèrent sur l’Italie : Stilicon put les cerner, non loin de Fiesole, et les anéantir (405) , pendant que le pusillanime Honorius cherchait un refuge à Ravenne.

Stihcon était Vandale de naissance, mais conquis et policé par la civilisation romaine, conscient de la gravité de la situation, il consacrait toute son intelligence et toute sa puissance au salut de l’État : gendre de Théodose, beau-père d’Honorius et sauveur de l’Empire, il avait beaucoup d’ennemis, et on l’accusait de vouloir donner la pourpre à son fils. Sur ces entrefaites, à la fin de l’année 406, un flot de Suèves, de Vandales, d’ Alains se répandit sur la Gaule. Un usurpateur, Constantin II, les rejeta en Espagne et rétablit les garnisons du Rhin; mais un autre usurpateur ouvrit de

Carte des invasions des Barbares.

LE HAUT MO'i EN AGE

• r la Gaule aux étrangers. Constantin appela d’autres Barbaà -n - oui -, et ce fut une affreuse anarchie. Honorius réussit i.fin à J. er la Gaule (411), qui se releva assez vite. Entre ,n, '.y. des projets attribués à Stilicon, il avait laissé mettre

' i: r^,;and ministre (408), dont le fils ne tarda pas à avoir il iiiv UT sort.

.Aiaric, qui avait fait un nouvel empereur, Attale, pour obtenir 1> titre qu’il convoitait, se brouilla bientôt avec l’usurpateur. 11 fit irruption devant Rome, qu’il avait déjà rançonnée, mais qui, pour la première fois depuis l’invasion gauloise, se vit souillée du contact de l’étranger (410). Aiaric ne survécut pas longtemps à son exploit; il mourut en Lucanie, et ses guerriers ensevelirent son corps, avec un trésor et ses armes, dans le lit détourné du Busento.

ATAULF. — LES GOTHS EN AQUITAINE. — LES BURGONDES E.N SAVOIE. — Ataulf, beau-frère d’Alaric, lui succéda. L’historien Paul Orose lui prête ces paroles : « Dans ma jeunesse, j’avais soif de détruire le nom romain et de mettre à sa place un empire goth. Or, l’expérience m’a appris que les Goths ne savaient pas obéir aux lois et que, sans lois, il n’y a pas d’État. Alors je me suis donné pour tâche de fortifier le nom romain avec la force des Goths, et j’ai mis ma gloire à être appelé le restaurateur de ce nom. » En fait, et quoique fort indiscipliné, il combattit plus souvent les Barbares que les Romains. Il avait épousé Galla Placidia, sœur d’Honorius, prise au sac de Rome, et dont il avait su se faire aimer. Il se retira de l’Italie méridionale et, au nom d’ Attale, alla combattre en Espagne; mais, presque aussitôt, il y périt assassiné (415).

W allia, son successeur, fut assez heureux pour réaliser le vieux rêve gothique d’un établissement dans l’Empire. Après divers succès en Espagne contre les Alains, il obtint la « seconde Aquitaine », où il fonda un royaume wisigoth (4 I 8) , dont Toulouse fut la capitale et qu’Euric transmit, agrandi, à son fils Aiaric II. L’État que les Wisigoths fondèrent en Espagne ne fut qu’une extension de celui qui leur avait été concédé en Aquitaine; à plus d’une reprise, ils obéirent au même chef. Le roi Euric enleva aux Romains leurs possessions et s’avança jusqu’à la Loire; mais, après Athanagild, qui eut à Tolède une cour brillante, lés Byzantins reprirent une partie de l’Espagne.

D’autre part, les Burgondes avaient reçu en Savoie un établissement régulier.

Constance, général habile, combattant et traitant, prolongeait l’existence de l’Empire. Il mourut en 421, Honorius en 423. Théodose II régnait alors à Constantinople : il établit à Ravenne le fils de Placidia, Valentinien III, qui eut pour ministre Aetius.

ÜIPIYQL: F.s )1R conservé à l'églisi- de .\lonza. — A gauche. 1 impératrice Galla l^lacidia ■ : m fili. Valentinien 111; à droite, un guerrier, peut-être Aetius

ou 1 héodose 11.

LES VANDALES EN AFRIQUE. — En Espagne, les Suèves s’étaient fixés en Galice et en Lusitanie, les V^’andales en Andalousie. Ces derniers avaient pour chef Genséric, chef redoutable par son ambition, sa cupidité, son esprit de basse intrigue et l’ardeur de sa foi arienne. A la faveur d’une brouille survenue entre la cour de Ravenne et le comte Boniface, gouverneur d’Afrique, ils passèrent la mer, attirés peut-être par le gouverneur luimême. Quoi qu’il en soit, Boniface s’aperçut bien vite des conséquences de l’invasion; mais il n’était pas de force à réduire les Vandales, qui le battirent et l’assiégèrent dans Hippone. Les Romains, dont l’esprit de résistance était fortifié par les encouragements de l’évêque saint Augustin, eurent la joie de voir les Barbares fléchir après un effort de plus d’un an. Malheureusement, Carthage eut à souErir de leurs violences, et lorsque, débarquant en Sicile, ils semblèrent devoir occuper le littoral italien, on leur abandonna une partie de l’Afrique, moyennant un tribut dont le paiement sauverait les apparences (442) . Puis, toute la province leur fut soumise, perte irréparable pour le ravitaillement de Rome.

LES HUNS. — BATAILLE DES CHAMPS CATA- LAUNIQUES. — Après la destruction de la puissance gothique, les Huns demeurèrent assez longtemps sur les bords du Danube et entrèrent au service de Rome. Un de leurs chefs, Attila, ayant pris de force le pouvoir royal vers 434, ne se contenta pas d’asservir la Germanie ; il prétendit fonder un immense État sur les ruines de l’Empire qu’il avait d’abord servi comme auxiliaire. Le faible Théodose II consentit à lui payer une solde : Marcien s’étant dégagé de cette obligation humiliante, le roi des Huns, profitant de circonstances favorables et sollicité par Genséric, passa le Rhin à la tête d’une armée de Slaves, d’Ostrogoths, de Suèves, d’Hérules.

Tour à tour négociateur astucieux et général hardi, caressant l’adversaire, simple au milieu d’une cour somptueuse, méprisant le luxe et l’orgie de son entourage, vénéré des peuples qu’il a domptés, majestueux lorsqu’il reçoit des ambassadeurs, hautain lorsqu’il en envoie, s’appelant lui-même « le Fléau de Dieu », Attila apparaît comme un légendaire chef de brigands, traînant des peuples à sa suite. Tandis qu’une partie de ses troupes faisait irruption en Burgondie, il s’emparait lui-même de Trêves, de Metz, de Reims, contournait Paris, dont le courage fut soutenu par les exhortations de sainte Geneviève, et marchait sur Orléans : l’évêque vnianus (saint Aignan) organisa la résistance, puis se porta au-devant d’Aetius, l’encouragea et revint s’enfermer dans la ville. Celle-ci, à bout de forces, venait de succomber lorsque parut Aetius, aidé du roi des Wisigoths, Théodoric : il poursuivit Attila et lui livra, entre Sens et 1 royes, la bataille effroyable et libératrice des Champs Catalauniques, où périt Théodoric (juin 451) [ 1 ] •

Attila avait déjà dressé le bûcher où il voulait se précipiter si l’enceinte était forcée; mais Aetius, craignant qu’un succès trop complet ne rendît aux Wisigoths une indépendance dangereuse, le laissa se retirer. L’année suivante, Attila passa en Italie, assiégea Aquilée et n’épargna Rome qu’à la prière du pape Léon le Grand. A défaut d’Aetius, qui n’osait lui livrer bataille, la peste décima son armée déjà affaiblie par la guerre, et comme l’empereur d’Orient, Marcien, se disposait à intervenir, le roi des Huns regagna ses États. Un an plus tard, on le trouva mort sur sa couche, au lendemain de ses noces avec une jeune fille nommée Hildegonde. Son empire ne lui survécut pas.

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