IV. LES OMÉYYADES
Le fils aîné d’ ’Ali, Hasan, qui lui succéda, n’avait qu’un pouvoir bien précaire. Mo’âwiya était maître absolu en Syrie, l’Égypte était entre les mains d’ ’Amr ben el-’Aç. Mo’âwiya, reconnu comme
LE HAUT MOYEN AGE
khalife à Jérusalem, marcha contre 1’ Iraq et vint camper près de Mossoul. Hasan, conscient de sa faiblesse, accepta d’abdiquer et rentra dans la vie privée. La dynastie des Oméyyades était fondée. .Mo'dwiya mourut en 680 après un règne de dix-neuf ans, laissant le trône à son fils, Yézîd contrairement à la règle de l’élection adoptée par les quatre premiers khalifes.
Les gens de K.oûfa, opposés à ce coup d’État, allèrent chercher à La Mecque Hoséïn, second fils d Ali, qui partit avec une caravane, mais fut rejoint près de Kerbélâ par les troupes du gouverneur ’Obéïdallah ben Ziyâd, et périt les armes à la main : tragédie fameuse dans les fastes de l’Islam et dont les Chi’ïtes célèbrent encore aujourd’hui l’anniversaire, le 1 0 du mois de Moharrem. A La Mecque, ’Abdallah ben Zobéïr se déclara indépendant et, effectivement, le resta jusqu’à la mort de Yézîd (683).
Mo’âwiya II, fils de Yézîd, mourut après quarante jours de règne ; ce fut la fin de la branche des Sofyânides, remplacée aussitôt par une autre branche de la même famille, les Merwânides, ainsi nommée d’après Merwân ben el-Hakam, qui battit à Merdj- Râhit, près de Damas, les partisans d’ Abdallah ben Zobéïr et s’assura la domination de la Syrie. Bientôt assassiné par sa femme, veuve de Yézîd (685), Merwân fut remplacé par son fils, ’Abdel-Mélik, qui envoya des troupes assiéger à La Mecque ’Abdallah ben Zobéïr. Celui-ci, abandonné de ses partisans, périt dans la mêlée, et sa mort mit fin à la guerre civile (692) .
Le règne d’ Abd-el-Mélik, mort en 705, fut remarquable par la construction de la mosquée d’ ’Omar à Jérusalem, par la reprise de la guerre avec les Romains après quinze ans de trêve (défaite de Justinien II à Sébaste de Cilicie, 692), par la frappe de la première monnaie musulmane (693) , par l’établissement de registres de comptabilité tenus en arabe, tandis que jusqu’alors ils avaient été tenus en grec à Damas, en pehlevi à Koûfa, en copte en Égypte.
Wélid L'', son fils, continua la guerre avec Byzance et conquit la Transoxiane et l’Espagne. C’est lui qui enleva aux chrétiens de Damas l’église de Saint- Jean- Baptiste et la transforma en une mosquée, qui porte encore aujourd’hui le nom de mosquée des Oméyyades. Il mourut en 715, après un règne de dix ans. Le gouverneur el-Hadjdjâdj ben Yoûsouf, qui le précéda dans la tombe, fut un véritable vice-roi dont le pouvoir s’étendait sur toute la Perse jusqu’à rindus. Il eut à triompher d’une révolte d’ ’Abd-er-Rahman, gouverneur du Sidjistan, et la conquête de la Transoxiane le mit en rapports avec les Turcs et les Chinois. Il s’occupa de travaux publics et réorganisa, avec l’aide d’un ingénieur araméen, les canaux qui assurent l’irrigation de la Mésopotamie.
C’est sous le règne d’ ’Omar II que les Arabes, après avoir franchi les Pyrénées, s’emparèrent de Narbonne (717-720). Quand il mourut à trente-neuf ans, il laissa sur le trône Yézîd II, fils d’ ’Abd-el-Mélik, petit-fils de Yézîd P’' par sa mère, prince faible et insouciant, qui ne put se maintenir, pendant quatre ans, que grâce au général Maslama, vétéran des guerres d’Asie Mineure.
Sous son fils, Hichâm (724-743), les expéditions hors des frontières recommencèrent de plus belle, non seulement contre les Grecs en Asie Mineure, mais encore contre les Francs en Gaule ; Eudes arrêta d’abord les Arabes devant Toulouse, puis appela à 1 aide Charles Martel, qui enraya leur marche entre Tours et Poitiers (732) . D’Avignon, les Musulmans faisaient des incursions dans le Dauphiné et la Bourgogne; ce fut seulement en 759 que Pépin le Bref s’empara de la future cité des papes. Avare de sa nature, Hichâm réorganisa les finances, mais en même temps il agrandissait ses propriétés personnelles, et la fiscalité excessive de ses lieutenants prépara la chute prochaine de la dynastie.
Son neveu, Wélîd II (743-744), dépensa largement les richesses accumulées par son oncle : il aimait la littérature, les beaux-arts et aussi les courses de chevaux. Surpris dans son château du désert par une révolte de son cousin, Yézîd III, il fut assassiné, mais Yézîd ne régna que six mois.
Merwân, surnommé Himâr (l'Ane), d’une branche cadette des Oméyyades, était gouverneur de l’Arménie : il envahit la Syrie et se fit introniser à Damas (744-750). Il put conserver, malgré de sérieuses révoltes, la Syrie et la Babylonie, mais non le Khorasan. Un ancien esclave, Abou-Moslim, peut-être d’origine iranienne, avait été envoyé dans cette province comme missionnaire par l’imâm Ibrahim, de la lignée d’Abbâs, qu’une transmission de pouvoirs avait substitué à la descendance directe d’ ’Ali. Les Abbassides aspiraient au khalifat au détriment des Alides. L’imâm Ibrahim, arrêté par ordre de Merwân II, fit reconnaître pour khalife Abou’l Abbâs (749). Abou-Moslim, à la tête des Chi’ïtes, qui avaient arboré les drapeaux noirs, insignes de ces prétendants, s’était emparé de Merv et avait réduit le gouverneur, Naçr ben Sayyâr, à se réfugier dans Nichâpour, qu’il dut évacuer pour se transporter à Hamadân. Merwân II, à la tête des troupes syriennes, fut complètement battu sur la rive gauche du grand Zâb, dans une bataille qui dura dix joirt's (750). Réfugié en Égypte, il y fut tué près d’Ochmonéïn dans les derniers jours de la même année. Ce fut la fin du règne des Oméyyades et de l’hégémonie des Arabes. Les khalifes abbassides étaient bien de souche arabe, mais le pouvoir effectif leur échappait pour passer entre les mains des Persans, qui vengeaient eux aussi la défaite de leur dernière dynastie nationale.