VI. LES ANGLO-SAXONS
Au moment de l’invasion romaine, la Grande-Bretagne et l’Irlande étaient occupées par des peuples de race celtique. La domination romaine ne dépassa pas la muraille allant de l’embouchure de la Clyde au Firth-of-Forth. Les Pietés d’Écosse gardèrent leur indépendance, ainsi que l’Irlande, important foyer de druidisme.
La province de Bretagne fut la première abandonnée par les Romains lorsqu’ils furent menacés par Alaric (408) . Elle n’avait subi que superficiellement l’influence de la civilisation latine : c’est par l’intermédiaire de l’Église et des moines que cette civilisation marqua réellement de son empreinte la population des îles Britanniques. Pietés et Scots d’Écosse, Lognens à l’est et au sud. Cambriens ou Gallois à l’ouest restèrent en présence. La paix romaine avait disparu avec l’occupation. Les Pietés, donnant libre carrière à leurs instincts belliqueux longtemjrs comprimés, commencèrent à désoler leurs voisins de leurs incursions. Les Logriens et les Gallois élurent un chef commun, qui résidait à Londres, mais ils se brouillèrent, chacun des deux peuples voulant que le « pentgern » fût tiré de son sein; puis, contre l’ennemi commun, le Scot, ils eurent la malencontreuse idée d’appeler à leur secours les Saxons, les Angles et les Jutes, écumeurs germains de la mer du Nord et de la Manche. En récompense de leurs services, les chefs saxons Hengist et Horsa reçurent l’île de Thamt. à l’embouchure de la Tamise.
L’extase de saint Grégoire. — Un de ses diacres, nommé Pierre, ayant percé le rideau de son stylet, le contemple. Miniature initiale d’un recueil des « Dialogues » de saint Grégoire provenant de 1 abbaye de Saint-Laurent, à Liège (XIP siècle). Bibliothèque royale de Belgique.; Cl. (imArnoN.
ROMAINS ET BARBARES
Le premier se rendit maître du pays entre la Tamise et la Manche, choisit Cantorbéry pour capitale et prit le titre de roi de Kent. Hella fonda en 491 le royaume de Sussex, et Cerdix, en 516, celui de M'essex (Winchester). C’est contre ces derniers envahisseurs que, d’après la légende, le fameux roi Arthur lutta victorieusement en douze combats. Un quatrième royaume saxon, Essex, fut fondé en 526. Enfin, les Angles en établirent trois autres : Northumberland, Est-Anglie (Norwich) , Mercie (Lincoln ou Leicester) . Ainsi, pendant que l’Écosse et l’Irlande, foyers du druidisme, restaient libres, l’ancien territoire occupé par les Romains se trouvait divisé en sept royaumes saxons. Ce fut Vheplarchie.
L’invasion anglo-saxonne détermina une émigration dans la presqu’île armoricaine, qui prit dès lors le nom de Bretagne, et l’influence celtique se substitua à la civilisation romaine.
Le christianisme avait probablement pénétré dans l’île de Bretagne dès le début du IV'^' siècle. Il fut enseigné à l’Irlande par saint Patrick et aussi par saint Columba, qui, après avoir fondé l’important monastère de l’île d’Iona, se rendit en Écosse, dont il fut l’apôtre à la fin du VI® siècle. Un autre moine irlandais, saint Columban, passa sur le continent, fonda notamment en Gaule l’abbaye de Luxeuil, dut s’éloigner devant l’hostilité de Brunehaut et créa, en Allemagne, en Italie, plusieurs monastères. En Allemagne, il fut secondé par saint Gall.
Les Anglo-Saxons demeuraient païens. Le pape Grégoire envoya chez eux une mission conduite par saint Augustin, prieur de Saint- André de Rome. Autorisé à s’établir à Cantorbéry, saint Augustin n’eut pas seulement à agir sur les païens; les chrétientés celtiques reconnaissaient Rome, mais ils voulaient garder leurs coutumes et repoussaient toute accointance avec l’Église anglo-saxonne. Leur résistance ne s’éteignit qu’après deux siècles de lutte. C’est un Anglo-Saxon, Bède le Vénérable, mort en 735, qui fut le savant historien de l’histoire d’Angleterre, et c’est aussi un Anglo-Saxon, saint Boniface, qui fut l’apôtre de l’Allemagne, où il subit le martyre.
RÉSULTAT GÉNÉRAL DES INVASIONS. — Avec
le VI® siècle se termine l’ère des grandes invasions.
Elles ont en grande partie détruit l’œuvre de Rome, et les peuples barbares, libérés des liens légers qui les rattachaient à l’Empire, s’organisent en nations. L’Italie ne tardera pas à échapper complètement à la domination byzantine et la puissance temporelle des papes va introduire un élément nouveau et considérable dans la politique européenne. La féodalité, qui s’élabore partout, élimine, même en Italie, les restes de la centralisation impériale.
Cependant, une autre unité, d’ordre moral, se constitue; les hérésies ont été victorieusement combattues, et le christianisme rapproche de plus en plus toutes les consciences. L’usage de la langue latine, demeuré commun à toute l’Église, est la marque et l’instrument de cette nouvelle unité. Grâce à l’idée chrétienne et au profit de cette idée se crée une solidarité nécessaire : s’il n’y a plus d’Empire, il y a déjà presque une Europe.
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