LA DIPLOMATIE
GUERRES. — RAPPORTS AVEC LES BARBARES. — Au moment où Justinien montait sur le trône, l’Empire était en pleine crise. La guerre perse, fâcheux contretemps pour la poursuite des desseins que l’empereur formait sur l’Occident, venait de recommencer : on la termina le plus tôt possible par la paix de 532, qui rendait au prince l’entière disposition de ses forces. A l’intérieur, la rivalité des partis du cirque, que l’on désignait sous les noms de «Verts» et de «Bleus», entretenait dans la capitale un état de fermentation redoutable qu’aggravait encore la corruption de l’administration. De ce mécontentement sortit la « sédition Nika », où faillit sombrer le trône de Justinien (janvier 532) .
L.a répression sanglante de l’émeute rétablit l’ordre à Constantinople, et Justinien put entreprendre alors l’œuvre qu’il rêvait : restaurer en Occident l’autorité romaine.
Chez les Vandales d’Afrique comme chez les Ostrogoths d’Italie, une habile diplomatie lui avait préparé les voies : une armée solide, composée surtout de mercenaires, mais commandée par d’excellents généraux, allait être l’instrument de ses desseins.
La guerre d’Afrique (533-534) fut de courte durée. En 531, le roi des Vandales, Hildéric, détrôné par Gélimer, faisait appel à l’appui de Justinien. Sans tarder, la diplomatie byzantine intervint pour réclamer le rétablissement du souverain déchu, et Gélimer, sentant la lutte inévitable, refusa toute satisfaction. Justinien n’hésita pas : le 22 juin 533, Bélisaire s’embarquait avec une armée de 1 5 000 hommes; et, grâce à la faiblesse des Vandales, grâce à la neutralité des Ostrogoths, grâce aux sympathies des catholiques d’Afrique, il suffit, pour détruire le royaume barbare, de quelques semaines et de quelques régiments de cavalerie. Le 13 septembre 533, les Byzantins remportaient la victoire de Decimum, qui leur livrait Carthage. Vainement, le roi vandale tenta de reprendre sa capitale ; il dut lever le blocus, et la déroute de Tricanarum (décembre 533) ruina ses dernières espérances. Luimême, cerné dans son refuge du mont Pappua, dut se rendre au vainqueur (534). Et Justinien, croyant la guerre terminée, rappela Bélisaire; il prit les titres de V andalique et à' Africain, et se flatta de réorganiser selon les règles de l’administration romaine la province qu’il jugeait pacifiée. En fait, il fallut quatorze ans encore pour achever l’œuvre de la restauration impériale : après les Vandales, on dut soumettre les tribus berbères, et même, quand en 548 l’autorité byzantine fut définitivement établie, seule la moitié orientale de l’Afrique romaine rentra sous le sceptre de Justinien.
La conquête de l’Italie (535-554) fut plus longue que celle de l’Afrique, mais les mêmes circonstances la favorisèrent et les événements y suivirent un cours assez semblable. En 535, la fille de Théodoric, Amalasonte, renversée par une révolution nationale, fut emprisonnée d’abord, puis assassinée par ordre de son mari, Théodat; la diplomatie byzantine chercha dans ces événements un prétexte d’intervention, puis de guerre. Théodat ne valait pas mieux que Gélimer et l’alliance des Francs rendit contre les Ostrogoths les mêmes services qu’avait rendus contre les Vandales la neutralité des Ostrogoths. Dès la fin de 535, Bélisaire occupa la Sicile; puis il prit Naples et entra à Rome sans coup férir (décembre 536) . Mais les Ostrogoths avaient gardé plus d’énergie que les Vandales. Ayant renversé Théodat, ils mirent à sa place Vitigès, qui, avec une armée de 150 000 hommes, marcha sur Rome, où, pendant toute une année (mars 537-mars 538), il assiégea Bélisaire. Les progrès byzantins dans le reste de l’Italie obligèrent le roi goth à lâcher Rome: bientôt cerné dans Ravenne (fin 539) , il dut, après une résistance de six mois, se résigner à se rendre et à abdiquer (mai 540) .
Comme en Afrique, Justinien crut la guerre terminée; orgueilleusement, il prit le titre de Gothique, rappela Bélisaire, réduisit le corps d’occupation et organisa en province romaine l’Italie reconquise. Mais, dès la fin de 541, sous un chef nouveau, Totila, aussi
remarquable par sa chevaleresque bravoure que par ses séduisantes qualités, les Goths reprenaient la lutte; pendant onze ans, ils allaient tenir en échec les forces impériales.
Pour arrêter les progrès de Totila, Justinien renvoya en Occident Bélisaire (544) ; mais, sans argent, presque sans soldats, le général byzantin ne put rien faire. 11 assista impuissant à la prise de Rome (décembre 546) , et, finalement, désespéré, mal soutenu par ses lieutenants, il demanda son rappel (548) . Les Impériaux n’occupaient plus en Italie que Ravenne, Ancône, Otrante, Capoue, cependant que la flotte créée par Totila conquérait la Sicile (550), la Corse, la Sardaigne (551), et menaçait les côtes de l’Illyricum.
Ce futNarsès qui acheva cette guerre interminable. Au printemps de 552, avec une armée de 30 000 à 35 000 hommes, il entrait en Italie par le nord, et, poussant hardiment au sud, il livrait dans l’Apennin, à Taginæ, une bataille décisive (mai ou juin 552) : le roi goth y trouva la mort et son armée y fut écrasée. C’était la ruine de l’État ostrogoth. Ce qui restait du peuple vaincu se rassembla en Campanie; mais les dernières forces barbares succombèrent à la journée épique de Monte-Lettore (commencement de 553). Et, quand Narsès eut jeté hors d’Italie les bandes franques de Leutharis et de Batilin (554) , la Péninsule, après vingt ans de guerre, rentra sous l’autorité de Justinien. Sans doute, pas plus qu’en Afrique, la préfecture d’Italie reconstituée n’atteignait les limites qu’avait eues jadis la province romaine, et le pays sortait ruiné de la guerre. Justinien pouvait cependant être satisfait. Quand, en 554, la lutte entre ariens et catholiques fournit aux Byzantins un prétexte à intervenir en Espagne et à en occuper le sud-est, l’empereur put se flatter d’avoir, en même temps qu’il doublait l’étendue de la monarchie, fait de nouveau de la Méditerranée un lac romain et donné à Byzance un incomparable regain de prestige et de gloire.
Ces satisfactions d’orgueil furent chèrement payées. Pendant que les armées de Justinien reconquéraient l’Occident, l’Orient demeurait ouvert en Asie aux attaques des Perses, en Europe aux invasions des Huns et des Slaves. En Asie, en 540, le roi Chosroès attaquait l’Empire, et la guerre dura plus de vingt ans. En Europe, la péninsule balkanique était ravagée par les Barbares, dont il fallut acheter chèrement la retraite.
Au total, cependant, l’Empire byzantin, grâce aux mesures de défense ordonnées par Justinien, jouit pendant la plus grande partie du règne d’une réelle sécurité. Tout le long de la frontière furent créés une série de territoires militaires, où, sous les ordres de ducs, stationnèrent des troupes spéciales, les lirnilanei, préposées à la garde des confins. Mais surtout le pays se hérissa de citadelles savamment disposées de manière à barrer la frontière et à défendre le pays par
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