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II. L’EMPIRE ROMAIN D’ORIENT AU VP SIÈCLE. JUSTINIEN

JUSTIN I''' (518-527). — A la mort d’Anastase, une intrigue de palais [rorta au trône un soldat de fortune, Justin. C’était i:n paysan de l’Illyricum, que sa bravoure avait élevé aux hauts emplois de l’armée et qui, devenant empereur à l’âge de soixantedix ans, eût été sans doute assez embarrassé du pouvoir s’il n’avait eu auprès de lui, pour le guider, son neveu Justinien. C’est Justinien qui, dès le début du règne, provoqua la réconciliation avec la papauté, prélude des ambitions politiques qu’il nourrissait sur l’Italie : et ce rapprochement eut en Orient, pour contre-partie nécessaire, la persécution contre les monophysites. C’est Justinien qui, par son habileté, écarta les difficultés qui pouvaient compromettre la solidité du nouveau régime. Et ainsi, gouvernant au nom de son oncle, en attendant qu’il montât lui-même sur le trône (l’’’ août 52 7), Justinien, pendant près d’un demi-siècle, dirigea les destinées de l’Empire.

JUSTINIEN (527-565) ET THÉODORA. — Ce personnage fameux est des plus difficiles à connaître et à comprendre. Le portrait officiel qu’on en voit à Saint-Vital de Ravenne montre assez exactement, bien qu’un peu rajeuni, l’aspect extérieur de Justinien. Au moral, les contemporains vantent la simplicité de ses manières, l’affabilité de son accueil, la puissance de travail qu’apportait à l’expédition des affaires, avec un souci peut-être excessif du détail, « l’Empereur qui ne dort jamais ». D’humeur naturellement autoritaire, il tenait à s’occuper de toutes choses, et son impérial orgueil s’attribuait en toutes matières une compétence universelle. Aussi se défiait-il de quiconque semblait de taille à discuter ses ordres, et ses meilleurs serviteurs furent les victimes de ses soupçons et de sa jalousie. Sous ces dehors absolus se cachait une âme indécise et faible. Et, au total, malgré d’incontestables qualités, l’homme, avec son activité réelle mais brouillonne, sa vanité souvent puérile, son despotisme jaloux, son caractère dissimulé et parfois cruel par peur, apparaît plutôt médiocre.

Pourtant, le paysan de Macédoine, le parvenu monté sur le trône, sut être le continuateur et l’héritier des empereurs romains.

Peu de princes ont eu, plus que lui, le sentiment de la dignité impériale.

Du jour où il s’assit sur le trône de Constantin, il revendiqua, dans toute son étendue, l’héritage de l’antique Empire des Césars; il considéra comme le devoir essentiel de sa fonction impériale de reconstituer dans son intégrité cette unité romaine, dont les Barbares s’étaient i)artagé les lambeaux. de relever ces droits historiques imprescriptibles, que ses prédécesseurs avaient soigneusement réservés sur l’Occident perdu; et de là, par une conséquence logique, devait sortir toute la conduite de sa jjohtique extérieure.

Le même principe insinra au dedans Mm gouvernement. Tout dut déjjendre de sa volonté souveraine : l’État, la loi. la religion.^ Fort de l’infaillibilité c)ui aiipartient a la fonction imi)ériale, il voulut être législateur comme il voulut être conquérant. Soucieux d’exercer cette fonction pour le plus grand bien de Ff-.inpire, il voulut être réfor¬

mateur. Désireux, enfin, de la parer de toutes les magnificences, il voulut que l’appareil de la monarchie fût pompeux et magnifique. Pour rehausser la splendeur de sa capitale, rien ne lui coûta, et Sainte- Sophie fut le monument incomimrable de son orgueil.

Mais, depuis Constantin, l’empereur romain n’était pas seulement l’héritier des Césars païens : il était le champion de la religion, le chef suprême de 1 Église. Cette part de l’héritage, Justinien l’accepta aussi. Naturellement dévot, il avait du goût pour les controverses religieuses, une solide érudition théologique, un réel talent oratoire. Il s’occupa donc volontiers des choses de I^Lglise’ et prétendit dogmatiser comme il avait réformé et légiféré. Mais surtout il se tint, étant empereur, pour l’élu que le Seigneur a, par choix spécial, préposé à la conduite des affaires humaines. Ses gueiies furent en conséquence des entreprises religieuses autant que politiques. Un des soucis essentiels de sa diplomatie fut, d’autre part, d amener à la foi chrétienne les peuples païens : les missions fuient un des traits caractéristiques de la politique byzantine au \ I® siecle. Et ainsi, champion de Dieu, protecteur de l’Église, allié et tuteur de la papauté, Justinien fut le représentant éminent de ce

qu on a nommé « le césaropapisme ».

A côté de lui, il faut, dans le gouvernement de l’Empire, faire place à sa femme, l’impératrice Théodora.

Au temps où il n était encore que l’héritier présomptif du trône, il rencontra, vers 520 environ, cette jeune femme jolie, intelligente, spirituelle.

Fille d’un gardien des ours à l’Hippodrome, elle avait, comme actrice, scandalisé la capitale par l’éclat de ses aventures; elle n’en prit pas moins très vite sur le prince une influence si puissante qu’à toute force il voulut 1 épouser : Justin y consentit. Quand Justinien fut associé au trône, elle y rnonta avec lui, et, pendant plus de vingt ans (52 7-558), cette aventurière passée impératrice exerça sur la conduite des affaires publiques une action souveraine. Les contemporains s accordent a dire qu elle gouverna autant que Justinien, et peut-être davantage.

C est qu aussi bien cette grande ambitieuse, malgré ses défauts et ses vices, avait des qualités d’homme d État : un courage calme, dont elle donna la jireuve aux heures terribles de la sédition « Nika », une énergie fière, un esprit lucide et ferme, une volonté résolue et forte. Par là, elle fut en toutes choses la collaboratrice de Justinien, dans la direction de la diplomatie comme dans le choix des fonctionnaires, dans la réforme législative comme dans la politique religieuse, où sa souple intelligence entrevit des solutions assez conformes aux

SaINT-ApoI.LINAIHE NUOVO, a I^AVENNE. — Commencre sous T héodüric (elle s ap[)elail alors Saint-Martin au ciel d’or), comjrlétée dans sa décoration sous Justinien, entre 556 et 565, cette église est une basilique à trois nefs, précédée d’un narthex. Trois zones superposées de mosaïques la décorent, et l’effet en est extrêmement Imposant.

Cl.. Amnaki.

Chapiteau de Saint- 'Vital, a Ravenne. - Aucha-

f liteau théodosien, généralement employé au V siècle, e VI® siècle substitua le chapiteau imposte, richement décoré de sculptures, et le chapiteau à corbeilles, dont Samte-Sophie offre de beaux exemplaires, l.e chapiteau de Saint-Vital est un chapiteau imposte. L ornement s applique sur les faces comme une dentelle découpée à jour, dont le réseau compliqué se détache sur un fond d’ombre. Souvent, l’ornement se rehausse de couleur et d’or. Cl. Ali.sari.

DEUX MOSAÏQUES DE SAINT-VITAL DE RAVENNE (VL' SIÈCLE). Cl. auvaim.

Justinien et sa COLK. Grand tableau en mosaic]ue situe dans le chœur de Saint-Vitai de Ravenne i il représente Justinien escorté de hauts dignitaires civils et ecclésiastiques et de soldats. Il y a tout lieu de penser que cette mosaïque, qui date de 547, offre les portraits authentiques des personnages; elle donne, en outre, une image intéressante du cérémonial et des costumes de la cour byzantine.

ThÉODORA ET SA COUR. — En face du tableau représentant Justinien, une autre mosaïque montre Théodora escortée de son cortège de femmes. Ici encore, les personnages doivent être ressemblants. Certains traits expriment bien le caractère de la souveraine: on notera le luxe de sa toilette, la splendeur du manteau de pourpre garni d une broderie d or figurant 1 Adoration des Mages, la magnificence des bijoux, la pompe dont i impé

ratrice est environnée.

JtlSTOIRE GÉNÉRALE. 1. — 1 3.

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Sainte-Sophie. Vue intérieure. — La coupole de Samte-Sophie s appuie sur quatre grands arcs, que soutiennent quatre piliers colossaux. Elle est, à l’est et à l’ouest, contre-butée par deux demi-coupoles, épaulées à leur tour par trois niches plus petites. Merveille de science et d audace, Sainte-Sophie n’est pas moins remarquable par la splendeur de sa décoration : des marbres polychromes revêtent ses murailles ; des mosaïques, cachées aujourd’hui sous le badigeon, ornent sa coupole, son abside et SCS voûtes» Cl.. Sbhau.

intérêts de l’État, et qui, si elles s’étaient réalisées, auraient, en faisant l’Empire plus uni et plus fort, changé peut-être le cours de THistoire.

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