‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 161 sur 344 · HAIT MO^■E^■ AGE · texte numérisé non relu

HAIT MO^■E^■ AGE

Procession des saintes a Saint-Apollinaire de Ravenne. — Au-dessous des mosaïques représentant des épisodes de la vie du Christ, au-dessous des figures de saints debout entre les fenêtres, sur le côté gauche de la nef principale, une procession de saintes, en longs vêtements brodés d’or et coiffées d une mitre d or d'où pend un voile blanc, se dirige vers la Vierge assise sur son trône entre des anges. La mosaïque date de l’époque de Justinien. Cl. Alinari.

une âme pieuse en qui le sentiment religieux développait aussi bien l’ardeur agissante que la superstition; mais il avait de la bravoure, une grande application au travail, des qualités de commandement, une haute conscience de son devoir d’empereur. Et il rencontra à côté de lui, pour soutenir son courage, le patriarche de Constantinople, Sergius, dont la calme énergie l’aida à reconstituer les forces de l’Empire et à préparer la grande lutte où il allait apparaître comme le premier des croisés.

LA GUERRE PERSE (622-628). — En 622, l’empereur se mettait à la tête de l’armée. Passant en Bithynie, il contraignait les Perses à la retraite et les battait dans une grande bataille (janvier 623). Une incursion des Avars le rappela en Europe. Mais, en 624, il reprit l’offensive en Arménie et brûla le célèbre temple de Ganzaca (Tabriz). En 626, il marcha sur la Sihcie; puis, sans s’inquiéter de l’attaque que les Avars tentaient sur Constantinople, et que le patriarche Sergius repoussa (août 626) , il entra en Mésopotamie et écrasa les Perses sous Nmive (627). Il menaçait Ctésiphon, lorsque la chute de Chosroès II, renversé par son fils, détermina les Perses à faire la paix. Ils abandonnaient toutes leurs conquêtes et restituaient les reliques captives, qu’Héraclius rapporta

triomphalement à Jérusalem (14 septembre 629) : aujourd’hui encore, l’Église grecque célèbre, par la fête de l’Exaltation de la Croix, la mémoire de ce grand événement.

LA POLITIQUE RELIGIEUSE. — Soucieux de rétablir l’ordre et l’union dans l’Empire, Hérachus se préoccupa d’apaiser le mouvement séparatiste qui s’était manifesté de façon inquiétante, surtout en Syrie et en Égypte. Il se flatta d’y parvenir par l’adoption d’une nouvelle formule religieuse, qui, tout en maintenant dans la personne du Christ la distinction des natures, reconnaissait en elle une volonté unique. Ce fut le monolhélisme, dont les plus illustres défenseurs furent le patriarche Sergius et Cyrus, nommé au patriarcat d’Alexandrie, et auquel adhéra le pape Honorius lui-même. Mais l’opiDosition intransigeante des orthodoxes fit échouer les projets tout politiques de l’empereur, et l’exposition de foi (Ecihèsis) qu’il publia en 638 ne fit que soulever les résistances de l’Italie.

En apparence, l’Empire semblait reconstitué : c’est à ce moment que le péril arabe vint tout remettre en question.

LE PÉRIL ARABE AU VIE SIÈCLE. — Le commencement du VH® siècle a été marqué par un événement considérable : l’apparition de l’Islam dans le monde oriental. Le siècle qui suivit la mort de Mahomet (632) en vit la prodigieuse et rapide expansion. En moins de vingt années, aux dépens de la Perse et de Byzance, l’Empire arabe s’étendit de l’Oxus jusqu’à la Grande Syrte; bientôt, une deuxième vague conquérante succéda à la première et ne se brisa qu’en 717.

La Syrie attira vite la convoitise des Musulmans. Mahomet, déjà, avait songé à y porter la guerre sainte. Omar, en 634, en entreprit la conquête. Elle fut rapide. Battus à la journée d’Agnada'm (juillet 634), les Byzantins perdirent Damas (635) ; ce fut ensuite le désastre de l’Yarmouk (août 636), au lendemain duquel l’empereur, désespéré, abandonna la Syrie pour toujours. Bientôt Jérusalem tombait aux mains des infidèles (637) ; Antioche succombait (638) , puis Césarée (640) ; en même temps, la Mésopotamie était conquise (639) , l’Égypte envahie (640) . Au reste, les Musulmans n’avaient guère rencontré de résistance, ni chez les populations de Syrie, empressées à se détacher de Byzance et à se convertir à l’Islam, ni chez les Coptes d’Égypte, hostiles aux orthodoxes qui les persécutaient.

Héraclius, malade depuis plusieurs années, était mort au plus fort de la crise (1 I février 641), laissant le trône à ses deux fils, Constantin III et Héraclonas, que remplaçait bientôt le fils de Constantin III, Constant II (642-668), un enfant. Sous ce faible gouvernement, les Arabes poursuivirent le cours de leurs succès.

Tandis qu’échouait en Égypte un dernier effort des Grecs pour reprendre Alexandrie (645-646) , les Musulmans avançaient vers l’Occident. En 642, ils conquéraient la Cyrénaïque, en 643 la Tripolitaine et le Fezzan; en 647, ils envahissaient l’Afrique

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Le RaLLATILM de fLw KNNE. Sur le côté droit de Saint- Apollinaire, au point d où part la procr=iion des sainte-., une mosaïque représente la façade du palais de 1 héodoru à Ravenne. C est un bâtiment à deux étages, couvert en tuiles rouges : un p<uiii)ue à fronton triangulaire en forme le centre. De riches tapisserii‘s sont suspendu<-s entre le- colonni s; des mosaïrjues décorent le tympan de la porte. A 1 arrière-plan, on voit plusieurs églises de Ravenne. Cl. Alinari.

Le port de ClaSSIS. — En face du palais, une mosaïque de Saint-Apollinaire représente Classis, le port de Ravenne. Derrière l’enceinte crénelée, on aperçoit un amphithéâtre, une rotonde à toiture conique, une basilique; dans le port, que domine la tour d’un phare, trois barques dorées se balancent. 11 y a là. comme dans la représentation du palais, une image intéressante des édifices du

Vr' siècle. Cl. Alinari.

L’EMPIRE ROMAIN D’ORIENT

byzantine. Bientôt, en Orient, la création d’une flotte dans les ports de Syrie leur permettait d’occuper Chypre (649) , Rhodes (654) , et de battre les escadres byzantines près du cap Phénix, sur la côte de Lycie (655) . D’autre part, ils envahissaient l’Asie Mineure (65 1 ) et s’emparaient de l’Arménie révoltée contre l’empereur (653) ; déjà, ils menaçaient Constantinople, quand la mort du khalife Othman (656) et la guerre civile qui suivit donnèrent à Byzance un moment de répit, auquel mit bientôt fin le départ de Constant II pour l’Occident (662) .

La question religieuse avait, dans cette partie de la monarchie, causé des troubles redoutables. En Afrique, en Italie, le mécontentement contre le monothélisme avait pris la forme d’une opposition politique. Vainement, Constant II avait promulgué l’édit du T ype (648) , ordonnant de surseoir à toutes ces discussions frivoles ; vainement, pour effrayer les opposants, il avait fait arrêter et condamner le pape Martin (653) . L’agitation demeurant très vive dans les provinces occidentales. Constant II décida de se rendre de sa personne en Italie : erreur grave, qui facilita les progrès des Arabes en Orient.

L’avènement des Oméyyades (660) avait rendu en effet au monde musulman la paix intérieure et la force. A partir de 663, chaque année, les Arabes firent des incursions en Asie Mineure, poussant en 668 jusqu’à Chalcédoine, cependant qu’ils reprenaient l’offensive en Occident (665) . Okba fondait dans l’Afrique grecque la ville de Kairouan (669) , premier jalon d’une occupation permanente du pays; une flotte musulmane faisait une descente en Sicile, où Constant II venait de mourir assassiné (668) .

La situation était donc fort grave quand monta sur le trône Constantin IV Pogonat (le Barbu) . C’est en Orient qu’il fallait combattre et arrêter l’Islam. Le nouveau souverain (668-685) le comprit mieux que son père. Quand, en 673, les Arabes vinrent attaquer Constantinople et, pendant cinq années de suite (673- 678), assaillir la capitale, Constantin résista avec énergie, et, merveilleusement aidé par le feu grégeois, inventé à cette époque, il obligea à la retraite les flottes musulmanes. Le khalife Mo’âwiya se résigna à signer la paix avec l’Empire (678). C’était le premier arrêt de l’Islam.

En même temps, Constantin IV rétablissait la paix religieuse. Depuis que la Syrie et l’Égypte étaient perdues sans retour, le monothélisme n’avait plus de raison d’être et le bon accord avec la papauté était d’une politique bien plus avantageuse. Le concile oecuménique de 681 rétablit l’entente avec l’Occident, en condamnant l’hérésie. Sans doute, un point noir se montrait à l’horizon. En 679, les Bulgares avaient franchi le Danube et s’étaient établis dans la région peuplée de Slaves, qui s’étend entre le fleuve et l’Hémus. Mais c’était un péril lointain. Le danger proche, le danger arabe, avait été conjuré; l’anarchie intérieure qui troublait l’Islam (680-692) épuisait ses forces et le rendait peu redoutable.

Ces grands résultats furent malheureusement compromis par les successeurs de Constantin IV. Son fils, Justinien II (685- 695) , multiplia les imprudences, rompit le traité avec les Arabes (689) et se fit battre à Sébastopolis (692) . De plus, il se brouilla avec Rome, inquiéta la papauté par le concile tenu à Constantinople en 692 et provoqua par ses violences une insurrection en Italie. Du mécontentement général, une révolution sortit qui renversa, en 695, la dynastie d’Héraclius.

Il y eut alors vingt-deux ans d’anarchie (695-717). Tandis qu’à l’intérieur les révolutions succédaient aux révolutions, les Arabes recommençaient leurs attaques.

L’Afrique byzantine fut, en 698, définitivement perdue. En Asie, les Byzantins, surtout après la restauration de Justinien II, ne connurent que des défaites.

Toute résistance semblait vaine et l’Empire à la veille de la ruine.

En Europe, les Bulgares continuaient d’avancer, et, en 712, le khan Terbel paraissait sous Constantinople. L’Italie, troublée par de continuels soulèvements, semblait prête à se détacher de la monar¬

ÉGLISE DE SaINT-DÉMÉTRIUS, A SaLONIQUE. — La basilique à cinq nefs de Saint-Démétrius, à Salonique, qui fut détruite par l’incendie en 1917, était un des plus beaux édifices de l’Orient. Construite au V® siècle, elle était précédée d’un atrium et d un narthex ; ses murs étaient revêtus de marbres polychromes; des mosaïques du VI" et du VU’’ siècle, dont une petite partie a échappé à la ruine.

la décoraient.

chie. L’armée, trop mêlée aux luttes civiles, avait perdu toute discipline; les généraux, ambitieux pour eux-mêmes, n’obéissaient plus à des souverains incapables. Pour sauver l’Empire, tout le monde réclamait un chef : ce fut Léon III l’Isaurien, qui se proclama empereur en 717, et dont l’avènement fut ratifié par Tunamme consentement.

LA TRANSFORMATION DE L’EMPIRE BYZAN¬ TIN AU VIL SIÈCLE. — Pourtant, ce VIL siècle, si troublé, marque pour l’État byzantin une époque de transformation profonde. C’est le moment où l’Empire cesse vraiment d’être l’héritier et le continuateur de l’Empire romain pour devenir une monarchie grecque et orientale; dans la répartition des races qui le peuplent, dans le régime administratif auquel il est soumis, dans les tendances

nouvelles qui s’y manifestent, de profonds changements apparaissent qui annoncent des temps nouveaux.

Depuis la fin du \'L siècle, les Slaves avaient fréquemment envahi la péninsule balkanique. Dans la première moitié du VIT’ siècle, ils commencèrent à y fonder des établissements durables, soit avec le consentement du gouvernement impérial, soucieux de repeupler les districts dévastés, soit par des attaques de vive force. C’est ainsi que, dans le nord-ouest de la péninsule, sous le règne d’Héraclius, les Croates et les Serbes pénétrèrent en Pannonie et en Dalmatie et s’établirent depuis la Save jusqu’au delà des bouches de Cattaro; ils acceptèrent, d’ailleurs, assez vite le christianisme et la suzeraineté de l’Empire. Dans le nord-est de la péninsule, des groupes importants de Slaves s’établirent en Mésie, en Macédoine et jusque dans les environs de Thessalonique ; et, pendant le V'iL siècle, la poussée slave s’étendit sur la Thessalie, la Grèce centrale, le Péloponnèse, les îles de l’Archipel.

Enfin, dans la seconde moitié du \’IL siècle, les Bulgares s’établirent au sud du Danube et se slavisèrent rapidement au contact des populations déjà installées dans le pays. Mais s’il est vrai que les nouveaux venus pénétrèrent fort loin; si, en beaucoup de régions, la slavisation fut complète, l’élément grec ne disparut pas devant l’invasion et sut insensiblement assimiler les envahisseurs. En définitive, la monarchie profita de cet afflux de sang nouveau.

La mosaïque des fondateurs, a Saint-Démétrius. — Sur un des piliers qui précédaient à Saint-Démétrius de Salonique l’entrée du sanctuaire, on voit, à droite, le saint, en iriagnifîque costume de consul, debout entre un haut fonctionnaire et un évêque, que 1 inscription placée au-dessous du tableau désigne comme les fondateurs de 1 église. C est une fort belle oeuvre datant probablement du commencement du Vll'siecle.

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Ivoire BaRBERINI. — Cette plaque d’ivoire conservée au musée du Louvre, et QUI semble dater du VC siècle, représente, selon les uns, Constantin, défenseur de la foi; selon d'autres, Justinien victorieux, dont la Terre embrasse les pieds. En bas, des barbares apportent des offrandes exotiques. L’œuvre, de style hellénistique, provient probablement d’un atelier d’Alexandrie, Ci„ Giraudox,

Dans l’histoire administrative de l’Empire, le VII® siècle n’a pas moins d’importance. C’est le moment où, à la séparation des pouvoirs civil et militaire, telle que l’avait connue l’Empire romain finissant, succède la réunion entre les mains d’un même fonctionnaire, d’ordre militaire, de toutes les attributions administratives ; l’époque où les provinces se transforment en gouvernements militaires, appelés thèmes. Cette réforme, qui ne se fit point d’un seul coup, eut pour cause principale la nécessité d’organiser contre l’invasion la défense des frontières. Dès la fin du VI® siècle furent constitués, contre les Berbères d’Afrique et contre les Lombards, les exarchats d’Afrique et d’Italie, et, au courant du \qi® siècle, contre les Arabes, les thèmes des Arméniaques et des Anatoliques; contre les Bulgares, le thème de Thrace, Les troupes cantonnées dans la capitale et la flotte formèrent de semblables circonscriptions : thème de l’Opsikion et thème maritime, A la fin du VII® siècle, le régime nouveau, qui demeurera désormais le fondement de l’administration byzantine, était pleinement constitué.

Enfin, l’Empire s’oriente vers l’hellénisme. Par le fait que Byzance a perdu simultanément la plupart de ses possessions d’Occident et ses i)rovinces, moins profondément grecques, de Syrie et d’Egypte, le noyau et la force de l’Empire se trouvent constitués maintenant par des po]rulations surtout helléniques. Aussi le latin cesse-t-il d’être la langue officielle; le grec est employé dans le jirotocole des titres impériaux (c’est au VU" siècle, en 629, que l’empereur prend officiellement le nom de fiia'j'.ÀE'jç) ; il devient la langue de la législation, de l’administration, de l’armée; et déjà le grec vulgaire ajiparaît dans la littérature. En même temps — et ce sera un autre trait de la société byzantine — la religion prend dans la vie privée une importance chaque jour croissante. Politiquement, le patriarcat de Constantinople devient une puissance rivale de la jiapauté; par là s’aggrave le malentendu entre l'Orient et l’Occident et se prépare la rupture inévitable. Socialement, la superstition se développe à côté de la foi, et, dans cet Orient tout plein encore des souvenirs du jiaganisme, le culte des images remiilace le culte des anciens dieux. Si une réforme peut sembler néi cssairc les em|)creurs iconoclastes la tenteront ■ — •

l’Empire byzantin du \ ir siècle n’en a pas moins trouvé et fixé les. deux fondements essentiels sur lesquels il s’appuiera durant tout le moyen âge : l’hellénisme et l’orthodoxie.

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