‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 156 sur 344 · DE SES ORIGINES A L’AVÈNEMENT DE LA DYNASTIE MACÉDONIENNE · texte numérisé non relu

DE SES ORIGINES A L’AVÈNEMENT DE LA DYNASTIE MACÉDONIENNE

E PARTAGE DE L'EMPIRE A LA MORT DE THÉODOSE (395) . — Lorsque, en 395, mourut l’empereur T liéodose, le partage de sa succession entre ses fils Arcadius et Hononus n’eut point, aux yeux des contemporains, l’importance que l’on attribua plus tard à cet événement. Il y avait deux empereurs, l’un en Orient, l’autre en Occident; mais l’unité de la monarchie ne paraissait point rompue. En fait, cependant, malgré la persistance d’une fiction longtemps respectée, la période qui s’ouvre en 395 marque pour l’Empire romain d’Orient une profonde transformation. C’est à ce moment, sous les médiocres et faibles successeurs de Théodose : Arcadius (395-408) , Théodose II (408-450), Marcien (450-457), et sous les princes de la maison de Thrace : Léon P'’ (45 7-474), Zénon (474-491), Anastase (49 1-518), que la monarchie orientale commence à prendre sa physionomie propre.

A la fin du IV siècle, de graves problèmes se posaient pour l’Empire romain d’Orient. Comment allait-il, au dehors, résister à l’assaut de l’invasion barbare qui le menaçait? Comment allait-il, au dedans, supporter la crise religieuse qui se préparait? Comment allait s’achever, enfin, l’évolution qui de l’Empire romain tendait à faire une monarchie orientale? Telles sont les questions qui dominent l’histoire de cette période.

LA CRISE DE L’INVASION. — Tandis qu’en Occident, au cours du V”' siècle, les Barbares se taillaient des royaumes dans les lambeaux de l’Empire romain, l’Empire d’Orient résistait mieux aux envahisseurs germains ou huns. Sans doute, dès 376, Valens avait ouvert l’Empire aux Wisigoths fuyant devant la poussée hunmque, et la victoire d’Andrinople (378), où l’empereur périt, avait donné aux Barbares la conscience de leur force. Sans doute.

l’établissement que Théodose leur concéda ensuite en Mésie et en Thrace, la large place qu’il leur fit dans les légions romaines accrurent encore leur importance : de sorte que, quand Théodose mourut, on put croire un moment que l’Empire affaibli allait succomber sous l’attaque des Wisigoths. Alaric, leur chef, envahit la Macédoine et la Thessahe dégarnies de troupes, et, à travers la Grèce centrale, pénétra jusque dans le Péloponnèse. Cerné par Stilicon dans les monts Pholoé, au nord d’Olympie (396) , il réussit à s’échapper, peut-être avec la connivence secrète de son adversaire. Furieux de ce contretemps, heureux aussi de faire pièce à son frère, Arcadius conféra au roi wisigoth les fonctions de maître de la milice dans l’Illyricum : position admirable, d’où le Barbare dominait à la fois la route de Byzance et celle de Rome. Et pendant quelques années, les Goths semblèrent vraiment les maîtres.

D’heureux hasards délivrèrent l’Empire du péril wisigoth. En 402, Alaric se jeta sur l’Italie, et, s’il revint dans l’Illyricum, finalement il retourna en Orient, où la mort du meilleur général d’Honorius lui laissait le champ libre (408) .

Lorsque, du Don à la Pannonie, grandit sous Attila l’Empire .des Huns, la faiblesse de Théodose II, dont le seul talent était de copier avec élégance des manuscrits (on l’a surnommé le CalU-

graphe) , attira d’abord sur l’Orient la menace barbare. En 441,

Attila franchissait le Danube, menaçait Constantinople, imposait un tribut à l’Empire; il reparut en 447, et, de nouveau, se fit chèrement acheter sa retraite. Aussi put-on croire, lorsqu’en 450 Marcien osa refuser le tribut, qu’une lutte terrible allait s’engager; cette fois encore, les circonstances détournèrent vers l’Occident l’attention d’Attila : à son retour, sa force était affaiblie, et bientôt la mort détruisit le redoutable empire qu’il avait fondé (453).

L’Orient eut à compter enfin avec les Ostrogoths. Établis en Mésie inférieure, en Scythie (473), en Thrace, ces fœderali indociles se mêlèrent aux luttes qui, à la mort de Léon, mirent aux

prises Zénon et Basiliscos (475), et, pendant plusieurs années, l’Empire eut à subir leurs exigences. En 487, leur chef, Théodoric,

La grande muraille de Constantinople. — Lorsque, au commencement du V' siècle, on agrandit la ville fondée [lar Constantin, une nouvelle enceinte fut construite, sous le règne de Théodose 11, par le préfet du prétoire Anthémius (413) et complétée, après le tremblement de terre de 447. par le préfet Constantin. Elle allait de la mer de Marmara au fond de la Corne d’Or; elle subsiste encore en grande partie. Composée de deux murailles que précède un fossé, bordé d’un parapet, elle est un des plus beaux exemples de

1 architecture militaire byzantine. Ci., iskuah.

La porte d’Or. — Dans l’enceinte actuelle du château des Sept-Tours s’ouvre la porte d Or, l’ancienne porte triomphale par où les empereurs faisaient dans la capitale leur entrée solennelle. A la fin du IV siècle. Théodose le Grand et, en 447, Théodose 11 y apportèrent divers embellissements.

L’EMPIRE ROMAIN D’ORIENT

Sainte-Sophie, a Constantinople. — Bâtie de 532 à 537 par Justinien, Sainte-Sophie est le chef-d œuvre de l'art byzantin au Vl“ siècle. De 1 extérieur, 1 édifice, dont Anthémius de Tralles et Isidore de Milet furent les architectes, semble assez lourd, et les massifs contreforts dont on a dû l’étayer rendent moins puissant l'effet que produit sa colossale coupole. D ailleurs, au VC siècle, les églises byzantines, avec leurs murs de brique nue, offrent toutes un aspect assez indigent. Cl. Bonfils.

paraissait devant Constantinople. Comme pour Alaric, comme pour Attila, la diplomatie impériale réussit à le détourner vers l’Occident en lui proposant la conquête de l’Italie.

LA CRISE RELIGIEUSE. — Le concile de Nicée, en condamnant l’arianisme, en proclamant que le Christ était de même essence que Dieu, avait ouvert la porte à un débat fort grave. Si le Christ était Dieu, comment était-il aussi «le fils de l’homme»? Comment s’unissaient en sa personne l’humanité et la divinité? A ce problème, Nestorius, patriarche de Constantinople depuis 427, répondit en distinguant nettement la nature humaine et la nature divine et en refusant le titre de « Mère de Dieu » (Theolokos) a la Vierge. Cyrille, patriarche d’Alexandrie, prit le parti contraire, faisant disparaître presque à l’excès la nature humaine dans l’essence divine. Pour comprendre que ces controverses aient agité et divisé l’Orient, il faut se rendre compte, d’une part, que dans un débat oiseux en apparence était engagé au fond le problème même de la rédemption ; d’autre part, que sous les formules religieuses se cachaient de graves intérêts politiques. Le patriarche d’Alexandrie, fier du grand rôle que ses prédécesseurs avaient joué au IV'^ siècle, aspirait à devenir le pape de l’Orient; il était jaloux de tout ce qui pouvait grandir l’évêque de Constantinople : c’est pourquoi Cyrille se posa en adversaire de Nestorius. Comme il eut pour lui r appui de Rome, désireuse elle aussi d’abaisser le patriarcat de la capitale, et l’impératrice Pulchérie, qui gouvernait au nom de son frère Théodose II, il put, au concile d’Éphèse (431 ) , obtenir la déposition de Nestorius et la condamnation de sa doctrine. Toutpuissant désormais dans l’Orient tout entier, Cyrille apparut à la chrétienté comme un second Athanase.

On le vit bien quand, quelques années plus tard, l’archimandrite Eutychès, exagérant la doctrine cynllienne, alla jusqu’à mer dans le Christ l’existence de la nature humaine et enseigna le monophysisme. Contre les adversaires d’Eutychès, Dioscore, patriarche d Alexandrie, prit violemment parti, et les fit condamner dans ce concile d’Éphèse (449), auquel les brutalités qui le marquèrent ont valu le nom de « brigandage d’Éphèse ». Cette fois, c’en était trop. Contre Alexandrie trop puissante, Rome, avec le pape Léon I", se retourna; contre le patriarche, triomphant de l’État même, l’empereur Marcien se prononça. Le concile de Chalcédoine

(45 1 ) déposa Dioscore, condamna les monophysites, et imposa comme règle de la foi orthodoxe les formules dogmatiques rédigées par la papauté.

Ces condamnations ne terminèrent point la lutte. Appuyés sur les tendances séparatistes de la Syrie, de l’Égypte, les monophysites résistèrent; et, contre eux, de plus en plus, l’Église orientale fit appel à la protection de l’État. Ainsi l’empereur put imposer sa volonté aux conciles, et docilement l’Église abdiqua entre les mains du prince la conduite des affaires ecclésiastiques. C’était là une chose grave. On le vît bien, quand l’empereur Zénon, dans l’espoir de terminer ces querelles, promulgua l’édit d’union, ou Hénotikon (482) , qui n’aboutit qu’à augmenter les troubles, et quand un peu plus tard l’empereur Anastase, partisan des monophysites, aggravant encore la rupture consommée depuis 484 avec Rome, fit des disputes religieuses un perpétuel prétexte à la guerre civile.

LA CONSTITUTION DE LA MONARCHIE ORIEN¬ TALE. — Pendant ces crises, l’Em.pire romain d’Orient achevait de se transformer. Depuis qu’en 476 l’Empire d’Occident avait disparu, c’est en Orient que la monarchie avait la plus grande partie de ses possessions et les meilleurs éléments de sa force; et ceci déjà lui donnait une empreinte particulière. Au contact de l’Orient se précisait le caractère absolu et sacré du pouvoir impérial : c’est au milieu du V’ siècle que l’usage s’établit du couronnement de l’empereur par le patriarchat; c’est au courant du V® siècle que se développèrent, à Constantinople, le souci de l’étiquette et le luxe de la cour. Les querelles religieuses, en provoquant l’hostilité de l’Église orientale contre la papauté, en amenant bientôt la rupture ouverte avec Rome, ne contribuèrent pas moins à faire un monde à part de la partie orientale de l’Empire. Le péril extérieur, enfin, en attirant du côté de la monarchie sassamde toute l’attention des empereurs, déplaça dans le même sens l’axe de la monarchie.

Mais l’Empire d’Orient s’affaiblissait en même temps qu’il se transformait. La rédaction du Code Théodosien, où furent rassemblées les Constitutions promulguées depuis Constantin, et la construction de la grande muraille de Constantinople, ont sauvé de l’oubli le nom de Théodose II : elles ne peuvent dissimuler l’incapacité du souverain. D’autre part, l’extinction de la maison

LE HAUT MO'ï’EN AGE

■héoduMfnne ouvrit une ère de révolutions militaires et d’intrigues de j.alnis. Au moment où mourait Anastase (318), malgré les Ixmni'^ intentions qu’il avait apportées dans son gouvernement, ■’l.mpirf, troublé par les luttes civiles, par les querelles religieuses, par l’agitation de la capitale et le mécontentement des provinces, affaibli par la rupture avec Rome, menacé au dehors par la nionaivliie perse, traversait une crise redoutable.

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