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III. LA DÉCADENCE AU XV SIÈCLE

On a vu que, alors même que des princes éminents étaient à sa tête, des périls redoutables menaçaient la monarchie. Sous des souverains plus médiocres et plus faibles, la décadence se précipita. Elle commença dès la mort de Basile II, sous son frère Constantin VIII (1025-1028) et sous les filles de celui-ci, Zoé d’abord, et ses trois maris successifs : Romain III (1028-1034), Michel IV (1034- 1041), Constantin Monomaque (1042-1054), et ensuite Théodora (1054-1056) . Elle se manifesta plus brutalement encore aprèsla fin de la dynastie de Macédoine. Un coup d’État militaire mit sur le trône Isaac Comnène (105 7-1059) ; son abdication appela au pouvoir Constantin X Doucas (1059-1067). Puis ce fut Romain IV Diogène (1067-1071), que ■Michel VII Doucas renversa (1071- 1078). Une autre révolution donna la couronne à Nicéphore Botaniate (1078- 1081). Et, durant ces règnes si courts, l’anarchie ne fit que s’accroître; la crise redoutable, extérieure et intérieure, dont souffrait l’Empire, ne fit que s’aggraver.

Sur toutes les frontières, Byzance reculait. Sur le Danube, les Petchénègues, des nomades de race turque, passaient le fleuve, occupaient le pays jusqu’aux Balkans. La Bulgarie de l’Ouest se soulevait (1040). La Serbie revendiquait son indépendance. Dans l’Adriatique, Venise recueillait l’héritage de l’Empire. Mais, deux adversaires surtout apparaissaient redoutables : les Normands en Europe, les Turcs en Asie. Établis vers le milieu du XI® siècle dans l’Italie méridionale, et soutenus par la papauté, les Normands, sous la conduite de Robert Guiscard, enlevaient à l’Empire grec ses possessions de la péninsule. Bientôt, les ambitions du duc de Rouille s’étendirent à l’autre rivage de l’Adriatique. En 1081, son fils Boémond débarquait sur 1» côte d’Épire, et Robert Guiscard se préparait à le suivre. En Asie, la situation était semblable. Conduits par trois hommes remarquables, Togrul-beg, Alp-Arslan (1065-1072). .Malak-Châh (1072- 1092), les Turcs Seldjouqides donnaient l’assaut à l’Empire. Vainement, l’énergique Romain Diogène tenta d’arrêter leurs [progrès : il fut défait à Mélaz.guerd (1071) et tomba aux mains des infidèles. Désormais, dans l’anarchie de l’Empire, les Turcs eurent beau jeu;

en 1078, ils campaient à Chrysopolis, en face de Constantinople. Est-ce à dire que les Normands et les Turcs fussent des adversaires plus redoutables que ceux que Byzance avait vaincus autrefois? Non, mais l’Empire était plus faible.

En 1 054, l’ambition du patriarche Michel Céroularios avait déchaîné un grave conflit. Il s’était attaqué à Rome. Le pape Léon IX avait riposté avec vigueur, et les légats pontificaux venus à Constantinople avaient, par leur attitude arrogante, choqué l’orgueil byzantin. On en vint donc vite à la rupture. Les légats excommunièrent solennellement le patriarche. Céroularios imposa par l’émeute, à l’empereur Constantin IX Monomaque, le schisme qu’il désirait. La séparation des deux Églises était accomplie.

Mais, surtout, le péril féodal allait croissant. Pour abattre l’aristocratie, la politique imiiénale combattit l’armée, sur qui s’appuyaient les féodaux. Un parti civil se forma, qui prit à tâche de témoigner sa défiance aux soldats; le règne de Constantin Monomaque en marqua le triomphe. Un conflit était inévitable. En 1057, un pronunciamiento mit sur le trône un général illustre, Isaac Comnène. Sans doute, Isaac, découragé, abdiqua (1059), et l’avènement des Doucas marqua une réaction contre le parti militaire; mais Romain Diogène rendit le pouvoir à l’armée. 11 succomba sous l’attaque forcenée de ses adversaires, et le règne de Michel VII sembla le triomphe définitif du parti civil.

Tout cela avait de graves conséquences. A l’extérieur, l’Empire reculait, et les populations, mal défendues et d’ailleurs écrasées d’impôts, se détachaient de Byzance. A l’intérieur, dans l’anarchie universelle, l’aristocratie féodale accroissait sa puissance; l’armée, mécontente, était prête à l’insurrection. Les révolutions succédaient aux révolutions. L’Empire, envahi, épuisé, réclamait à grands cris un sauveur. Ce fut Alexis Comnène, le meilleur des généraux de la monarchie. Le coup d’État qui le plaça sur le trône (P'' avril 1081), en mettant fin à trente ans d’anarchie, marqua le triomphe de l’aristocratie féodale et de l’armée sur le parti civil, la victoire de la province sur la capitale. Mais il allait donner à l’Empire un siècle de grandeur.

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