‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 228 sur 344 · I..i. HAI T MOVLN AGL · texte numérisé non relu

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L’église de la Madeleine, a VÉZELAY. — Saint Bernard y prêcha, en 1146, la seconde Croisade et, plus tard, en 1187, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion y prirent la croix. C’est un des beaux spécimens de l’école romane de Bourgogne. La figure laisse voir le collatéral assez bas, suivant la formule de cette école, à voûtes d arêtes. Cl. Xm rdein.

d’Iconium, allié des chrétiens, fut déposé par ses fils, et il fallut enlever la place de vive force (18 mai) ; la mort accidentelle de Frédéric (10 juin 1 190) dans les eaux glacées du Selef, l’ancien Cydnus, laissa dans le désarroi sa magnifique armée, dont son jeune fils Frédéric ne ramena dans Antioche que des débris.

C’est en septembre I 1 90 que le roi d’Angleterre, Richard Cœur de Lion, qui avait succédé à son père Henri II, rejoignit en Sicile Philippe Auguste. Il y prolongea tellement son séjour, se mêlant aux querelles comme aux fêtes des gens du pays, que Philippe se décida à partir sans l’attendre. Richard se mit en route le 1 0 avril, s’arrêta à Chypre, qu’il conquit sur Isaac Comnène, et rejoignit devant Acre l’armée de Philippe Auguste (8 juin 1191) : la capitulation de la place fut suivie d’un impitoyable massacre. La mésintelligence croissant entre les deux rois, Philippe Auguste, d’ailleurs souffrant, rentra en France. Richard, dont le caractère altier lui créait des ennemis (tel le duc d’Autriche, Léopold, dont il fit jeter la bannière dans la boue) , devait à son brillant courage une réputation légendaire et méritée ; il reprit Jaffa et Ascalon et marcha sur Jérusalem; mais les Templiers et les Hospitaliers étaient convaincus que la Ville sainte ne pouvait être prise, les survivants de l’armée étant peu nombreux; et Richard, inquiet des agissements de son frère en Angleterre, se résigna à une trêve peu glorieuse de trois ans, trois mois et trois jours (10 août 1 192) ; Jérusalem restait aux Musulmans; les pèlerins pourraient y entrer librement, mais désarmés; les captifs chrétiens devraient se racheter. Il ne demeurait aux Latins que la côte de Syrie, de Tyr à Jaffa.

Conrad de Montferrat était tombé sous le poignard de deux sicaires de la secte des Assassins. Henri de Champagne, neveu de Richard, lui succéda, et Gui de Lusignan devint roi de Chypre. Quant à Richard, il tomba entre les mains de Léopold d’Autriche (21 décembre I 192), avec qui il s’était brouillé au siège de Saint- Jean-d’Acre, et qui le livra à l’empereur.

LA QUATRILMF CROISADE ((1202-1204). — L’EM¬ PIRE L.ATIN DE CONSTANTINOPLE. — A la mort de Sal.idin (3 mars 1193), le partage de son Empire entre ses fils -i-mbl.iit offrir aux Latins quelque chance de se relever. L’empereur H'-nri VI ;si croisa (31 mai 1195), mais son intervention n’emi-^ ' ha jiar la chute de Jaffa (août 1 197), et son décès, survenu le mois iuivant, déiouragea les Allemands, qui, après avoir pris Beyrouth, ■ onclun-nt une trêve avec le sultan d’Égypte, el-Mélik.

Innocent III s’efforça de réchauffer l’enthousiasme de la chrétienté. Foulque, curé de Neuiily- sur -Aisne, et Martin, abbé de Pairis, près Colmar, se firent les prédicateurs de la croisade, qui groupa de puissants seigneurs : Thibaut III, comte de Champagne, et son chancelier, Geoffroy de Villehardouin ; Baudouin, comte de Flandre; Simon de Montfort, le comte de Saint- Pol. Innocent III avait marqué comme objectif de cette quatrième Croisade l’Égypte, siège de la puissance des Eyyoubites et foyer de l’hostilité contre les Latins. Pour avoir une flotte, les croisés s’adressèrent à Venise; le doge Dandolo réussit à détourner l’expédition du but fixé pour l’employer à ses fins particulières. Par suite de la mort de Thibaut de Champagne (24 mai 1201), la conduite de l’expédition avait été donnée à Boniface de Montferrat, frère du feu roi Conrad.

Boniface, n’ayant pu payer dans les délais la somme promise aux Vénitiens, accepta de conduire ses troupes contre Zara, qui succomba en novembre 1202. C’est alors que les croisés, séduits par les conditions avantageuses qui leur étaient faites, consentirent à se battre pour rétablir l’usurpateur Isaac Ange, qui avait été lui-même renversé par son frère, Alexis III (juillet 1 203) ; mais bientôt une révolution provoquée par l’attitude maladroite des Latins, livra le trône à Alexis Doucas Murzuphle. Alors, croisés et Vénitiens s’entendirent pour se partager l’Empire. La capitale fut emportée d’assaut après six semaines de siège et livrée au pillage (12 avril 1204).

La diversion sur Zara et Constantinople aboutit à la fondation de l’Empire latin de Constantinople, ou Empire de Remanie, dont les chefs s’épuisèrent dans des luttes stériles, et qui s’écroula en 1261 (1).

LA CINQUIÈME CROISADE (1217-1221). — Innocent III n’avait pas renoncé au projet de frapper l’islamisme en Égypte, et, après de nouvelles prédications en France, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, un mouvement se dessina assez nettement pour que le pape, au concile du Latran (novembre 1215), fixât au L’' juin 1217 le départ des croisés de Brindes et de Messine. Tournois et guerres étaient interdits pour trois ans ; le clergé acquitterait un impôt du vingtième et les chrétiens non participants à l’expédition seraient invités à contribuer aux frais de la croisade. Innocent étant mort le 16 juillet 1216, Honorius III envoya Jacques de Vitry prêcher à travers l’Europe; mais le roi de Hongrie, André, fut presque seul à partir, avec le duc d’Autriche Léopold et des contingents germaniques. Après quelques tentatives infructueuses, André se lassa et revint en Europe (janvier 1218) ; toutefois, l’arrivée en Syrie de nouvelles forces permit de reprendre le projet égyptien. Pour sauver Damiette assiégée (mai 1218), el-Kâmil offrit de rétablir le royaume de Jérusalem dans les limites de 1 187, de restituer la sainte Croix et de payer une indemnité de guerre (août 1 2 1 9) ; le légat Pélage ne crut pas devoir accepter ces conditions et Damiette succomba enfin le 19 novembre. Au printemps de 1221, renforcée par un nouvel afflux de croisés, l’armée se mit en marche, trop tardivement, vers l’intérieur : elle ne put forcer le camp des Musulmans à Mansourah; l’inondation du Nil lui coupa la retraite, et, pour obtenir passage, il fallut rendre Damiette (30 août 1221).

LA SIXIÈME CROISADE. — FRÉDÉRIC II (1228- 1229). — La cinquième Croisade s’était terminée par un échec.

(I) L’hisloire en est exposée dans le chapitre précédent.

LES CROISADES — 241

Frédéric II, qui s’était abstenu d’y participer malgré l’engagement qu’il en avait pris, trouva dans son mariage avec la fille de Jean de Brienne, héritière du royaume de Jérusalem, un motif particulier de partir pour l’Orient. Excommunié en 1227 pour avoir suspendu ses préparatifs de départ, désapprouvé par le pape qui voyait clair dans son jeu, il se mit en route avec environ I 0 000 hommes, et, profitant de la discorde qui régnait entre les sultans de Damas et d’Égypte, il demanda le succès aux négociations plus qu’à la force: le 1 I février 1 229, le sultan d’Égypte lui restitua Jérusalem, Bethléem, Nazareth et les places qui marquaient la route de Beyrouth à Jaffa; pendant une trêve de dix ans, Frédéric soutiendrait le sultan contre ses ennemis, quels qu’ils fussent, les forces des princes latins ne devant bénéficier d’aucun accroissement. C’était l’abandon des principes mêmes de la croisade : aussi, tandis que Frédéric se faisait couronner roi de Jérusalem (17 mars 1229), l’archevêque de Césarée l’excommuniait au nom du pape et frappait ses États d’interdit. Revenu en Italie et relevé de la sentence d’excommunication, Frédéric n’en poursuivit pas moins la même politique d’entente avec les Musulmans.

SEPTIÈME ET HUITIÈME CROISADES. — SAINT LOUIS EN ÉGYPTE (1248-1254) ET A TUNIS (1270).

— Grégoire IX avait accepté la trêve de dix ans, espérant reprendre ensuite la lutte avec plus de vigueur. A partir de 1239, de petites expéditions se succédèrent en Terre sainte; mais Thibaut de Champagne, roi de Navarre; Hugues, duc de Bourgogne; Pierre, comte de Bretagne, se firent battre à Gaza (novembre 1239), et Richard de Cornouailles, venu en Syrie en I 240, dut faire la paix en février 1241. Eyoub, le nouveau sultan d’Égypte, rencontra de précieux auxiliaires dans les Kharismiens, horde turque qui s’empara de Jérusalem (1244) ; il détruisit l’armée chrétienne qu’on lui opposa (18 octobre 1244), arracha Damas à un sultan ami des Latins (1245) et s’empara d’Ascalon (1247).

Avec saint Louis souffle de nouveau le plus pur esprit de la croisade : ce n’est ni l’intérêt personnel, ni l’ambition, mais la foi qui seule règle ses actions. En 1 244, au cours d’une maladie, il a pris la croix : sa mère, ses conseillers veulent le détourner de l’exécution d’un vœu fait dans un accès de fièvre; il le renouvelle librement. Mais il ne trouve pas d’écho en Europe ; la septième Croisade sera purement française.

Parti d’Aigues-Mortes (août 1248), saint Louis est obligé d’hiverner à Chypre, où sa prévoyance a fait accumuler des provisions, et il ne peut que le 30 mai 1 249 mettre le cap sur l’Égypte, son objectif, avec 50 000 hommes. Damiette, bien défendue, est enlevée le 20 novembre, et après avoir reçu des renforts que lui amène le comte de Poitiers, saint Louis prend la route du Caire. Fait prisonnier à la bataille de Mansourah, il en impose à ses ennemis par sa grandeur d’âme, et quand il a reconquis sa liberté moyennant l’abandon de Damiette et le paiement d’une grosse somme d’or, il se rend en Terre sainte (1250), où, pendant quatre ans, il fait remettre en état les places fortes que les Latins avaient conservées.

Il entreprit en 1270 une seconde Croisade, la huitième, au milieu de l’indifférence, sinon de l’hostilité, générale. Dans une grande assemblée tenue à Paris les 24-25 mars 1267, il prit la croix à l’improviste, espérant entraîner un certain nombre de ses parents

Ruines du CHATEAU de Tibériade. — Ce château fut construit par les croisés. Tibériade était le siège de 1 un des évêchés latins de Palestine. C est près de là que se livra, en 1 187, la bataille où Saladin battit et fit prisonnier Gui de Lusignan, roi de Jérusalem, i l. Em.ari.

et vassaux; quelques-uns de ceux qui l’aimaient et l’admiraient le plus, comme Joinville, refusèrent obstinément de s’associer à cette tentative aventureuse. Parti d’Aigues-Mortes pour Tunis le P'' juillet 1270, il arriva le 1 7 devant Carthage. L’époque était singulièrement mal choisie ; les chaleurs africaines déchaînèrent la peste dans son armée, et lui-même succomba au moment où son frère Charles lui amenait des renforts (25 août 1270).

Sa mort marque pour l’histoire la fin des Croisades; mais l’esprit de croisade conduira à Nicopolis la fleur de la chevalerie française, et, au XVI‘‘ siècle, il jettera un dernier reflet quand il animera don Juan d’Espagne, le vainqueur de Lépante.

RÉSULTATS DES CROISADES. — Comme toutes les guerres, les Croisades coûtèrent beaucoup d’argent et beaucoup de sang. Elles se terminèrent fatalement par un échec, car les masses confuses et tumultueuses qui les entreprirent n’avaient à leur tête que des chefs divisés entre eux et desservis, notamment, par les empereurs de Byzance; mais elles eurent pour la civilisation des conséquences très importantes. Elles ralentirent les progrès de l’invasion turque en Europe, après avoir défendu la civilisation chrétienne et féodale. En rapprochant dans un même idéal les peuples de l’Occident, elles leur donnèrent le sentiment de leur unité morale et contribuèrent à créer un esprit européen. En se mesurant, chrétiens et infidèles apprirent à s’estimer ; des alliances se conclurent, des relations s’établirent dans les intervalles des combats et pendant les trêves : Richard arma chevaliers des Sarrasins; des mariages mixtes furent célébrés; la tolérance réciproque s’introduisit dans les mœurs.

Les relations économiques, longtemps rompues entre l’Orient et l’Occident, reprirent et se développèrent, créant dans les Échelles du Levant une activité intense, enrichissant les cités italiennes, répandant en Europe les produits de l’Orient. Le commerce de l’argent prit une extension considérable. Objets manufacturés — cotonnades, indiennes, satins, velours, tapisseries, damasqumerie — pénétrèrent

SaYETTE, CHATEAU DE SAINT LOUIS. — Pendant les quatre années qu’il passa en Syrie après sa délivrance, saint Louis se préoccupa de remettre en état les forteresses latines du pays : Acre, Jaffa, Sidon, etc. C est le château de cette dernière ville, appelée parles Francs Sayette, qui est ici représenté. — Cl. i-.m.akt.

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Frédéric II en costume de croisé. — Miniature tirée d une supplique adressée en 1188 à l’empereur par le prévôt Ffenri. — Bibliothèque Vaticane.

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