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LA LUTTE CONTRE LES ARABES

— Depuis qu’au commencement du IX® siècle les Arabes avaient conquis la Crète, ils étaient devenus le fléau des mers byzantines. En 904, Thessalonique était prise par Léon de Tripoli; les expéditions dirigées contre la Crète n’aboutissaient qu’à des désastres (911 et 949). Il fallut, pour s’emparer de cette île, y envoyer le meilleur général de l’Empire, Nicéphore Phocas (960) . Après un siège

de plusieurs mois, il emporta Chandax d’assaut (mars 961). La Crète conquise fut convertie au christianisme; la maîtrise des mers orientales revenait aux Byzantins.

En même temps, on reprenait l’offensive en Asie Mineure. Basile I®'’ porta jusqu’au haut Euphrate les limites de l’Empire; puis, grâce à l’anarchie du monde musulman, grâce à des généraux illustres, Jean Courcouas, Bardas Phocas ensuite, et ses fils, la lutte fut plus activement poussée encore. La frontière byzantine fut reportée de l’Halys à l’Euphrate et au Tigre. L’Arménie et l’Ibérie secouaient le joug de l’Islam et entraient dans la sphère d’action de l’Empire grec.

Un véritable mouvement de croisade emportait les Byzantins contre les infidèles. En Cilicie et dans la Syrie du Nord, Nicéphore Phocas écrasait la puissance des émirs d’Alep; il emportait Tarse (965), Alep et Antioche (968). Jean Tzimiscès conquérait, en

Monastère de Saint-Luc en Phocide. Abside des deux églises. — La grande église (à gauche), avec sa large coupole, a été élevée au commencement du XI® siècle; 1 autre, d’époque un peu postérieure, représente le type de construction habituel. Toutes deux sont remarquables par la polychromie

de leurs façades

UA — LE HAUT MOYEN AGE

-Sli' îopotamie, Edesse et Nisibe (974) ; en >ync, Damas et Béryte (976), et pou.-^ ait en Palestine jusqu’aux portes d> Jérusalem. Basile II acheva cette reconquête de l’Orient. En 995, il inenait Alei), Homs, Sehaizar. L’annexion des principautés arméniennes (1021) et la soumission de l’Ibérie complétèrent ces glorieux résultats.

Depuis le temps de Justinien, l’Empire n’avait plus étendu aussi loin son autorité en Orient.

LA LUTTE CONTRE LES BULGARES. — Mais la guerre bulgare surtout est le fait capital de l’histoire extérieure de Byzance au X'' siècle. Depuis la fin du Vll'^, la Bulgarie était une menace pour l’Empire : au commencement du X' siècle, cette menace était plus redoutable que jamais. Territorialement, l’État bulgare s’étendait des régions situées au nord du Danube jusqu’aux Balkans; du côté de l’ouest, il allait jusqu’aux massifs du Pmde. Moralement, par la fusion, maintenant complète, entre l’élément bulgare et l’élément slave, la Bulgarie formait un État homogène, où le pouvoir monarchique s’était puissamment développé, où la conversion du roi Bons (864) avait assuré l’unité de croyance, où, par le contact avec Byzance, le pays s’était élevé à un assez haut degré de civilisation. Tout cela donnait aux souverains de la Bulgarie la tentation de disputer aux empereurs grecs l’hégémonie des Balkans. Pour réaliser ces rêves ambitieux, il suffisait qu’un homm.e se rencontrât : ce fut le fils de Boris, le tsar Syméon (893-927).

La lutte commença dès 889, sans donner d’abord de résultats décisifs. Mais, après la mort de Léon VI, les troubles qui marquèrent la minorité de Constantin VII fournirent à Syméon l’occasion de revenir. En 913, il paraissait devant Constantinople; en 914, il prenait Andrinople; en 917, il écrasait à Anchialos les armées impériales; il ne lui restait plus qu’à conquérir Byzance.

Il le tenta en 924. Mais, pour enlever la capitale byzantine, il fallait l’attaquer par terre et par mer ; Syméon n’avait pas de manne : il échoua. Et, quoique dans son royaume, surtout dans sa capitale de Preslav-la-Grande, le tsar bulgare ait fait éclore une culture intellectuelle et artistique qui lui a mérité le nom de Charlemagne de la Bulgarie, l’arrêt devant Constantinople marqua la ruine des ambitions bulgares. Quand Syméon mourut (927), la décadence, déjà, commençait, et elle se jirécipita sous le long règne de son fils Pierre (927-968).

Pendant ces quarante années, lentement, la Bulgarie s’affaiblit ; l’heure de la revanche approchait pour les Byzantins; elle sonna en 967. Avec 1 aide des Russes de Sviatoslav, prince de Kiev, Nicéphore Phocas attaqua la Bulgarie. Mais Sviatoslav trouva à son goût le pays conquis ; il s’y installa et refusa d’en sortir (968) .

Quand Jean Tzimiscès monta sur le trône, l’invasion russe menaçait l’Empire même. Heureusement, les Russes furent battus à Arcadiopolis (970) ; et, en 97!, l’empereur franchissait les Balkans, assiégeait Sviatoslav dans Dorostol (Silistrie) et l’obligeait à évacuer le pays. La Bugarie fut annexée à l’Empire, et, de nouveau, le Danube marqua les limites de la monarchie.

Pourtant, dans la Bulgarie du Pinde, l’élément national, sous la direction du comte Sischman et de ses fils, continuait la résistance, et, à la faveur des troubles qui agitèrent les débuts du règne de Basile II, l’un des fils de Sischman, le tsar Samuel (entre 977 et 979-1014), reconstituait la Bulgarie. En dix années, de 977 à 988, il libéra la Bulgarie danubienne, conquit la Macédoine, la Thessalie, pénétra jusque dans le Péloponnèse. Pour abattre ce formidable Empire, qui allait du Danube à l’Adriatique, il fallut aux Grecs trente années de guerre (986-1018). Ce fut essentiellement l’œuvre de l’empereur Basile II, à qui sa dure énergie et

La crucifixion. Mosaïque de l'église de Daphné, près d’Athènes. — Les mosaïques de l’église de Daphné, qui datent de la fin du XI“ siècle, sont un des chefs-d’œuvre de l’art byzantin.

Saint .Mari de Venise (intérieur). — Avec ses cinq coupoles, ses revêtements de marbre, l’éclat de ses mosaïques, Suint .Marc demeure h: plus complet exemple de ce que fut la splendeur byzantine au temps du second âge d or de

son histoire.

ses victoires cruelles valurent le nom de « Bulgaroctone » (le tueur de Bulgares) .

En 986, Basile II prenait l’offensive et pénétrait en Bulgarie :

il fut battu au défilé de la Porte- Trajane, dans les Balkans. Dix ans passèrent avant que l’empereur pût recommencer la lutte. Mais, en 996, Samuel était battu sur les bords du Sperchios ; la Grèce lui échappait, et, bientôt, la Bulgarie danubienne retombait aux mains des impénaux.

La Bulgarie de l’Ouest, pourtant, restait inexpugnable. Il fallut, pour la réduire, quinze ans de guerre tenace et sauvage : finalement, les Bulgares furent écrasés au défilé de Cimbalongou, sur la route de Serrés à Melnik (29 juillet 1014). Le tsar ne survécut pas à cette défaite (15 septembre 1014). C’était la fin de la Bulgarie.

Il fallut quatre ans encore pour achever la pacification et pour organiser le pays conquis. Basile II le fit avec une [irudence habile, respectant les usages administratifs et les mœurs des vaincus, s’efforçant d’attirer à lui la grande aristocratie féodale, con.'ervant l’ancienne organisation religieuse. Ainsi, après bien des années, Byzance redevenait maîtresse de toute la (léninsule des

Mosaïque de Saint-Marc de Venise. — Les mosaïques qui décorent un des grands arcs soutenant les coupoles datent de la fin du XI® siècle. Elles représentent, dans le cycle des grandes fêtes de l Église, 1 Anastasis et l’Incrédulité de saint Thomas. Elles sont l’oeuvre d artistes byzantins, i l. Alinaui.

Balkans, et, dans le voyage qu’à travers la Grèce il fit jusqu à Athènes (1019), Basile II put se glorifier justement d’avoir rendu à l’Empire une puissance qu’il ne connaissait plus depuis des siècles.

LA REPRISE DE L’ITALIE DU SUD ET LA POLI¬ TIQUE BYZANTINE EN OCCIDENT. — En même temps qu’en Orient ils étendaient les frontières de l’Empire, les princes de la maison de Macédoine reprenaient en Occident les traditions ambitieuses de la politique byzantine.

Jamais les Byzantins n’avaient renoncé aux droits de l’Empire sur l’Italie; le souvenir de Rome, l’ancienne capitale du monde romain; le souvenir de Ravenne, l’ancienne capitale de l’exarchat, hantaient incessamment leurs rêves. La faiblesse des derniers empereurs carolingiens, l’anarchie de l’Italie du Sud, fournirent à Basile T’’ l’occasion souhaitée d’intervenir en Occident. Sans doute, il ne réussit pas à reconquérir la Sicile; du moins, il rétablit l’ordre dans l’Adriatique, restaura l’alliance byzantine avec Venise, ramena les Croates dans la vassalité grecque; surtout, il réoccupa l’Italie méridionale et imposa aux princes lombards le protectorat byzantin. La faiblesse de Léon VI compromit un moment ces résultats. Mais la victoire du Garigliano, remportée sur les Arabes (915), rétablit la suprématie byzantine, et, pendant un siècle entier, malgré la persistance des invasions sarrasmes, malgré la rivalité des césars allemands, les Grecs maintinrent leur autorité dans toute la moitié méridionale de la Péninsule. Là aussi, le règne de Basile II consacra les efforts de ses prédécesseurs. Sous une administration habile à propager l’influence de l’hellénisme, l’Italie du Sud redevint une véritable Grande Grèce : preuve remarquable de la puissance d’expansion, de la force d’assimilation civilisatrice, qui firent, au X® et au XI® siècle, la grandeur de l’Empire byzantin.

L’ŒUVRE DIPLOMATIQUE. — LES VASSAUX DE L’EMPIRE. — Grâce à ces grands succès militaires, l’Empire grec, au X® siècle, s’étendait du Danube à la Syrie, des rivages d’Italie aux plateaux d’Arménie. Mais une diplomatie habile avait porté bien au delà de ces limites la sphère d’action de la monarchie. Tout autour de l’Empire se groupait une série d’États vassaux qui formaient, en avant de la frontière, comme une première ligne de

défense; qui, surtout, propageaient à travers le monde l’influence politique et la civilisation de Byzance.

En Italie, Venise, toute grecque par ses origines et par ses moeurs, était le plus fidèle des vassaux de l’Empire. Aussi, les empereurs lui avaient confié le soin de faire la police de l’Adriatique, et ils lui avaient, en 992, concédé de larges privilèges commerciaux qui préparaient sa future grandeur. Dans î’Itahe du Sud, les républiques de Naples, de Gaète, d’Amalfi gravitaient dans l’orbite de Byzance, et les princes lombards de Salerne, de Capoue, de Bénévent acceptaient en général le protectorat grec. Dans le nord-ouest de la péninsule des Balkans, et sur tout le rivage de l’Adriatique, les États slaves, Croatie, Serbie, étaient, pour l’Empire, des alliés utiles, en particulier contre la Bulgarie. En Orient, sur le littoral de la mer Noire, Cherson était un instrument précieux d’action politique et économique sur les peuples barbares, Khazars, Petchenègues, Russes, qui habitaient la région des steppes voisines. Au Caucase, les princes d’Alanie, d’Abasgie, d’Albanie ; en Arménie, les rois bagratides, les princes du Vasbouragan, de Daron, d’Ibérie, étaient les clients et les serviteurs fidèles de la monarchie, en attendant le jour où, successivement, leurs domaines seraient annexés par Basile II.

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