IL CHARLEMAGNE
CHARLEMAGNE ET L’ITALIE. — Charlemagne, né en 742, était l’aîné des deux fils de Pépin et de Bertrade. Le cadet, Carloman, était né en 751. Les deux frères furent sacrés le même jour, l’un à Noyon, l’autre à Soissons, le 9 octobre 768. Sitôt le partage, le désaccord se manifeste. Carloman refuse d’aider Charles contre la révolte de l’Aquitain Hunald. Charles agit seul et triomphe. Bertrade essaie alors de réconcilier ses enfants. A cette politique se rattache le mariage de Charles avec une fille du roi des Lombards, Didier, allié de Carloman. Mais celui-ci meurt le 4 décembre 771 . Aussitôt Charles met la main sur sa part et répudie la princesse lombarde, tandis que la veuve de Carloman, Gerberge, avec ses deux enfants, se réfugie à Pavie auprès de Didier.
La répudiation hardie à laquelle se résolvait le roi franc était un acte politique. L’indissolubilité du mariage chrétien n’a été définitivement établie qu’au IX® siècle. En fait, le renvoi de la princesse italienne signifie la rupture avec les Lombards et la renonciation à la politique de Bertrade. Au demeurant, la libération de Charlemagne à l’égard de sa mère fut définitive, et Bertrade disparut désormais de l’horizon politique.
Or, en défiant le Lombard, Charlemagne déterminait un programme : l’extension de l’État franc. Pour soutenir le pape, à qui
Didier veut imposer le sacre des fils de Carloman, Charles force
les cluses des Alpes dans l’automne de 773. Didier, dont l’armée paraît avoir subi une débandade complète, court se réfugier dans Pavie, sa capitale, tandis que son fils Adalgise, avec la veuve et les enfants de Carloman, se renferme dans Vérone. Cette place est promptement enlevée. Adalgise s’enfuit, Gerberge et ses enfants tombent aux mains du vainqueur. En revanche, Pavie résiste. Pour Pâques, la ville tient encore. Le roi franc rend visite au pape et
prie sur le tombeau de saint Pierre. Il reçoit le titre de patrice.
Deux mois après, Pavie tombait enfin. Didier fut emprisonné à l’abbaye de Corbie, et Charles, se substituant au vaincu, prit la couronne de fer et le titre de roi des Lombards. En même temps, il a eu soin de confirmer au pape la « donation de Pépin ». Ainsi, la politique italienne de Charlemagne s’affirmait jrar un succès retentissant : effondrement de la domination lombarde, annexion de la Lombardie, protectorat direct sur Rome. Charles avait poussé à fond ses avantages. C’était là un coup de maître qui rompait l’équilibre occidental au profit du Carolingien.
La suprématie franque en Italie ne fut cependant pas l’œuvre d’une seule campagne. Un des gendres de Didier, le mari d’Adelberge, Aréchis, s’était maintenu comme duc à Bénévent. D’autre part, le fils de Didier, Adalgise, intriguait activement à Byzance. Hildebrand, duc de Spolète, entra dans le complot. Mais Charles
veillait. En 776, en 777, il vainquit les révoltés. Toutefois, sa sagesse tempéra sa victoire. Pour pacifier l’Italie, il accepta le maintien, à Bénévent, d’un duché vassal. De plus, en 781, il érigea l’Italie franque en une sorte de vice-royauté confiée à son fils Pépin, alors âgé de quatre ans. En même temps, il prenait une disposition analogue en faveur de l’Aquitaine, à la tête de laquelle il plaçait un autre de ses fils, Louis. Les deux « rois » enfants devaient gouverner sous le contrôle de leur père ; la mesure ne compromettait en rien l’unité de l’État carolingien, tandis qu’elle donnait satisfaction aux aspirations régionales, dans la mesure où celles-ci étaient légitimes. La formule était heureuse : elle réussit pleinement.
Non moins heureuse était la conception de l’équilibre italien, dont témoigne la politique de Charles à l’égard des Bénéventains. Entre le royaume lombard et l’Italie méridionale grecque, Charles laissa systématiquement subsister l’État-tampon de Bénévent sous Aréchis, puis sous son fils Grimoald, sans se laisser émouvoir par l’indocilité de ces princes.
CHARLEMAGNE ET LA SAXE. — Au témoignage d’Éginhard, ami et biographe de Charlemagne, les guerres de Saxe furent les plus longues et les plus dures de l’époque franque. A vrai dire, la Saxe était la barrière qui s’opposait à l’extension de l’État franc vers l’est et au développement du christianisme. Une question capitale était posée : le Rhin serait-il la limite de la civilisation? L’Allemagne serait-elle ou ne serait-elle pas? Charlemagne a compris le problème dans son amplitude et l’a résolu. Il n’a reculé devant rien pour imposer sa solution. Aussi bien, la conquête de la Saxe a-t-elle été l’un des faits les plus chargés de conséquence de toute l’histoire européenne.
La Saxe du VIII® siècle était la région comprise entre le Rhin et l’Elbe. Les trois grandes tribus saxonnes, mal fixées au sol et idolâtres, étaient les Westphaliens, les Ostphahens, les Angariens. Une tribu annexe, les Nordalbmgiens, vivait aux confins du Danemark. Marécages au nord, forêts au sud, partout accès' difficiles, point de centre où frapper : tel était le pays que Charles avait à soumettre. Peut-être la première campagne (772) n’est-elle destinée, dans la pensée de Charlemagne, qu’à punir un refus de tribut : il bâtit un fort à Ehresburg, chez les Angariens, détruit une idole locale (l’Irminsul) , pousse au 'Weser, se fait livrer des otages. Mais
Statuette en bronze doré. — A la cathédrale de Metz, où elle demeura jusqu à la Révolution, elle était considérée comme le portrait de Charlemagne. Cette identification est hypothétique. — Musée Carnavalet. ( l. UivAr-- a.
la campagne de 775 décèle déjà le plan de la soumission systématique : les Francs pénètrent dans Sigiburg, forteresse des Westphaliens, remportent la victoire éclatante de Brunnisberg, franchissent le Weser, prélèvent des otages chez les Ostphaliens. En 777, à Paderborn, s’inaugure la méthode des baptêmes en masse. Cette méthode suscite un grand soulèvement national; c’est alors que surgit le fameux héros de la résistance saxonne, Wittikind. Comme ses pareils en histoire — tel un Vercingétorix, un Abd-el-Kader — Wittikind se fait remarquer par une activité dévorante, une inlassable opiniâtreté, une sorte d’omniprésence. Un duel long et confus s’engage : c’est le perpétuel recommencement de ces luttes sans merci où 1 indigène vaincu et dispersé retrouve toujours des armes sur le sol natal et relève la tête un peu plus loin. La guerre devient sauvage. Les Saxons sont écrasés chaque fois que Charles apparaît. En son absence, ils se redressent et parfois connaissent la victoire. En 782, trois grands officiers de Charles, le camérier Adalgise, le connétable Gilon, le comte palatin Worad, sont surpris et battus au mont Sunthal. Le désastre est vengé par le massacre de Verden, où quatre mille cinq cents otages sont exécutés. Wittikind n’en tient pas moins encore trois ans la campagne. Mais Charles, libéré en Italie, poursuit sans arrêt la conquête. Elle aboutit, à la fin de 785, à la reddition et au baptême de Wittikind. La légende veut que le champion des idoles soit devenu un chrétien modèle : la vie de saint Wittikind a été, dans la littérature du Moyen âge, un thème d’édification.
C’est en 785 que se place le célèbre capitulaire saxon de Charlemagne. Le régime franc est transporté en Saxe; la pratique du christianisme y est obligatoire; tout refus de recevoir le baptême ou de s’astreindre au jeûne du carême est puni de mort, aussi bien que le meurtre d’un ministre du culte. Sous la protection du capitulaire, les missionnaires parcourent la Saxe. Willebrod meurt évêque de Brême en 789. Mais l’esprit de résistance n’est qu’en
sommeil. Il se réveille en sursaut en 793. Une armée franque en marche est surprise et massacrée sur le Weser. Une formidable révolte ressuscite les guerres de Saxe en 794. Charlemagne adopte cette fois un moyen radical : la dépopulation. Il enlève des familles entières, les transporte en France, établit en Saxe ses fidèles. Il n’y a plus de campagne proprement dite après 795 ;
A DIT DE Charlemagne (Trésor de Conaues). — Reliquaire dont seule la base à rinceaux est au IX** siècle.
mais, en 804, dix mille Saxons sont encore déportés. L’indépendance saxonne finit comme un feu qui s’éteint. Ceux qui restent sont des résignés; à la génération suivante, rien ne demeurera plus du paganisme ni de la barbarie; la Saxe chrétienne sera l’un des germes de l’Allemagne du Moyen âge.
CHARLEMAGNE ET LA BAVIÈRE. — Un autre germe d avenir, ce fut la Bavière carolingienne. Parmi les affaires que la mort de Pépin avait laissées en suspens, celle de Bavière était l’une
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Carte de l’Empire de Charlemagne.
LE HAUT MOYEN AGE
des plus inquiétantes.
Malgré sa vassalité, qui était de plus en plus nominale, le duc bavarois Tassillon jouissait d’une véritable indépendance.
Il avait épousé Liutberge, une des filles de Didier. Pourtant il ne soutint pas son beau-père en 773.
Sans doute, la diplomatie de Charles avait su l’endormir.
Longtemps, Charles laissa Tassillon agir en souverain, prendre son fils Théoton pour associé, étendre ses limites par une guerre en Carinthie, donner à sa principauté, qui déborde sur l’Autriche actuelle, des proportions de royaume.
La future Allemagne sera-t-elle franque ou bavaroise, ou bien y aura-t-il deux Allemagnes et la Germanie du Moyen âge présentera -t-elle un dualisme, comme il devait advenir de l’Allemagne moderne, dont la maîtrise se partageait entre la Prusse et l’Autriche? La longue patience de Charlemagne n’était qu’un artifice : il ne voulait point d’un partage àvec Tassillon.
Ici encore, la politique carolingienne frappe brusquement un grand coup au moment opportun. En 781, Charlemagne exige le renouvellement de la vassalité bavaroise. Tassillon, effrayé, prête serment à Worms et livre douze otages. En 787, il essaie de se ressaisir, il intrigue avec les Bénéventains. Trois armées franques envahissent la Bavière par le Lech, le Danube et le Tyrol. Tassillon arrête leur marche par un nouveau serment. Mais des intrigues renaissent, qui attirent derechef la foudre : Tassillon est traîné à l’assemblée d’Ingelheim de 788 et condamné à mort. Charles lui fait grâce de la vie et l’enferme avec Théoton dans un monastère. La Bavière est incorporée à l’État franc et Charles vient personnellement à Ratisbonne présider à sa réorganisation. Tassillon ne reparaît un instant dans l’histoire que pour consacrer, en 794, par une renonciation formelle, les faits accomplis. Désormais il n’y a plus en Occident aucun État capable de mettre en danger le développement pacifique et civilisateur de l’État franc.
Pièce en ivoire du jeu d’échecs offert à Charlemagne par le khalife Hâroûn-er- Rachid. — Bibliothèque Nationale. Cl. (uraudo.n.
CHARLEMAGNE ET LES AVARS. — Une autre tâche que la réorganisation de la Bavière avait occupé Charlemagne à Ratisbonne. Cette année même les Avars, barbares de race hunique, s’avancaient jusqu’au Frioul. Comme au temps d’Attila, l’Occident était menacé d’un nouveau coup de vent dévastateur. Charles paraît avoir tenté de négocier; en 791, il fallut recourir à la force. La première campagne fut interrompue par la révolte de la Saxe. Après plusieurs années de guerres pénibles et confuses, le coup- final fut i)orté aux Avars par le comte P-ric : à la faveur de querelles intestines qui les divisent, les Avars voient leur camp ou ring forcé, leur trésor pillé. Le khan Tudun reçut le baptême. Une prise d’armes partielle en 799 marque le dernier sursaut. Charlemagne était désormais tranquille sur sa frontière orientale. De même qu’il avait dessiné le cadre de la future Allemagne, il avait établi le christianisme au cœur de la future Hongrie. C’est aux limites du monde carolingien ainsi tracé que s’arrêtera, ou peu s’en faut, l’Occident civilisé du Moyen âge.
LE RÉTABLISSE.MENT DE L’EMPIRE. — A la fin
du \ III' siècle, les guerres heureuses et raisonnées de Charlemagne ont transformé 1 État franc. Il n’est plus réduit aux limites mérovingiennes; sur la carte, il fait pendant à l’Emiiire grec. C’est, géograiihiquement, un Empire d’Occident. La « dilatation » de l’État franc, pour employer ici une expression carolingienne, est à la ba>e
de l’édifice impérial. Le protectorat sur Rome achève de donner au roi figure d’empereur. Tout poussait au renouveau de l’Empire. Rétabli après l’attentat du 5 avril 799 par le souverain franc, devenu l’arbitre des partis romains, le pape Léon IV semble avoir pris l’initiative, malgré le voile de mystère qui enveloppe les préparatifs, de la cérémonie du jour de Noël 800, au cours de laquelle Charles reçut le diadème dans la basilique Samt-Pierre, tandis que les assistants poussaient l’acclamation : « A Charles Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire ! »
Eginhard a raconté plus tard que Charlemagne avait manifesté de l’humeur de ce couronnement. Il ne s’agit là, vraisemblablement, que d’une version postérieure et officieuse, destinée à plaider à Byzance l’irresponsabilité de la cour franque lorsque se fut affirmée l’hostilité de la cour orientale. Personne n’eût pu faire de Charlemagne un empereur malgré lui.
Aussi bien, la résurrection de l’Empire répondait à un besoin de l’Occident. Charlemagne, dit-on, n’a revêtu qu’une fois le costume impérial romain; empereur, il est resté roi des Francs et des Lombards. Faut-il croire que le titre d’empereur n’a eu d’autre effet que de modifier le protocole des actes? En réalité, il faut l’entendre tout autrement. L’Empire n’était pas un régime, mais un idéal moral; il signifie l’unité de l’Occident sous un chef exerçant la plénitude du pouvoir temporel dans une pensée chrétienne. Déjà se dégage dans les esprits l’idée qui planera sur le Moyen âge, celle de la double délégation divine, et, pour parler comme le poète, « ces deux moitiés de Dieu, le pape et l’empereur ».
CHARLEMAGNE ET L’ESPAGNE. — Le règne du
nouvel empereur est relativement paisible. Les grandes guerres sont finies. Presque partout les limites définitives sont atteintes. L’effort militaire n’a plus dorénavant qu’un caractère défensif, telle la conquête des marches d’Espagne. Charles, pour protéger ses confins méridionaux, établit deux glacis aux deux extrémités des Pyrénées, amorce de la future Navarre et de la future Catalogne.
La première expédition franque au sud des Pyrénées avait eu lieu dès 778. Appelé par Soléïmân, gouverneur de Barcelone révolté contre l’émir de Cordoue, Charles franchit les basses Pyrénées et ne peut s’emparer de Saragosse. Rappelé par les affaires de Saxe, il s’en retourne, et son arrière-garde est surprise par les Basques à Roncevaux (15 avril 778), où périt le comte Roland. La légende et la poésie épique ont amplifié l’importance de cet épisode, bien moins grave cependant que le désastre de Sunthal.
Occupé ailleurs et peu porté aux aventures, Charles n’agit plus en Espagne. Mais, en 793, les Sarrasins s’attaquent à l’Aquitaine. Abd-el-Mélik s’avance jusqu’à Narbonne et défait le duc de Toulouse, saint Guilhem, à la bataille de Villedaigne (ou de l’Orbieu) , puis s’en retourne chargé de butin. La réplique de Charlemagne fut la création d’une marche.
Saint Guilhem en fut le fondateur. Il dirigea une suite d’expéditions bien conçues, établit de»:
forteresses à Vich,
Cardone, Girone,
Lérida, et parvint, en 80 1 , à s’emparer de Barcelone, après avoir battu trois armées arabes. En 806, saint Guilhem se retira du monde pour finir ses jours au monastère de Gellonc (Saint- Guilhem-du-Désert,
Hérault), qu’il avait institué. Mais l’œuvre militaire fut poursuivie. En 8 I 1 , le roi d’Aquitaine, Louis, reçut les clefs de Tortose, et la conquête fut poussée jusqu’au
Chapelle palatine. ParLe centrale de la cathédrale d Aix-la-Chapelle, avec son rhabillage gothique
L’EUROPE CAROEINGIENN’E
cours inférieur de l’Èbre. A l’autre extrémité des Pyrénées, une politique analogue livre aux Francs Pampelune et les positions stratégiques de la Haute-Navarre. Enfin, en 812, el-Hakam, émir de Cordoue, reconnaît les frontières nouvelles de l’État franc.
CHARLEMAGNE ET L’ORIENT. — L’hostjlité entre
l’État franc et l’émirat de Cordoue a pour corollaire l’amitié de Charlemagne et d’Hâroûn-er-Rachîd, khalife de Bagdad. Ce dernier était, en effet, dans le monde musulman, l’ennemi-né des Oméyyades d’Espagne. Les annalistes francs se complaisent à décrire les cadeaux échangés entre les deux cours. On a parlé notamment d’un jeu d’échecs en ivoire, d’une horloge merveilleuse (à eau) envoyés par le khalife. Ce qui importe le plus à l’histoire, c’est la protection des chrétiens d’Orient et des Lieux saints, qu’Hâroûn accorde à Charles. A cette protection se rattache le légendaire voyage de Charlemagne à Jérusalem, souvent conté par les poètes du Moyen âge. L’influence franque en Syrie dérive de la politique carolingienne.
CHARLEMAGNE ET BYZANCE. — PUISSANCE DE CHARLEMAGNE. — L’amitié avec Bagdad faisait peser sur Byzance une pression d’autant plus opportune que les rapports franco-byzantins étaient plus délicats. Déjà, de bonne heure, les princes lombards avaient trouvé des oreilles complaisantes sur le Bosphore. Une prudente politique italienne avait seule permis d’éviter les heurts. Le rétablissement de l’Empire rendit l’accord francogrec plus fragile encore. Charles, veuf, songea à un mariage avec l’impératrice d’Orient, Irène. La chute de cette princesse coupa court au projet. Après de longs efforts pour obtenir sa reconnaissance à Constantinople, Charles recourut à l’intimidation. Il procéda à une mainmise énergique sur Venise en 809. La diplomatie byzantine fléchit alors, et des préliminaires furent conclus en 812; les ratifications n’étaient pas encore échangées à la fin du règne.
Ami constant du khalife de Bagdad, partenaire heureux de l’empereur grec, Charlemagne n’a eu que d’excellents rapports avec les petits princes d’Occident qui gravitaient autour de lui : roitelets anglo-saxons, petits rois chrétiens de Galice. Seule résiste la Petite Bretagne ou Armorique, dont les soumissions successives attestent la perpétuelle insoumission.
Quant aux Barbares du nord et de l’est, Charlemagne a suivi la politique prudente et ferme à la fois que dictaient les circonstances. Les expéditions franques en Danemark sont mal connues, mais elles sont visiblement exemptes de toute pensée de conquête. Le Danemark joue, vis-à-vis de la Saxe de Wittikind, le rôle joué par le Maroc, au temps d’Abd-el-Kader, vis-à-vis de l’Algérie. La vraie force du peuple danois est dans la piraterie. En 8 1 0, ceux qu’on appellera bientôt « Normands » vont piller la Frise et Charles menace, en représailles, d’envahir le Danemark, lorsque le roi de ce pays, effrayé, implore la paix.
Carte du partage que Louis le Débonnaire fit de ses États en 81/.
Louis le Pieux. — Miniature d un manuscrit de la Bibliothèque Nationale.
Vers l’est, Charles a fait campagne contre la tribu slave des Wiltzes en 789; plus tard, il délègue la tâche de contenir les Slaves à son fils aîné, Charles : deux forts sont bâtis, l’un sur la Saale, l’autre sur l’Elbe. Par là sont fixés les sites de ces deux villes futures. Halle et Magdebourg.
Ainsi s’affirme, à la fin du règne, la stabilité de l’Empire. Une renaissance intellectuelle et économique se développe. « Grand et pacifique empereur », c’est donc avec raison que les Romains avaient acclamé en ces termes, le jour de. Noël 800, le souverain maître de l’Occident.