L’ITALIE. — LA RESTAURATION DE L’EMPIRE
— L’état de l’Italie est alors épouvantable, plus encore dans le Nord et le Centre que dans le Sud, où cependant Grecs, Sarrasins, ducs lombards de Capoue, Salerne et Bénévent sont en lutte continuelle. Mais, entre le retour d’Arnulf en Germanie (896) et la
LF. HAUT MOYES AGE
1^' rntp d’Otton. six ou sept seigneurs, italiens, provençaux et bourguignons, ont tour à tour porté la couronne d’Italie, généralement usurpée i)ar la violence et la révolte, perdue par la trahison ou l’assassinat. Ces luttes et ces crimes tuent l’autorité monarchique; le titre impérial, dont certains ont voulu se parer, n’est plus qu’un vain nom. L anarchie s’étend partout; les territoires s’émiettent. Les grandes seigneuries, marquisats d’ivrée et de Toscane, duchés de Frioul et de Spolète, entendent du moins, si elles ne peuvent dominer les autres, rester indépendantes. Les villes, nombreuses, riches d’un j>eu d’industrie et de commerce, abritent derrière leurs murailles une grosse population, encore accrue de tous les paysans qui s’y réfugient pour réclamer la protection des évêques, échapper aux seigneurs et demeurer à peu près libres comme les citadins.
A Rome, dans une crise effroyable, au milieu des crimes, de l’impiété et de la débauche, la papauté risque de perdre à la fois son pouvoir temporel et son autorité morale. En soixante ans, se succèdent environ vingt papes qui, pour la plupart, ne sont pas élus par le clergé et le peuple, mais imposés par les maîtres des biens de l’Église, les barons qui dressent leurs tours dans la Sabine ou la campagne romaine et transforment même en forteresses les monuments antiques au cœur de la ville; ce sont les « sénateurs », comme ils se nomment, quoiqu’il n’y ait pas de sénat. On avait vu, à partir de 904, et durant une trentaine d’années, des femmes « sénatnces » et « patriciennes », Théodora et ses deux filles, Marozzia et Théodora la Jeune, intervenir, au gré de leurs passions et de leur fantaisie, dans les élections pontificales. Après Marozzia, son fils Albéric, « prince et sénateur de tous les Romains », disposa de la tiare : il laissa à sa mort le principat à son fils, Octavien (954), en recommandant de l’élire pape au plus tôt. Quand Octavien fut ainsi parvenu au pontificat sous le nom de Jean XII (décembre 955) , il réclama hautement toutes les terres de l’Église et entra en conflit avec Bérenger, roi d’Italie; contre lui, il appela
ÜALMATIQUE DES EMPEREURS. — Cette dalmatique en soie bleue est un travail byzantin du XII'' siècle ; elle est décorée de scènes qui représentent la glorification de Jésus-Christ. (Conservée à la sacristie de Saint Pierre de Rome.)
L EPÉE ’iLESS 1.1. E DITE DE SaINT-.M AURICE. — On portait devant l empereur une épee - 'ennelle. L épée, dite de Saint .Maurice (XIII' siècle), est dans un fourn au de bois orné de figures de princes. (Trésor de Vienne.)
Otton à son secours (961). Le roi de Germanie passa les Alpes avec une armée formée, pour plus de moitié, par les contingents des seigneurs ecclésiastiques. Il battit Bérenger, le détrôna, prit pour luimême « la couronne de fer » d’Italie, puis obtint du pape la couronne impériale (2 février 962) . Otton renouvela les donations faites par Charlemagne et Louis le Pieux; mais le pape élu ne pourrait être consacré sans l’assentiment de l’empereur, dont il était le vassal pour tous ses États.
Jean XII vit bien qu’il s’était donné un maître; il conspira. Otton repassa les Alpes et le déposa (963) . Deux autres fois encore, il lui fallut revenir, pillant, incendiant villes et châteaux, emportant Rome d’assaut pour imposer les papes Léon VIII et Jean XIII, qu’il avait fait élire.