I L HAUT AGE
Campement des pèlerins à Mma, sur la rouie d’Arafa, près de La Mecque.
écrivit, dans une langue magnifiquement imagée, des satires et des panégyriques ; fils d’un roi détrôné et désireux de récupérer son royaume, il sollicita l’appui de Justinien et se rendit à Constantinople, mais il mourut empoisonné pour avoir, dit-on, joui des faveurs d’une princesse de la cour. Le nom du guerrier et poète Anlara a été popularisé par le Roman d'Aniar, très précieux pour la connaissance des mœurs arabes primitives. De belles poésies sont dues à des brigands qui écumaient les routes commerciales et dont certains furent attirés par les idées religieuses qui rayonnaient autour de la Palestine, berceau du judaïsme et du christianisme. El-A’cha était monothéiste et ami de l’évêque de Nedjrân, en plein cœur de l’Arabie; Omayya ben Abi’ç-Çalt, intéressé, quoique païen, par les récits de l’Ancien et du Nouveau Testament, les mit en vers et contribua ainsi, en propageant chez les Bédouins les idées judéochrétiennes, à frayer la voie à Mahomet.
Le Qoran n’éteignit pas ce flambeau poétique. En même temps qu’il devenait le point de départ d’une floraison littéraire en prose que treize siècles n’ont pas suffi à dessécher, la poésie se transformait sous l’influence des cours, surtout de la cour des khalifes dont le pouvoir dépassait immensément celui des roitelets écrasés entre Byzance et la Perse. Les louanges de Mahomet furent, de son vivant, exprimées par Hassân ben Thabit et par Ka’b ben Zobéir; El-Akhtal, un chrétien, fut le chantre attitré des Oméyyades et servit leur cause, car il lutta au cœur de l’Arabie contre les tendances réactionnaires des Compagnons du Prophète et des partisans de la famille d’ ’Ali : ceux-ci avaient, dans leur camp, Lefazdaq, qui fut emprisonné jiour leur cause et dont les démêlés Ütt craires avec Djêrir, son rival, sont restés célèbres. Les débats p-ilitiques inspiraient les jioètes.
1 . fondation de Bagdad, à la limite du territoire iranien, soumit 1.1 littérature arabe à une nouvelle et puissante influence, celle de la 1 ’er . =;;)nt l’esprit survivait à sa déchéance politique. Tandis qui- sert. .ms auteurs s’attardent à reprendre les anciennes descriptions du ert, v.-'iitables |)oncifs entre leurs mains, des novateurs revendiquent la hlierté de penser et d’écrire. Abou-Nowâs, fils d une Persane, voyagea au désert pendant un an pour y étudier le bon langage : il écrivit dans tous les genres, et même, à la fin d’une
vie de débauche, dans le genre dévot. Moshm ben el-Wélîd, surnommé « la victime des belles », menait une vie vagabonde.
Abou’l-Atâhiya, marchand de poteries, inventa des mètres nouveaux et chanta l’instabilité des choses de ce monde. Deux recueils portant le titre de Hamâsa (la vaillance) et compilés, l’un par Abou-Temmâm, l’autre par el-Bohtorî, ont sauvé du naufrage une quantité de fragments de l’ancienne poésie anté-islamique.
Le souffle guerrier de cette poésie revit encore chez Abou-Firâs, de la famille des Hamdânides, qui avait fondé à Alep une principauté presque indépendante; adversaire des Romains, il les combattit sur les confins de la Syrie et resta même six ans leur prisonnier. Les Hamdânides eurent pour panégyriste Moténebbi, fils d’un porteur d’eau, qui s’était cru prophète durant son jeune âge. Abou’l-’Alâ el-Ma’arrî, à la fois poète et philosophe, est d’un pessimisme amer, dû peut-être à ce que la variole l’avait rendu aveugle tout enfant. En Égypte, ’Omar ben el-Fâred, épris de mysticisme, chanta en beaux vers l’extase des çoûfîs; el-Bouçîrî écrivit, au sujet du manteau du Prophète (bourda) , une ode restée populaire. Ibn-Hamdîs en Sicile, et en Espagne Ibn-Zéïdoûn, Ibn-Guzman, Ibn-Sahl, Israélites convertis, composèrent, à côté de poésies classiques, des poèmes en langue vulgaire, dits zadjal et mowachchah.
La prose de cette époque héroïque a complètement disparu ; à l’excejrtion de textes juridiques, il ne nous en est resté que des titres d’ouvrages et des noms d’auteurs, conservés par le Fihrisl d’Ibn-en- Nadîm, des traditions du Prophète plus ou moins authentiques, des fragments d’anciens jurisconsultes. La prose élégante et rimée ne naîtra qu’au X'' siècle, avec les prônes d’Ibn-Nobâta, prédicateur à Alep du temjis de Séïf-ed-daula le Hamdânide, à un moment où les Arabes et les Byzantins se disputaient la Cihcie. Plus tard seulement, on vit naître, avec l’emploi de la prose rimée pojiularisée par les prédicateurs, le genre littéraire des Séances, courtes historiettes, où, pour piquer la curiosité des auditeurs, on aimait à employer des mots rares ; les modèles du genre se trouvent chez Bédî’ez-Zémân Hamadhânî et Harîrî. Bokhârî, Persan d’origine, jiassa seize ans à recueillir, dans diverses jiarties du monde musulman, les traditions remontent à Mahomet et qui ser-
LES ARABES ET E’JSEAMISME
virent à interpréter les passages du Qoran restés obscurs ou ambigus : celles qu’il retint figurèrent dans le Çahîh (l’authentique). Moslim écrivit un ouvrage analogue, et il convient de mentionner, dans le même ordre d’idées, les Sonan d’Abou-Dâoud, d’en-Nasâï et d’Ibn-Mâdja, ainsi que le Djâmi d’et-Tirmidhî, quatre auteurs d’origine iranienne ou du moins nés sur le sol persan. C’est alors que se créent les quatre écoles de théologie et de jurisprudence, dont l’influence persiste encore et entre lesquelles se partagent les Musulmans de nos jours : hanéfites, malékites, chaféites, hanbahtes. Les premiers tirent leur nom d’Abou-Hanîfa, surnommé le grand imâm, petit-fils d’un esclave et né à Koûfa en 699; il a pour caractéristique de résoudre par l’analogie (qiyâs) les cas embarrassants. Les seconds se rattachent à Mâlek ben Anas; son école est l’écho de la tradition de Médine, où il était né; elle reflète la coutume de cette ville et celle du Prophète, mieux conservées peut-être là que nulle part ailleurs, et elle réagit contre Abou- Hanîfa. L’école malékite, plus rigide, moins susceptible d’évolution, eut néanmoins la fortune d’être adoptée par l’Espagne ainsi que par l’Afrique du Nord, où elle règne sans conteste aujourd’hui.
Les chaféites se rattachent à Mohammed ben Idrîs ech-Châféi, dont le tombeau est un heu de pèlerinage fréquenté, tout près du Caire. Élevé chez les Bédouins, Mohammed étudia près de Mâlek et de Mohammed ech-Chéibâni, élève d’Abou-Hanîfa. Son enseignement, suivi en Égypte et aux Indes néerlandaises, domina longtemps en Perse, avant que ce pays, au début du XVI® siècle, passât aux doctrines chi’ites. A son école se rattachent el-Mâw^erdî, grand juge à Bagdad, qui formula les règles d’un État idéal, tel qu’il découlerait de la pure doctrine islamique, et l’imâm el-Haraméin, dont les ouvrages restèrent inédits, mais dont l’action fut considérable.
Les hanbalites sont les partisans d’Ibn-Hanbal, né à Bagdad en 780. Il chercha le fondement du droit dans les traditions islamiques et rejeta les lumières personnelles des jurisconsultes. Cette école, étroite et fanatique, compte peu de partisans, mais c’est d’elle que sortit le mouvement wahhabite, et, de ce fait, elle reprit au XVIII® siècle un éclat nouveau.
L’histoire commença par des recherches sur la biographie du Prophète ; Mohammed ben Ishaq rassembla à Médine les souvenirs se rapportant au fondateur de la religion islamique; son ouvrage ne nous est pas parvenu, mais il a été fondu dans une recension due à Ibn-Hichâm. El-Wâqidî, ruiné dans le commerce des grains, trouva à Bagdad un emploi de juge et écrivit un livre des campagnes de Mahomet, constamment cité dans les anciens auteurs. Son secrétaire, Ibn-Sa’d, composa un livre de Tabaqât ou catégories, biographies des Compagnons du Prophète; nous n’avons plus rien d’el-Médâïnî, sauf les fragments que nous ont conservés Bélâdhorî et Tabarî, deux auteurs de la plus haute importance et dont les écrits sont la base de nos connaissances sur l’époque un peu confuse des premières conquêtes musulmanes.
Mas’oûdî a laissé, dans les Prairies d’or, des détails intéressants sur la vie sociale au début du khalifat, et, dans son livre de V Aoerlissement, le résumé de deux grands ouvrages historiques aujourd’hui perdus. Abou’l-Faradj el-Içfahânî, dans les vingt et un
volumes du Kiiâb-el-Aghâni (Livre des chansons), nous a transmis un trésor incomparable de poésies et de renseignements sur la vie du désert et celle des centres habités aux trois premiers siècles.
A Alexandrie, le patriarche melkite Eutychius, en arabe Sa’ïd ben el-Batrîq, composa une histoire universelle; Ibn-el-Qoûtiyya (le fils de la Gothe) nota en Espagne les débuts de la conquête.
En Peise, le ministre el-’Otbî consacra à Mahmoûd le Ghaznévide, en un style pompeux, le Kilâb el-Yamîni, et la biographie de Saladin fut écrite par trois de ses secrétaires : ’lmâd-ed-dîn, surnommé le secrétaire d’Ispahan, Béhâ-ed-din d’Alep et Abou- Châma de Damas. Osâma Ibn-Monqidh, prince de Chaïzar sur l’Oronte et chasseur passionné, écrivit, à l’époque des Croisades, une autobiographie remplie de détails curieux.
A la fin du XIV® siècle, le Maghreb vit naître le célèbre Ibn- Khaldoûn, d’une famille originaire du Yémen : homme d’État et jurisconsulte, il essaya, dans les Prolégomènes à son Histoire universelle, d’écrire une philosophie de l’histoire, qui est en même temps un traité de sociologie appliquée au peuple arabe, et il raconta, dans le même ouvrage, l’histoire des Berbères. Après avoir occupé de hautes fonctions à Tlemcen, à Bougie, à Grenade, il termina sa vie au Caire, y ayant été nommé cadi malékite par le sultan Barqouq. Maqrîzi a décrit la topographie de l’Égypte et l’histoire de ce pays dans son Khitat. Les conquêtes de Tamerlan ont été célébrées en prose rimée par Ibn-’Arabchâh de Dama.s.
Les biographies des hommes illustres de l’islamisme (sauf ceux du I®"" siècle de l’hégire) forment le grand dictionnaire d’Ibn-Khallikân. ’Izz-ed-dîn Ibn-el-Athîr abrégea les annales de Tabarî et les continua jusqu’au début du XIII® siècle; il compila un dictionnaire biographique des Compagnons de Mahomet. Deux chrétiens écrivirent en arabe des histoires universelles : el-Makîn, fils d’un moine défroqué, et Abou’l-Faradj Bar-Hebraeus, fils d’un médecin juif converti de Malatia.
Les contes arabes forment un fonds très riche. Le cadre des Mille et une nuits, universellement connues, surtout depuis la traduction qu’en fit Galland, est d’origine persane; les divers contes qui ont été introduits dans ce recueil à différentes époques proviennent, les uns de la Mésopotamie, tels que ceux où figure le khalife Hâroûn-er-Rachîd ; d’autres se rattachent à l’Égypte ou trahissent leur origine juive; d’autres enfin sont des récits de voyage, comme les aventures de Sindbad le Mann. Les romans de chevalerie remontent au Moyen âge, bien que nous n’en ayons que des recensions relativement récentes; le plus célèbre est le Roman d'Antar, qui reporte le lecteur à l’époque du paganisme. Le roman des Banou-Hilâl, épopée en prose, raconte la migration de cette tribu en Afrique au XI® siècle, et celui de Séïf Dhou Yazan décrit les luttes du Yémen avec les Abyssins.
En résumé, la littérature arabe n’est pas riche. Ses historiens ne sont que des chroniqueurs ou des annalistes, et son théâtre, sa poésie épique, il faut aller les chercher en Perse.
LES SCIENCES. — Les sciences ne tenaient aucune place chez les conquérants musulmans.
Inscription HIMYARITE d'AmraN (Yémen), sur tablette de bronze. Ex-voto adressé au dieu Il-Maqqâh.
HAUT MOYEN AGE
Ea üédc- me, réduite à un empirisme peu différent de celui qi'i le' tu en ■>; - ■ 1,- peuples non civilisés, n’était guère, en Arabie,
uitr. !' .r les femmes, qui savaient traiter les blessures
■ . rr . ' . i--; ndant les Perses avaient hérité des successeurs -.Au'-.anc' une école de médecine installée à Djondéï-Châpour,
; !i >K ;ni- Eusiane, et dans la jiériode ancienne, ce fut le seul centre -- K’iitihque de la partie de l’Asie soumise aux Arabes. On cite liiutefois un Oméyyade, Kliâlid, fils de Yézîd, qui s’occupait d’alchimie sous la direction du moine Marianus et qui aurait même composé trois traités de cette science, mère de la chimie moderne. C’est seulement sous les Abbassides que s’éveille la curiosité scientifique, et d’en haut que vient l’impulsion : le khalife el-Ma’moûn établit à Bagdad une sorte d’Université, comprenant une bibliothèque et un observatoire astrologique.
Il fallut aller chercher la science là où elle existait, c’est-à-dire dans la littérature grecque. On traduisit en arabe des traductions syriaques, et parfois l’on remonta jusqu’à l’original grec lui-même, comme le fit Honéïn ben Ishaq, fils d’un pharmacien de Hîra, qui apprit le grec en Asie Mineure, devint le médecin particulier du khalife el-Motawakkil, et traduisit la Bible des Septante ainsi que des ouvrages de Platon, d’Hippocrate et de Diosconde. Ee traité d’astronomie de Ptolémée passa en arabe sous le titre, qu’il a conservé en Europe, d'Almageste.
Ea philosophie ne fut jamais, chez les Arabes, que la philosophie grecque transposée dans leur langue, et son étude fut provoquée par la lecture des traductions d’Aristote. Ceux qui s’y adonnaient étaient d’un savoir encyclopédique, comme nos humanistes du X\'I^ siècle; El-Kindî écrivit sur les mathématiques, la musique, la médecine; Fârâbi, né sur les bords lointains du Sîr- Deryâ, en Asie centrale, enseigna dans les jardins du faubourg d’Alep : il eut pour élève Avicenne (Ibn-Sînâ) , auteur de ce fameux Canon où l’Europe entière, jusqu’à des temps fort rapprochés du nôtre, alla recueillir la doctrine médicale.
L’Espagne vit une floraison merveilleuse de philosophes. Tortoûchi, de Tortose, termina au Caire la composition du Sirâdj el-moloûk (flambeau des rois) , traité de politique à l’usage des princes; Avenpace (Ibn-Bâdjdja) enseignait à Saragosse, et son élève, Ibn-Tofaïl, médecin et ministre des Almohades, écrivit un roman psychologique, //ayy ben Yaqzhân; Averrhoès (Ibn-Rochd) , de Cordoue, après avoir réuni les données de la thérapeutique dans son KoulUyât (œuvres complètes) , que les traducteurs latins ont transformé en Colliget, défendit la philosophie contre les attaques
Frise de palmettes à la mosquée du khalife el-Hâkem, au Caire (X' siècle .
de Ghazâli. Ibn-Sab’în de Murcie, du temps de l’Almohade ’Abdel-Wâhd, entretint une correspondance avec l’empereur d’Allemagne Frédéric II.
Sur le terrain des mathématiques, Abou-’Abdallah el-Khârizmî (d’où est venue l’expression algorithme) étudia le Siddhanta sanscrit, révisa les tables de Ptolémée et écrivit sur l’algèbre des traités que le Moyen âge traduisit en latin. Thâbit ben Qorra, changeur de monnaies à Harrân l’ancienne Carrhae, célèbre par la défaite de Crassus) , pratiquait la religion des habitants de cette ville, syncrétisme païen hérité des temps de l’Empire romain; rejeté de sa communauté, il vint à la cour des khalifes, traduisit le livre des sections coniques d’Apollonius de Pergé, et écrivit des manuels pour l’enseignement; son fils et son petit-fils suivirent ses traces. Le poète persan ’Omar Khayyâm contribua à la réforme du calendrier, ordonnée par le sultan Seldjouqide Malak-Châh, surnommé Djelâl-ed-dîn, d’où le nom d’ère djélaléenne; il composa un traité d’algèbre et un autre d’analyse chimique pour déterminer les quantités d’or et d’argent que l’on rencontre dans les alliages.
L’astrologie a toujours été populaire en Orient et l’est encore de nos jours. C’est grâce à elle que l’astronomie y a pu faire des progrès. El-Ferghâni (Alfraganus) construisit un nouveau nilomètre en Égypte et composa un manuel d’astronomie; de même Abou-Ma’char (Albumaser) , venu de Balkh, l’ancienne Bactres. El-Battânî (Albategnius) dressa à Raqqa, sur l’Euphrate, des tables astronomiques fort estimées par Lalande : lui aussi était un païen de Harrân.
Naçîr-ed-dîn Toûsî, né à Toûs (Mèchehed, Khorasan persan), était l’astrologue de Houlagou; il sauva un grand nombre de manuscrits lors de la prise de Bagdad. Il fit de la trigonométrie une science à part et traduisit Euchde.
Les anciennes traductions d’ouvrages géographiques n’existent plus. C’est l’organisation administrative du régime de la poste aux chevaux {veredus-berîd) qui fut le point de départ des études géographiques. Ibn-Khordâdbeh, d’origine persane, était directeur des postes lorsqu’il écrivit à Sâmarrâ son Livre des rouies et des provinces, qui fut le premier traité de ce genre. D’autres étaient des voyageurs, comme el-Moqaddésî, comme el-Bîroûnî, qui visita l’Inde et en rapporta une description complète. Ibn-Fadlân, envoyé comme ambassadeur d’el-Moqtadir près le roi des Bulgares du Volga, put voir les anciens Russes et recueillir des détails sur un pays resté aussi inconnu que du temps d’Hérodote. Un poète arabe de Yanbo’, sur la mer Rouge, Abou- Dolaf Misaar, chargé d’accompagner à travers le Tibet un prince indien rentrant dans son pays et de revenir par l’Afghanistan, consigna, dans ses Aderveilles des pays, les observations faites au cours de son voyage. Le yéménite el-Hamdâni écrivit une description de l’Arabie.
El-Bekri, de Cordoue, composa un dictionnaire géographique des anciens poètes et une géographie générale. Un traité du même genre que ce dernier nous a été laissé par le chérif el-Edrîsî, de Ceuta, qui, après de longs voyages, se retira auprès de Roger II, roi normand de Sicile. Ibn-Djobaïr était Espagnol ; il vit La Mecque en I 182. Yâqoût, esclave grec enlevé tout enfant au cours d’une razzia et emmené à Merv, en Asie centrale, profita des riches
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bibliothèques de cette ville pour y écrire son grand dictionnaire géographique, achevé en 1224. Le médecin ’Abd-al-Latif, de Bagdad, est l’auteur d’une description de l’Égypte remarquable par ses études d’histoire naturelle. Qazwînî nous a laissé une géographie et une description des curiosités de la nature.
L’étude de la médecine était d’origine grecque, mais elle a aussi subi l’influence de l’Inde; dans l’entourage de Hâroûn-er-Rachîd, il y avait un médecin indien,
Manka. Rhazès (Mohammed ben Zakariyâ er-Râzî) , né à Réï, près de Téhéran, fut aveuglé par un coup de fouet sur la tête que lui lança le Sâmânide Mançoûr ben Ishaq pour avoir manqué une expérience d’alchimic. Albucasis, chirurgien de Cordoue, employait fréquemment la cautérisation, à la manière des Bédouins. Le fameux philosophe juif Maimonide était aussi médecin.
LES ARTS. — Le premier besoin que ressentit la société musulmane, à ses débuts, fut celui d’édifices consacrés au nouveau culte.
La Mecque était au pouvoir des idolâtres, Jérusalem occupée par une garnison byzantine; Mahomet fit, de la seconde d’abord, de la première ensuite, le point de direction de la prière. Mais à la prière il fallait un abri; on construisit, en conséquence, dans le faubourg de Qobâ, puis à Médine même, des édifices qui furent les premières mosquées : le plafond de la salle d’assemblée y était soutenu par des troncs de palmier. Entrés bientôt en contact avec des civilisations supérieures, les musulmans comprirent le parti qu’on pouvait tirer de la main-d’œuvre indigène. La mosquée la plus ancienne, élevée avec cette destination, est la mosquée d’Amr (et non Amrou) , encore debout aujourd’hui, quoique remaniée, au Vieux-Caire. Fondée en 642 par ’Amr ben el-Aç, conquérant de l’Égypte, elle offre vingt-deux nefs parallèles sur six de profondeur, formées par des rangées de colonnes. Enlevées aux édifices romains de Memphis, ces colonnes supportent des arcs en ogive légèrement outrepassés, et des tenants en bois, à la base des arcs, en soutiennent la poussée. Cet expédient peu satisfaisant se retrouve dans les anciennes mosquées de l’Afrique du Nord.
Le khalife oméyyade ’Abd-el-Mélik ben Merwân construisit, de 687 à 690, à Jérusalem, l’édifice connu sous le nom de mosquée d’ ’Omar, œuvre d’architectes et d’ouvriers byzantins. Le plan en a été emprunté à des édifices qu’on retrouve dans la Syrie centrale et l’Asie Mineure. La partie centrale, la Qoubbet-eç-Çakhra (coupole de la Roche) , est un édifice octogone, construit sur l’emplacement de l’autel des holocaustes du Temple. L’ornementation de mosaïques, à l’intérieur, a été continuée à l’extérieur par el-Wélîd en 707. Des restaurations successives ont respecté, par bonheur, ce vénérable monument auquel les Arabes n’ont participé qu’en donnant, au début, l’ordre de l’élever et ensuite en fournissant les subsides qui permirent son achèvement. La mosquée des Oméyyades, à Damas, est l’église de Saint-Jean-Baptiste, élevée par Théodose en 379 sur l’emplacement d’un temple païen. D’abord partagée entre les chrétiens et les musulmans, el-Wélîd, en 708, la réserva en entier à ces derniers et la modifia en conséquence; de ces travaux, il ne subsiste, semble-t-il, que les arcades des portiques de la cour, les portes extérieures, la façade du transept. La décoration souligne le caractère tout byzantin de l’édifice.
Ahmed ben Touloun, nommé gouverneur d’Égypte en 868 par le khalife abbasside el-Motawakkil, se comporta en prince indépendant; il se fit bâtir un palais d’une richesse inouïe, et on le représenta, avec sa cour, dans des bas-reliefs en bois rehaussé d’or et de pierres précieuses, travail où se reconnaît l’influence persane. La mosquée élevée sur ses ordres en 879 est le type de la mosquée à portiques, souvent imitée depuis; le minaret, sur plan carré, est
bâti en pierre et séparé du monument principal : l’architecte prit, dit-on, pour modèle, la mosquée en briques élevée à Sâmarrâ, au nord de Bagdad, par le khalife Wâthiq. L’emploi de la brique avec revêtement de plâtre, dans un pays où la pierre est si abondante, ne peut s’expliquer que par la survivance de traditions architectoniques conservées de la Babylonie par les Sâsânides.
Les khalifes oméyyades, de pure race qoréïchite, avaient la nostalgie du désert et aimaient à se reposer dans l’air sec des plaines de sable :
ainsi s’explique qu’on ait trouvé des ruines de leur époque sur les confins du désert de Syrie. Les palais qu’ils y firent élever sont décorés de peintures, de style byzantin, comme l’édifice lui-même. Le changement de gouvernement n’avait apporté aucune idée artistique nouvelle.
La sculpture ornemaniste, qui est la servante de l’architecture, ne donne encore à cette époque rien de remarquable dans les pays conquis, ou du moins il n’en est resté que des témoignages d’historiens sujets à caution. Maqrizî rapporte que Khomâroûyè le Toulounide avait fait placer dans son palais des statues de bols : la sienne d’abord, puis celles des femmes du harem, leurs enfants et jusqu’à des musiciennes de la cour ; mais ces œuvres ne procédaient pas de la conquête, et les ateliers qui les avaient produites continuaient simplement les traditions des Pharaons. La mosquée d’Ibn-Touloun, bâtie en briques, avait des revêtements de stuc conservés en partie; les plus anciens motifs sont géométriques, sculptés adroitement à même le stuc.
De la Bagdad des khalifes abbassldes, il ne subsiste que des amas de décombres et quelques monuments isolés, restaurés plus tard, comme le tombeau de Zobéïde. La ville fondée par el-Mançoûr sur la rive droite du Tigre, et qui était de forme ronde, s’était accrue des faubourgs d’el-Karkh et de Tâq; mais les constructions, en briques crues ou cuites, n’ont pas résisté à la destruction qui suivit la prise de la ville par les Mongols. On a retrouvé pourtant les ruines des palais des khalifes et de Mo’izz-ed-Daula le Bouïde, ainsi que celles de l’hôpital élevé par ’Adod-ed-Daula. La ville actuelle, située tout entière sur la rive gauche, n’est qu’un faubourg de l’ancienne capitale, et de l’époque dont nous nous occupons il ne subsiste guère que trois monuments : le collège de Mostançir, bâti en 1232 (aujourd’hui la douane), le minaret de la mosquée de Soûq-el-Ghazl (1234) et le khan Ortma.
« MiHRAB ». NICHE DE LA MOSQUÉE D’IbN-ToULOUN, AU CaIRE (X" siècle).
Mosquée du khalife el-Hakem, au Caire. — Niche sous la coupole
(X'^ siècle).
LK HAI T MO'i'EN AGE
Niche de la mosquée d’Ibn-Touloun, au Caire (x® siècle).
On a pu relever le plan des ruines de Sâmarrâ, à 48 kilomètres au nord de Bagdad. Là s’élevaient les palais d’el-Motawakkil et de ses successeurs et une mosquée (642) remarquable par son minaret sur plan carré avec escalier extérieur ; elle servit de m.odèle à la mosquée d’Ibn-Touloun au Caire et rappelle les ziggurat ou tours à étages babyloniennes.
C’est en Égypte et en Syrie que l’on peut le mieux se rendre compte de l’évolution de l’architecture musulmane. Les Fâtimites élevèrent au Caire l’Université El-Azhar, malheureusement trop remaniée pour qu’on puisse en reconstituer le plan primitif. Le khalife el-Hâkem acheva, en 1013, la mosquée commencée par son prédécesseur el-’Aziz en 99 I ; la mosquée El-Goyoûchî, bâtie sur le flanc du mont Moqattam qui domine Le Caire, et la petite mosquée El-Aqmar (I 125) remontent à cette époque.
Avec Saladin, champion de l’orthodoxie, une nouvelle conception s’impose aux architectes : le medressé ou collège bâti sur plan cruciforme; c’est lui qui construisit la Citadelle du Caire. L’époque des Mamlouks fut une période brillante pour l’Égypte et la Syrie; non lias seulement parce que les monuments qu’ils élevèrent sont encore debout, mais parce que les formes architecturales antérieures furent remiilacées par des formes d’une suprême élégance, par des ornements d’une finesse et d’une délicatesse inouïes. Le Caire des peintres et des poètes, c’est celui des Mamlouks. Qalaoun et son fils en-Nâçir construisirent un ensemble remarquable d’édifices, comprenant deux mosquées, deux tombeaux et un hôpital (1285-1299). Le sultan Baïbars-Djâchenguîr fit élever un couvent, avec le tombeau de son fondateur. La mosquée du sultan Hasan (1356-1362) est la plus belle des mosquées sur plan cruciforme; au centre, une cour découverte avec la fontaine aux ablutions, et, sur les autres branches de la croix, quatre vastes salles ogivales ouvertes sur la cour, sur le modèle du Tâq-i Kisrà, dernier vestige du palais des Sâsânides à Ctésiphon. Deux minarets, dont h* plus haut a trois étages et 55 mètres de hauteur, donnent un peu de légèreté à cet édifice remarquable, dont les façades extérieures ont un caractère de sévérité qui confine à la lourdeur.
Le sultan Barqouq a laissé deux mosc|uées, l’une à l’intérieur de la ville et l’autn hors des murs, dans le désert, aux tombeaux des khalifes. C Ile-ci fut achevée par son fils, haradj, en 1399.
La Tunisie a conservé à Kairouan, dans la mosquée de Sidi ’Oqba, un spécimen du type des anciennes mosquées, dans le genre de celle d’ ’Amr au Vieux-Caire, mais avec une nef centrale plus grande que les autres, particularité que l’on retrouve à la Zaïtoûna de Tunis (732) .
L’Esjragne a été couverte de monuments lors de la domination des Arabes; la grande mosquée de Cordoue, fondée par le khalife oméyyade ’Abd-er-Rahman en 785, et complétée par ses successeurs jusqu’en 1001, diffère sensiblement du type oriental; de nombreux fragments de l’époque des Wisigoths ont été utilisés dans la construction et ont contribué à former un style hispano-arabe. Les Almoravides ont donné naissance au style maghrébin, qui se différencie nettement des autres styles musulmans. A Saragosse, l’Aljaferia, devenue une caserne; à Tolède, la Puerta del Sol; à Séville, la Giralda, ancien minaret de la grande mosquée (I 197), et à Grenade le Palais de l’Alcazar, le Palais de l’Alhambra, chef-d’œuvre de la décoration andalouse, sont des exemples encore debout d’une époque où la prospérité de l’Espagne avait atteint un degré inouï.
Les monuments de Tlemcen, surtout les mosquées, sont d’un style remarquable. La grande mosquée a été élevée de 1135 à 1138; la nef centrale, plus large que les autres, est indiquée au dehors par un portail richement décoré; celle de Sidi Bou-Medin est de 1 339. A Marrâkech, la tour de la Koutoubia, d’un aspect sévère, construite en pierre comme la tour de Hassân à Rabat, donne l’impression d’une œuvre romaine. Les monuments de Chella, ville abandonnée près de Rabat, présentent de l’intérêt.
Le musée arabe du Caire possède d’anciens panneaux de bois sculptés provenant du cimetière toulounide : c’étaient des meubles et des portes, qu’on utilisait pour empêcher les éboulements. Le bois n’est employé que divisé en nombreux panneaux, grâce à quoi on évite le resserrement causé par le soleil et la chaleur. C’est une nécessité du climat.
LES ARTS MINEURS. — ■ L’orfèvrerie fut en grand honneur chez les Arabes, dès qu’ils se furent installés en maîtres dans les régions où florissait une civilisation plus avancée que la leur, née à Médine. Trouvant des ouvriers indigènes, ils utilisèrent leurs talents pour les travaux du métal, soit pour les lustres d’or et d’argent dont on orna de bonne heure les sanctuaires, soit pour les portes des mosquées revêtues de ces plaques de cuivre artistement travaillées comme en vit à Jérusalem, au XI'* siècle, le voyageur persan Nâçir-i Khosrau. Les descriptions que les historiens nous ont laissées des richesses des Fâtimites au Caire et des khalifes à Cordoue confondent l’imagination ; mais tout cela a disparu dans les guerres civiles, les pillages et les incendies. Cependant les trésors de nos cathédrales (Bayeux, Coure, Saint-Marc de Venise, églises d’Espagne) ont conservé des coffrets d’ivoire ou d’argent qui donnent une haute idée du travail artistique dans les contrées gouvernées par les Musulmans.
Les cuivres incrustés, dont des exemplaires nombreux sont parvenus jusqu’à nous, ne remontent guère qu’au XIT siècle; toute la production antérieure a péri. En Mésopotamie, non loin des mines de cuivre d’Asie Mineure, et en particulier à Mossoul, il y eut une école d’art qui se spécialisa dans la décoration (figures d’hommes et d’animaux, scènes de chasse, réceptions à la cour des princes) et dans les incrustations d’argent; des ouvriers de Mossoul, attirés en Égypte et en Syrie par les Mamlouks, y formèrent des élèves. La Perse cultiva également cet art avec succès.
Les armes pourraient offrir un intéressant sujet d’étude, si nous possédions quelque exemplaire remontant au haut Moyen âge; mais nous en sommes réduits au témoignage des historiens. L’arc et les flèches furent de tout temps l’arme des Bédouins, comme on peut le constater sur des sculptures babyloniennes du N UI'' siècle avant notre ère; c’est plus tard que la navigation de la mer des Indes amena au port d’el-Khatt des cargaisons de bambous avec lesquels on fit la longue lance flexible des cavaliers du désert, leur seule arme d’estoc, car le sabre droit ne servait qu’à tailler. La cotte de mailles, le casque de fer, le boucher de peau étaient les armes défensives des Arabes. L’ensemble formait un arsenal que les rois et les riches pouvaient seuls se procurer, à raison de sa grande valeur.
La céramique fut connue de toute antiquité dans le bassin de l’Euiihrate et du Tigre, et les Sâsânides firent un grand usage de la décoration en plaques émaillées, qui resta un art jiurement persan, tout en se répandant jusqu’en Espagne et au Maghreb. A la mosquée de Sidi Oqba, à Kairouan, comme à Raqqa, en Mésopotamie, on trouve des carreaux à décor lustré qui remontent au IX® siècle.
La fabrication des tissus à figures était pratiquée de longue date
par les Sâsânides en Perse, les Coptes en Égypte, les Byzantins en Syrie; tout d’abord, les Musulmans n’éprouvèrent aucune répulsion pour les figures stylisées formant la décoration de ces étoffes ; cependant, peu à peu, sous leur influence, les artisans substituèrent à ces figures une ornementation géométrique, des combinaisons de lignes, des roues tangentes ou isolées, des lignes horizontales en disposition losangée ; puis il s’y introduisit des lignes d’écriture, inscriptions à la louange du possesseur {iirâz) , fragments du Qoran destinés surtout à former le voile de la Ka’ba. Les animaux stylisés, de provenance sâsâmde, se maintinrent assez longtemps dans la fabrication indigène, et même aujourd’hui on en trouve parfois dans les tapis d’Orient.
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