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IV. LA QUERELLE DES IMAGES ET LES EMPEREURS ISAURIENS ET PHRYGIENS

LÉON III ET CONSTANTIN V (715-775). — LA DÉFENSE ET LA RECONSTITUTION DE L’EMPIRE.

— Les deux premiers souverains de la dynastie isaurienne, Léon III (717-740) et Constantin "V (740-775), ont été, au \'III® siècle, les sauveurs et les réorganisateurs de l’Empire byzantin. On s’est fréquemment mépris sur le caractère de leur oeuvre, et on les a jugéssurtout d’après la lutte qu’ils poursuivirent contre les images. En fait, la question religieuse ne fut à leurs yeux qu’une partie de la grande réforme politique et sociale qu’ils se proposèrent d’accomplir, et c’est ce qu’il importe de ne pas oublier si l’on veut juger équitablement les empereurs iconoclastes.

Au dehors, il fallut d’abord écarter le péril musulman. Le 15 août 717, les Arabes attaquaient Constantinople par terre et par mer, et, pendant une année entière, lui donnaient l’assaut. Mais l’énergie de Léon II obligea les infidèles à lever le siège (15 août 718). C’était un grand succès; il marquait l’arrêt de l’Islam en Orient, vers le temps où, en Occident, Charles Martel arrêtait à Poitiers l’élan des Sarrasins.

Les Arabes, qui restaient menaçants en Asie Mineure, ne tardèrent pas à reprendre l’offensive. La grande victoire d’Akro'inon (739) brisa leur effort, et, après la mort de Léon III, Constantin V continua la lutte avec succès. Aussi bien, les discordes qui troublèrent le règne des derniers Oméyyades, l’anarchie de 1 Islam et le soulèvement des Abbassides facilitèrent l’action byzantine. Quand Constantin V

mourut (775), le

péril arabe cessait d’être redoutable, et, si les Bulgares n’avaient pu être anéantis, les victoires de Marcellæ (759), d’Anchialos (762) , de Lithosona (772)

imposèrent un respect durable de Byzance.

Léon III et son fils se montrèrent, d’autre part, très soucieux de rétablir l’ordre dans l’État et de reconstituer les forces de la monarchie.

Pour assurer la défense de la frontière, ils généralisèrent le système des thèmes par la création de [irovinces nouvelles et moins étendues (Thracésieus,

Bucellaires, Optimate) . Ils se préoccujièrent de rétablir la discipline dans l’armée et de restaurer les finan-

DiptyqUE CO.NSULAIRE. — Le jour de leur entrée en charge, les consuls avaient I hahitude d envoyer à leurs amis, aux grands personnages de l Étal, à l’empereur, des diptyques formés de deux maillets d ivoire, où, généralement, le nouveau consul était représenté, revêtu des insignes de sa charge et présidant aux jeux du cirque. 11 en subsiste un certain nombre du V et du Vf siècle. Le diptyque de Magras, consul en 5 18. appartient au cabinet des Médailles (Bibliothèque Nationale). Ci . Gu-.ai i

L’EMPIRK ROMAIN D'ORIENT

-ces, par une administration d’ailleurs assez dure; mais ils rendirent à l’Empire une réelle prospérité. En outre, une grande réforme judi- -ciaire marqua le règne de Léon III : la promulgation d’un nouveau code, ÏEcloga, donna à la loi romaine un caractère d’humanité, d’équité, visiblement inspiré par l’esprit chrétien (739). Enfin, une tentative de réforme plus considérable encore, sociale et religieuse tout ensemble, compléta l’œuvre des deux souverains : de là sortit le conflit redoutable qu’on appelle la Querelle des images.

LA QUERELLE DES IMAGES SOUS LÉON III ET CONSTANTIN V. — Au commencement du V'III® siècle, le culte des images avait pris dans la religion orthodoxe une place démesurée. Non seulement on admettait des images partout, dans les églises, dans les maisons, sur les meubles, sur les vêtements, mais on les vénérait à l’égal des personnes saintes qu’elles représentaient; on leur brûlait de l’encens et des cierges, on leur demandait des guérisons et des miracles, on les tenait pour des êtres quasi surnaturels, capables de vie et d’action.- Depuis longtemps, beaucoup d’âmes pieuses étaient scandalisées de l’excès de cette superstition, ■et, en Asie en particulier, un courant iconoclaste très puissant s’était formé au cours du VII® siècle. C’est de ces tendances hostiles aux images que procéda la tentative de réforme des empereurs isauriens.

On a parfois représenté ces princes comme des libres penseurs, -des rationalistes, des protestants avant la Réforme, des défenseurs de l’État laïque contre la suprématie de l’Église : c’est voir sous un jour trop moderne des Byzantins du VIII® siècle. Léon III et Constantin V étaient des souverains très pieux, des croyants sincères, et ils furent surtout déterminés par le désir de rendre au christianisme sa pureté et son élévation primitives. Léon III se persuadait que les succès des Arabes prouvaient la colère de Dieu contre l’Empire et que combattre la superstition des images était un moyen d’apaiser le courroux divin. Constantin V, plus passionné, plus fanatique que son père et théologien averti et savant, n apporta point dans la lutte de moindres préoccupations religieuses. Sans doute, des raisons d’ordre politique ne furent point étrangères à l’attitude des empereurs. Les progrès et l’influence du monachisme dans la société byzantine pouvaient sembler à des hommes d’État une source d’agitation et une cause de faiblesse pour la monarchie, et la guerre aux images entraînait, au reste, la persécution contre les moines, qui en étaient les principaux défenseurs.

Mais, au total, la religion plus encore que la politique inspira les desseins des empereurs isauriens, que soutint, il ne faut pas l’oublier, une notable partie de l’opinion publique.

En 726, l’empereur Léon III fit publier un édit ordonnant la destruction des images placées dans les églises. Cette mesure provoqua une vive émotion dans la capitale et dans les provinces européennes de la monarchie. A Constantinople, on dut déposer le patriarche Germain (juin 730). En Grèce, on eut à réprimer une véritable insurrection (727) .

En Italie, un soulèvement général éclata, avec l’appui des Lombards, et il fallut plus de deux années (727-729) pour rétablir la paix dans la Péninsule. Ce ne fut pas pour longtemps : contre le pape Grégoire III, Léon III dut agir par la force, et il se vengea de la papauté en enlevant à l’obédience romaine la Calabre, la Sicile, la Crète et tout l’Illyricum. Déjà, la papauté cherchait des appuis, soit auprès des ducs lombards, soit auprès des princes francs.

Léon III semble bien s’être inquiété des conséquences de son acte, car l’édit de 726 fut appliqué fort incomplètement. Mais un conflit grave était engagé : inévitablement, il devait s’aigrir, d’autant plus que, sur le débat initial, allait se greffer une question plus haute, celle de la suprématie de l’État en matière religieuse, de la liberté de l’Église

en face du pouvoir civil. On le vit bien à l’aspect nouveau que la lutte prit sous Constantin V.

Tandis que Léon III avait agi par simples mesures administratives, Constantin V voulut s’appuyer sur l’autorité de l’Église. Le concile réuni en 753, à Hiéria, condamna solennellement le culte des images et ordonna que les opposants « seraient frappés comme rebelles aux commandements de Dieu et ennemis du dogme des Pères ». C’était permettre au pouvoir civil de poursuivre désormais ses adversaires non plus seulement pour résistance aux ordonnances impériales, mais pour crime d’hérésie et de rébellion contre les décisions de l’Église.

Pourtant, Constantin V, qui avait attendu treize ans avant de réunir le concile, ne se hâta point d’employer les armes qu’on lui donnait. C’est seulement vers 764 qu’il se décida à user de rigueur. Les images furent alors détruites partout où elles subsistaient; des églises furent désaffectées; beaucoup de couvents furent sécularisés.

La persécution sévit aussi contre les personnes, contre les moines, — dont plusieurs furent mis à mort, beaucoup mutilés, emprisonnés ou obligés à se marier, — contre certains grands fonctionnaires suspects d’attachement aux images, contre le patriarche Constantin lui-même, qui, d’abord exilé (765), fut ensuite exécuté (766) Les mêmes

violences furent commises dans les provinces : tout céda devant la volonté inébranlable de l’empereur et de ses agents.

Les succès de la politique impériale en Orient étaient chèrement payés en Occident. En 751, la prise de Ravenne par Astolf, roi des Lombards, avait mis fin à la domination byzantine en Italie. Le pape Étienne II, fort inquiet pour Rome, avait sollicité l’appui des Lrancs (753), rompu avec l’Empire et accepté des mains de Pépin les territoires qui, jadis, appartenaient à Byzance (754).

Constantin V s’efforça vainement de reconquérir l’Italie et de punir la papauté. Quand, en 774, Charlemagne, ayant détruit le royaume lombard, renouvela la donation de Pépin, il fallut se rendre compte à Constantinople que la rupture avec l’Occident était comjrlète et l’Italie définitivement perdue.

PREMIÈRE RESTAURATION DES IMAGES. — L’IMPÉRA¬ TRICE IRÈNE (780-802). — La

mort de Constantin V marque l’arrêt de l’effort iconoclaste. Déjà, le règne de son fils, Léon IV (775-780), vit un retour à la tolérance ; et lorsque, après lui, sa veuve Irène gouverna l’Empire comme régente, au nom de son jeune fils Constantin VI, le principal souci de la nouvelle souveraine fut de préparer la restauration des images. Avec le concours du patriarche Tarasios, qu’elle avait installé sur le siège de Constantinople (784) , elle convoqua à Nicée le septième concile œcuménique (787), qui

Chaire de Maximien. — On conserve à Ravenne. dans la sacristie de la cathédrale, une chaire épiscopale en ivoire datant du vr’ siècle. La face antérieure représente, entre deux magnifiques bandes ornementales, saint Jean-Baptiste entre les Évangélistes. Les plaques du dossier figurent des épisodes de 1 histoire de Joseph et des scènes de la vie du Christ. L oeuvre, exécutée avec une rare habileté technique, montre 1 influence que 1 Orient exerça sur l’art byzantin au VI'' siècle. Ci.. Ai.inari.

Ange SU R une plaque d’ivoire.

— Le Bntish Muséum conserve un feuillet d ivoire provenant d un diptyque représentant un ange, debout dans une arcade et tenant en main le sceptre et le globe. Par l élégance des draperies, la beauté du visage, la noblesse encore tout antiaue de l’attitude, c’est un chef-d’œuvre de l'art du VI® siècle, tout pénétré encore de la tradition hellénistique.

LL HAUT MOYEN AGE

i en le fondant sur des bases dogmatiques, le culte des images.

.Mat- on commença à discuter la légitimité de l’autorité impériale en m.itière de religion : ce devait être l’occasion de nouveaux - inflits.

En attendant, l'ambition d Irène compromettait gravement les destinées de l’Emime. Constantin VI avait grandi; sa mère ne put se résoudre à lui céder le trône, sans justifier, par des succès, son désir de le conserver : les armées impériales furent battues par les .Arabes, les Bulgares, les Francs. Obligée, en 790, de se retirer devant un soulèvement militaire, Irène, dès 792, revint au pouvoir : elle en profita pour intriguer contre son fils et finalement pour le renverser (I 7 juin 797), .en lui faisant crever les yeux.

Elle avait réalisé son rêve : elle régnait. Mais son règne fut désastreux pour l’Empire. Il fallut signer avec les Arabes une paix humiliante et, en Occident, abandonner à Charlemagne Bénévent et ristrie (798) , sans que ces concessions empêchassent d’ailleurs le rétablissement, au bénéfice du roi franc, de l’Empire romain d’Occident (800) . A l’intérieur, autour de la souveraine vieillie, les intrigues se multipliaient pour la possession du trône. La révolution du 3 1 octobre 802 renversa Irène et mit à sa place un de ses ministres, le logothète général Nicéphore.

LA SECONDE PÉRIODE DE LA QUERELLE DES IMAGES ET LES EMPEREURS DE LA DYNASTIE PHR'ïGIENNE (802-867). — Dans la situation difficile où se trouvait l’Empire, la sagesse eût commandé d’apaiser à tout prix l’interminable querelle religieuse. Nicéphore (802-811) le comprit et l’essaya. Mais ses efforts se heurtèrent à l’intransigeance du parti monastique, que conduisait l’abbé du couvent de Stoudion, Théodore. Aussi bien ne s’agissait-il plus qu’accessoirement des images : la seconde période de la fameuse querelle fut essentiellement un conflit entre l’Église, jalouse de son indépendance, et l’État, soucieux de maintenir sa suprématie.

Nicéphore agit vigoureusement. Les Stoudites furent condamnés, dispersés, exilés (809) , et la persécution dura jusqu’en 811. Pendant ce temps, les iconoclastes reprenaient courage. Quand les événements extérieurs, la mort de Nicéphore tué à l’ennemi dans la guerre bulgare (811) et les désastres du court règne de Michel Rangabé (81 1-813), eurent réduit l’Empire aux abois, ils en profitèrent pour pousser au trône Léon V l’Arménien (81 3-820) . Celui-ci sauva la monarchie, mais recommença la lutte contre les images.

■MiMAILKI. I)K l.’ÉVA.NCII.K .SVRIAQUK DE Fl.OllE.NCE. — La Bibliothèque Lauienlienn< ,à l lorence. conserve un Évangile syriaque enluminé, en 586, dans un ■ «juveni de .\]i' iopolamie. par le moine Rabula, (jui s'est nettement inspiré de la tradition orientale. L ornementation de cet Évangile est fort riche. De grandes compositions de style monumental s y rencontrent, parmi lesrjuelles la Pentecôte, que représente la miniature, fl. t .-..u,.. \1. Vi m i.m

Le concile de Constantinople (815) renouvela toutes les condamnations prononcées par l’Assemblée iconoclaste de 753. Résolument, contre l’empereur hérétique, les moines se soulevèrent,; il fallut sévir, envoyer en exil Théodore de Stoudion (816), briser par la force les résistances. L’assassinat de Léon V et son remjrlacement jiar Michel II, fondateur de la dynastie phrygienne (820- 829), ne changèrent rien à la situation. Michel II, après une tentative de conciliation, que les dévots repoussèrent, se prononça contre les jrartisans des images. Après lui, Théophile (829-842) fut plus ardent encore à les combattre. L’édit de 832 proscrivit les images, et la persécution contre les moines recommença, au moins dans la capitale. Au total, après cent ans de lutte, l’effort iconoclaste fléchissait devant la lassitude générale et la force du parti adverse; Théophile lui-même, en mourant, sentait son œuvre vouée à la ruine.

LA POLITIQUE EXTÉRIEURE DE L’EMPIRE DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU IX« SIÈCLE. —

Pendant que l’Empire s’absorbait ainsi dans les luttes intérieures, auxquelles s’ajouta à maintes reprises le péril des soulèvements et des coups d’État, il subissait au dehors de graves désastres. En 812, les Byzantins avaient dû se décider à l’abandon de l’Occident; ils reconnaissaient Charlemagne comme empereur, et, s’ils gardaient Venise, ils renonçaient à la Dalmatie, à l’Istne, à Rome, à l’exarchat. La guerre reprise en 804 contre les Arabes n’était pas plus heureuse. La Crète tombait entre leurs mains (826) et devenait le jroint de départ des courses de pillage qui dévastaient les côtes de l’Archipel; en même temps, les Arabes d’Afrique s’établissaient en Sicile (827).

Mais surtout le danger bulgare était terrible. En 809, le khan Kroum recommença la guerre, cerna dans les défilés des Balkans l’armée byzantine et lui infligea une défaite terrible, où l’empereur Nicéphore trouva la mort (25 juillet 811). Puis, poussant en Thrace, il écrasa près d’Andrmople (23 juin 813) les troupes impériales et parut jusque sous les murs de Constantinople. Heureusement, Léon V défit les Bulgares à Mésembria (automne 813), et, à la mort de Kroum (avril 814), une trêve de trente ans put être conclue avec son successeur.

Sous Théophile (829-842), l’affaiblissement du khalifat permit contre les Arabes une reprise d’offensive (836) ; mais, dès 838, les Grecs furent défaits à Dasimon, et le basileus dut acheter la paix. Par contre, l’influence byzantine s’étendait chez les Khazars, chez les Bulgares, où le christianisme commençait à pénétrer, et l’Empire entretenait de bonnes relations avec les émirs de Cordoue comme avec les princes francs. En somme, le règne de Théophile marqua une amélioration momentanée de la situation générale, et le luxe des constructions de ce règne fut comme le symbole de l'a prospérité et de la richesse de la monarchie.

LA RESTAURATION DES IMAGES ET LA FIN DE LA DYNASTIE PHRYGIENNE (842-867) . — La veuve de Théophile, Théodora, régente pour le jeune Michel III (842-867) , comprit la nécessité de mettre fin à la lutte religieuse. Le synode de 843, que présida le nouveau patriarche Méthode, restaura l’orthodoxie et rendit la paix à l’Empire; toutefois, malgré le rétablissement solennel du culte des images, c’est, au fond, la politique des empereurs iconoclastes qui triomphait. Ils s’étaient surtout préoccupés de maintenir l’Église dans la dépendance de l’État; sur ce [roint, malgré la résistance de leurs adversaires, ils l’emportèrent. Mais si, dans la lutte qu’elle poursuivit pour sa liberté, l’Église byzantine fut vaincue, elle put se consoler de sa défaite en considérant l’œuvre religieuse du nouveau gouvernement. Le milieu du IX® siècle vit merveilleusement réussir l’œuvre des missions byzantines. En 849, le christianisme pénétrait chez les Slaves du Péloponnèse, un peu plus tard chez les Khazars de la Russie méridionale, et deux grandes œuvres surtout témoignèrent du triomiihe de l’orthodoxie byzantine. Cyrille et Méthode, « les ajiôtres des Slaves », portaient, en 864, chez les Moraves, avec la foi chrétienne, l’alphabet nouveau qu’ils avaient créé pour transcrire la langue slave, la traduction en slave des Évangiles, et la liturgie qu’ils proposaient aux nouveaux convertis; leur œuvre, poursuivie pendant vingt ans, devait avoir des conséquences incalculables. En 864 également, le tsar de Bulgarie, Boris, se faisait chrétien avec son peuple et entrait dans la sphère d’action byzantine.

La guerre fut moins heureuse pour l’Empire. 11 ne réussit point à reconquérir la Crète (843) , et il acheva de jrerdre la Sicile (859) . Par ailleurs, une première attaque des pirates russes menaça Constantinople (860) , qui attribua son salut à un miracle.

Enfin, la déposition du patriarche Ignace (857) et son rempla-

LES ARABES ET LTSLAMISME — 157

cernent par Photius amenèrent une rupture avec Rome. Le synode tenu à Constantinople en 861 eut beau ratifier l’élection de Photius : sur l’appel d’Ignace, le pape Nicolas P"' déposa et excommunia l’usurpateur. C’était la rupture entre les deux Églises : la conversion de la Bulgarie à l’orthodoxie byzantine aigrit encore le conflit, surtout quand, en 866, le tsar Boris chassa le clergé grec et demanda à Rome des évêques latins. Ce fut la grande habileté de Photius de transformer sa cause personnelle en une question de dignité et d intérêt national, et de reveiller, dans son encyclique de 867, toutes les vieilles rancunes de l’Orient contre l’Occident : le concile de Constantinople lui donna raison : le schisme était consommé.

Pendant que s’accomplissaient ces grands événements, Théodora avait été écartée du pouvoir, et son frère, le césar Bardas, gouvernait au nom de Michel III, son neveu. Le jeune empereur compromit la dignité souveraine par les scandales de sa conduite. Bardas, tout-puissant grâce à l’indignité de Michel l’Iorogne (842- 867) , organisait la monarchie et reconstituait l’Université de Constantinople, lorsqu’une autre influence s’opposa bientôt à la sienne, celle de Basile le Macédonien, devenu le favori de Michel III. Entre les deux hommes, également ambitieux, la lutte s’engagea : elle finit par le meurtre de Bardas (866) . Basile, proclamé césar, puis associé à l’Empire, n’avait plus qu’un pas à franchir pour être seul maître du pouvoir. Le 23 septembre 867, il assassina Michel III et mit sur le trône la dynastie de Macédoine.

BIBLIOGRAPHIE

Il n existe point de bonne histoire générale de l’Empire byzantin. Les livres de Gibbon, Histori/ of lhe décliné and fall of ihe roman Empire (éd. Bury, Londres, 1896-1900, 7 vol.); de FinlaY, Htslory of Creece, from ils conquesi hy lhe Romans lo lhe présent lime (éd. Tozer, Oxford, 1877, 7 vol.) ; de bdoPF, Ceschichte Criechenlands Von beeinn des Millelallen bis aaf unser Zeit (Encyclopédie de Ersch et Grüber, t. LXXXV-LXXXVI [Leipzig, 1867]); de Hertzberg, Ceschichle der Byzanliner (Berlin, 1883), ne sont plus au courant des recherches modernes. Les histoires générales de Byzance de Kulatovski (en russe) [Kief, 1912 et suiv., 3 vol.] et d’UsPENSKi (1914,

1 vol.) ne dépassent pas actuellement l'année 717. Celle de Vassilie (1917,

1 vol.) va jusqu'en 1081. Le travail de synthèse le plus récent est celui de Diehl (Ch.), Byzance, grandeur el décadence (1919).

Les sources sont, pour la plupart, publiées dans la Byzantine de BoNN (1828-1878, 50 vol.), et dans la Patrologie grecque de Migne. Pour la critique des sources, on consultera KrumbacheR, Ceschichle der byzant. Lilleralur (2'’ éd., Munich, 1897).

Bury, A history of lhe later roman Empire (Londres, 1923, 2 vol.). — Diehl (Ch.), Justinien el la civilisation byzantine au VP siècle (1901 ) ; Études sur l'administration byzantine dans l'exarchat de RaVenne (1888); L'Afrique byzantine (1896); Théodora (1904). — Hartmann (L.-M.), Ceschichle Italien im MilteT alter (t. l-Il, Leipzig, 1897-1903). — Gasquet, L'Empire byzantin el la monarchie franque { 1 888 ) . — Drapeyron, L'Empereur Héraclius ( 1 869) . — Pernice, L'Imperalore Eraclio (Florence, 1905). — Butler, The arab conquesi of Egypt (Oxford, 4 902). — JiRECEK, Ceschichte der Bulgaren (Prague, 1876). — BrÉ-

Les jeux du cirque. — Le luxe des étoffes de soie décorées de sujets a été grand dans le monde byzantin. Dans le costume, comme dans la décoration des édifices, les tissus historiés tenaient une place importante. L’influence de la Perse et des étoffes sassanides a été considérable sur cette industrie byzantine. Le morceau représenté ici se trouve au nausée de Cluny ; il montre, dans un médaillon, un cocher du cirque conduisant un quadrige.

HIER, La Querelle des Images (1904). — Lombard, Constantin V (1902). — Diehl, L'Impératrice Irène (dans Figures byzantines, I série, 1906). — Vassi- LIEF, Byzance et les Arabes (Saint-Pétersbourg, 1909).

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