‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 227 sur 344 · LE CAIRE · texte numérisé non relu

LE CAIRE

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Carte du royaume latin de Jérusalem.

LA TROISIÈME CROISADE (1189-1193) . — Débarrassé des Latins d’Occident, Noûr-ed-dîn poursuivit ses succès, battit à Enneb Raymond d’Antioche, qui périt dans le combat (29 juin 1 1 49) , soumit l’émirat de Damas et coupa la principauté d’Antioche du royaume de Jérusalem en occupant la mer près de Tripoli. La soumission de l’Égypte à Saladin, neveu de Nojr-eddîn (26 mars 1 1 69) , rendit plus périlleuse encore la position des Latins. Le roi Amauri, dès 1 163, avait fait appel à Louis VII, comme patron naturel de la Terre sainte : il renouvela ses sollicitations et les étendit à l’Allemagne. La situation s’aggrava quand la mort de Noûr-ed-dîn (1 5 mai 1 1 74) eut réuni la Syrie et l’Égypte dans les mains de Saladin, et surtout lorsque les compétitions pour la succession de Baudouin V, entre le comte de Tripoli, Raymond, et Gui de Lusignan, que sa femme. Sibylle, mère de Baudouin V, fit couronner (1186), fournirent au Musulman l’occasion d’intervenir. Raymond livra Tibériade à Saladin, qui, près du lac du même nom, à Hittin, écrasa l’armée de Gui, le fit prisonnier et s’empara du bois de la vraie Croix (4 juillet 1 1 87) . A l’exception de Tyr, défendu par Conrad de Montferrat, toutes les villes du littoral se rendirent au vainqueur, et Jérusalem succomba après un siège de douze jours (20 septembre-2 octobre). Les principautés de Tripoli et d’Antioche, Tyr, Sidon et quelques places restaient aux Latins; Gui de Lusignan recouvrait la liberté sous promesse de quitter la Syrie et de ne jamais porter les armes contre Saladin (juin 1288).

Une fois encore, l’Europe s’émut; à la voix de Josse, archevêque de Tyr, et du pape Clément III, Philippe Auguste, Richard Cœur de Lion et Frédéric T’’ Barberousse entraînèrent la fleur de la chevalerie. Pour subvenir aux frais de la croisade, le pape autorisa la levée d’un impôt du dixième sur tous les biens, y compris ceux du clergé : ce fut la dîme saladine.

Pendant que Conrad de Montferrat et Gui de Lusignan entreprenaient le siège de Saint-Jean-d’Acre, grâce à des contingents italiens, frisons, Scandinaves, arrivés par échelons en août et septembre 1 183, Frédéric Barberousse partait le premier pour l’Orient. A Constantinople, il eut à lutter contre l’habileté d’Isaac Ange, qui avait usurpé le trône et s’était ligué avec Saladin contre les Allemands. En Asie, une nouvelle déception l’attendait ; le sultan

se terminèrent, en 1 1 44, par la prise d’Édesse. L’assassinat de Zengî fournit aux croisés l’occasion de reprendre cette place importante, mais Noûr-ed-dîn les en chassa et rasa la malheureuse cité. La nouvelle de ce désastre ranima en Occident l’esprit de la croisade : le pape Eugène III, touché par les sollicitations des barons d’Orient et averti du retour des Arméniens à l’unité catholique, fit appel au concours du roi de France (P'' décembre 1 145) . Louis VII, à qui sa conscience reprochait l’incendie de Vitry, voulait, d’autre part, acquitter le vœu de croisade de son frère Philippe, mort sans avoir pu l’accomplir. L’évêque de Langres à Bourges (Noël 1 145), saint Bernard à Vézelay (Pâques 1 146) éveillèrent l’ardeur de la chevalerie française, dont l’exemple, cette fois encore, entraîna l’Occident. A la diète de Spire (Noël 1 146), saint Bernard fit prendre la croix à l’empereur Conrad III, et l’abbé de Clairvaux souleva la Franconie, la Bohême, les Pays- Bas, l’Angleterre.

Malheureusement, la mésintelligence continuait de régner entre les Grecs et les Normands. Roger de Sicile ayant mis à sac Corinthe et pris Thèbes (I 147), Manuel, pour tourner librement ses forces contre lui, conclut une trêve de douze ans avec le sultan d’Iconium, qu’il avait battu, et le manque de coordination des efforts fit échouer misérablement une expédition qui avait donné de si belles espérances.

Conrad, qui avait longtemps résisté aux sollicitations pressantes de saint Bernard et des barons allemands, partit sans attendre le roi de France. Après s’être arrêté à Constantinople, où sa politique hostile aux Normands de Sicile et les liens de famille qui l’unissaient au basileus lui valurent d’être reçu avec égards, il passa en Asie Mineure et il se heurta, à Dorylée, à la résistance des Turcs, qui l’obligèrent à une retraite désastreuse (26 octobre I 1 47) . Le roi de France suivit la côte jusqu’à Éphèse et passa alors le Méandre, malgré la résistance des Turcs, mais ceux-ci prirent leur revanche au delà de Laodicée. A Satalie, port qui appartenait aux Byzantins, Louis VII et la plupart des seigneurs s’embarquèrent pour la Syrie, sans se préoccuper de la masse des croisés, dont les Musulmans firent un affreux carnage alors qu’ils cherchaient, par le littoral, à gagner la Cilicie (février-mars 1 I 48) .

Un grand conseil fut tenu à Saint-Jean-d’Acre, auquel assistèrent le roi de France, l’empereur d’Allemagne, le roi de Jérusalem. Il fut décidé qu’on assiégerait Damas, dont l’émir menaçait Jérusalem; mais la résistance des assiégés, les dissentiments et les défiances qui affaiblissaient les assiégeants, l’arrivée imminente de Noûr-eddîn déterminèrent les chefs chrétiens à se retirer (juillet 1 1 48) . Le 8 septembre, Conrad regagna l’Allemagne; Louis VII s’attarda jusqu’à Pâques 1 149 dans Jérusalem, dont la situation devint plus précaire que jamais.

Saint Bernard aurait voulu que l’on fît une nouvelle tentative : sa voix ne trouva plus d’écho, et la mort de Suger lui enleva son plus fidèle auxiliaire.

Arrivée des croisés devant Constantinople. — Miniature de la fin du XV*^ siècle, ornant un manuscrit du Livre des P assages d outre-mer , de Sébastien Mamerest. — B. N. Ms. français 5594.

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