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MAITRISE EITTERAIRE DE LA FRANCE AU

MOYEN AGE. — En s’essayant dans les genres les plus divers, la langue française est devenue plus souple et plus polie ; elle a conquis les qualités de clarté et d’élégance qui, dès le XIII® siècle, en ont fait un idiome international. Le contact perpétuel des auteurs et de la bonne société, la part prise par les seigneurs eux-mêmes à cette œuvre nationale ont contribué aux progrès de la littérature.

iniature tirée du Roman de Re- Ms. français 1580, XIV® siècle.

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comme la littérature a contribué à l’affinement de la société : société noble et société bourgeoise, car la classe moyenne, à mesure qu elle se forme, prend, elle aussi, des goûts littéraires; ce sont des académies bourgeoises que ces pups, où l’on fait assaut de poésie, et ce sont des confréries bourgeoises qui fournissent les acteurs des mystères.

Aussi la France a-t-elle, au XIII® siècle, une maîtrise Incontestée en Occident. Les autres littératures romanes se sont développées plus lentement que chez elle et n’ont pas su prendre la même extension. Quand elle n’a pas créé, elle a du moins propagé les grands thèmes qui ont alimenté, à l’origine, non seulement les littératures de l’Italie et de r Espagne, mais aussi celles de l’Allemagne et de l’Angleterre.

Les liens de l’Italie avec l’antiquité étaient trop étroits et elle en était trop fière, la culture du latin y était conservée trop fidèlement pour que la langue vulgaire pût y prendre son essor aussi vite que chez nous; c’est le provençal et c’est le français qui y ont frayé le chemin à la littérature nationale.

Dès la fin du XIII® siècle (1), nos troubadours furent accueillis avec une chaleureuse sympathie dans les cours princières de 1 Italie septentrionale, dont on a dit qu elle fut pour eux comme une seconde patrie. Ils régnèrent d’abord seuls, puis on les imita, mais en provençal ; un de ces poètes transalpins, Sordello, a été immortalisé par Dante, qui, lui-même, avant d’avoir donné sa vitalité àl italien populaire, composa en langue d’oc plusieurs de ses canzoni.

Moins rapide et moins éclatante, l’action de la littérature de langue d’oïl a été certainement plus profonde et plus durable. « Que quelques Italiens, remarque Antoine Thomas, aient composé des poésies provençales, cela ne constitue qu un épisode de l’histoire de la littérature provençale. Au contraire, 1 importation des chansons de geste françaises en Italie, à commencer par la Chanson de Roland, connue au delà des Alpes dès la première moitié du XII® siècle, a été le point de départ d une véritable littérature qu on peut appeler franco-italienne; cette littérature éphémère a ses caractères particuliers, distincts de ceux de la littérature française proprement dite ; sa langue, qui est un français imprégné d italianismes et de plus en plus corrompu ; ses sujets de prédilection, empruntés à l’épopée carolingienne ».

C’est seulement dans le second tiers du XIII® siècle que fleurit en Sicile une poésie lyrique originale, qui se répand en Toscane, puis en Romagne. La bataille de Montaperti inspire Guittone d’Arezzo, qui fonde, à Bologne, l’école du « dolce stil nuovo » et écrit sa chanson Amor e cor gentile, où se reconnaît l’esprit de la philosophie thomiste. L’Italie a aussi ses jongleurs, ses guillori, jongleurs profanes et jongleurs de Dieu, et, parmi ces derniers, se distinguent les franciscains, à la suite de leur fondateur ; car saint François d’Assise passe pour l’auteur du Canto del sole (1224) et 1 initiateur de ces hymnes en langue vulgaire, les laudi, dont fra Jacopone de Todi fut l’un des plus célèbres auteurs.

La prose comporte quelques œuvres plus ou moins originales, comme V Introduzione aile virtù, de Bono Giamboni, qui est plus qu’une simple traduction, et surtout des recueils de contes dont le premier est le Novellino ; mais au seuil du « Trecento », du siècle de Dante, de Pétrarque et de Boccace, c’est de notre littérature que dérivent les œuvres didactiques, satiriques et allégoriques; c’est en français que sont rédigés le Trésor, de Brunetto Latini, et la relation de Marco Polo.

Bien que la souveraineté du latin ne soit pas aussi accentuée dans la péninsule Ibérique, là aussi la langue du peuple ne devient que lentement un idiome littéraire. En Portugal, la poésie est tributaire de nos troubadours jusqu au XIV® siècle. La Castille a, des la seconde moitié du XIII® siècle, un poème vraiment national, le Cid, dont la forme, smon la métrique, rappelle nos chansons de geste. A-t-il pour source principale les romances du pays que chantaient les juglares (jongleurs)? Le romance est-il né seulement au XV® siècle? On ne peut que signaler ici cette controverse. Les romances héroïques ont, dans leur simplicité, de la puissance et de la grandeur ; les compositions

Le troubadour Marcabru, mort vers 1147. — Bibliothèque Nationale.

Ms. français 12473, XIII® siècle.

Le troubadour Raimbaut de Va-

QUEIRAS. — Bibliothèque Nationale.

IVis. français 12473, XIII® siècle.

(I) On na aucun monument authentique de la littérature italienne antérieur au XIIR siècle.

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amoureuses ou pastorales, d époque plus récente, ne sont que des imitations de poésies provençales ou françaises. La langue castillane, épurée et fortifiée, remplaça le latin comme langue officielle sous le règne de Ferdinand 111 (1217-1252), et Alphonse X le Savant, fils de ce souverain (1252-1284), rédigea ou fit rédiger des chroniques et des recueils juridiques; son nom reste attaché à la Cronica general de Espana.

En Allemagne, les Nibelungen, combinaison de légendes Scandinaves et de légendes germaniques, sont, ainsi que le poème de Gudrun, qui s’en inspire, des œuvres proprement allemandes, où se reflète le temps des invasions (1). Quant aux poèmes chevaleresques, ils sont presque sans exception traduits du français : après Conrad, chapelain du duc de Bavière Henri le Lion, et le curé Lamprecht, viennent, animés d’un souffle moins rude, Heinrich von Veldeke, qui vécut à la cour de Clèves, Hartmann d’Aue, Gotfrit de Strasbourg, Herbert de Fritzlar, Conrad Fleck, Heinrich von dem Turlin, Wolfram d’Eschenbach. Le style seul est personnel à ces écrivains : pour le fond, ils se contentent, et ils ne s’en cachent pas, d’imiter l’auteur qu’ils ont choisi. Le lyrisme des Minnesinger (chantres de l’amour), dont le principal représentant est Walther von der V’ogelweide (1170-1228), est, de son côté, tout imprégné de la littérature des troubadours. C’est seulement dans la dernière période du Moyen âge que 1 Allemagne aura une littérature originale, lorsque prédominera l’influence bourgeoise et que déclinera l’épopée, malgré l’éclosion de nombreux poèmes consacrés à la gloire de Théodoric.

La littérature anglo-saxonne commence, à la fin du VU*'’ siècle, avec l’épopée de Heoiculf, écrite par un certain Cædmon, attaché comme serviteur au monastère de Whitby (Yorskshire), sous l’abbesse Hild, et qui, par sa Paraphrase de la Bible, provoqua tout un mouvement poétique.

Alfred le Grand (849-901) est généralement considéré comme le fondateur de la prose anglaise, mais il eut un précurseur dans la personne de Bède le Vénérable, du monastère de Jarrow. 11 traduisit Boece, collabora peut-être à la Chronique anglo-saxonne, fonda des écoles et ne dédaigna pas d’enseigner personnellement. L’invasion normande interrompit le développement de l’anglais, dont Aelfric donna le glossaire sous le nom de «colloque ». Alors la langue vulgaire ne fui plus guère employée que pour la composition de poésies religieuses et morales, ou pour des traductions, comme celles du Poinan de Brui, par Layamon. La littérature anglaise devint, tant pour la forme que pour le fond, de plus en plus française, et

i 1 I Les lexlrf. que non* avonr doF poèmes épiques de 1 Allemagne datent de la fin du X|S 5’ècle ou du mimencemenl du .Xll'

Chaucer lui-même n’échappera que sur le tard aux influences extérieures.

L’ancienne poésie Scandinave est une des plus riches de 1 Europe pendant le haut Moyen âge (I). C’est au XII' siècle, lorsque Ion connut le parchemin, que furent recueillis d une façon durable les mythes de l’époque des Vikings; Grégoire de Tours, Paul Diacre, Lginhard avaient déjà connu ces récits où 1 histoire se mêlait à la légende; leurs chroniques latines nous en ont conservé des traductions partielles, mais qui semblent exactes, et, en 1200, Saxo Grammaticus composa ses Gesta Danorum, que l’érudition moderne considère comme une interprétation exacte des antiques Sagas. Ces poèmes, écrits en langue Norrœne (lingua dacisca), étaient chantés à la cour des Vikings; ils contiennent des récits d’aventures dus aux marchands et voyageurs Scandinaves répandus dans toute 1 Europe, d anciennes légendes nordiques, enfin des incantations ayant pour but d invoquer les puissances de la nature.

D’autres Sagas furent conservées en Islande, colonie norvégienne : c est la poésie des Scaldes. Malgré l’établissement du christianisme, les habitants n’en restèrent pas moins fidèles à leurs traditions mythologiques et, dans la première moitié du X!II° siècle. Are Frode, puis Snorri Sturluson recueillirent les Sagas de l’époque des anciens rois norvégiens. Mais, d’un style compliqué, obscures, encombrées d’allusions à des mythes déjà oubliés, elles étaient devenues inintelligibles. C est pourquoi Snorri composa, en 1222, l’œuvre célèbre intitulée 1 Edda, destinée à éclaircir toutes ces difficultés; le grand nombre de citations que 1 on y rencontre donnent à VEdda une valeur incomparable pour la connaissance de la mythologie et de la poésie Scandinaves. Sur ce modèle furent rédigés, depuis 1270, les poèmes Eddiques, remaniements en prose de chants remontant à l’époque des Vikings (2). Ces Sagas islandaises, dont la plus connue est la Voluspa (création et fin du monde), se répartissent en : mythologiques, morales, généalogiques. Les premières racontent les légendes des dieux ; les secondes sont réunies sous la dénomination Elaüamal ; les dernières contiennent l’histoire des héros et des familles illustres de 1 époque des Vikings. Une de ces Sagas, reproduite par Saxo Grammaticus, est consacrée à la légende d’Hamlet que Shakespeare reprendra en la transformant.

De même que l’Islande était une colonie norvégienne, la Finlande fut une colonie suédoise. Là se développa 1 épopée finnoise, le Kaleüala (3). Il est intéressant de noter que, sous l’influence de l’immigration Scandinave, plusieurs chansons populaires russes ont pour origine les plus vieux poèmes suédois en prose rythmée.

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