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NAVARRE

Rome'

Carte du traité de Verdun. L Empire est démembré en royaumes (843).

Les vainqueurs du 25 juin resserrèrent leur amitié par les fameux serments de Strasbourg du 14 février 842. Ces serments, dont Nitliard nous a conservé le double texte, en francique et en roman, sont demeurés justement célèbres. La version romane de Strasbourg est le plus ancien document de la langue moderne. Historiquement, ces serments rendaient officielle l’alliance de Louis et de Charles. Les deux frères s’avancent sans obstacle jusqu’à Aix-la-Chapelle, proclament la déchéance de Lothaire, .mettent sur pied un projet de partage à deux. Lothaire, contraint à se modérer, suggère un partage à trois, abandonnant par conséquent Pépin. La pression des évêques détermine les alliés à accepter ce principe. Mais il fallut procéder à de laborieuses enquêtes pour élaborer le partage, enfin arrêté à Verdun, vers le 1 0 août 843.

LE TRAITÉ DE VERDUN (843). — Nous ne possédons point le texte de ce traité, l’un des plus importants de toute l’histoire. On ne peut en reconstituer les dispositions essentielles qu’en recourant à des traités postérieurs ou aux textes narratifs qui y font allusion.

Quelques principes généraux semblent avoir présidé à la rédaction : d’abord, le principe de la division tripartite, avec exclusion de Pépin; ensuite le maintien à Lothaire de l’Italie et d’Aix-la- Chapelle, avec le titre impérial, ce qui a entraîné l’attribution à l’aîné d’un État intermédiaire et allongé de l’embouchure du Rhin aux confins bénéventains de l’Empire; enfin, dans le tracé si délicat des frontières, le critérium adopté fut, à n’en pas douter, le respect des fidélités, c’est-à-dire qu’on a incorporé, autant que possible, dans le lot de chaque prince, les comtés dont les titulaires avaient combattu pour ce prince. C’est ainsi que le rôle militaire de Guérin a déterminé l’attribution à Charles de toute la partie de la Bourgogne sise sur la rive droite de la Saône, et du coup se trouva tracée la frontière de la France de 843, qui devait s’imposer, sur la plupart des points, fort au delà du Moyen âge.

Comme le montre la carte, le lot de Lothaire s’intercale entre la France de Charles le Chauve et la Germanie de Louis. Or, historiquement et ethnographiquement, rien ne s’interpose entre la Gaule et l’Allemagne : les deux pays avaient eu de toute antiquité, pour limite naturelle et humaine, le Rhin. Ainsi le hasard qui a fixé à trois le nombre des cojrartageants de Verdun a eu cette consé- (juence que, irour créer un État intermédiaire entre ceux de Charles et de Louis, il a fallu tailler dans de la chair vive : en fait, on a taillé en pleine chair de la Gaule, c’est-à-dire de la France. Les plaies ouvertes à Verdun ont saigné durant des siècles. Aucun acte d’opportunité politique n’a eu, en histoire, des effets aussi retentissants. Le couloir territorial dévolu à Lothaire, de la mer du Nord aux Afiies, a été voué à toutes les épreuves d’une destinée incertaine; l’Italie a été offerte aux ambitions adverses de la France et de l’Allemagne, lesquelles, par contre, ont reçu du traité leur individualité puissante : l’acte de Verdun, incapable d’insuffler la

vie à l’État sans nom aux destinées duquel préside Lothaire, a dressé face à face les royaumes de Charles et de Louis. La France de 843 est amputée, sans doute; mais elle a un cœur et une tête; elle peut, doit et veut vivre.

LA CONFRATERNITÉ. — A cette heure donc, une ère commençait. A l’Empire unitaire succédait la multiplicité d un Occident nouveau. C’est pourquoi, au lendemain du partage, 1 influence du clergé substitue à l’idée unitaire périmée un idéal nouveau. Sur un plan transcendant, le monde carolingien survit à la division territoriale. Ce sera la confraternité ou concordia fratrum. Mais si la confraternité apparaît une formule de conciliation et de paix, l’ambition des princes fait surgir une redoutable contre-partie. Aucun d’eux ne se résigne sincèrement au partage. L’arrière-pensée les hante d’agrandir leur lot, et chacun rêve du diadème impérial. La confraternité n’exclut point la rivalité.

Lothaire tente d’abord de ressaisir l’hégémonie effective que l’indépendance de ses frères lui ravit. Mais ses efforts pour faire de Drogon, archevêque de Metz, un vicaire du Saint-Siège en France et en'' Germanie échouent, et il ne peut faire rétablir Ebbon sur le siège de Reims. Sur ce siège éminent s’installe une créature de Charles le Chauve, le célèbre Hincmar. Lothaire s’avise alors de rompre l’accord de Louis et de Charles en pesant tantôt sur l’un, tantôt sur l’autre. Par contre, le clergé s’applique à ménager périodiquement des congrès où sont dictées aux princes des formules solennelles de fraternité (Yutz, 844; Meerssen, 847 et 851). La mort de Lothaire à Prum, dans la nuit du 28-29 septembre 855, entraîne la division de son État entre ses trois fils ; Louis II, empereur, prend l’Italie; Charles, la Provence; Lothaire, ce qui, de son nom, fut appelé Lotharingie ou Lorraine.

Or, cette disparition de Lothaire P’' laissait face à face Louis et Charles. Déjà sourdement commencée, aggravée en 854-855 par l’aventure aquitaine, dont nous verrons un peu plus loin le sens, l’hostilité des deux petits-fils survivants de Charlemagne inaugure la grande rivalité historique de l’Allemagne et de la France. Voici que les serments de Strasbourg sont oubliés. Les deux anciens alliés se posent en adversaires. Par des manœuvres obliques, chacun d’eux cherche à attirer à lui les héritiers de Lothaire. Puis, brusquement, en 858, Louis le Germanique prend l’offensive, et c’est proprement la première guerre franco-allemande.

Il est impressionnant d’observer à quel point il existe déjà un esprit français et un esprit allemand. Les Annales de Saint-Bertin et les Annales de Fulda s’en font respectivement l’écho. Le monarque germain agit en Allemand. Il pratique l’offensive brusquée et viole une neutralité, celle de la Lorraine. Sans trouver d’obstacle, il pénètre en Champagne jusqu’à Brienne. Là, Charles, d’abord surpris, essaie de barrer la route à l’invasion. Affaibli par des défections, il doit céder sans combat. Audacieusement, Louis commence à compter ses années de règne en France. Toutefois, l’hiver de 859 amène la revanche. Le clergé français, dirigé par Hincmar, a tenu bon. La marche en avant de l’armée de Charles, reformée en Bourgogne, suffit à déterminer, sans bataille, la retraite germanique. Le congrès de Coblence (860) rétablit donc aisément la paix. Mais si le traité de Verdun sort intact de l’aventure, l’opposition franco-allemande se révèle, dès cette date, facteur dominant de la politique occidentale. Aussi bien, déjà, se trouvait posé un problème épineux et redoutable dans ce pays de Lorraine que sa situation géographique faisait si fragile.

Le roi Lothaire II, n’ayant pas d’enfants de sa femme T eutberge, voulait la répudier pour épouser une concubine, WaFdrade. C’est à ce sujet que la question de l’indissolubilité du mariage chrétien, alors encore incertaine, fut tranchée par le Saint-Siège. Mais

cette même affaire Reliquaire de F^épin 1" d'Aquitaine (Conques). — avait aussi une Travail du X"' siècle; remaniements postérieurs.

face politique ; y aurait-il ou non des héritiers du roi de Lorraine? Une subtile partie s’engage autour du «divorce». Louis le Germanique se fait d’abord accorder par son neveu l’expectative de l’Alsace pour prix de son appui; bientôt, devant l’attitude du pape Nicolas I'’’, il se résoud à négocier avec Charles dans l’hypothèse d’un partage éventuel. De fait, la mort de Lothaire II, le 8 août 869, est suivie des préliminaires d’Aix-la-Chapelle et du traité de Meerssen (8 août 870), qui fixe la part des deux oncles. On peut en résumer les dispositions essentielles en disant que le cours de la Meuse et celui de la Saône étaient pris comme frontières des deux grands États devenus limitrophes : ces frontières devaient demeurer celles de la France et de l’Empire germanique jusqu’au X\’I® siècle.

Des trois fils de Lothaire I®'', deux avaient déjà disparu; Charles de Provence et Lothaire II. Le survivant, l’empereur Louis II, lui aussi de santé précaire, avait pu hériter de Charles, mais il s’était vu frustré de la Lorraine par ses oncles. Cependant le titre impérial conservait son auréole. Charles le Chauve et Louis le Germanique ne songèrent, plus désormais qu’à la vacance possible de l’Empire. En ce cas, la constitution de 817 stipulait que l’empereur serait choisi parmi les fils survivants de Louis le Pieux au moyen d’une élection dictée par la volonté divine. De cette volonté, le pape était l’évident interprète. Or, Jean VIII opta pour Charles. Sitôt que Louis II eut expiré à Brescia, le 12 août 875, le roi de France franchit les Alpes et, le jour de Noël, reçut le diadème dans la basilique où son grand-père avait été couronné trois quarts de siècle auparavant. A ce moment même, Louis le Germanique campait en pleine France, à Attigny. Charles ne se troubla point de cette seconde invasion allemande. Le Saint-Siège, le clergé français s’élevèrent contre l’agresseur. A la nouvelle que Charles repassait les Alpes, le Germanique recula. Il mourut peu après, à Francfort, le 28 août 876.

Il semble que le nouvel empereur n’avait aucun droit à se dresser contre les trois fils du Germanique : Carloman, Louis le Jeune, Charles le Gros. Sous quel prétexte Charles envahit-il le royaume de son frère? Prétendait-il faire revivre sur la Lorraine entière les droits de Louis II ? Était-il mû par ce réalisme inconscient qui devait mettre aux prises si souvent la France et l’Allemagne pour s’arracher les lambeaux de la Lotharingie? Toujours est-il que l’effort de Charles n’aboutit pas. Dans une bataille acharnée sur le Rhin, à Andernach, les Français furent défaits. Rappelé en Italie par le pape, Charles mourut au retour, le 6 octobre 877. Alors, son fils, Louis le Bègue, ayant volontairement décliné la dignité impériale, Carloman devint empereur : par là commençait l’union de l’Empire à la Germanie et s’inaugurait ce Saint- Empire romain germanique qui devait survivre au Moyen âge.

Barque NOR.MA.NDE. — Fragment de la tapisser.e de Bayeux, attribuée à la reine Mathilde (XI® siècle). Cl. Xeurlkin.

manifesta soudain sous une forme imprévue : l’intervention allemande. Louis le Germanique, pour faire pièce à son frère, permet à l’un de ses fils, Louis le Jeune, de passer en Aquitaine. Il semble que, pour parer ce coup, Charles n’ait trouvé rien de mieux que de laisser évader Pépin. En tout cas, la réapparition de celui-ci dans le Midi brisa net la tentative allemande. Puis, reprenant la politique de Charlemagne, le roi de France établit en 855 son propre fils, Charles l’Enfant, comme roi d’Aquitaine. Pépin, tombé au plus bas, se disqualifie en se faisant capitaine d’une bande de Normands avec laquelle il vient assiéger sans succès Toulouse, en 864. Quelques semaines plus tard, l’adversaire acharné de Charles achevait le cours de ses aventures. Fait prisonnier, il était condamné à mort au plaid de Pitres. Son oncle lui fit grâce de la vie, mais l’enferma pour le reste de ses jours à Senlis.

Tous ces événements avaient eu leur répercussion dans les marches extrêmes du Midi carolingien. Le fils aîné de Bernard, Guilhem, après avoir essayé de se maintenir à Barcelone, fut, comme son père, pris et exécuté. En 855, après un soulèvement du marquis Onfroy, Charles le Chauve coupa en deux la marche pyrénéenne : il y eut la Septimanie au nord, la marche d’Espagne au sud. La séparation fut fixée aux Corbières. Cette délimitation malencontreuse séparait le Roussillon de la Gaule pour le souder au groupe des comtés transpyrénéens qui gravitaient autour de Barcelone ; telle est l’origine du rattachement des comtés de Roussillon et Cerdagne à ce qui allait devenir la Catalogne. Joffre le Poilu, déjà comte et marquis à la fin du règne de Charles le Chauve, en est le héros national et le vrai fondateur.

LES PREMIÈRES INVA¬ SIONS DU IX® SIÈCLE. — Le

monde carolingien était environné de peuples encore païens et barbares. Ces peuples profitèrent des troubles intérieurs des royaumes francs pour s’affranchir des tributs que Charlemagne leur avait imposés et pour faire des incursions de pillage de plus en plus audacieuses. Louis le Germanique et ses fils usèrent une partie des forces de la Germanie à châtier ou à arrêter les Slaves. Mais le type de l’invasion du IX® siècle est l’invasion normande.

Les Normands viennent de Scandinavie. Leurs barques légères les portent à travers l’Océan, puis remontent le cours des fleuves et pénètrent au cœur des États carolingiens. Ils deviennent la terreur des populations, qu’ils pillent, massacrent, rançonnent.

Tout ce qui peut fuir se dérobe devant eux. Les clercs emportent leurs reliques et les païens se vengent en mettant le feu à l’église. Paris reçoit la visite de Regnar Lodbrog et de sa bande le 28 mars 845. Saintes, Bordeaux, Toulouse, Nantes sont tour à tour saccagées. Une bande pousse jusqu’à Clermont et y tue le comte

L’AQUITAINE ET SES MARCHES. — Le traité de Verdun avait écarté Pépin II du partage.

En fait. Pépin n’était point si facile à déraciner. Un problème aquitain s’imposait à Charles. Il échoua, en 844, devant Toulouse, malgré un siège marqué par la capture, la condamnation et l’exécution de Bernard de Septimanie. Une armée de secours venue du nord fut écrasée par Pépin en Angoumois, le 1 4 juin, et Charles dut signer en 845, avec son neveu, le traité de Saint-Benoît-sur-Loire.

Sans reconnaître au neveu le titre royal, l’oncle lui laissait la jouissance de ce qu’il n’avait pu lui arracher.

Cèt arrangement provisoire fut rompu dès 849, date à laquelle Charles reparaît en Aquitaine. Cette fois, Toulouse lui est livrée par le comte Fredelon. Le coup était fatal à Pépin.

Péniblement, il tint la campagne, traqué partout, et fut capturé en 852 par le comte Sandre de Gascogne, qui le remit à Charles. Celui-ci enferma son prisonnier à Saint-Médard de Soissons.

Pourtant l’esprit particulariste n’était pas mort en Aquitaine. Il se

Siège et prise de RaBATH. — Représentation dune forteresse, de cavaliers armés de l’arc et de fantassins. — Miniature tirée du Psautier d’or de Saint-Gall. bibliothèque conventuelle de Saint-Gall (fin du IX® siècle).

LE HAUT MOYEN AGE

i tiennt en 864. Contre ce péril qui frappe à l’improviste, il est difîicili de réagir. Charles le Chauve essaie de barrer les artères de rin\.'ision par des ponts fortifiés; mais ce remède n’est qu’éphémèr<-. Les Normands de la Seine s’étant solidement établis dans l'île d’Oscelle, en face de Jeufosse, Charles et Lothaire dirigent ontii- eu.\ un gros effort, enrayé par l’offensive allemande de 858. Charles, à plusieurs reprises, se décourage et commet la faute de payer la retraite des Normands, ce qui revient à encourager leur audace. Cependant, l’un des comtes de Charles se couvre d’une gloire impérissable en combattant les pirates : Robert le Fort, l’ancêtre des futurs Capétiens. Robert remporte notamment, en 866, l’éclatante victoire de Brissarthe sur les Normands de la Loire.

LA FAILLITE DE E’UNITÉ ET DE LA CONFRA¬ TERNITÉ. — Louis le Bègue avait succédé à Charles l’Enfant comme roi d’Aquitaine. Son accession au trône de France, en 877, signifia la définitive réunion de l’ancien royaume de Pépin à la monarchie française. Mais si le nouveau roi de France avait éliminé une cause redoutable de conflits en renonçant à la dignité impériale, un gros problème ne subsiste pas moins entre la France et la Germanie sur le Rhin. Louis le Bègue s’en assure le règlement par le traité de Fouron, conclu avec Louis le Jeune le 2 novembre 878. Les deux cousins s’en tenaient au partage de la Lorraine effectué en 870. Malheureusement, le règne de Louis le Bègue, si sagement inauguré, ne dura que seize mois, et la succession de France s’ouvrit brusquement dans des conditions difficiles.

Encore mineur, Louis avait épousé, sans le consentement de son père,

Ansgarde, qu’il avait répudiée ensuite pour épouser Adélaïde. D’Ansgarde, il avait deux fils, Louis et Carloman.

Adélaïde était à la veille de donner le jour à un enfant, qui devait être Charles le Simple. Lequel des deux mariages était régulier? Louis le Jeune reconnut Louis III et Carloman, moyennant rétrocession de la part de Lorraine acquise par Charles le Chauve. Ainsi, à l’heure où les fils d’Ansgarde s’installent conjointement, excluant leur demi-frère, un double recul a fait perdre à la maison de France le diadème et la Lorraine.

Cette dernière perte était surtout sensible. Des coups plus rudes sont portés aux Carolingiens. Tandis qu’un bâtard de Lothaire II, Hugues, fils de Waldrade, se révolte en Lorraine, Boson, beau-frère de Charles le Chauve, se fait élire roi de Provence à Mantailles et usurpe tout le bassin du Rhône.

Louis III et Carloman s’usent contre Boson et les fils du Germanique contre Hugues. Invasions normandes et slaves redoublent de violence et la noblesse féodale en formation s’enhardit. Un regain du vieil idéal de confraternité s’esquisse cependant sous le coup de tant d’épreuves. Un congrès des rois se tient à Gondreville, en 880, et, quatre ans après, l’unité se trouve reconstituée comme par miracle ; l’ensemble des royaumes et l’Empire même sont réunis dans les mains du dernier fils survivant de Louis le Germanique, Charles le Gros.

1 léritier naturel de ses frères, Carloman et Louis le Jeune, Charles le Gros est reconnu roi de France à la mort de ses cousins : Louis III et Carloman, Charles le Simple demeurant exclu. Mais, l’unité, rétablie le 6 décembre 884, est plus apparente que réelle, plus décevante que féconde ; cette dernière et tardive expérience de l’unité ne fait que mieux ressortir l’état d’avancement de la décomposition et l’imiiossibihté matérielle de toute unité.

/\ dire vrai, la personnalité de Charles le Gros a été écrasée par la tâche épuisante que les circonstances lui imposaient. Ce prince, instruit et pieux, souffrait d’épilepsie. Le surmenage acheva son énergie et sa chancelante santé. Le 25 juin 885, les Normands entrent à Rouen: ils remontent la Seine jusqu’à Paris. La cité résiste dans son île; mais les faubourgs sont pillés. Le siège, commencé le 28 novembre, dure jusqu’en septembre suivant. Charles le

Gros, occupé en Italie, puis en Allemagne, arrive enfin au pied de la colline de Montmartre. Voici qu’au lieu de combattre, il préfère traiter avec le chef des pirates, Sigfried, et lui livrer la Bourgogne, qui conteste l’autorité impériale. Ce fut une faillite morale sans précédent, et lorsque Charles, déposé, meurt en Allemagne sans enfants, le 1 3 janvier 888, l’idée unitaire, dont il avait été un instant le fantôme, disparaît avec lui. Maintenant, comme une pièce se change en monnaie, l’Empire s’est définitivement coupé en royaumes. A défaut d’un petit-fils légitime de Louis le Germanique, Arnoul, bâtard de Carloman, devient roi en Allemagne, puis empereur en 896; en Italie, Bérenger de Frioul et Guy de Spolète se disputent la couronne; le Welf Rodolphe, petit-neveu de l’impératrice Judith, devient roi de Bourgogne; Louis, fils de Boson, succède à son père en Provence; enfin, en France, Eudes, fils de Robert le Fort, monte sur le trône.

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