‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 21 sur 344 · ROLE DE L’ÉGYPTE DANS L’HIST9IRE DE LA · texte numérisé non relu

ROLE DE L’ÉGYPTE DANS L’HIST9IRE DE LA

CIVILISATION. — Premier foyer de vie policée au milieu d’un monde à demi barbare, l’Égypte a longtemps représenté aux yeux des riverains de la Méditerranée le type accompli de la civilisation : en leur révélant une forme supérieure d’humanité, elle a vraiment donné l’impulsion à la culture occidentale.

Colportés par ses marins, et surtout par les trafiquants de la côte phénicienne engagés à son service, ses objets d’art et de manufacture ont ouvert les yeux des peuples européens à une technique et à une esthétique plus parfaites que celles de leurs pauvres industries. Avec leurs cargaisons, les matelots égyptiens disséminèrent, au gré des escales, des légendes qui se retrouvent dans les diverses mythologies de la Méditerranée. Sur les navires de retour, la Grèce naissante envoya en Égypte ses philosophes pour y apprendre l’art de penser et en rapporter les résultats, acquis pour l’humanité, de toutes les sciences exactes. Pendant longtemps la sagesse venue des temples égyptiens alimenta, chez les peuples devenus adultes, l’enseignement donné dans les « mystères », qui prétendaient révéler à leurs adeptes une compréhension plus profonde des cultes du vulgaire : directement ou indirectement, l’Égypte a été la théologienne de l’antiquité jusqu’au jour où le christianisme mit fin à cette influence.

Les traditions grecques, en effet, sont unanimes à faire venir d’Égypte, par la colonisation, la civilisation de l’Hellade; elles affirment aussi que, plus tard, les éducateurs scientifiques et philosophiques de la culture grecque sont allés compléter en Égypte les principes de leur savoir. Les monuments de la vallée du Nil n’ont pas encore jusqu’à présent confirmé directement ces dires, mais on ne peut s’empêcher d’en trouver la preuve indirecte dans l’influence que l’Égypte a manifestement exercée sur les peuples voisins, et en particulier sur la Grèce, dans les domaines les plus variés.

L’Égypte, dans son savoir, fut une empirique, mais dans cet empirisme on trouve les germes des sciences exactes que d’autres peuples devaient faire prospérer. Elle élabora les éléments de la géométrie et de l’arithmétique; elle fonda l’étude de la médecine; elle fit servir ses observations astronomiques à établir un calendrier qui, par la réforme julienne, s’étendit à tout le monde romain et qui, à peu de choses près, est encore le nôtre aujourd’hui.

Il n’est pas sûr que l’alphabet phénicien, le prototype de l’alphabet grec, dérive plus ou moins directement des hiéroglyphes, mais toute l’antiquité s’est servie, comme livres, des longs rouleaux inventés par les industriels égyptiens du papyrus et copiés jiar les fabricants de parchemin; l’usage des rubri¬

ques, ou indications notées en rouge, remonte, lui aussi, aux copistes égyptiens.

Ce fut l’Égypte qui inventa l’architecture de pierre; elle trouva la colonne et ses multiples emplois. Le point de soudure avec l’art grec à ses débuts est peut-être à chercher dans le style du temple de Deir-el-Bahari (xV siècle avant notre ère) , dont les colonnades, avec leurs fûts à pans coupés, leurs abaques carrées et leurs architraves ont mérité le nom significatif de « protodoriques ». On saisit aussi l’influence des œuvres égyptiennes sur la statuaire archaïque grecque.

Si l’art du mobilier et des ustensiles domestiques manque des chaînons nécessaires pour qu’il soit possible d écrire son histoire, on constate néanmoins que bien des objets de notre civilisation reproduisent des formes usuelles de l’antique Égypte, du fauteuil à pieds de lion aux dés des jeux de hasard : dans ce domaine nous avons plus hérité que nous ne le pensons des Égyptiens, qui, par leur commerce, ou par celui des Phéniciens, disséminaient leurs produits manufacturés sur tout le littoral méditerranéen.

Dans le monde des idées enfin et surtout dans celui de la religion, l’influence de l’Égypte est tout aussi sensible.

Mais si l’Égypte fut une initiatrice, elle ne sut pas prendre la tête du mouvement qu’elle avait déterminé. L’émancipation des peuples méditerranéens lui parut toujours, plus ou moins obscurément, une atteinte portée à ses droits acquis. Elle ignora systématiquement leur apport de civilisation, elle se cantonna jalousement dans son patrimoine traditionnel et, dépassée par ses anciens pupilles, elle se renferma vis-à-vis d’eux dans une attitude altière et boudeuse. Elle resta étrangère à l’universelle collaboration du monde méditerranéen qui, sous l’hégémonie de la Grèce, enfanta la civilisation hellénistique, et, réfugiée avec ses dieux dans l’enceinte des sanctuaires, elle périt sans rien vouloir léguer d’elle-même à la civilisation occidentale, dont elle était pourtant la mère par tant de côtés.

BIBLIOGRAPHIE

Sources. — L’histoire d’Égypte est aujourd’hui connue par ce qu’en ont écrit les historiens grecs et surtout les sources indigènes.

Au contraire des peuples sémites, dont le génie a laissé des annales d’une valeur et d’une précision inestimables, les Égyptiens semblent n’avoir jamais eu ni le souci, ni le goût de l’histoire : le récit des faits et gestes de leurs rois fut la plupart du temps un prétexte à développements poétiques. Le rôle proprement dit de l’historien se bornait, semble-t-il, à établir de longues listes de rois, avec des indications chronologiques : mais ces listes elles-mêmes, qui seraient si précieuses pour la reconstitution de l’histoire égyptienne, n’ont été conservées qu’en petit nombre et à l’état fragmentaire : avec la pierre de Palerme, avec les tables royales d’Abydos et de Sakkarah, le papyrus de Turin serait la base la plus sûre et la plus détaillée de l’histoire d’Égypte, s’il n’avait été irréparablement mutilé dans les temps modernes. Par bonheur, une liste de ce genre avait été utilisée par l’historien égyptien Manéthon, de Sébennytos, qui, vers 280 avant J.-C., avait écrit en grec, à l’usage de Ptolémée II Philadelphe, un résumé de l’histoire d’Égypte : conservée dans les « épitomés » de Josèphe et de Jules l’Africain, elle est aujourd’hui encore le seul document d’ensemble que l’on ait sur l’histoire égyptienne, et c’est à elle que l’on emprunte celle division des rois en « dynasties » qui, à défaut d’une chronologie de détail qui s’élabore tous les

jours au hasard des découvertes archéologiques, fournit aux historiens, pour situer les personnages et les événements, un cadre à la fois commode et sûr. De la fondation de la royauté pharaonique par Menés jusqu’à la conquête du monde oriental par Alexandre, l’histoire d’Égypte se trouve ainsi divisée en trente et une dynasties.

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Dossier du fauteuil de TOUTANKHAMON. — Ce panneau, véritable mosaïque de verre coloré et de iiierres de toutes nuances sur fond d’or, représente la reine Onkhes-Enamon oignant d’un [larfum son époux, le roi Toiitânkhamon. l'i.. Thv Tiim-i

Un. LÉ. — Village situé au bord de 1 Euphrate, dans la partie méridionale du site de Babylone. Ci.. (i. i ouRrEi,i.t,\io\T

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