LES SEIGNEURIES
Saint Jean. — Miniature d’mspiralion anglo-saxonne.
sp „ ,
— Londres, British Muséum. Harley ms. 2788 (début du IX® siècle).
L’ÉGLISE DANS LA FÉO¬ DALITÉ. —
L’exercice de tant de prérogatives et de droits par les seigneurs locaux engendre une décentralisation. extrême. L’autorité politique a échappé à l’État ; elle s’exerce à titre personnel en chaque lieu. La carte politique prend l’aspect d’une mosaïque dont les pièces s’emboîtent les unes dans les autres. Chaque pièce est une seigneurie. Le roi n’est féodalement que le suzerain général de la mouvance. Il occupe le sommet de la pyramide, très irrégulière, au bas de laquelle figurent les plus humbles sires. La hiérarchie des ti¬
tres nobiliaires n’acquiert d’ailleurs sa fixité qu’au XIII® siècle.
L’un des traits les plus curieux du système, c’est assurément l’existence des seigneuries d’Éghse, parallèlement aux seigneuries laïques. La pression des conditions économiques s’exerçant sur les terres d’Éghse explique la formation de ces seigneuries ecclésiastiques.
Longtemps, elles ne différeront en rien des laïques.
Ce sera seulement à la fin du XI® siècle que la tendance réformiste dans l’Église fera surgir la querelle dite des investitures qui aboutira à dispenser les clercs de l’hommage et à les autoriser à ne prêter que la foi. Jusque-là, l’unique différence entre laïques et religieux au regard du droit féodal consistera dans le droit acquis à ceux-ci de ne pas comparaître en personne devant la justice profane et de se faire représenter par les procureurs. L’avoué est le procureur d’un monastère; le vidame, celui d’une église séculière. Or, avoueries et vidamies furent féodalisées, c’est-à-dire pourvues de fiefs, et c’est pourquoi avoués et vidâmes prendront place dans la hiérarchie nobiliaire.
Laïque ou ecclésiastique, la seigneurie est, en définitive, une manière de petit État qui, moyennant respect des droits suzerains, apparaît indépendant. Toutefois, cet État n’est pas régi par un pouvoir absolu. C’est le jeu des droits et devoirs qui rythme la vie de la seigneurie. En principe, le pouvoir législatif appartient à la cour plénière composée des co-vassaux. C’est à sa cour ou au moyen de commissions en tournées (tribunaux itinérants) que le seigneur exerce le droit judiciaire. Ce droit est presque toujours en partie aliéné, en sorte que la justice du Moyen âge s’exerce à des degrés divers : on appelle haut justicier celui qui va jusqu’à la peine capitale et qui peut dresser chez lui le pilon et les fourches patibulaires; le seigneur moins favorisé n’a que la moyenne ou la basse justice.
Si le seigneur est haut baron, il a autour de lui ses grands officiers calqués sur ceux de l’entourage royal (sénéchal, chambrier, connétable, bouteiller, chancelier) ; il administre sa seigneurie par l’intermédiaire d’agents appelés, suivant les régions, prévôts, bayles, viguiers, sénéchaux ou châtelains. Ces agents sont habituellement féodalisés, comme souvent aussi les grands officiers, c’est-à-dire qu’ils tiennent leur office en fief. Le fief est devenu si dominant qu’il s’applique à tout service et moule toutes les institutions, anciennes ou nouvelles.
LES COMMUNES DANS LA FÉODALITÉ. — Rien
ne prouve mieux cette toute-puissance du concept féodal que l’obligation où s’est trouvée l’institution communale elle-même de s’y adapter. La renaissance urbaine, d’origine économique, s’amorce à l’extrême fin du X® siècle et, bientôt après, s’épanouit. Une nouvelle organisation municiiiale apparaît. Sur quelques points, des conflits tragiques éclatent entre bourgeois et seigneurs. Dans la majorité des cas, l’entente se fait tant bien que mal. L’affranchissement urbain s’opère par le moyen d’un privilège, la charte d’affranchissement ou de commune. La commune, expression de la libération bourgeoise poussée jusqu’à l’autonomie, a ceci de caractéristique qu’elle réalise le type d’une seigneurie bourgeoise. C’est dire que les aspirations de la bourgeoisie, écloses dans un milieu féodalisé, prennent la forme féodale. La commune est comparable au monastère érigé en seigneurie ecclésiastique. Elle a son beffroi, comme le noble a son donjon; comme le noble, elle a son sceau, sa justice; elle rend et reçoit hommage; elle accomplit et exige des droits et des devoirs. Le maire se montre, sur le champ de bataille, casque en tête et revêtu de l’armure. Les institutions féodales font place aux représentants des villes dans le gouvernement de la seigneurie, et, par ce chemin détourné, le tiers état, se joignant à la noblesse
Sceau matrice de Raymond de Mondragon représentant une scène d hommage. Le chevalier à genoux met ses deux mains dans celles de son seigneur (vers 1200). — Arch. nat.
Li: HALT WOYES AGE
et au clergé, en arrive à collaborer aux affaires publiques.