CHAPELLE PALATINE DE PALERME
La chapelle palatine achevée par Roger II en I IA3, est le chef-d’œuvre de l’art byzantin-normand de Sicile. Les revêtements de marbre et d email, le plafond de bois en stalactites sont arabes ; les mosaïques de la coupole sont grecques, cl. ai.i.nari
Coffret de TrOYES. — Sur le devant de ce coffret d ivoire, dont le fond est teinté de pourpre, sont figurés deux empereurs à cheval. L ouvrage date du X“ siècle.
Dans tous les ouvrages de ce temps, ces deux directions contraires apparaissent, dans les manuscrits tels que le Grégoire de Nazianze, de la Bibliothèque Nationale (lX'“ siècle), ou le Psautier de Paris (x' siècle) , tels que le Ménologe du y atican ou le Psautier de V enise (fin du X'' siècle) , aussi bien que dans les monuments des arts mineurs, ivoires, émaux, bronzes, tissus de pourpre et de soie historiés de broderies. On a pu dire justement que la renaissance de l’époque macédonienne fut « le second âge d’or de l’art byzantin ».
La prospérité de l’époque des Comnènes entretint, jusque vers la fin du xn'“ siècle, ce mouvement d’art. La prise de Constantinople par les croisés lui porta un coup terrible ; pourtant, à 1 époque des Paléologues, il se réveilla en une dernière renaissance. Dans les mosaïques de Kahrié Djami, à Constantinople (commencement du XI\''' siècle) , dans les peintures des églises de Mistra (xi\'“ et XV'^' siècles) , dans les fresques les plus anciennes de l’Athos, dans celles des églises serbes ou russes, des ouvrages se rencontrent, d’une grâce et d une fraîcheur inattendues et que l’on a pu comparer justement aux oeuvres des primitifs italiens. Cependant, les traditions de l’iconographie s imposent de plus en plus aux conceptions de l’artiste. C est vers le milieu du X\'I*^ siècle que se fixèrent définitivement les règles que le moine Denys devait codifier au commencement du X\’III'‘ siècle dans son fameux Manuel de la Peinture. Il faut se garder de voir dans ce livre d’un praticien de décadence le bréviaire officiel de l’art byzantin, et, de même, on aurait tort de porter un jugement d’ensemble d’après les énormes cycles de fresques qui couvrent les églises de l’Athos.
L’art byzantin, comme la civilisation byzantine, a exercé durant tout le Moyen âge une puissante influence. C’est lui qui a mis sa marque sur les plus anciens édifices de la Russie chrétienne (mosaïques et fresques de Sainte-Sophie de Kiev, XI® siècle) ; de même, la Géorgie et l’Arménie sont pleines d’édifices et de monuments de style byzantin. Enfin, l’Occident chrétien n’a pas échappé à l’influence byzantine. L’Italie du Sud, profondément hellénisée au X® siècle, a gardé pendant plusieurs siècles les traditions de l’art byzantin. Les mosaïques siciliennes du XII® siècle (Cefalù, Chapelle Palatine de Palerme, Sainte-Marie-de-l’Amiral, Monerale) , sont, au moins les plus anciennes, d’admirables témoignages de l’influence et du talent des mosaïstes grecs. L’église Saint-Marc de
Venise et ses mosaïques, comme celles de Torcello (.XI® et XII® siècles), sont des ouvrages purement byzantins.
Sans parler des mosaïques romaines, dont quelques-unes portent au \’n® siècle des traces d’influence byzantine, il semble bien que cette influence a été profonde au X® et au XI® siècle dans l’Italie centrale (mosaïques de Grottaferrata) ; elle s’est étendue jusque dans le sud de la France (Saint-Front de Péngueux) et en Allemagne. L’art roman lui doit beaucoup, et l’on peut dire en vérité que l’art byzantin fut à un moment « l’art régulateur de
l’Europe » : seul, au Moyen âge, l’art gothique du XIII® et du XIV® siècle a été capable d’une si vaste et si féconde expansion.
LA SOCIÉTÉ. — Si, maintenant, l’on veut définir les traits caractéristiques et les goûts dominants de ce monde disparu, on observe que, dans la capitale, se rencontre une société élégante et raffinée, qui tourne autour de trois centres d’attraction : Sainte- Sophie et ses splendeurs religieuses, le Palais-Sacré et ses intrigues, l’Hippodrome et ses passions, tandis que, dans les provinces, existe une société plus rude et plus vigoureuse, plus préoccupée d’intérêts tangibles et d’ambitions matérielles.
Une grande aristocratie, fort riche et fort éprise de luxe, et qui, dans les provinces asiatiques surtout, constituait une véritable no- ’blesse féodale, occupait dans l’État une place importante. Elle possédait des domaines immenses, des clients, des vassaux; son influence s’accroissait encore des hautes fonctions administratives qu’elle remplissait, des commandements qui plaçaient l’armée entre ses mains. Puissante, populaire, elle était un danger politique autant que social pour le gouvernement. Les empereurs le comprirent et, de toute leur énergie, ils luttèrent contre ces barons indisciplinés, qui se flattaient d’en imposer au basileus. Mais le gouvernement eut beau restreindre le développement de la grande propriété, lever des impôts écrasants, chercher à diminuer leur influence sur l’armée, rien n’y fit : les barons devaient triompher du pouvoir impérial et, dans l’anarchie qui marqua la seconde moitié du XI® siècle, c’est une famille féodale, celle des Comnènes, qui sauvera la monarchie.
A côté de la féodalité laïque, la féodalité religieuse n’était ni moins puissante, ni moins dangereuse. L’Église, par la place que tiennent dans tous les esprits les questions religieuses, par le prestige de son chef le patriarche, par le nombre et la richesse des monastères et le respect dont les moines sont entourés, joue dans cette société un rôle considérable. Entre les mains des moines s’immobilisait une partie importante de la propriété foncière, au grand détriment du fisc et de l’armée, au grand péril de l’État. Les empereurs du X® siècle s’efforcèrent de restreindre le développement des biens monastiques; mais l’Église était trop puissante pour que de telles mesures pussent être maintenues, et l’Empire avait trop souvent besoin d’elle pour ne pas la ménager. En 988, Basile II dut abroger l’ordonnance rendue, en 964, par Nicéphore Phocas : le parti monastique avait vaincu.
Avec le clergé séculier, l’empereur n’eut pas, non plus, toujours le dernier mot. Par l’étendue de son ressort, par son rôle dans l’Église, par l’armée de moines qui lui obéissait, par l’influence politique qu’il exerçait, enfin par les ambitions que lui inspirait sa puissance, le patriarche de Constantinople était un personnage redoutable. Au XI® siècle, les ambitions devaient avoir de plus graves conséquences encore : elles amenèrent la rupture avec Rome et le schisme des deux Églises.
La bourgeoisie fournissait à l’Empire une partie de ses fonctionnaires, s’occupait surtout d’industrie, de commerce et de banque, contribuait, par ses fortes qualités, à la prospérité de la monarchie. Enfin, une plèbe nombreuse et oisive, avide de spectacles, tumultueuse et passionnée, vivait dans la capitale, tandis que, dans les provinces, des paysans, la plupart attachés à la terre, travaillaient sur les domaines toujours plus étendus des grands.
L’organisation sociale montre donc des classes nettement tranchées; et les goûts dominants de la société attestent la grande place
Madone. — Plaque d'ivoire (X® siècle), dont l'élégance rappelle l école qui a exécuté les miniatures du psautier de la Bibliothèque Nationale. Col. Str 'uanofi
LE HAUT MO'ï'EN AGE
■ ü y tiennent les -pectacles du cirque — on connaît les luttes sécu- ' ur: :! • \ i-rt' et des Bleus — ainsi que les pompes de l’Église. Pour mt, ce n’est point sous ces deux aspects seulement qu’il faut '.■■I. monde byzantin. Byzance a connu d’autres problèmes plus - \v. ' : une question sociale, qui se traduisit par la lutte des
puir^ants » et des « pauvres »; une question agraire, qui modifia giavement le régime de la terre, et, par la constitution des grandes propriétés civiles ou ecclésiastiques, détruisit la classe moyenne, appauvrit et ruina l’État; une question économique, où les erreurs de la politique impériale amenèrent la décadence du commerce byzantin au profit de nations plus jeunes et plus audacieuses.
Ce sont ces questions qui constituent le fond véritable de la vie byzantine. Tant que les pénis qui en résultaient ont été conjurés, l’Empire a été tranquille et fort, l’éclat de sa civilisation merveilleux; et ainsi, pendant presque tout le Moyen âge, la société byzantine, par sa haute culture intellectuelle, par ses goûts artistiques, par son élégance, a joué vraiment, vis-à-vis de l’Europe, un rôle d’éducatrice. Mais, quand les empereurs ont été impuissants à résoudre ces problèmes, la monarchie, désagrégée, appauvrie, ruinée, incapable de ressort et de résistance, s’est lentement écroulée sur elle-même; la société byzantine, du XIII® au X\'® siècle, ne gardera plus que le souvenir et le vain orgueil de ses splendeurs et de son rôle passé.