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VI. LA LITTÉRATURE

LITTERATURE LATINE. — Le latin, dont la Renaissance carolingienne arrêta la décadence (voir page 185), n’est pas seulement, au Moyen âge, la langue officielle de l’Église et de l’État, celle de la liturgie comme celle des chartes et des diplômes ; il est aussi celle des lettrés, des penseurs, des savants, en même temps qu un instrument de communications internationales. Langue bien vivante, il s enrichit de mots nouveaux pour exprimer les idées nouvelles ; il introduit dans la versification, à côté du mètre et de la quantité, un rythme fondé sur l’accentuation et sur la rime, qui jouera un si grand rôle dans beaucoup de langues jeunes. « Combien de trouvailles heureuses, a pu écrire Camille Jullian, qu’on a signalées chez nos auteurs français, devraient être restituées à leurs devanciers latins ! » Italien.s, Espagnols, Allemands, Anglais, Français concourent à ce rnouvernent intellectuel, mais les Français y tiennent la première place : c est à 1 école du Bec, en Normandie, que les Italiens Lanfranc et Anselme, successivement archevêques de Cantorbéry, professent avec éclat, au XIP- siècle; c est à 1 Université de Paris, au XIlP siècle, que les Anglais Alexandre de Haies et Jean Peckham, les Italiens saint I bornas d Aquin, saint Bonaventure, f^ierre Lombard, conquièrent leur renommée; les femmes même ont une place dans ce mouvement avec Herrade de Landsberg (morte en 1195), dont le curieux / lorhis dcliciarum, avec les dessins qui l’illustrent, est une source si abondante de- renseignements sur la vie de l’époque; avec l’abbesse de Disibodenberg, Hildegarde (morte en 1179), dont les écrits touchent aux matif're les plus diverses; avec Héloïse, dont la cor¬

respondance avec Abélard est tenue pour un chef-d œuvre. L histoire intellectuelle de l’Europe n’a pas le droit de dédaigner cette floraison d œuvres de tout genre qu’on voudrait pouvoir énumérer. Voici saint Bernard, HuguesdeSaint-Victor, Vincentde Beauvais, f^oger Bacon, Fulbert et Yves de Chartres. Voici les sermonnaires (I), et les vies de saints, et la Légende dorée de Jacques de Voragine. Voici les chroniqueurs Guillaume de Jumièges, Dudon de Saint-Quentin, Adémar de Chabannes, Orderic Vital, Guillaume de Malmesbury, Otton de Freisingen et les historiographes de l’abbaye de Saint- Denis : Suger, Rigord (continué par Gui llaume le Breton), Guillaume de Nangis (2). Voici les lapidaires et les bestiaires, les auteurs de mystères, les chantres de la vie des animaux qui préparent le Roman de Renar/. Voici les innombrables poètes, dont plus d’un, comme Jean de Hauteville, servira de modèle aux écrivains vulgaires. Voici les traductions d’ouvrages grecs et d’ouvrages arabes, ces dernières dues surtout aux Espagnols, et les productions si variées des monastères allemands (Reichenau, Saint-Gall, etc.). Voici enfin la curieuse et satirique poésie des goliards, la poésie du vagabondage.

LITTÉRATURE EN LANGUE VULGAIRE. — L’emploi du latin comme langue liturgique, officielle et savante, lui valut une situation privilégiée, qui le rendit inintelligible pour les masses et hâta indirectement l’évolution des langues vulgaires.

De ces langues, les unes, comme le basque, les idiomes celtiques, les idiomes germaniques, eurent une formation et une évolution indépendantes ; les autres, issues de la déformation du latin, constituèrent les langues romanes.

Si le basque n’a laissé, au Moyen âge, aucun monument littéraire, il n’en est pas de même des dialectes celtiques, qui ont produit des œuvres dont quelques-unes remontent au VII® siècle. Les Irlandais ont des martyrologes, des hymnes, des romans, comme le célèbre T ain-bo-Cualnge (/ Enlèvement desbœuts de Cua/nge). Les Gallois ont des épopées, et la légende arturienne, qui forme la matière des Mabinogion, a exercé sur les littératures romane et germanique une action considérable. Quant aux langues de la famille germanique, leur apport original fut, pour cette période, peu important, et ce sont les langues romanes, dont le développement leur assura une place prépondérante dans l’histoire littéraire de l’Occident, qui eurent une influence considérable.

Les langues romanes comprennent en France: la langue d’or/ (wallon, picard, lorrain, bourguignon, champenois, anglo-normand, poitevin, dialecte de 1 Ile-de-France) et la langue d’oc (languedocien.

limousin, provençal, auvergnat, gascon, béarnais, etc.) [3]; — les

(1) Les sermons, quand ils s’adressaient au peuple, étaient prononcés en langue vulgaire ; c’est en français qu’Urbain II prêcha la croisade, à Clermont, et l’on a retrouvé des sermons de saint Bernard, prononcés en français. Si les auteurs les mettaient en latin, c’est que le latin était la langue littéraire, donc la plus propre à les faire connaître du clergé ; d’ailleurs, les sermons en latin, tels qu ils nous sont parvenus, ne sont guère, semble-t-il, que le squelette et le canevas de ceux réellement prêchés,

(2) Les Grandes Chroniques de France nesontquele recueil, en traduction française, des chroniques écrites en latin, à l’abbaye de Saint- Denis, par Suger, Rigord, etc,

(3) Elles sont ainsi nommées du mot qui signifie oui: oit dans le Nord, oc dans le

Midi.

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Scènes de la vie ouvrière. — En haut, des émeutiers démolissent un monument , en bas, des ouvriers en construisent un autre, (Traduction de la Rhétorique de Cicéron, par Jean d’Antioche.) — Chantilly, musée Condé. Ms. 590, xiii® siècle.

dialectes de la péninsule Ibérique (castillan, portugais-galicien, catalan, andalou) ; — ceux de l’Italie (piémontais, milanais, vénitien, florentin 11], romain, napolitain, etc.); — les dialectes rhéto-romanches ; — le roumain.

Le Se rment de Strasbourg (842) marque déjà la différence entre les dialectes du Midi et ceux du Nord, qu’illustrèrent respectivement les troubadours et les trouvères. Le latin étant de moins en moins intelligible aux masses, le clergé, se conformant aux recommandations des conciles, prêcha en langue vulgaire, et, en même temps que des traductions des Livres saints, apparurent les premières oeuvres littéraires en langue d’oïl (Cantilène de sainte Eiilalie, Vie de saint Alexis). dues sans doute à des clercs.

LANGUE DOC. — Dans le midi de la France, la féodalité est moins puissante, la distinction des classes moins tranchée, l’existence plus facile, les moeurs moins rudes et la société plus polie. La vie large et fastueuse des cours d’Aquitaine et de Toulouse, l’influence croissante de la femme, 1 affinement du goût, la curiosité de 1 esprit, la recherche de l’ingénieux et du piquant marquent d’une forte empreinte les productions des troubadours. Ces gracieux poètes chantent un amour idéalisé, respectueux, courtois, qui prétend plaire à la femme par l’exercice des plus nobles qualités. Mais, à force de vouloir faire de l’esprit, ils sont plus compliqués que délicats et ils deviennent trop .souvent obscurs: c’est le cas de ce Marcabru, qui inventa le trohar élus, l’art de fermer sa pensée, de la rendre obscure et de déconcerter le lecteur ou l’auditeur. A côté des professionnels (Pierre d’Auvergne, Folquet de Marseille, Pierre Vidal), leur phalange fait dans la noblesse de glorieuses recrues : Guillaume IX, duc d’Aquitaine; Jaufre Rudel, seigneur de Blaye ; Bertrand de Born, seigneur de Hautefort, dont les satires (sirüentes) ont de la force ou même de la violence. Dans le genre épique, les troubadours ne firent guère que remanier ou adapter les épopées de langue d’oïl, mais ils furent originaux dans le roman d’aventures et dans la nouvelle : des œuvres comme Flamenca, écrite, en 1234, par un clerc languedocien, permettent de revendiquer pour la France l’invention d un genre qui fit la réputation de Boccace.

Après la guerre des Albigeois, dont Guillaume de Tudèle, du parti des croisés, nous a laissé une « chanson » en vers, la victoire du Nord contraignit à l’exil un grand nombre de troubadours, et la littérature provençale — tous les dialectes de langue d’oc sont couramment englobés sous ce nom — ne fit plus que s’étioler, mais non sans avoir exercé à l’étranger une action dont nous indiquerons toute l’importance.

LANGUE D’OIL. — Plus encore que la langue d’oc, la langue d’oïl se développe avec un éclat extraordinaire.

La France féodale, la France chevaleresque a su s’exprimer magni-

(1) Le florentin est devenu la langue commune de l ltalie, et le castillan la langue commune de 1 Espagne.

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Une scène du « Roman de la Rose ». — Le jardm de déduit. Ms. du comte Henri de Nassau. — British Muséum (XV“ siècle).

fiquement dans ces Chansons de geste dont on constate 1 existence dès le XI® siècle, et dont le premier chef-d’œuvre conservé, la Chanson de Roland, remonte aux premières années du XII® siècle. A ces épopées on attribuait naguère encore (I) une origine étrangère, « une inspiration germanique dans une forme romane ii ; c est dans les chants nationaux des Francs, recueillis, grossis, déformés au cours des siècles, que serait née la chanson de geste. Mais alors que les inventeurs de ces poèmes étaient notoirement ignorants, on ne peut pas, en y regardant de près, ne pas être frappé de la précision de certains faits historiques, de l’exactitude de certains détails locaux, et une autre explication a été proposée (2). D’innombrables pèlerins, d’innombrables marchands parcouraient les routes conduisant à un pèlerinage ou à une foire célèbre, et dans les abbayes qui jalonnaient ces routes comme autant de gîtes d étapes, les voyageurs entendaient célébrer les prouesses des héros ou les vertus des saints. Ees clercs, gardiens des sanctuaires, fournissaient aux trouvères les éléments sur lesquels ils composaient leurs poèmes, mêlant aux personnages réels des personnages imaginaires, attribuant aux héros de jadis les sentiments et les idées de leur temps. Nous ne sommes donc pas en présence d’une littérature collective et instinctive, mais de compositions savantes, et ainsi la Chanson de Roland, au heu d’être une juxtaposition composite de fragments cousus les uns aux autres dans la suite des temps, se présente comme l’œuvre homogène d’un seul poète, peut-être ce Turold qui se nomme au dernier vers du poème elqu un érudit (3) a identifié avec un clerc normand, censitaire du Mont- Saint-Michel ; sous le couvert de Roland et de l’entourage de Charlemagne, Turold aurait voulu chanter l’histoire des chevaliers francs engagés dans la croisade d’Espagne contre les Sarrasins et raconter les campagnes qui se terminèrent par la victoire franco-espagnole de Saragosse (1118).

Nous avons plus de quatre-vingts chansons de geste, d une étendue très variable, composées en strophes ou laisses d un nombre indéfini

Une scène de » MÉRAUGIS de PoRTLESCUEN », roman d’aventures de Raoul de Houdenc, mort vers 1227, représentant des chevaliers joutant. — Vienne. Bibliothèque impériale. Ms. 2399, XIlP siècle.

(1) Gaston Paris. Léon Gautier.

(2) Joseph Bédier, Les Légendes épiques.

(3) P. Boissonnade, Du nouveau sur ta « Chanson Je Roland ».

LE HAUT MO'l EN AGE

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Deux fables illustrées de Marie de I'RANCE : fables 63, ûe equo et ogro, H 64. De homine et equo cl hirco. — Bibliothèque de 1 Arsenal. Ms. 3142,

XIII® siècle.

de vers sur une même assonance. On les a classées en trois grandes gestes : geste du roi (à laquelle appartient la Chanson de Roland), geste de Garin de Monglane, geste de Doon de Mayence (I). Les longleurs les déclamaient en s’accompagnant de la vielle sur une mélodie fort simple, qui semble avoir tenu le milieu entre la musique vocale et la récitation rythmée, et ils ne se gênaient pas pour les modifier ou y ajouter de leur cru. Elles n ont pas de profondeur et leur simplicité est parfois quelque peu naïve, mais elles sont grandes par les sentiments qu’animent ces preux, voués à la défense de leur foi et de l’honneur du lignage.

Cette noble épopée qui, selon l’expression de Joseph Bédier, « n’a rien que de français », fut imitée ou traduite en Angleterre, chez les peuples Scandinaves, en Allemagne, en Italie. E’art s’en inspira et l’on trouve 1 effigie de Roland en plus d’une église, à Vérone par exemple.

Alors que les chansons de geste répondent au goût du public pour l’histoire dramatisée, les romans courtois (2) sont des divertissements de haut goût, savamment composés à 1 intention d’un public choisi. E’action, aussi merveilleuse et chimérique que le décor dans lequel elle se déroule, est empruntée à l’antiquité, à la légende celtique ou à 1 Orient. Qu’il s’agisse de Troie ou de Thèbes, d’Enée ou d’Alexandre, les romans antiques ne sont guère que l imitation, smon le traves'dssement des ouvrages anciens, et il n’y a d’originalité ni chez Benoît de Sainte-More ni chez Albéric de Briançon.

Les romans bretons, qui se rattachent à la lutte des Celtes contre les Anglo-Saxons, ont pour source commune l’histoire légendaire de l’évêque gallois Geoffroi de Monmouth, traduite au XI® siècle par Robert Waee, de Jersey. Ils ont pour centre le roi fabuleux du pays de Galles, Artur, dont la cour réunissait chaque année, autour d’une table ronde comme signe d’égalité, les douze compagnons du souverain. Lancelot ou Le Chevalier à la charrette, Perceüal le Gallois, Tristan et Iseult; Merlin, la Quête du Graal sont les principaux des romans de la fable ronde. Chrétien de Troyes, le maître de la littérature arturienne en Fiance, les groupa en un seul récit, et les « lais » de Marie de France, qui vécut en Angleterre à la cour de Henri II, aidèrent à leur propagation. La matière amoureuse y est traitée sans brutalité, et dans la Quête du Graal, c’est par la pureté autant que par la bravoure que le chevalier s’efforce de conquérir le vase sacré.

Au grand profit de l’observation, on pourrait même dire de la psychologie, le merveilleux est à peu près banni de certains romans d’aventures tels que : V Êracle, de Gautier d’Arras (Xll® siècle) ; Cléomadès, d’Adenet le Roi; Aucassin et Nicolette ; Flore et Blancheflore ; Guillaume de Dole; La Châtelaine de Vergi,où se remarque quelque originalité dans l’invention (xill® siècle).

En même temps que la poésie épique et romanesque, se développe la poésie lyrique, sous forme de chansons à danses, de romances, de jeux et surtout de chansons courtoises nées sous l’inffuence des troubadours, peut-être grâce à Eléonore d’Aquitaine. Ici, comme dans le Languedoc, les seigneurs ne dédaignent pas de faire concurrence aux professionnels (Chrétien de Troyes, Colin Muset d’Arras, Guiot de Dijon, Blondel de Nesle); c’est même parmi eux que sont les plus brillants chansonniers : Huon d Oisy, Conon de Béthune, Pierre Mauclerc, Thibaut de Champagne, Gace Brulé, Raoul de Couci.

Dans le Nord comme dans le Midi, la recherche excessive de l’esprit gâte trop souvent ces jeux aimables, mais le XIII® siècle compte un grand lyrique, Rutebeuf. Ce clerc manqué, jongleur et trouvère ambulant, nerveux, incisif, amer, a abordé à peu près tous les genres, à l’exception de l’épopée et du roman : débats, satire, chanson, drame même ; car il est, avec son Miracle de Théophile, l’un des représentants du théâtre au XIII® siècle.

Notre littérature dramatique, qui commence au XII® siècle avec les Mystères, a un caractère essentiellement religieux dans le Jeu Adam (en dialecte anglo-normand), dans le Jeu de saint Nicolas, et au siècle suivant dans le Miracle de Théophile. Quant au théâtre comique, il n’est réellement inauguré que par Adam de la Halle, dit le Bossu d’Arras (1240-1287), dans le Jeu de la Feuillée et dans le Jeu de Robin et de Marion, où les scènes sont entrecoupées de chansons.

L’allégorie joue un certain rôle dans toute la littérature du Moyen

(1) Geste du roi {Aspremonl, Enfances Ogier, Pèlerinage à Jérusalem. L’En trée en Espagne, Fierabras, Roland, etc.). La Chanson de Roland, la plus ancienne (fin du XI® siècle ou début du Xll®), a pour sujet le désastre de l'arrièregarde de 1 armée de Charlemagne au défilé de Roncevaux.

Geste de Garin de Monglane {Charroi de Nîmes. Aliscans, Le Moniage Guillaume, Aimeri de Narbonne, Garin de Monglane, Les Enfances Vivien, etc.).

Geste de Doon de Mayence {Quatre fils Aymon, Maugis d'Aigremonl, Girard de Roussillon, Les Loherains, etc.).

(2) Au Xlir siècle, le roman se transforme et. autant que les vers, emprunte la prose: Lancelot, le plus ancien (premier quart du ,\lll® siècle', Tristan, etc.

LA CIVILISATION OCCIDENTALE Aü MOYEN AGE — 255

Le Renard et le Coq. — M nari. — Bibliothèque Nationale

âge : elle fut mise à la mode, dans le Roman de la Rose, par Guillaume de Eorrisqui, entre 1225 et 1240, adonné, dans une forme élégante et souple, une sorte de traité de galanterie, un art d’aimer. Bien différente est la continuation du poème (1275-1280) par Jean Clopinel, dit Jean de Meung : par l’esprit satirique et mordant qui l’anime, cette seconde partie du Roman de la Rose appartient à la période suivante.

Ees fabliaux ne sont pas non plus exempts d intentions critiques, mais la satire y est plutôt tournée à la caricature, et les auteurs de ces contes veulent surtout amuser la classe moyenne en puisant leurs sujets dans les complications de la vie courante. On peut rattacher à ce genre littéraire les fables traduites ou imitées d’Esope {Isopets) et surtout le Roman de Renart, où pointe une satire plus malicieuse que méchante : le succès de rire en fut prodigieux non seulement en France, mais dans toute l’Europe occidentale, et le récit des aventures attribuées à ces animaux individualisés — Renart, Chantecler, Isengrin, etc., — donna lieu à un grand nombre de « branches ii entre 1174 et 1250 environ.

Moins considérable que la littérature d’imagination et de récréation, la littérature didactique est néanmoins abondante et présente un intérêt documentaire réel. Elle comprend des bestiaires, des lapidaires, des traductions des livres de la Bible, et ces encyclopédies {Image du monde. Livre de Spdrach ou Fontaine de toute science. Livre des secrets aux philosophes) auxquelles Brunetto Latini, le maître de Dante, ajouta son Trésor, écrit en français, parce que c’est, disait-il, « la plus débitable des parleures ».

E’histoire, elle aussi, fait son apparition dans la littérature vulgaire : chroniques en vers, tirées de modèles latins, comme le Brut et le Rou, de Robert Wace; chronique bretonne et chronique normande du troisième quart du XII® siècle, ou comme la Chronique des ducs de Normandie, de Benoît ; histoires contemporaines, soit en vers, telles que l'Histoire de la Guerre sainte (troisième Croisade), par Ambroise, et l’Histoire de Guillaume le Maréchal (mort en 1219), soit en prose, et il suffira de rappeler, parmi les dernières, les deux chefsd’œuvre que sont la Conquête de Constantinople, de Villehardouin, et le Livre des saintes paroles et bonnes actions de saint Louis, du sire de Joinville : nous avons là, sans conteste, deux écrivains, celui-ci d’une douce et touchante naïveté, celui-là doué du sens de la composition et d une vigoureuse puissance d’expression.

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