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PHILIPPE LE BEL : LA ROYAUTÉ RÉALISTE

Alors un grand règne s’ouvre, celui de Philippe I\’ le Bel. Philippe est-il personnellement responsable de ce caractère de réalisme que revêt avec lui la royauté? La question est délicate : le dernier des grands Capétiens a été pour son siècle et demeure pour l’histoire une indéchiffrable énigme. Comparé par les contemporains au lion, au grand duc, à une statue, ce roi majestueu.x et fier, silencieux et impénétrable, déconcerte l’analyse. Un ambassadeur d’Angleterre nous peint son abord redoutable. Qu’est-ce à dire? Fut-il un faible, un sot, un dévot? Toutes les appréciations ont été portées sur lui, et de son temps. Du moins, les faits apportent ce témoignage qu’il a poursuivi ou laissé se poursuivre une politique d’une incontestable unité. On ne saurait affirmer qu’il ait conçu cette politique; on ne saurait mer qu’il l’ait comprise : autrement, pourquoi aurait-il soutenu ses hommes de confiance et tenu bon dans des luttes qui connurent des jours difficiles?

Autour d’un tel roi, dont l’intimité se dérobe, les conseillers acquièrent l’importance de ministres dirigeants. Ce sont des légistes, formés dans les écoles de droit; imbus du droit romain, qu'une renaissance juridique a décidément remis en honneur, ils entendent faire passer la théorie dans les faits. Pour eux, la royauté n’est point féodale; le roi de France est l’empereur du Code, le souverain, la loi vivante. Leur réalisme politique n’est que l’application de la notion d’État rénovée. Telles sont les doctrines qü’incarnent, entre autres, Pierre de Flotte, Enguerrand de Marigny, Guillaume de Nogaret. Ce dernier, surtout, fougueux et outrancier, est une figure impressionnante. Élève et peut-être professeur aux écoles de Mont-

sourah (1250), il ne peut visiter qu’en pèlerin la Terre sainte. Mais les vertus éclatantes du vaincu font plus en Orient pour le prestige occidental que n’auraient fait des victoires. Partie d’Aigues- Mortes également, la seconde Croisade de saint Louis est trop courte pour produire ses effets : la peste, qui décime l’armée chrétienne sous Tunis, atteint aussi le roi, qui succombe en terre africaine le 23 août 12 70.

Longtemps devait vivre dans le souvenir des peuples ce prince placé si haut dans l’estime universelle : saint Louis sous le chêne de Vincennes, au pied duquel il rend la justice; saint Louis soignant les pestiférés de Jaffa, ce sont des visions qui ont hanté les artistes. La Sainte-Chapelle, splendide châsse gothique, pærpétue en plein Paris la gloire du grand roi chrétien qui l’avait bâtie pour abriter la relique des reliques, cette couronne d’épines dont l’heureuse acquisition parut aux croyants du XIII® siècle la récompense accordée par le ciel au saint roi et à la France. Seul, dans le concert des éloges, un chroniqueur allemand a fait entendre une note discordante. Martin de Cantimpré a tracé de Louis IX une odieuse caricature. Quelque chose eût manqué à la renommée de ce grand idéaliste si le matérialisme germanique ne l’avait consacrée de son incompréhension.

En 1862, le comte de Chambord, revenant de Palestine, venait à Mansourah; agenouillé au milieu des ruines, il baisait avec respect la vieille muraille de la prison où l’un de ses ancêtres avait ému jusqu’à ses geôliers, inspirant à ses ennemis l’admiration qu’exprimait le beau titre de « sultan juste » spontanément décerné.

L’ÉPILOGUE DU RÈGNE DE SAINT LOUIS : PHI¬ LIPPE III LE HARDI. — Écrasé entre deux règnes, celui, relativement effacé, de Philippe III le Hardi est l’épilogue du règne paternel plutôt que le prélude du gouvernement de Philippe IV. Bon chevalier, mais esprit médiocre, le fils de saint Louis se laisse guider par son entourage. L’ascendant de la reine mère, l’influence des deux femmes successives du roi n’empêchent point l’administration d’appartenir à des légistes par qui se continuent les méthodes traditionnelles. Saint Louis et son frère, Alphonse de Poitiers, sont les modèles dont s’inspirent les dépositaires de l’autorité royale, tels Mathieu de Vendôme, Bernard de Montagu, Eustache de Beaumarchais.

Comme le règne de saint Louis, celui de son successeur finit dans une croisade. Le roi de France a été le jouet d’une intrigue ourdie contre Pierre III d’Aragon par le pape Martin IV et le roi de Naples, Charles d’Anjou, frère de Louis IX. Sous couleur de croisade, Philippe est jeté dans une guerre impolitique, heureusement écourtée par son insuccès même (1285). En marche vers la Catalogne, les Français prennent Perpignan, traversent le Rous-

Saint Louis et la reine Marguerite de Provence. — Dessin à la plume ornant un manuscrit de la fin du XIV® siècle. — Traduction par Jean de \ùgnay. dont on voit le portrait à gauche, du Miroir historial de Vincent de Beauvais. — Bibliothèque Nationale. Ms. français 312. f® I.

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