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L’HÉRITAGE DE CLOVIS

La conception d’un État véritable était contraire à la tradition germanique : le royaume était, pour les Francs, une propriété privée; les héritiers devaient se la partager, et l’héritage de Clovis fut divisé entre ses quatre fils : Thierry ou

JoUARRE (Seine et- Marne). — Partie mérovingienne de la crypte Saint-Paul. Des voûtes d’arête, probablement refaites à l’époque romane, portent sur des

colonnes à chapiteaux inspirés de l’antique. Les sarcophages sont ceux des abbesses, l'i.. DEi.nioiF.

Sarcophage de saint DraUSIN, évêque de Soissons (église abbatiale : Notre-Dame de Soissons). — Le couvercle est de provenance différente Époque

mérovingienne. — Musée du Louvre, c i. Uiraiuo\.

ROMAINS ET BARBARES

Théodoric (511-534), roi de Reims; Clodomir (51 1-524), roi <d’Orléans; Childebert R'" (51 1-558), roi de Paris, avec le littoral de la Manche; Clotaire R"" (51 1-561), roi de Soissons.

Ce premier partage inaugure une période d’anarchie désastreuse. Clodomir disparaît, tué à la bataille de Vezeronce, livrée contre les Burgondes (524) ; ses fils aînés sont assassinés par Childebert et Clotaire, et le plus jeune relégué au couvent. Thierry meurt en 534, et ses successeurs, Théodebert (534-547) et Théodebald (545-555), étendent leur pouvoir au delà des Alpes et du Rhin. Après la mort de Théodebald, que suit en 558 celle de Childebert, Clotaire reste un moment seul roi (561) ; il en est très orgueilleux et il ne comprend pas que sa gloire ne soit pas éternelle : « Quel est donc le roi du ciel, disait-il à son lit de mort, qui peut ainsi faire mourir les plus puissants monarques? » Il avait épousé Radegonde, qui fonda près de Poitiers le monastère de Sainte-Croix et entretint un commerce intellectuel, resté célèbre, avec le poète Fortunatus, son aumônier et son conseiller.

LES MÉROVINGIENS EN GERMANIE. — En même

temps qu’elle s’étendait sur la Gaule, la domination franque avait un moment paru déborder sur la Germanie; mais cet effort fut éphémère et ne laissa pas de traces profondes, aussi bien en Thuringe que dans le pays des Alamans et en Bavière. En Thuringe, Thierry R*", roi de Reims, intervient à deux reprises, en 526 et en 531, contre le roi Hermanfried, dont il triomphe avec l’aide de son frère Clotaire et des Saxons. Après l’assassinat d’Hennanfried, les Francs sont installés sur le Mein, dans l’actuelle Franconie, où ils se maintiennent en face des Saxons. Sur les Alamans, déjà battus en 496, Théodebert, fils de Thierry, — qui paraît avoir été, après Clovis, le plus remarquable des Mérovingiens, ■ — conquiert la Rhétie (534) ; puis il soumet les Bavarois, tout en leur laissant leurs ducs nationaux, descend vers l’Italie, et, après avoir défait successivement les Goths et les Romains, s’empare de la Cisalpine, que lui cède Vitigès. Mais il meurt en 548, et son fils Théodebald est impuissant à se maintenir au delà des Alpes. En 553, le général romain Narsès anéantit l’armée franque au Volturne. Théodebald meurt deux ans après, et Clotaire, devenu l’héritier unique de la monarchie, a trop à faire en Gaule pour défendre les conquêtes de la branche aînée mérovingienne en Germanie.

LES FILS DE CLOTAIRE. — Comme son père, Clotaire laissait quatre fils. En 561 , un premier partage donna Paris à Charibert (561-567), Orléans et la Bourgogne à Contran (561-592), Soissons et la Neustrie, entre la Loire et l’Escaut, à Chilpéric (561-584), Metz et l’Austrasie, qui s’étendait sur les deux rives du Rhin, à Sigebert (561-575). La ville même de Paris restait indivise et les frères s’engagèrent, par les serments les plus solennels, à n’y pénétrer chacun qu’avec la permission des autres.

Dès ce moment, mais surtout après la mort de Charibert (567),

se manifeste un antagonisme qui ira croissant entre la Neustrie, plus riche, plus policée, héritière de la culture gallo-romaine, et l’Austrasie au sol ingrat, ayant plus fidèlement conservé le costume et les goûts guerriers des peuplades germaniques.

Les frères étaient fort différents.

Chilpéric, frotté d’éducation latine, affectait d’aimer les lettres et de se connaître en théologie ; il faisait même de mauvais vers latins, ce qui ne l’empêchait pas d’être le plus vio- Vue intérieure du brmtistère Saint-Jean, à Poitiers. lent de tOUS. Chaconstruit de 320 a 330. Cl. xkckdlin. nbert se posait en

juriste. Contran avait des manières douces, que troublaient de furieux accès de colère.

La mort de Charibert, en 567, entraîna, avec un nouveau partage, un inimaginable chaos géographique, et aux difficultés qui en résultèrent s’ajouta une rivalité féminine. Sigebert avait fait une alliance brillante en épousant Brunehaut, fille du roi des Wisigoths, Athanagild; Chilpéric, jaloux, demanda et obtint la main de Galeswinthe, sœur de Brunehaut, qui ne le prit pour mari qu’à son corps défendant. Une servante du palais, aussi belle que fourbe, dissolue et avide, Frédégonde, supplanta bientôt Galeswinthe dans le cœur du roi, dont elle avait été la concubine, et, ne connaissant plus que sa passion, elle fit étrangler la reine dans son lit (567).

Contran intervint aussitôt et son frère fut condamné à donner à Brunehaut, sœur de Galeswinthe, les cinq cités d’Aquitaine que la malheureuse princesse avait reçues à titre de morgengabe. Chilpéric s’exécuta, mais déclara bientôt la guerre à Sigebert, qui, après divers incidents, se fit proclamer roi des Francs occidentaux à Vitry-sur-la-Scarpe et bloqua les troupes neustriennes à Tournai. Frédégonde, qui s’y trouvait avec son mari, le fit assassiner par deux sicaires (575).

Pendant que Childebert, âgé de cinq ans, était proclamé, à Metz, roi d’Austrasie, Brunehaut, sa mère, était exilée à Rouen. Là, un fils de Chilpéric et d’Audovère, Mérovée, s’éprit de sa tante et l’épousa. Enfermé dans un cloître par ordre de Chilpéric, il put s’évader, mais supplia ses compagnons de le tuer pour échapper à la vengeance de son père (577). L.’évêque de Rouen, Prétextât, qui avait béni le mariage au mépris des lois canoniques, fut exilé, probablement à Jersey. Il recouvra la liberté après la mort de Chilpéric, assassiné à Chelles, mais il tomba bientôt luimême, poignardé au pied des autels. On Imputa ce double crime à Frédégonde, dont le fils, Clotaire II, devint roi de Neustrie sous la tutelle de Contran, roi des Burgondes et dernier fils survivant de Clotaire R''. Contran, animé de sentiments équitables, protégea néanmoins Childebert II, fils de Sigebert et de Brunehaut. Il conclut même avec ce dernier, en 587, le traité d’Andelot, qui fixa le statut des leudes.

Frédégonde mourut en 597, ayant souillé son gouvernement de tous les crimes. Débarrassée de sa terrible rivale, Brunehaut n en demeura pas moins assoiffée de domination; mais, comme elle s’appuyait sur l’élément gallo-romain, les leudes, mécontents de son gouvernement, la livrèrent à Clotaire II, et elle périt en 613, attachée à la queue d’un cheval indompté.

Clotaire II, alors seul roi des Francs, fut le prisonnier des leudes, dont la puissance allait grandissant. Si le traité d’Andelot n’a pas, à ce point de vue, l’importance qu’on lui a attribuée, du moins la Constïluûon perpétuelle, proclamée à la suite du concile de Paris, en 614, a-t-elle indirectement limité les droits du roi en matière administrative, judiciaire et fiscale, et réglé l’élection des évêques.

Clotaire II dut laisser à l’Austrasie une certaine indépendance et même lui donner comme roi particulier (623) son fils Dagobert, qui s’attribua, en outre, à la mort de son père, la Bourgogne et la Neustrie. Contrairement à la loi successorale, il ne laissa à son frère Caribert que l’Aquitaine.

DAGOBERT R^ — Le règne de Dagobert marque l’apogée de la puissance mérovingienne. Ce monarque, doux et prudent, gouverna avec fermeté et mérita, par ses qualités de justicier, le surnom de « Salomon des Francs ». Il parcourut le pays pour, veiller à ce que la justice fût bien rendue, et on lui fait honneur d’un certain nombre de capitulaires. Il eut pour principaux conseillers Éloi, aussi célèbre par son légendaire talent d’orfèvre que par ses vertus, et le référendaire Ouen ou Dodon. Saint Éloi. devenu évêque de Noyon,

ChaPITE.^U .mérovingien de la crypte de Saint- Laurent. à Grenoble (VII*“ siècle). — Les chapiteaux de cette crypte sont surmontés d’une pierre taillée en forme de pyramide tronquée renversée, disposition en vogue aux VI® et VII® siècles. La mollesse des figures est héritée des sculptures gallo-romaines.

Cl. Gir.\i’don.

LE HAUT MO^’EN' AGE

RaVENNE ; BASILIQUE DE SaINT-VitaL. — Édifiée sur le modèle de Sainte-Sophie de Constantinople, de 526 à 547, sous le règne de Justinien, par l'archevêque Ecclesius et consacrée par saint Maximien, cette église est remarquable par ses

mosaïques. Cl. Alixari.

fonda des hôpitaux, bâtit des monastères et travailla à la conversion des païens, encore nombreux dans son diocèse, notamment dans les Flandres.

Dagobert s’attira la gratitude de l’Église en favorisant le développement de la vie religieuse, mais aussi ses reproches, en donnant l’exemple de la débauche. Sa cour était brillante et somptueuse: il aimait le luxe et les arts.

Il fit des expéditions en Aquitaine, en Italie, en Germanie et combattit les Esclavons et les Bulgares. Il reçut l’hommage de Judicaël, duc des Bretons, et celui d’Aigyna, duc des Vascons. Il eut de bonnes relations avec l’Empire d’Orient. Ses efforts pour maintenir les leudes dans leur devoir d’obéissance ne furent pas toujours couronnés de succès, et il dut même accorder aux Austrasiens un roi particulier, son fils Sigebert.

Il mourut en 638 à l’abbaye de Saint-Denis, qu’il avait richement dotée, et où il voulut être inhumé. C’est depuis ce temps que Saint-Denis fut le lieu de sépulture des rois de h rance.

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