‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 150 sur 344 · FIN DE L’EMPIRE D’OCCIDENT (476). — ODOA · texte numérisé non relu

FIN DE L’EMPIRE D’OCCIDENT (476). — ODOA

CRE. — Cependant l’Empire continue de se décomposer. Les empereurs se succèdent impuissants, et, à l’exception de Majorien, tous se valent.

Valentinien III assassine Aetius, qui l’a sauvé de l’invasion hunique, parce qu’il redoute de le voir devenir trop puissant (454) ; il périt, à son tour, de mort violente. Sur ces entrefaites, les hordes vandales, après avoir ravagé les côtes d’Espagne, de Sicile, d’Italie, occupèrent Rome, sans égard pour le pape Léon F'', qui s’était porté à leur avance, et Genséric s’empara d’immenses ricliesses (455) . L’emirereur Majorien tenta de venger cet outrage : on se débarrassa de lui. Le Pannonien Oreste, ancien secrétaire d’Attila, devenu patrice, prétendit faire un empereur de son fils Romulus Augustule, âgé de six ans. Mais un Hérule de race royale, jeune, hardi et intelligent, Odoacre, le détrôna sans peine et renvoya à Constantinojile les insignes imiiériaux comme inutiles désormais. Sous sa dictée, le Sénat écrivit à Zénon, emiicreur de Constantinojde, que la majesté d’un seul suffisait à l’Orient et à l’Occident, et Odoacre,

(I I [’robablement au lieu dit Maiiriacus Campus. La désignation de € Champs Catalauniques » est trop vague : elle s'applique à toute la Champagne.

ROMAINS ET BARBARES

nommé patrice, gouverna officiellement l’Italie.

Ainsi disparut, sous les coups répétés des Barbares, l Empire d Occident (476) . Les contemporains s’aperçurent à peine de ce grand événement historique, tant avait été misérable la décadence de la puissance romaine.

Odoacre endossa l’habit de patrice, s’établit à Ravenne et gouverna en roi.

Il distribua des terres à ses soldats, s’assura l’alliance des royautés barbares voisines de l’Italie, rendit quelque autorité au Sénat, conserva l’ancienne administration, s’entoura d’une cour semblable à celle des empereurs et observa les lois romaines. Il ne se mêla pas aux querelles religieuses qui troublaient P.ome et se montra tolérant.

Il se maintint pendant treize ans, et l’Italie y gagna quelques années de paix.

La province de Norique ne possédait plus que quelques débris de garnisons romaines. Saint Séverin avait, par son seul ascendant, maintenu tant bien que mal la concorde entre les Ruges et leurs turbulents voisins, les Alamans. Séverin mort, tous les roitelets se firent la guerre, ne s’accordant que pour tyranniser les Romains.

Odoacre résolut de rattacher à l’Italie cette contrée, où il avait passé sa jeunesse. Reçu en libérateur, il nettoya de Barbares la rive droite du Danube, massacra les Ruges sur la rive gauche et vint à Rome célébrer un triomphe, qu’il réprima, il prit le parti de rapatrier en Italie toute la population d’origine romaine. Cette victoire fut l’occasion de sa perte.

LES OSTROGOTHS. — THÉODORIC. — Les Ostro-

goths, qui habitaient alors la Pannonie, accueillirent les survivants des Ruges. Leur roi, Théodoric, de la race des Amales, détenu comme otage à Constantinople, avait été élevé à la cour de Léon P"’, qui, charmé de sa grâce, l’avait traité presque comme un de ses enfants. Devenu tout Romain de goût et d’esprit, il était resté Barbare de caractère, d’où, pendant les règnes de Zénon et de Basiliscos, une suite de brouilles et de réconciliations, de violences contre l’Empire et de sévices comme l’expulsion des Bulgares. Les honneurs qu’il avait reçus ne pouvaient contenter ni son ambition ni les besoins de son peuple. Excité par Lrédéric, héritier royal des Ruges, il contraignit l’empereur à lui permettre de supplanter Odoacre et de s’établir dans la Péninsule. Malgré une énergique résistance et après avoir tenu trois ans dans Ravenne assiégée, Odoacre dut se résigner à traiter. Lidèle aux procédés barbares, Théodoric l’assassina dans un banquet, et c’est ainsi qu il devint maître de

il s’efforça de contenir la puissance des Lrancs et secourut les Wisigoths contre Clovis, dont il épousa néanmoins une sœur; car il eut l’habileté de fortifier son prestige par des alliances de famille, choisies avec soin. Il obtint par la douceur la cessation des incursions vandales en Sicile, et il exerça, tant qu’il le put, une influence pacificatrice. Il réussit ainsi à protéger l’Italie et à reconstituer une grande partie de l’Empire d’Occident.

Des troubles religieux signalèrent la fin de son règne, lorsque, les ariens ayant été persécutés par les empereurs, il usa de représailles contre les catholiques: il dépêcha à Constantinople le pape Jean P'' qui, n’ayant rien obtenu, fut, à son retour, jeté dans une prison où, durement traité, il succomba (526) . Il avait, dit-on, préparé un édit prescrivant la fermeture de toutes les églises catholiques d’Italie, quand il mourut à Ravenne, la même année que le pape Jean. Il était devenu, en vieillissant, inquiet, soupçonneux, voyant partout des complots, et il avait été jusqu’à faire périr, entre autres, Boëce et Symmaque.

Sa fille, Amalasonte, lui succéda ; elle tenta de rétablir la paix publique, mais fut chassée quatre ans plus tard par une révolution de palais, et Justinien profita de cette circonstance pour remettre la main sur l’Italie.

L’œuvre des Barbares avait donc finalement échoué. C’est sans doute qu’elle était toute personnelle à des rois fort au-dessus de leurs sujets. Les Romains acceptaient par force, sans s’y résigner au fond, leur domination; l’Église, très puissante, s’accommodait mal d’un pouvoir hérétique; enfin, l’empereur d’Orient ne pouvait considérer ni comme un délégué un prince dont l’action lui échappait, ni comme un collègue un Barbare et un arien.

Page 1