II. LA NOBLESSE
Les causes qui ont déterminé la formation, dans la société féodale, d une classe dominante, jouissant de privilèges héréditaires, ont été exposées plus haut (page 187); mais cet exposé doit avoir pour complément quelques considérations sur la chevalerie et sur les conséquences apportées aux éléments constitutifs de la noblesse par les conditions du service équestre.
La qualité de chevalier ne s’acquérait qu après une longue préparation. Dès sa septième année, 1 enfant sortait des mains des femmes et ne cessait de se former à l’équitation, au sport de la lance et de l’épée, à la vénerie; il servait chez quelque haut baron, comme varlet ou damoiseau, puis devenait écuÿer et faisait, auprès de son maître, l’apprentissage de la vie seigneuriale. Quand il avait atteint sa vingt et unième année (1), il était fait chevalier, après l’accomplissement d’une double formalité : Vadoubement ou remise des armes, et la colée, accolade, ou paumée, grand coup de poing que le parrain assénait sur la nuque de l’adoubé. L’Eglise pénétra ces rites de son esprit et christianisa la chevalerie. Avant l’adoubement, l’adolescent, le futur chevalier, dut déposer ses armes sur l’autel, passer dans l’église la nuit qui précédait la cérémonie {veillée des armes), entendre la messe le matin. Il faisait rerment, à genoux, de mettre sa vaillance, sa force au service de Dieu, des petits et des faibles. Après quoi, le parrain disait, en donnant la colée : « Au nom de Dieu, de saint Michel et de saint Georges, je te fais chevalier. » Il ajoutait quelquefois : « Sois brave, hardi et loyal (2). »
(1) Avant le XIII*^ siècle, il était armé chevalier à quinze ans.
(2) L’adoubement devint même une cérémonie liturgique : le Po^t.fical s augmenta d’une Benedictio noüi mititis (bénédiction du nouveau chevalier); 1 évêque fut le consécrateur.
LE HAUT MO'ïEN AGE
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i'2) Pr il ! v-rr.ent, c est une armure oui protège uniçiuement le cou.
ro;w.dei et les tournois cléTeloppèrent 1 usage des armoiries, qui dam les familles nobles. Des particuliers, cet usage s'étend. I
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devinrent
C?5 trots résument 1 idéal de la che- .sicrie. qui dé’ eloppa le sentiment de I honneur. e respect de soi-même, la fidéii 3 .a p. 'ole lurée. dont la violaîi^r- - Niii eu coupable un félon et le ar~' u i. r.a.t a tout ïamais. D un guerrier brûlât, la reiinon et aussi la poésie des trcubacours et des trouvères firent un soldât généreux et courtois: elles adoucirent les moeurs et atténuèrent les eHets de l arbitraire.
Ea chevalene était ouverte à tous, sans d.stinction de naissance : et elle ne se confondait pas avec la noblesse, dans laquelle elle se recrutait presque entièrement. 11 n en fut plus de même quand, par suite du démembrement des domaines prim.itifs. tous les possesseurs de fiefs ne se trouvèrent pas en état de fournir un équipement complet : celuilà seul fut vraiment soldat qui put subvenir aux frais considérables de cet équipiement ; miles (soldat! devint synonyme de cavalier ou. selon 1 expression courante, de chevalier. L n signe de richesse fut un signe de noblesse et c’est pourquoi, en Espagne, on appela les nobles ricos homhres ( I j.
Les vassaux pauvres finirent par être exclus, en fait, de la chevalerie, et les fils de nobles, non équipés, ni adoubés, restèrent en dehors de la noblesse, qui ne se composa plus que des seuls chevaliers. Le noble, au .Moyen âge, est avant tout un guerrier. Son armure se modifie avec le temps. Au XI® siècle, la cotte de mailles ou haubert 2i descend jusqu aux genoux et les bras sont couverts jusqu’aux mains ; au milieu du XII® siècle, le haubert se recouvre du gambeson, sorte de casaque rembourrée qui garantit mieux le corps contre la lance, et c’est sur le gambeson que se ceint l'épée; au XIII® siècle, sur le haubert, on revêt le surcot, robe flottante. Le heaume, après avoir seulement garanti la face, en vient à enfermer la tête tout entière, ne laissant de trous que jxiur voir et pour respirer. Les mains et les jambes sont protégées respiectivement par des chausses de mailles et des gants. L ensemble des défenses du corps se complète par 1 écu ou boucher qui porte les armoiries du cheva lier (3).
Les armes offensives sont essentiellement 1 épée courte, dont le piommeau est souvent un reliquaire, et la lance en bois de frêne au fer losangé, avec un guidon multicolore, auquel se substituent, au XIII® siècle, la bannière et le ptennon. Comme son maître, le cheval de guerre est couvert d une lourde armure, qui garnit ses flancs {flançois; et sa tête \chanirein}.
L insécuritéde la vie, à uneéfXKjue troublée par des incursions et des guerres pierpiétuelles, a transformé 1 habitation noble en forteresse. Le terrain sur lequel s élève le château est clos par une enceinte en piahssade ou, plus tard, en pierre sèche, et entouré d’un fossé. Au centre, sur une motte naturelle ou artificielle s’élève le donjon, habitation du maître, à laquelle on accède par un jxint en bois, qu’il est facile de supprimer instantanément lorsqu on prévoit une attaque. L ne seconde enceinte, dite basse-cour ou baille, fut réservée aux communs et aux divers services. A la fin du X® siècle, on substitue la pierre au bois, trop combustible. La fortification de I enceinte ne cesse de se fxrrfectionner ; le mur est flanqué de tours, crénelé, renforcé, en temps de guerre, par des encorbellements en bois (hourds), dont les couvertures permettent de projeter sur l’assaillant des pierres, de la poix, de ! huile bouillante. Au XIV® siècle, les hourds sont généralement remplacés par des mâchicoulis en pierre, fixes et plus résistants. des ptonts-levis sont poses sur les fossés, devant les portes, dont des hersez défendent l’accès, et l’on établit des ouvrages avancés. app>elés barbacanes.
La vie au château commence par la prière. Avec toute leur brutalité, ICS seigneurs wnt dévots. Ceux-là mêmes qui ne regardent pas à piller les biens d autrui, sans en excepter les biens d’Eglise, font
souvent de larges aumônes au clergé comme aux pauvres. Ils ont chapelle et chapelain et ils entendent quotidiennement la messe.
Ces hommes vigoureux, qui se livrent sans cesse aux exercices violents, sont, naturellement, de gros mangeurs. Les repas comportent plusieurs services: les festins d apparat présentent une extrême abondance : il arrive qu ils soient accompagnés ou suivis de divertissements variés : tours d adresse des bateleurs, récits des troubadours ou des trouvères chantés par les jongleurs, jeux d’esprit, conversations galantes, amusements poétiques.
La chambre aux dames devint une sorte de salon (I). Ce n’est pas seulement dans les chansons de geste que le chevalier a une dame de ses pensées : témoin ce Jaufre Rudel, parti, dit la légende, pour aller retrouver en Terre sainte la comtesse de Tripoli, dont il était devenu amoureux sans l avoir jamais vue, sur le seul récit qu’on lui avait fait de sa beauté.
Le passe-temps favori des seigneurs, c’est la chasse, et le plus brillant, le plus aimé de leurs jeux, c’est le tournoi. image de la guerre. Plus que la chasse, plus que les tournois, ce qui les attire, c’est la guerre elle-même, qui est leur grande occupation, mais aussi, trop souvent, le brigandage.
Siège de la puissance du baron, centre de la vie économique et sociale, le château, dont le village voisin n’est qu’une dépendance, n’est pas seulement la retraite où l’on s’abrite et où l’on se défend contre l’ennemi ; il est parfois le repaire d’où I on s’élance piour attaquer un voisin, piller un monastère, détrousser marchands et voyageurs.
Si en France la royauté lutte avec succès contre ces vassaux effrontés, si la monarchie anglaise est soucieuse d ordre, dans le Saint- Empire comme en Italie, l’anarchie bat son plein : les Raubritter (chevaliers brigands) ont beau être pourchassés par la haute noblesse et par les emjjereurs, ils pullulent, et 1 on a pu dire que, pendant le grand interrègne, ils étaient plus nombreux que les honnêtes chevaliers.
A la guerre le chevalier est accompagné par l’écuyer, qui porte son bouclier [scutiier], et par des hommes de pied casqués de fer, vêtus d un pourpoint de cuir ou d’un haubergeon.
il Les € cours d amour ». imaginées par les châtelaines du Languedoc, n’étaient pas de véritables tribunaux, mais des réunions où étaient débattues des (juestions qui ont fourni à un chapelain d Innocent IV. .André, un traité de I amour courtois.
Do.SJO.V DE .N'oGENT-LE-RoTROU. type de forteresse du XI' siècle.
Soldats au repos. — Reliure en argent doré de I Évangéliaire de saint Louis.