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IV. ROBERTIENS ET CAPÉTIENS

EUDES ET CHARLES LE SIMPLE. — Pour la première fois depuis le coup d’État de 751, le sacre était conféré en

France à un prince étranger à la maison carolingienne. Celle-ci était considérée comme éteinte, la légitimité de son seul représentant, Charles le Simple, étant contestée. La vaillance du fils de Robert durant le siège de Paris avait fait préférer sa candidature à celle de Guy de Spolète, son compétiteur. Eudes justifia ce choix par la victoire qu’il remporta, en 888, à Montfaucon en Argonne, sur les pirates. Mais Charles le Simple, réfugié auprès de Rannoux, duc d’Aquitaine, s’agitait. On se prit bientôt à discuter ses droits, à voir en lui l’héritier authentique de Louis le Bègue. Du loyalisme carolingien ressuscité. Foulques, archevêque de Reims, se fit l’instrument. Profitant de quelques échecs subis par Eudes dans sa lutte contre les Normands, l’archevêque prend sur lui de couronner Charles le 28 janvier 893. La lutte s’ouvre, mais se résout en 897 par un accord. Eudes, en mourant, le P’' janvier 898, laisse sa couronne à Charles.

Restauré, Charles le Simple, en dépit de l’injure que lui laisse son surnom, est un prince fort honorable.

Ce surnom signifie, en réalité, honnête et doux, et n’a pris un sens péjoratif que par l’effet d’une fausse interprétation. C’est ce roi « simple » qui trouve une solution au problème des invasions normandes; c’est lui encore qui refoule la poussée germanique menaçante et qui recouvre un instant la Lorraine.

Les invasions normandes se multipliaient d’une façon désespérante dans les premières années du X® siècle. Fort d’une victoire remportée sous Chartres, le roi négocie adroitement avec le chef de bandes Rollon le fameux traité de Saint-Clair-sur-Epte (91 I), qui crée la Normandie. Enracinés au sol, les Normands se fixent et deviennent des fidèles de la royauté.

Charles se sent libre alors de se retourner vers l’est. Une pesée allemande s’était exercée, très puissante, avec Arnoul ; mais, lorsqu’à la mort de Louis l’Enfant, fils d’Arnoul, Conrad est élu en Allemagne, les Lorrains se donnent à Charles le Simple.

Malheureusement pour cette politique, à la fois habile et énergique, un soulèvement se produit contre Charles à l’appel de Robert, frère d’Eudes. Sans doute, Charles esquissait-il une réaction contre l’envahissement seigneurial. Faisant face bravement au péril, il se porte contre Robert, qui est tué; mais le roi, fait prisonnier en 923 par l’un des conjurés, Herbert de Vermandois, fut enfermé à Château-Thierry, puis dans la tour de Péronne. Alors les grands, victorieux, proclament l’un d’eux ; le duc de Bourgogne, Raoul.

Toutefois, le Bourguignon fut loin d’être universellement reconnu. Son règne trouble, marqué par la perte de la Lorraine (reprise par

Histoire de JosuÉ. — Précédés de l’arche de l’alliance portée par les prêtres, les Israélites (représentés ici en fantassins et cavaliers carolingiens traversent le Jourdain, qui s’est entr ouvert pour leur livrer passage, et vont s emparer de Jéricho, grâce à l arche sainte. — Miniature tirée de la Bible de Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome (fin du IX® siècle).

Types de monnaies carolingiennes. — K® rangée (en haut) ; Louis le Pieux, Lothaire, Charles le Chauve, Eudes; au revers de chaque pièce : Palatina Monela. — 2® rangée : Monnaies frappées dans les ateliers palatins; deux monnaies buste de Charlemagne et de Louis le Pieux ; au revers : teinple tétrastyle. — 3° rangée ; Louis le Pieux, Lothaire, Charles le Chauve, type Christiana religio et Munus diüinum. — 4® rangée : Deniers de Charlemagne frappés à Pavie, Milan, Trévise et Lucques.

— Bibliothèque Nationale; Cabinet des Médailles.

Henri l’Oiseleur) , s’achève sans éclat en 936, et aussitôt un mouvement d’opinion porte au trône le fils de Charles le Simple, rappelé d’Angleterre.

LES DERNIERS CAROLINGIENS. — Avec Louis IV d’Outremer s’ouvre la dernière période de l’histoire carolingienne. Si la maison de Bourgogne se recueille désormais dans l’ombre, par contre la dynastie issue de Robert le Fort, la maison des Robertiens, ne cesse plus de grandir. Le titre de duc de France, dont l’origine demeure obscure, pare cette maison d un exceptionnel prestige : il semble équivaloir à une vice-royauté. Enhardis, les Robertiens convoitent le trône : un duel tragique s’engage entre les ducs et les rois.

Les derniers Carolingiens n’ont rien de commun avec les rois fainéants de la décadence mérovingienne. Ils ont lutté, au contraire, désespérément pour sauver l’autorité royale. Louis IV, notamment, avait l’allure et les qualités d’un grand prince. C’est le « Loeys filx Carlon au vis fier » du poème intitulé Couronnement de Lois. La poésie célèbre en lui « l’empereur de France » et le « roi de Monloon », par allusion à Laon, qui fut la forteresse ultime des derniers souverains de la race de Charlemagne. Henri Martin a jadis porté sur Louis IV un jugement que les travaux ultérieurs n’ont fait que confirmer : « Par lui eût été relevée la maison de Charlemagne, si elle eût pu l’être. »

Elle ne pouvait être relevée parce que les agents de dissolution politique et sociale avaient trop avancé leur oeuvre. La lutte permanente contre les ducs est pour le Carolingien, même victorieux, une cause d’affaiblissement; car il ne peut résister aux assauts qu’au prix de sacrifices ruineux pour son autorité.

Au demeurant, aucune épreuve ne fut épargnée à Louis. Son règne avait commencé par la pire des invasions du X® siècle, l’invasion hongroise de 937, qui désola la Champagne et la Bourgogne. A la fin du règne, une autre invasion hongroise s’abat sur l’Aquitaine. Les pays méditerranéens subissent, à la même époque, les attaques incessantes des pirates sarrasins.

Cependant, la dynastie, consolidée par le talent et l’activité de Louis, se maintient sans difficulté à sa mort. Son fils aîné, Lothaire,

âgé de treize ans, est sacré à Reims par l’archevêque Artaud, le 12 novembre 954. Le nouveau roi doit, lui aussi, se défendre contre les ducs de France; mais il ne perd pas de vue la politique traditionnelle de ses prédécesseurs vers l’est. S’il s’appuie sur l’alliance allemande sous Otton le Grand, il reprend, sous les successeurs de ce prince, les aspirations lorraines de Charles le Simple. Avec des moyens des plus réduits, il parvient jusqu’à Aix-la-Chapelle. Mais, délogé par Otton II et poursuivi, il doit traiter à Margut-sur-Chiers. Cet échec ne le décourage point. A la mort d’Otton II, il reprend son élan et va assiéger Verdun dans une campagne vivement menée, celle de 984.

C’est pour enrayer cette activité menaçante que la maison de Germanie médite l’mtrigue rémoise, qui portera un peu plus tard le coup fatal à la dynastie carolingienne. Adalbéron, archevêque de Reims, se prête à la combinaison ottonienne. L’église de Reims, jusque-là citadelle du loyalisme, devient le foyer d’un complot antidynastique. L’idée a déjà germé de mettre sur le trône le Robertien Hugues Capet.

Mais Lothaire a surpris la conspiration. Faisant face avec énergie, il a même cité Adalbéron à Compiègne devant une vaste assemblée que Capet a dispersée par la force, avouant, par le geste même, la trahison.

Il est malaisé de dire ce qui fût advenu de ce défi si Lothaire n’avait disparu prématurément, à quarante-quatre ans, le 2 mars 986. Ce qui montre que le parti adverse se sentait encore mal assuré, c’est que Louis V, déjà associé au pouvoir et sacré depuis 979, succéda sans opposition.

Louis V aussi était actif et clairvoyant. Sa mère, Emma, fille de l’impératrice Adélaïde, veuve d’Otton le Grand, s’employa à le réconcilier avec la maison impériale. Le résultat de cette politique menaçait Adalbéron de l’isolement et l’archevêque conspirateur allait être livré à ce jugement qu’une intervention scandaleuse lui avait fait éviter sous Lothaire, lorsqu’un vulgaire accident mit fin brusquement au règne de Louis. Ce prince fit, au cours d’une chasse, une chute de cheval si malheureuse qu’il en mourut, le 22 mai 987. Alors, contrairement à toutes les prévisions, dans le désarroi d’une de ces situations imprévues où les habiles excellent

LE HAUT MOYEN AGE

. r.-iut i les 61s d'une intrigue, la cornbmaisun .émoise, deux fois percée à lour, éusut. Compromis par leur zèle ;= U. !i dui de France, les deux mette i.., en eène, l’archevêque Adalbé- .on î t son secrétaire Gerbert, jouant le tout pour le tout, poussèrent à fond leur manoeuvre audacieuse et parvinrent à faire monter sur le trône leur protecteur, Hugues Capet.

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