‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 190 sur 344 · LOUES VII. ^ LA VITESSE ACQUISE · texte numérisé non relu

LOUES VII. ^ LA VITESSE ACQUISE

— En succédant à son père, le l"" août 1137,

Deniers frappés dans diverses villes, montrant l'accroissement du domaine royal. — I. Philippe l'' : Dreux, où le comte Hugues Bardoul fut dépossédé par Henri 1*^; 2. Philippe P'' : PUhiüiers, acquis par Henri 1"'; 3. Henri l"' : Sens, réuni en 1055; 4. Louis VI : Compiègne, dans le Valois acquis en 1077 ; 5. Philippe ; Mantes, acquise en 1081 ; 6. Philippe P'' : Pontoise, capitale du Vexin français acquise en 1081 par ce roi; 7. Philippe P'' : Dun-le-Roi, châtellenie acquise en 1 101 ; 8. Philippe P’’’ ; Château Landon, capitale du Câtinais, acquis en 1068 par ce roi ; 9. Louis vl : Bourges. La vicomté de Bourges fut acquise en 1101 par Philippe P''. — Bibliothèque Nationale.

Cabinet des .Médailles.

Sucer, abbé de Saint-Denis, d après un fragment de vitrail donné par lui à son

église abbatiale.

s’est racheté par une croisade et s’est tenu désormais dans le sillage du clergé et de la papauté. A l’égard de la bourgeoisie, Louis VII fait faire un pas à la politique paternelle : à l’heure où le mouvement communal prend son grand élan, il favorise, en général, cette émancipation qui sape la puissance féodale. En somme, la vitesse acquise, que le pouvoir royal doit à l’impulsion de Louis VI, entraîne le roi faible et hésitant qui lui a succédé, et la dynastie va de l’avant, en marche vers son avenir.

PHILIPPE AUGUSTE. — L’AUDACE ET L’AS¬ TUCE. — Le rythme d’alternance qui règle l’enchaînement des règnes capétiens fait succéder un règne fort au règne faible de Louis VII. Et c’est, avec Philippe Auguste, le règne de l’audace et de l’astuce. Placé dans une autre génération, Philippe Auguste eût peut-être échoué : sa ruse, en effet, n’allait pas sans fougue; son audace confinait parfois à la témérité. Entre Louis VI et saint Louis, il a rempli à miracle son office historique. Son ardeur trouve à dépenser les réserves de prestige accumulées par Louis VI et par Suger ; et si son réalisme, excédant les limites, épuise la provision de puissance morale dont dispose la dynastie, saint Louis viendra après lui pour rendre à la maison le lustre qu’elle aura perdu à poursuivre trop âprement des intérêts matériels. Ne dirait-on pas qu’une providence mystérieuse ménage les étapes du progrès capétien? Philippe Auguste a vu nettement quel péril vital l’Empire plantagenêt fait courir à la France capétienne. La destruction de cet Empire est visiblement son objectif. Henri II, malade et vieilli, aux prises avec ses fils toujours indociles, offre l’occasion d’une première guerre. Puis, l’opinion publique oblige Philippe et Richard Cœur de Lion, successeur de son père, à entrepiendre de concert la troisième Croisade. Le roi de France profite d’une maladie contractée devant Saint-Jean-d’Acre pour revenir et reprendre la partie

interrompue. Le retour de Richard menace d’en dramatiser les péripéties, car le prince anglais n’est pas seulement un chevalier fier de ses muscles et de ses prouesses ; il est capitaine, il est ingénieur; il a construit Château-Gaillard, le chef-d’œuvre de l’architecture militaire du siècle, avec les mâchicoulis de pierre couronnant remparts et tours. La disparition de Richard, accidentellement tué au siège de Chalus, en Limousin, ouvre une troisième phase. Cette fois, Philippe a devant lui le plus jeune des fils d’Aliénor, ce Jean sans Terre dont les vices et les crimes défient toute réhabilitation. Profitant des plaintes qu’élèvent contre leur suzerain indigne plusieurs vassaux aquitains, Philippe met en

Le denier tournois créé par Philippe Auguste en 1205. — 11 y en eut deux types, l’un créé au nom du roi et de saint Martin, l’autre au nom du roi et de la cité de Tours. Le système royal fut double : I “ le parisis ; 2°le tournois. Dans tout l’ouest de la France, c’est-à-dire dans la région des provinces conquises par Jean sans 1 erre en 1205, la monnaie royale fut le tournois. — Bibliothèque Nat.; Cabinet des Médailles.

marche le droit féodal. Il cite Jean devant sa cour, et, sur son refus de comparaître, prononce la confiscation de ses fiefs (1202). Le coup était hardi. Mais il fallait appliquer la sentence, et on ne le pouvait que par la force. Le roi comptait sur la complicité d’Arthur de Bretagne, soulevé contre son oncle Jean. Or, le jeune duc fut fait prisonnier, enfermé à Falaise, puis à Rouen, et, soudain, il disparut. Le chroniqueur Guillaume le Breton a popularisé le récit tragique de l’assassinat du neveu par l’oncle dans une barque ; c’est la version horrible répandue par la propagande capétienne. En réalité, si la culpabilité de Jean n’est point douteuse, les détails du drame qu’on soupçonne demeurent mystérieux.

L’odieux qui rejaillit sur le roi d’Angleterre permit du moins à Philippe de pousser à fond son offensive. Huit mois de siège font tomber Château-Gaillard. La Normandie est conquise. Les barons anglais, ayant à leur tête Guillaume le Maréchal et l’archevêque Hubert de Cantorbéry, refusent assistance à leur roi. Le Poitou succombe, ainsi que la Bretagne. En trois ans, l’édifice plantagenêt s’est écroulé.

Cependant, la lutte contre les trois rois anglais successifs n’a pas épuisé l’activité de Philippe Auguste. S’il y avait en lui l’hérédité de Louis VI, son tempérament passionné ressuscitait l’atavisme de Philippe F’’ ; et les orages de la vie domestique retentissent sur la politique du règne. Philippe Auguste, veuf d’Isabelle de Hainaut, qui lui avait apporté l’Artois et mourut à dix-neuf ans, avait épousé Ingeburge de Danemark, sœur du roi Canut VI : mariage intéressé, dont on pouvait attendre une aide navale efficace contre la maison anglo-normande. Or, pour des motifs restés obscurs, Philippe ne put supporter Ingeburge pour femme et voulut faire annuler l’union. Le pape Innocent III se déclara pour Ingeburge et lança l’interdit (I 189). Philippe, refaisant les gestes de son bisaïeul, feignit de se soumettre, et, l’interdit levé, reprit Agnès. Encore après la mort de celle-ci, dont le pape consentit à légitimer les deux enfants, le roi persécuta Ingeburge et la princesse danoise ne retrouva son rang de reine qu’auprès d’un mari assagi par l’âge, en 1213.

La longanimité relative du Saint-Siège en face des incartades de Philippe Auguste s’explique seulement par les démêlés du sacerdoce et de l’Empire, alors à leur paroxysme, et dont les à-coups rendaient précieuse l’influence française. C’est la coopération francopontificale qui a fait, en 1212, un empereur d’Allemagne, Frédéric II de Staufen.

Ainsi, en 1213, Philippe Auguste est à l’apogée de sa puissance. Il songe sérieusement à une descente en Angleterre et fait à Boulogne des préparatifs impressionnants. Irlandais et Gallois sont ses alliés. Le pape Innocent III menace Jean sans Terre de l’excommunication : une croisade va-t-elle terminer en beauté la querelle des deux dynasties? Une volte-face soudaine sauve Jean sans Terre, qui se sent perdu. Il s’humilie jusqu’à s’avouer vassal de l’Église romaine et le pape arrête le bras séculier prêt à exécuter l’excommunié.

La crise de 1214 est le contre-coup de cet ébranlement. Jean sans Terre va se venger. Il a pour lui la Flandre et l’Allemagne. Otton de Brunswick, qui dispute l’Empire à Frédéric II, renouvelle l’offensive de l’empereur Henri V un siècle plus tôt. Mais Louis VI ne revit-il pas en Philippe Auguste? Tandis que le prince Louis, héritier présomptif, bat Jean sans Terre à La Roche-aux-Moines (2 juillet) , Philippe s’avance bravement avec 30 000 hommes contre les 1 00 000 de Brunswick, et, par une manœuvre de réta-

Sceau de Philippe Auguste, type de majesté (1180). — Sceau d’Isabelle DE FIaINAUT, première femme de Philippe Auguste. — Archives nationales.

l . H. A LT MO\EN AGE

Saint LolTS servant les pal VRES. — D après une miniature du manuscrit de la l^ie de saint Louis par Guillaume de Saint-Pathus. confesseur de la reine Marguerite. — Bibliothèque Nationale. .\ls. français 5716. f® 137.

blissement à tout prix, remporte la victoire brillante de Bouvines, entre Lille et Tournai (27 juillet). La fuite d’Otton, la capture de Ferrand de Flandre, tout faisait de cette journée, dont le caractère national est attesté par les sources, une grande journée française.

LOLIS^VUI. — L.A RÉGENCE DE BL.ANCHE DE C.ASTILLE. — Le fils de Philippe Auguste avait entrepris d’aller outre-.Manche détrôner Jean sans Terre, devenu insupportable à tous ses sujets. Mais la mort opportune de Jean groupa les barons anglais autour du jeune Henri III, et Louis dut se contenter, au traité de Lambeth, d’une indemnité de guerre. Lieutenant de son père à la fin de sa vie, Louis \ III devint roi le 14 juillet 1223. Il avait, semble-t-il, les qualités nécessaires pour continuer dignement la politique active: son règne n’est faible que par sa courte durée. Il se borne à une campagne en Poitou et Saintonge et à une promenade militaire en Languedoc; une fièvre à forme dysentérique enlève prématurément Louis à quarante ans.

Lne minorité ne va pas sans dangers au .Moyen âge. Celle de Louis IX n’affaiblit pas la royauté. La reine douairière. Blanche de Castille, était, dit le chroniqueur Mathieu Pans, « bien faite de corps, belle d’aspect, femme par le sexe, homme par le jugement ». Exceptionnellement pieuse, elle joint à la dévotion la plus scrupuleuse un merveilleux sens pratique. Si elle élève son fils suivant la plus rigide morale, elle sauvegarde avec ténacité et adresse l’intégrité de son héritage. Elle sait libérer Ferrand, le captif de Bouvines, pour se l’attacher; elle sait utiliser à des fins politiques l’amour romanesque de son cousin Thibaut I\’ de Champagne, le poète: elle se sert aussi du légat romain hrangipani, cardinal de Saint-.Ange. Les coalitions féodales qui se lèvent contre la régente manquent toutes de direction et de cohésion ; elles donnent lieu à des campagnes décousues, coupées de trahisons et de revirements: elles échouent, malgré l’appui, d’ailleurs intermittent, que leur prête Henri III d’.Angleterre. Et lorsqu’en 1235 Louis IX commence, à vingt et un ans, son règne personnel, il recueille intact, grâce à sa mère demeurée sa conseillère, le fruit de tous les règnes précédents.

S.AINT LOLIS ; LA ROYALTÉ IDÉ.ALISTE. — En 1254, un poète trace de Louis IX ce portrait admiratif : « Il est loyal et intègre et vrai prud’homme. .Aussi loin que va son royaume, il est aimé et prisé. Il mène, sachez-le, vie sainte, nette et pure. » .Avec Louis IX, la royauté française devient idéaliste.

.Au physique, Louis a la taille haute et svelte, le teint clair, • - tr^h- angéliques (au dire de l’Italien Sahmbene) , les che- . -ux blonde et les yeux bleus; c’est un chevalier de belle mm? ■ ■ fièie -.llup . .Au moral, une piété profonde détermine en lui la \ ' ,ju( du devoir. L’accord de sa foi et de sa raison dirige

vo!,- ■: .i;; est ferme. Mystique, Louis IX l’est juste assez pour

être u . homme d’action et chef d’État, mais son action

est m! ■ ; -1 sa conscience. L’harmonie des convictions et des

Page 1