‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 163 sur 344 · I. L’ARABIE AVANT MAHOMET · texte numérisé non relu

I. L’ARABIE AVANT MAHOMET

■ARABIE ET LES ARABES. — Enlre le golte Persique, l’océan Indien et la mer Rouge s’étend la presqu’île de l’Arabie, uniquement rattachée au continent asiatique par le désert de Syrie, qui en forme même la prolongation, entre la Méditerranée et la vallée du Tigre et de l’Euphrate. Cette immense contrée est presque entièrement désertique : les cours d’eau y sont intermittents, les sources espacées. Les chaînes de montagnes qui la traversent sont de granit, de porphyre, de grès, de calcaire. Le désert lui-même n’est pas uniforme; il y a des plaines couvertes de débris volcaniques que l’on appelle harra, des dunes, anciens fonds marins de sable blanc ou rouge, parsemées d’entonnoirs qui descendent jusqu’au sol ferme, des sables mouvants dans le Dahnâ, immense espace impraticable. Ces terres inhospitalières sont, depuis l’antiquité la plus reculée, l’habitat des Bédouins. L’élevage du chameau, du mouton, de la chèvre, qui les suit dans les diverses

étapes de la transhumance, plus récemment l’élevage du cheval, ont été depuis de longs siècles la seule occupation de ces Arabes nomades.

Toutefois, une partie de la population, à une époque qu’il est impossible de préciser historiquement, s’est établie dans des villages fortifiés et des villes, où sont venus la rejoindre plus tard les immigrés juifs et araméens dans le nord, abyssins dans le sud, sans parler des nègres amenés d’Afrique par le commerce des esclaves et des colons iraniens laissés par la conquête perse du Yémen. Cette population sédentaire se livrait à la culture du palmier-dattier et au commerce par caravanes; c’est elle qui, de temps immémorial, avait organisé les longs convois de chameaux qui portaient à travers les espaces sans eau les aromate? venus de la Polynésie par la navigation de l’Inde, la poudre d’or que fournissaient les ports de la côte orientale d’Afrique. Mais ces chameaux, on devait les louer aux Bédouins, qui en étaient propriétaires, et ce louage de services fut le début d’un droit coutumier

LL HAUT MOYLN AGE

Combat entre Arabes et Assyriens (viiT’ siècle av. J.-C.)- british Ml ^ECM.

qui régla les relations des nomades et des citadins jusqu’à l’établissement de l’islamisme.

C’est dans le sud de la péninsule, au Yémen, que se fondèrent les premiers États arabes et que l’anarchie perpétuelle où vivent les nomades sembla, pour cette province, prendre fin. Vers le X'IlC siècle avant notre ère, c’est-à-dire à une époque où des sculptures assyriennes représentent des Arabes tout nus, montés sur des - chameaux, combattant à coups de flèches les troupes des rois d'Assur, des inscriptions en écriture himyarite ou sabéenne nous révèlent l’existence d’un royaume fondé par les Minéens, les habitants de Ma’în. Ces Minéens ont, au sud, le royaume de Qataban et, à l’est, le Hadramaut. Ils ont colonisé le nord-ouest de la péninsule, le territoire de Madian et la presqu’île du Sinaï; leur territoire s’appelle Mousran dans les inscriptions qu’ils ont laissées, et Mousri dans les textes assyriens. Ils furent vassaux du royaume de Ninive sous Tiglat-Pileser III et Sargon, entre 745 et 705.

Le Yémen est l’Arabie heureuse des Anciens, Arabia felix : celle-ci devait sa prospérité à la captation des eaux de pluie dévalant des montagnes en hiver, et qui se perdaient sans profit dans la mer. Le travail humain avait établi à Mareb une digue dont les débris existent encore.

LA RELIGION. — La religion de ces Arabes était un naturisme très primitif. Ils honoraient les pierres debout : le sang de la victime était versé sur ces pierres, probablement pour donner une vie nouvelle au dieu que l’on y croyait renfermé. Les arbres (on n’en trouvait que dans les oasis) étaient aussi, à cause de leur rareté, l’objet d’un culte. Le Qoran cite les trois déesses ; el-Lât, Manât et el-’Ozza : la première, vénérée au loin, n’était pourtant qu’un bloc de rocher carré; la seconde était une grosse pierre, adorée par les Hodhéilites sur la côte entre La Mecque et Médine; el-’Ozza, troisième divinité féminine, avait son sanctuaire dans une vallée où l’on entendait une voix; l’adoration s’y adressait à trois arbustes épineux appelés Samora. A La Mecque, encore aujourd’hui, on montre aux iièlerms deux pierres debout, Isâf et Naila, la première mâle, la seconde femelle, dont on ignore l’histoire. .A sept jours de marche au sud de La Mecque, à Tabâla, on allait consulter, au moyen du tirage au sort de flèches jetées devant elle, une [lierre blanche surmontée d’une sorte de couronne, Dhou’l- Khalaça. El-Fals, dieu de la tribu de Tayy, n’était qu’un rocher rouge saillant sur le fond noir du mont Adja.

Dans le sud, Athtar (.Astarté) et Chams (le soleil) tenaient la [irééminence. Au nord, les Nabatéens de Pétra avaient introduit le culte du dieu Dusarès (Dhou-Chara) sous la forme d’une pierre rioir< non taillée.

LES AR.\BES AVANT L’ISLAMISME. — Les tribus

bédf)UiiK' se faisaient perpétuellement la guerre, et l’on constate di n<- jdum le meme état d’anarchie chez les Arabes du désert.

1 outi f il.-., des royaumes s’étalent constitués, qui formaient une base solide [l'iiir un rudiment de civilisation.

Li imeriptions nous ont fait connaître, dans le Yémen, une

longue énumération de noms de rois, sans d’ailleurs rien nous apprendre de leur histoire.

Les rois de Ghassan, sur les confins de la Syrie, et ceux de Hîra, sur l’Euphrate, nous sont mieux connus, parce qu’ils furent mêlés aux guerres des Romains et des Perses Sâsâmdes ; les premiers furent gagnés à prix d’argent par les empereurs de Constantinople; les seconds s’appuyèrent sur la cour de Ctésiphon.

El-Hârith, qui avait le titre de phylarque de Palestine, soutint les Romains lors de la révolte des Samaritains en 529; Justinien lui conféra la dignité royale et il accompagna Bélisaire dans ses campagnes contre les Perses. Justin II eut l’imprudence de supprimer les subsides versés à son fils el-Moundhir (Alamoundaros) , qui se révolta ; les frontières n’étant plus défendues contre les ennemis de l’Empire, il fallut bien se réconcilier avec le chef arabe. Accusé plus tard de trahison, parce qu’on avait trouvé rompu le pont de l’Euphrate, il fut arrêté par surprise et exilé en Sicile. L’anarchie renaissante mit fin au pouvoir de la famille de Ghassan, et le coup de grâce lui fut donné par les Perses, qui, sous le règne de Chosroès II, en 613-614, conquirent la Syrie.

La ville de Hîra, près de l’Euphrate, n’existe plus; Koufa, qui lui a succédé, a disparu; il n en reste que des ruines; mais le caractère sacré du tombeau d”Ah, à Nedjef, et les pèlerinages qui s’y rendent ont conservé quelque vie à la ville de Mechehed-Ali.

Les rois de Hîra furent de fidèles auxiliaires des Perses Sâsânides. Toutefois, au temps de Chosroès II, No’mân III Abou- Qâbous, qui avait refusé de prêter son cheval au roi de Perse battu par son vassal révolté, Behrâm Tchoubîn, à la bataille de Nahréwân (590) , fut attiré à la cour de Ctésiphon et mourut emprisonné dans la ménagerie des éléphants.

Peu de temps après, entre 604 et 611, les troupes de Chosroès furent défaites en bataille rangée, à Dhou-Qâr, près de Koûfa, par les Banou-Chaîbân. L’effet moral de cette victoire fut immense, et l’écho n’en est pas encore amorti : elle montrait que les Perses pouvaient être vaincus par les Arabes ; et les Musulmans surent mettre à profit l’enseignement qu’elle leur offrait.

Page 1