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III. SERFS, VILAINS, BOURGEOIS

Mais c’est la cavalerie qui forme la véritable armée de combat, et le succès tient à la force, au courage personnel.

Les guerres ne sont pas aussi meurtrières qu’on pourrait le croire pour les chevaliers; on cherche plutôt à les faire prisonniers pour en tirer de grosses rançons. Ceux qui pâtissent le plus, ce sont les paysans ; ils peuvent bien, en cas de danger, se réfugier dans le château : mais leurs biens et leurs terres restent exposés aux ravages des armées et, en tout temps, à la dévastation: les récoltes sont souvent détruites, semant la famine dans le pays. Si u les remparts et les fossés, selon la remarque de Guizot, ont fait obstacle aux idées comme aux ennemis )), donc aux progrès de la civilisation, du moins le possesseur de fiel, investi hautement d’une autorité souveraine, aurait-il pu, dans la décomposition du pouvoir central, exercer une action bienfaisante, accomplir une grande et belle oeuvre de protection et de civilisation sociale. Son caractère violent l’en empêcha, son esprit frivole ne lui permit pas de le comprendre, et les privilèges dont il jouissait, n’étant plus la contre-partie de services rendus, apparurent comme autant d’abus tyranniques. C est pourquoi le gouvernement féodal a laissé de si mauvais souvenirs.

Aux trois catégories de terres (fiefs, censives, terres serviles) correspondent trois catégories de personnes {nobles, vilains ou roturiers, serfs). Le nom de vilain servit à désigner plus spécialement les paysans libres et celui de bourgeois fut donné aux habitants des villes (I ).

Il n’y a plus guère que de vastes domaines, dont le seigneur se réserve une partie pour l’exploiter directement et dont le reste est divisé en parcelles plus ou moins étendues, cultivées les unes par des tenanciers libres, les autres par des serfs. Le possesseur de fiefs est doublement le maître des paysans; sa puissance domaniale a été renforcée par son autorité féodale.

Soumis au payement de redevances (chevage, taille, corvée), les serfs sont frappés, en outre, de deux incapacités : le jormariage leur interdit d’épouser, sans la permission du seigneur, une serve attachée à une autre terre ou une personne de condition libre, et la mainmorte ne leur permet pas de disposer librement de leurs biens. Il y a, d’ailleurs, entre le servage et la liberté des échelons intermédiaires : (( serfs de corps et de poursuite », serfs de servitude personnelle, serfs de servitude réelle, colliberts.

Les tenanciers libres, beaucoup moins nombreux, sont dans une situation à peu près aussi misérable. Leur habitation est exiguë et insalubre, leur travail pénible et dur, leur vie constamment troublée par les guerres ; on les tourne généralement en dérision, on les mé¬

(1) Vilain ivitlanus), de villa, domaine rural. — Roturier, roture, de ruptura (rompre la terre). — Bourgeois, du latin bmgum et de 1 allemand burg (heu fort).

Scène de combat. — D après un manuscrit du XI il*-' siècle du Roman d Y vain. — B. N. Ms. franç. 1433.

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