V. LA RENAISSANCE ÉCONOMIQUE L’ORGANISATION DU TRAVAIL
En même temps que les campagnes se repeuplaient et que des progrès étaient réalisés en agriculture, la renaissance des villes entraînait la renaissance du commerce, et celle -Cl le développement de l’industrie.
On remédia, dans une certaine mesure, aux difficultés que rencontrait le trafic par la construction de ponts, par un meilleur entretien des routes, par l’établissement d’hospices pour faciliter le ravitaillement. Les péages multiples auxquels étaient soumis les commerçants sur les territoires qu’ils traversaient, les droits qu’ils devaient acquitter sur les marchés, les dangers que courait leur bourse et quelquefois leur personne, du fait des seigneurs pillards, rendaient leur condition assez précaire. Le commerce n’en prit pas moins une activité prodigieuse, et cette activité même contribua à le rendre plus sûr. En dépit des pirates, en dépit des tempêtes et des vents qui contrariaient la navigation, en un temps où les voiles et les rames étaient seules en usage, la Méditerranée devint le théâtre d’un mouvement maritime intense dont bénéficièrent les ports des côtes italiennes.
ClUNY. — Maisons du
XIr siecle. l'i. .N'kl-iii'i i\.
(I) Les seigneurs, particulièrement le roi de France, créèrent, pour des motifs économiques et politiques, des villes neuves dites aussi villes franches, sauvetés, ou, dans le Midi, bastides). Le serf y était à l'abri des poursuites de son maître, et le vo'eur de celles de la justice; elles jouissaient de notables privilèges.
Des avantages analogues aidèrent au peuplement des villes de colonisation que les Allemands créèrent chez les blaves de l Est, comme K-ulrn et Thorn. iondées en 1232 et dotées par l'ordre teutonique d'une charte dr commune (handjeste).
françaises, espagnoles; par l’Atlantique, la Manche, la mer du Nord, la Baltique, l’Allemagne, les pays Scandinaves, la Grande-Bretagne, la France étaient en communications fréquentes.
La navigation fluviale était également prospère sur le Rhône, la Saône, le Rhin. Tandis que le Danube perdait de son importance en tant que voie de pénétration vers les pays d’Orient, c’est par l’Italie qu’arrivaient en Allemagne les marchandises de ces pays, avec lesquels Marseille, Narbonne, Montpellier entretenaient des relations suivies. Par le col du Brenner, le Mont-Cenis, le Grand et le Petit-Saint-Bernard, 1 Italie était reliée aux territoires germaniques et à la France, laquelle communiquait avec l’Espagne par les routes de Bordeaux et de Toulouse. Les règles de droit maritime en usage dans la Méditerranée et l’Atlantique firent, au Xltl® siècle, l’objet de recueils d’un grand intérêt : le Consulat de la mer, les Rôles d'Oléron.
Les foires ne facilitèrent pas moins les échanges et les transactions internationales. Les plus importantes se tenaient à Francfort-sur-le- Mein, Aix-la-Chapelle, Ypres, Bruges, Lille, Rouen, Caen, Guingamp, Dijon, Lyon, Genève, Beaucaire, Le Puy, Toulouse, Saint- Denis (foire du Lendit) et en Champagne. Ces dernières, qui servaient d’entrepôt entre le Nord et le Midi, étaient au nombre de six et duraient chacune quarante-huit jours. La foire de Beaucaire attirait de mai à juillet les marchands de l’Espagne, de l’Italie et du Levant.
Depuis les Croisades, qui avaient établi des relations d’échange entre l’Orient et l’Occident, le mécanisme du crédit s’était amélioré et la pratique de la lettre de change se répandit dans toute l’Europe au XIII® siècle.
Comme l’Église interdisait rigoureusement aux chrétiens le prêt à intérêt, pendant longtemps les juifs furent seuls à pouvoir satisfaire aux demandes des emprunteurs. Ils avaient une condition sociale très amoindrie : on les détestait jusqu’à la haine, et trop souvent 1 indignation populaire ou des actes de l’autorité royale leur firent payer cher les profits qu’ils firent sur leurs opérations. Ils servirent plus d’une fois de prête-noms ou d’intermédiaires à des chrétiens désireux de faire fructifier leur argent.
Les marchands italiens trouvèrent dans le droit romain le moyen de tourner les prescriptions du droit canonique. Ils prêtaient censément sans intérêt ; mais sous prétexte que tout retard dans le paiement leur faisait subir un préjudice grave, ils inséraient dans les conventions des pénalités qui portèrent le taux annuel des emprunts jusqu à 60 p. 100. Les Lombards (on désignait ainsi tous les commerçants italiens) se firent dans toute l’Europe une triste réputation d usuriers. Les premières banques italiennes en France ayant été établies à Cahors, le nom de Ca/iorsrn devint synonyme de Lomôard.
Les marchands s’associaient, sous forme de gildes ou hanses, pour s assurer des privilèges, se garantir contre les risques et la concurrence ou se créer des débouchés. Tantôt ils gardaient l’indépendance de leurs capitaux, tantôt ils les mettaient en commun et formaient, comme en Italie, de véritables sociétés commerciales.
Les hanses augmentèrent encore leur puissance et leurs ressources en se confédérant, et, à partir du XV® siècle, le développement en fut extraordinaire.
La Ligue hanséatique, ou plus simplement la Hanse, comprenait, de Dinant à Reval, toutes les grandes villes commerçantes, s’étendant jusqu’à Gœttingue, jusqu à Breslau, jusqu’à Cracovie, exerçant son activité sur l’Angleterre, la France septentrionale, les Pays-Bas, les pays Scandinaves.
A l’étranger, les marchands de chaque pays s’entendaient pour fonder des comptoirs et se plaçaient par nations, sous la direction et la protection de consuls ou capitaines, qui n eurent d'abord qu un caractère privé.
Les gens de métier étaient groupés en corporations. Investie de la personnalité civile et soumise à une réglementation minutieuse, la corporation jouissait d’un véritable monopole. Des gardes jurés, inspecteurs du travail et des fraudes, géraient les biens, veillaient
à l’observation des statuts, avaient en matière professionnelle un pouvoir de juridiction. Le plus souvent, un seul métier se subdivisait en plusieurs corporations, correspondant chacune à unesous-spécialité ; mais, à l’opposé, plusieurs métiers pouvaient être réunis en une seule association.
Les corporations, comprenant des apprentis, des ouvriers et des maîtres, avaient un sceau, une ban mère et figuraient officiellement dans les grandes solennités publiques. En rapports étroits avec l’administration urbaine, elles tendirent, tout naturellement, à y prendre une part d’influence, sinon à l’absorber, et elles ne demeurèrent pas toujours étrangères aux agitations politiques. Les artisans de chaque métier se plaçaient sous le patronage d un saint pour former des sociétés religieuses et chantables : ces confréries se composaient des maîtres et des ouvriers, tandis que les compagnonnages , qui se développèrent plus tard, comprenaient seulement des ouvriers.
Quel est maintenant dans la corporation le rôle respectif de chacun ? La mise en apprentissage se fait par un contrat solennel. Le nombre des ouvriers de chaque atelier est limité et la durée de 1 apprentissage assez longue (de trois à douze ans) ; l’apprenti est logé, nourri, vêtu par son maître; mais, outre une petite somme versée d’avance, il lui doit le bénéfice de son travail ; toutefois, il reçoit un léger salaire lorsque les gardes lui ont délivré un certificat de capacité.
Dans certaines corporations, il fallait appartenir à une famille exerçant déjà le métier. L’apprenti était sous l absolue dépendance de son maître ; il ne pouvait le quitter et on le ramenait de force à l’atelier, en cas de fuite ; par contre, le maître devait lui apprendre le métier et veiller sur lui à tous points de vue.
Le nombre des ouvriers de chaque atelier n’est pas limité, comme celui des apprentis, mais les forains ne sont pas embauchés si les membres locaux de la corporation ne sont pas tous occupés.
L’ouvrier ou valet s’engage au jour, à la semaine, à l’année; il ne peut, sans encourir une peine pécuniaire, rompre le contrat par lequel il a loué son ouvrage, après avoir fourni des garanties de moralité.
L’aspirant maître, astreint seulement, tout d’abord, à l’apprentissage et à un stage comme valet, doit, au XItt® siècle, subir un examen, que remplace ou complète l’épreuve d’un c/ief-d’œuDre. Il est tenu d’acheter le métier, c’est-àdire de payer un droit tant au seigneur (quand le métier a été inféodé) qu’à la corporation elle-même.
Fondée sur le principe d association, qui est la tendance générale de la société au Moyen âge, cette organisation du travail reconnaissait aux corporations le droit de s’administrer ellesmêmes et leur attribuait un véritable monopole. Dans chaque corps de métier, maîtres et ouvriers étaient unis par des
Chartres. — Maison du XIIC .siècle. Cl. Archives i>iiotoorai iii«i I'.
gique (XlC siècle). Cl. Xecrdein.
Li: HAl'T MOYEN AGE
m Die irnfî)iïtiôîiî$ niôwïi.
tcuiotrraa
M4ml
faitfnia mmicteif
mai02 iiiiîfcî (ncb}ff
itiiûflm ttmiintuR
: mno aUxnindiiii)uloo2nfltoiawdpnaoîia>H i dPMli (apfaimo aPuoiRfamtoniRntmiwgft
wag 0r&mHmrî(lP2otnmf tnwiflpmtifm twal
Bénédiction de la foire du Lendit — B. N. Ms. latin 962, xiv siècle.
sentiments de camaraderie propres à prévenir les conflits. Le chef disposait de l’autorité professionnelle et domestique ; en retour, des devoirs étroits de patronage lui incombaient. Et comme la grande industrie était alors inconnue, que les journées de travail étaient plutôt courtes et les jours de fêtes chômées assez nombreux, comme la stabilisation des prix et la fixité des salaires étaient, dans une certaine mesure, assurées par les règlements, les travailleurs étaient généralement à l’abri des misères de la vie matérielle.
Les prescriptions et les usages corporatifs imposaient la loyauté dans les transactions et la conscience dans l’exécution, mais le travail avait cessé d être un service de seigneurie sans devenir réellement libre; il était, en somme, exclusif du principe de la concurrence, des initiatives fécondes, des entreprises considérables et, si finie que fût la fabrication, il encourageait la routine.