IV. LE ROYAUME FRANC
Lorsque tomba l’Empire d’Occident, la Gaule presque tout entière était au pouvoir des Barbares ; au sud de la Loire, les Wisigoths ; dans les bassins du Rhône et de la Saône, les Burgondes; dans le nord et dans l’est, sur la rive gauche du Rhin, les Lrancs. Au centre, Syagrius, fils d’Ægidius et chef des Gallo-Romains, résidant à Soissons, avait pris le titre de roi.
Les Lrancs occupaient alors un vaste territoire, coupé par la Meuse. Les Saliens, avec Tournai comme ville principale, étaient
Ravenne. — Église de Saint-Apollinaire le Neuf, construite pour les ariens, par Théodoric. Cl. Ali.nari
Puis, après un soulèvement
l’Italie (493).
Il revêtit aussitôt le costume romain et se fit proclamer par les Goths roi des Ostrogoths et des Romains. D’abord impitoyable à l’égard des partisans d’Odoacre, il distribua des terres à son peuple, puis il se mit à gouverner comme un excellent césar. Il maintint l’ancienne hiérarchie et confia le plus souvent les emplois civils à des Romains, les commandements militaires, ainsi que le gouvernement des provinces, à des Goths; il fut économe et rendit une exacte justice. Quoique arien, il laissa en repos les catholiques.
Avec la paix, l’agriculture refleurit enfin. Des manufactures impériales se rouvrirent. Il affecta de protéger les lettres et les arts, fit bâtir à Rome son palais, restaura divers monuments et entreprit de dessécher les marais Pontins. Il n utilisa pas le talent du rhéteur Cassiodore seulement pour orner sa correspondance; il le prit pour ministre et pour conseiller. Il sut aussi apprécier le sage Boëce, le délicat auteur de la Consolation philosophique.
Déférent dans la forme, Théodoric garda son indépendance visà-vis de l’empereur, dont il avait obtenu la restitution des insignes impériaux. A défaut de sympathie, il imposa le respect à la coui de Constantinople et contraignit Anastase, successeur de Zéon, à le reconnaître. Dans ses rapports avec les rois barbares, il n employa les armes que la ou la ruse et la diplomatie avaient échoué. Il chassa les Bulgares de la partie de la Pannonie qui lui appartenait;
Tombeau de Théodoric a Ravenne (ve siècle). — La coupole est faite dun seul bloc de pierre. Cl. .\lin.vki
140 — LE HAUT MOYEN AGE
Calice dit de saint RemY, conservé dans le trésor de la cathédrale de Reims ; c est, en réalité, un ouvrage du X' siècle. Cl. Xel
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établis sur 'le territoire correspondant à la Flandre actuelle. Les autres Francs, dont Cologne était la capitale, s’échelonnaient des embouchures du Rhin à son confluent avec le Mein à droite, la Moselle à gauche, et, comme ils tenaient les deux rives du fleuve, ils prirent de là le nom de Ripuaires. Il y avait aussi des tribus franques à Thérouanne et à Cambrai. Les Francs allaient, sous le gouvernement des Mérovingiens, s’emparer peu à peu de la totalité de la Gaule et même déborder sur les ■ parties de la Germanie les plus voisines. p-
LES PREMIERS MÉROVIN¬ GIENS. — Le premier Mérovingien connu est un chef franc, Clodion le Chevelu (428-448) , qui fixa sa capitale à Tournai et s’avança jusqu’à la Somme.
Il fut arrêté par Aetius, à la bataille d’Helena ; mais le chef des Gallo-Romains fit la paix avec lui à l’approche des Huns. Sous Mérovée (448-458) , dont la tradition fait le fils de Clodion, les Saliens se battirent, dans le camp d’Aetius, aux Champs Catalauniques.
Les Ripuaires s’étaient partagés entre les Huns et les Gallo-Romains (45 I ) .
Dans sa lutte contre les Wisigoths,
Ægidius, lieutenant d’Aetius, trouva un auxiliaire en Childéric L’’, fils de Mérovée, mort en 481. On voit Childéric chercher dans l’investiture impériale (et ainsi feront ses successeurs) une sorte de légitimation de son pouvoir : il paraît avoir porté le titre de maître de la milice, de même que Clovis recevra de l’empereur Anastase la dignité de Patrice, que ses fils et petits-fils, sollicitant de Byzance des subsides et des instructions, frapjieront des monnaies à l’image des souverains d’Orient, et laisseront appliquer en Gaule la législation de Justinien. Les princes barbares, fort indépendants en fait, cherchaient à tenir de l’empereur un [rouvoir qu’ils exerçaient suivant les règles romaines, tout en continuant d’observer vis-à-vis de leurs soldats la coutume germanique.
à son père Childéric, il ne disposait guère que de six mille guerriers. S’étant assuré l’alliance de petits rois francs, ses parents, il partit de Tournai en 486 et battit près de Soissons le chef des Gallo- Romains. Syagrius se retira près d’Alaric, roi des Wisigoths; mais Clovis envoya réclamer le fugitif, qui lui fut livré et mis à mort.
Le roi franc, comme le montre la célèbre anecdote du vase de Soissons, cherchait, dès ce moment, à s’appuyer sur l’influence des évêques. Ceux-ci, de leur côté, ménageaient un prince païen dont ils pouvaient espérer la conversion et, par la suite, l’appui contre l’arianisme envahissant des Wisigoths. Ils se réjouirent donc de voir Clovis s’emparer de Nantes, bloquer Paris et se trouver maître de la région située au nord de la Loire. Ils lui firent épouser Clotilde, nièce de Gondebaud, roi des Burgondes, et catholique (493) , et ce mariage prépara sa conversion.
Entraîné par son parent, Sigebert, roi de Cologne, dans une guerre contre les Alamans, il les rencontra, non à Tolbiac, où Sigebert avait déjà livré bataille, mais sur un point indéterminé du cours supérieur du Rhin. Voyant ses troupes faiblir et désespérant de ses dieux, il promit au dieu de Clotilde, s’il lui donnait la victoire, de se faire chrétien (496). Il vainquit et tint parole. Instruit dans la foi par saint Remi, évêque de Reims, il reçut le baptême la même année, dans la nuit de Noël, en même temps que trois mille guerriers.
L’Église, d’accord avec les Gallo-Romains, très attachés à la foi catholique, ne vit plus en lui qu’un allié : « Lorsque tu combats, c’est nous qui triomphons », lui disait saint Avit. D’ailleurs, s’il conquit la Gaule, ce ne fut pas par un dessein politique arrêté, mais par une suite de luttes personnelles. Ainsi Clotilde avait à se venger de son oncle Gondebaud, qui avait fait [rérir ses parents : il le vainquit à Dijon et l’obligea à payer tribut (500) . Gondebaud, qui s’était enfui, recouvra sans doute son royaume, mais comme tributaire de Clovis, qu’il aida à combattre les Wisigoths lorsque le roi franc proposa à ses soldats d’enlever aux ariens les territoires qu’ils possédaient en Gaule. La bataille eut lieu près de Poitiers, à Vouiilé, où Clovis tua de sa main le roi Alaric II et faillit être tué lui-même (507). Cette victoire, religieuse autant que politique, fut suivie de la conquête de l’Auvergne par Thierry,
fils de Clovis. Gondebaud défit ensuite les Wisigoths près de Narbonne, et Clovis, après s’être rendu maître de Bordeaux, marcha sur Toulouse (508). Il ne laissa aux Wisigoths, en faveur desquels Théodoric était intervenu, que la Septimanie.
Son autorité fut confirmée par l’empereur d’Orient, mais le fondateur du royaume franc n’avait pas dépouillé, avec le paganisme, son caractère barbare. Pour parvenir à ses fins, il ne reculait devant aucune perfidie, devant aucun meurtre; la plupart des petits rois, ses parents, furent ses victimes. Telle était cependant la rudesse des moeurs à cette époque que ni la pieuse Clotilde, ni l’Église n’y trouvaient à redire. On ne voyait en lui que l’instrument de la Providence; lui-même croyait racheter ses crimes en distribuant de grands biens aux églises.
Quand il mourut, en 5 11, l’État franc s’étendait sur toute la Gaule moins l’Armorique, la Gascogne et la vallée du Rhône. Les Burgondes étaient affaiblis, la puissance wisigothique et celle de l’arianisme avaient été brisées. L’Empire d’Orient acceptait la monarchie franque, que favorisait l’Église des Gaules, de plus en plus forte et influente, et qui était solidement établie sur une double base : la tradition romaine et le catholicisme.
CLOVIS. — FOR.MATION DE L’ÉTAT FRANC. — Lorsque Clovis, âgé de quinze ans à |>eine, succéda
ÉPÉE DE ChILDÉHIC et objets divers trouvés dans son tom beau, à Tournai, en 1665, et offerts à Louis XIV par l'arche vêque électeur de Mayence. Cette é|)ée. dont la lame n’existe plus, était, semble-t-il. de petites dimensions. Une lamelle d’or recouvre la poignée de ho. s. C est le plus ancien monument de la monarchie française et le plus précieux pour l’histoire de I orfèvrerie cloisonnée. Cl. (Iirm im\