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VI. L’ART

Dans le domaine de l’art comme dans le domaine littéraire, la France occupe en Europe le premier rang, et c’est un Français, Villard de Honnecourt, qui a formulé, au XIII*^ siècle, les principes de l’art ogival.

ARCHITECTURE. — Si, pendant l’époque carolingienne, la basilique est restée le type de 1 édifice chrétien d’Üccident, l’idée du voûtement, empruntée à la coupole orientale et s’adaptant à la basilique, a préparé l’avènement de la formule romane. En même temps, les incendies d’églises, qui, à la fin du X'^ siècle, se multiplient principalement du fait des dernières invasions, invitent les architectes à les renouveler, comme dit Raoul Glaber, « en quelque chose de mieux ». Ce mieux, c’est la couverture de pierre, c’est la voûte, à la place de la charpente en bois. Or, la voûte, exerçant une double poussée verticale et oblique, tend à écarter les murs qui la soutiennent : d’où la nécessité de rétrécir l’église, de rapprocher l’un de l’autre les murs de la nef, et le monument devient d’autant plus sombre que l’on craint de diminuer la solidité des murs en y creusant de larges ouvertures. L architecture romane couvre ainsi l’Europe de monuments vigoureux et solides, trapus sans doute et un peu obscurs, mais auxquels la décoration extérieure et intérieure, parfois d’une grande richesse, les fresques qui souvent ornent et égaient les murailles (à Saint-Savin, par exemple) donnent la vie et l’animation. Les princi-

(1) Elle fut d abord seulement orale; pourtant l’écriture runique sur pierre semble remonter à une haute antiquité (inscriptions d Eygjum en Norvège el de Rok en Ostrogothle, où 1 on découvre les traces d'une poésie obscure Inspirée par la magiel.

(2) Par exemple, la Sl^ioldungsaga. d’un tragique puissant; la Herüanarsaga, Inspirée par les luttes des Goths contre les Huns; la Saga des Volsungar, d’importation franque et burgonde. el de laquelle dérivent les Niebclungen ; la Formaldarsaga, où 1 Influence byzantine est incontestable.

(3) Connu surtout depuis 1838. grâce aux travaux d Elias Lonnroth, qui en recueillit des fragments authentiipies. Identifiés aujourd hui avec certitude. Il n’eut qu’un tort, celui de les grouper d’après un système qui lui est [lersonnel.

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Guillaume IX, comte de Poitiers, duc d’Aquitaine, troubadour (1071-1127). — Bibliothèque Nationale. Ms. français 854, XIlP siècle.

paux ordres religieux de l’époque ont contribué à l’expansion de cette architecture :

Cluny avec sa recherche du beau et du fastueux, Cîteaux avec son austérité sobre et sévère ; et si l’on ne parle plus d’école proprement clunisienne, il n’en est pas moins vrai que les religieux de nos grands monastères ont porté, là où ils se sont établis, le style monumental de leur pays d’origine. D’autre part, l’influence que Joseph Bédier a reconnue aux pèlerinages dans la formation des chansons de geste, Emile Mâle l’a retrouvée dans la diffusion de certains types architecturaux; l’église du Mont-Saint- Michel est imitée de celle du Mont-Gargano ; les maîtres maçons de Côme, grands voyageurs, ont porté au es conceptions italiennes, grâce à

Norman-

dehors la formule lombarde, et

1 influence personnelle d’un Lanfranc, ont été adoptées en die, puis en Angleterre.

Alors que la voûte est caractéristique de 1 art roman, 1 école normande continue à couvrir la nef en charpente tant que la croisée d’ogives n’est pas inventée et elle n’emploie la voûte d arêtes que pour les bas côtés. L’école de F Ile-de-France ne hasarde la voûte qu au bas du clocher, central ou latéral.

Pour résoudre les problèmes qui se posent à eux, les maîtres maçons doivent recourir, en effet, à des solutions diverses, et 1 on a distingué des écoles sur le nombre et l’étendue territoriale desquelles les archéologues ne sont point d’accord.

C’est en France que la verve des architectes se donne le plus librement carrière. « Secouant la servitude des formes consacrées, écrit justement Camille Enlart, ils bâtirent avec une logique et une franchise maladroites au début et frustes, mais qui ont le grand charme de la sincérité, et avec une indépendance féconde en résultats merveilleux. Ils ont bâti avec les matériaux de leur pays, pour le climat de leur pays, pour les besoins et les goûts de leurs contemporains, et c’est dans l’expression nettement exprimée de leur programme et de leurs moyens qu’ils cherchèrent et trouvèrent leurs effets. » Aussi notre pays voit-il se multiplier les écoles : outre les écoles normande et de l' Ile-de-France ou du Nord, il y a une école auvergnate, où la nef est voûtée en berceau, où les collatéraux ont des voûtes d’arêtes ou en quart de cercle, où le centre du transept est surmonté d’une coupole octogone sur trompes qui soutient une tour également octogone ; — une école poitevine, qui déborde en Bretagne, en Berry, en Languedoc, en Gascogne : elle a aussi une coupole avec tour basse au centre du transept et elle couvre la nef d une voûte en plein cintre ou brisée et les collatéraux, presque aussi hauts que la nef, de voûtes d’arêtes ; — une école bourguignonne, qui donne plus de lumière et

d’élévation à sa nef, couverte d’une voûte en berceau brisé ou d’une voûte d’arêtes, tandis que les collatéraux, assez bas, sont à voûtes d’arêtes ; — une école provençale, rayonnant en Dauphiné et en Languedoc, où la nef centrale est couverte d’une voûte en berceau brisé sur épais doubleaux à ressauts et les collatéraux sont surmontés, soit d’une voûte analogue, soit d’une voûte en demi-berceau, où la coupole, octogone sur trompes, forme quelquefois lanterne; — une école périgourdine et angoumoisine, qui applique à la couverture des nefs des voûtes en coupole, ordinairement sur pendentifs (I).

Une pareille variété ne se rencontre ni en Allemagne ni en Italie. L’unique école allemande, l’école rhénane (2), est une des plus fécondes de la période romane : il est aujourd’hui démontré (Robert de Lasteyrie, Emile Mâle) que ses caractères les plus originaux sont tout simplement des archaïsmes carolingiens, et c’est à tort qu’on a regardé les Rhénans comme les initiateurs de formes et de décorations que l’école lombarde a connues avant eux. La prétendue école rhénane n’est qu’une filiale de l’Italie du Nord. L’école lombarde (3) a beaucoup emprunté à l’art oriental, étant en relations suivies avec Byzance. Quant à l’Espagne, si certains de ses archéologues, Lamperez y Romea entre autres, en ont fait l’éducatrice de la France pour quelques-unes de ses constructions, on a fait valoir chez nous (Brutails) de solides arguments en sens contraire. Ce qui, du moins, semble certain, c’est que la réaction romane est venue du Midi pour remonter vers le Nord.

Plus encore que l’architecture romane, la gothique est redevable de son éclat aux maîtres maçons français ; elle est, par excellence, l’opus francigenum. Le nouveau système est caractérisé par l’emploi de la croisée d’ogives : pour soutenir la voûte, on jette d’un doubleau à l’autre deux arcs en diagonale qui se croisent à la clef, deux arcs de renfort {arcus augivus, de augere ; en français, ogive). La voûte d’ogives est ainsi un perfectionnement de la voûte d’arêtes (4) : pour réagir contre la pression qu elle développe au point de sa retombée, on applique aux points de la poussée une moitié d’arc qui en reçoit l’effort et le transmet à une culée, laquelle sert de contrefort aux bas côtés. La voûte d’ogives, en allégeant les murs, permet de les percer de larges ouvertures, et des baies circulaires, à armature de pierre, forment des (( roses ». Jusqu’au milieu du XI lE siècle, des tribunes (triforium) s élèvent au-dessus des bas côtés. Les arcs des voûtes retombent sur des faisceaux de colonnettes qui, tantôt descendent jusqu’au sol, tantôt reposent sur un gros pilier rond ou sur un groupe de colonnes en faisceau. L’arc brisé (ou en tiers-point) tend à se substituer partout au plein cintre ; la décoration s affine ; les clochers se multiplient, s ornent, se percent aux étages supérieurs ; les flèches s’élèvent plus légères.

Les premiers essais d’architecture gothique que 1 on puisse dater approximativement se rencontrent dans F Ile-de-France vers 1 120 ; les premiers édifices qui ont franchement ce caractère sont de 1 140. Née dans le domaine royal, cette architecture y atteint son plein épanouissement : c’est l’abbatiale de Saint-Denis, consacrée en 1144 et construite sous l’inspiration de Suger, qui entraîne

Germigny-LES-PrÉS (Loiret). — Église malheureusement très remaniée, mais datant du IX“ siècle.

(1) Nous citerons, parmi les monuments français de style roman, les cathédrales d Angoulême, d'Arles, de Nîmes, de Carcassonne, de Clermont-Ferrand, de Die, de Digne, du Puy, d Autun, de Langres, de Saint-Front de Périgueux, de Saint-Paul-Trois-Châteaux, de Poitiers, de Saint-Papoul, de Saint-Ponsde-Thomières, de Vence; les églises monastiques de Cluny, de Déols, de Vézelay, de Fontevrault, de Saint-Pierre-le-Puellier, de Mozat, de Baume-les-Messieurs. de Tournas, de la Trinité et de Saint-Étienne de Caen, de Saint- Benoît -sur - Loire, de Saint- Julien de Brioude, et de simples chapelles, comme jouaignes dans l'Aisne, Gannat dans 1 Allier, Bourg-Saint-Andéol dans l’Ardèche.

(2) Cathédrales de Constance, de Trêves, de Spire, de Mayence, de Worms.de Würzbourg, de Paderborn, de Bamberg ; églises monastiques d’Ellwangen. de Laach, de Lorsch, d Hirsau, de Paulinzella.

(3) Saint-Marc de Venise, cathédrales de Murano, de Pise, de Parme, de Modène, de Messine, de Saint-Ambroise de Milan. Saint- Zénon de Vérone, Saint-Michel de Pavie, Saint-Vital de Ravenne, Saint-Sauveur de Brescia, Saint Esprit de Palerme, San .Miniato de Florence.

(4) Les ogives sont les nervures transversales des voûtes : la croisée d'ogives est la réunion de ces deux diagonales, et la dénomination d arcs brisés ou en tiers-point doit être réservée aux arcs en pointe qu on qualifie improprement d ogîües.

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à sa suite les constructeurs (I). Bientôt se Forment des écoles régionales (Ile-de- France, Normandie, Champagne, Bourg-igne. Languedoc, Sud-Ouest), qui adaptent avec souplesse les principes aux goûts et aux besoins des pays et, de la France, le style gothique rayonne dans tout le monde chrétien. Ces beaux monuments(2), amples, hauts, élancés, sont largement éclairés de grandes baies par où le soleil se joue dans la splendeur multicolore des vitraux qu’une sculpture pleine d’imagination remplit de mouvement et de vie.

Au gothique primitif, comme Saint- Denis et Notre-Dame, qui tiennent encore du roman, succède, à 1 extrême fin du XII® siècle, le gothique lancéolé, qui remplit le XIII'' siècle de monuments dont le plan, de plus en plus étudié, est exécuté avec soin, et dont les voûtes, s élançant de plus en plus haut (Paris a 32 mètres sous voûte, Rouen 37, Beauvais 46) invitent la prière à prendre son

MoRIENVAL (Oise).-

(1) Cathédrales de Noyon, de Paris, de Chartres (seconde moitié du Xll° siècle) ; cathédrales d'Amiens, de Beauvais, de Tours, de Bourges (xiin' siècle) ; Sainte-Chapelle de Pans, bâtie de 1240 à 1248 par saint Louis pour y déposer les reliques de la Passion ; églises monastiques ou paroissiales : Samt-Sulpice de Favières,

Chaalis, Étampes , Ourscamp, Luzarches,

Mantes, etc.

(2) Cathédrales de Lisieux, de Coutances, abbayes de Bonport, de Fécamp, de Saint-Wan-

drille (école normande) ; — de Langres, de Sens, de Chalon-sur Saône, d’Auxerre, de Nevers (école bourguignonne) ; — de Soissons, de Reims, de Châlons-sur- Marne, de Froyes. de Metz, de Toul (école champenoise) ; — cathédrales de Rodez, de Clermont, de Bayonne, de Lyon, de Limoges (Midi) ; — abbatiales de Saint-Bavon de Gand, de Florefïe, de VilJers, cathédrale d'Utrecht, aux Pays-Bas; — cathédrales de Bamberg, d’FIalberstadt, de Cologne, en Allemagne : — d Upsal et de Roeskilde, en Scandinavie ; — de Durham, de Cantorbery, de Lincoln, de Salisbury, d York, et abbayes de Roche, de Winchester, en Angleterre; Saint-François-d Assise , Saint-François de Bologne, abbayes de Fossanova, de San Martino près Viterbe, cathédrales de Sienne et de Milan, en Italie; abbatiales de Poblet, de Camprodon; cathédrales de Tolède, de Burgos, de Leon, en Espagne ; — de Samt-Jean-d Acre et de Nicosie, dans l’Orient latin-

essor. Avec saint Louis, c est le gothique rayonnant, aux oeuvres de plus en plus légères, qui forme l’apogée d un style magnifique entre tous.

Tous les autres arts sont dans la dépendance étroite de l’architecture. Ils sont décoratifs ; ils ont un caractère d utilité pratique. C’est l’architecture qui fait renaître la sculpture pour donner quelque animation et quelque vie aux sombres masses des constructions romanes ; c est elle qui applique la fresque à égayer la nudité de ces amples murailles ; c est elle qui, lorsque les baies s’agrandissent, tamise la lumière à traversées admirables verrières dont les reflets somptueux transfigurent les pierres et l’air lui-même. Et les arts mineurs « se soumettent tous à la loi de Fart roi. Le reliquaire, l’armoire et la huche, la grille qui clôt une chapelle, la penture en fer forgé et estampé qui consolide le vantail de la porte, la crosse de l’évêque, même les petits objets comme la custode et la pyxide, tous ont la monumentalité par la décision des plans, la largeur du dessin, les motifs courants du décor » (1).

SCULPTURE. — Ea sculpture, qui est tombée en décadence à l’époque franque, reparaît au XI® siècle, et tout d’abord dans l’art religieux. Ees premières œuvres sont d une indigence, d’une na’îveté, d’une maladresse incroyables, mais le goût des sculpteurs se forme en même temps qu’ils se font une technique et leur main s’assouplit. La sculpture des écoles rivalise de province à province, de pays à pays, soit qu’elle se cantonne presque exclusivement, comme en Normandie, dans le décor géométrique, soit qu elle s’attaque, comme ailleurs, à la figure absente du gros œuvre des constructions.

L’imagination de l’artiste se donne libre cours dans l’ornementation. Si des personnages austères se scandalisent de cet envahissement du

Église dont le clocher date du IX® siècle. Cl. Archives piiot.

(I) René Schneider, L Arf /rançais (Moyen âge).

MAVtscr.

La cathédrale, ! un des types du roman rhénan.

Cathédrale ronune de Lucques. — cl. alinari.

SAINT-ÉTIENNE DE CAEN (L’abbaye aux hommes).

Le chœur et le chevet sont gothiques (fin du XI siècle); la nef, les façades et les tours (sauf les flèches) sont romanes. . .N.aKUE..s

CantORBÊRY. — Intérieur de la cathédrale, qui est l un des types du gothique anglais. Cl. F. F.

lieu saint, si la grande voix d’un saint Bernard proteste contre ce luxe décoratif, les plaintes se perdent dans le courant qui entraîne le monde chrétien. C’est que la sculpture se met au service de l’Eglise, c’est que la décoration de pierre devient un livre qui parle à 1 ignorant comme au savant; 1 histoire du monde s’y déroule des origines jusqu’au jugement dernier, telle que la développe la pensée religieuse ; la vie s y étale en petits tableaux plus ou moins achevés; toute la science de l’époque y trouve son expression plus ou moins adéquate. La Bible et ses apocryphes, les légendes des saints, la nature et l’homme, le réel et le fantastique, les allégories et les symboles, la vie active et la vie contemplative, la lutte entre la chair et l’esprit, le combat des vertus et des vices, et, d’autre part, les grands faits ou les grands personnages de l’histoire nationale offrent d’innombrables sujets à la verve comme à la sagacité des « imagiers ».

L’art plastique était condamné par le Décalogue et banni par les Pères de l’Eglise, qui ne voyaient dans la statuaire gréco-latine que la représentation des fausses divinités ; mais, en Occident, où les fidèles avaient, de tout temps, vu des représentations figurées, une conception nouvelle triompha, et il se produisit une transformation iconographique, une absorption des éléments profanes par la pensée chrétienne qui créèrent un art essentiellement éducatif et moralisateur.

Certains imagiers sont des artistes complets. Tel ce moine de La Chaise-Dieu, Guinamant, — in architectura et sculpiura peritissimus, — que sa renommée fit appeler en 1077 pour l’exécution de travaux importants; tel le moine de Cluny, Unald ; et des documents comme l’album del’architecte Villard de Honnecourt nous sont témoins de la culture et de la curiosité d’artistes même de second ordre. Toutefois, ce sont le plus souvent les clercs qui fournissent aux tailleurs d’images les programmes à la réalisation desquels ceux-ci mettent tout leur talent et tout leur cœur. Les moyens, les tendances se diversifient avec les écoles, mais toutes les œuvres ont pour caractère commun d’être vivantes et parlantes.

Les progrès de la sculpture bénéficient de l’évolution qui détermine le passage du roman au gothique : Saint-Denis, Etampes, Bourges, Chartres, Pans, Reims, Amiens, la Sainte-Chapelle de Paris en portent le témoignage, et le reste du monde chrétien devient plus ou moins tributaire de cet admirable épanouissement de la sculpture française.

En Italie, la renaissance de l’art antique commence avec Nicolas de Pise, qui se rattache à la période suivante.

PEINTURE. ARTS MINEURS. — La peinture n’a

pas, comme la sculpture, subi un temps d’arrêt pendant la période

franque. Les fresques de Santa Maria antiqua, à Rome, datent du milieu du VIlP siècle, et la mosaïque, sous l’influence de Ravenne, règne du IX® au XII® siècle, en France, en Italie, en Allemagne; c’est la technique byzantine qui forme les artistes de l’Occident ; mais ceux-ci font, néanmoins, preuve de qualités d’observation et de simplification, et ils approprient leur ouvrage aux monuments qu’ils décorent, ils le font servir à souligner les effets de l’architecture. En Italie, c’est le Mont-Cassin et l’école bénédictine qui éduquent les peintres dont l’art orne non seulement l’Italie méridionale, mais aussi Rome (le Latran, Saint-Clément) et l’Italie centrale et septentrionale. Les vestiges de l’art pictural roman ont été conservés en Suisse et aussi en Espagne, où se remarque toutefois, dans quelques régions, une certaine originalité.

Une autre branche de l’art décoratif, la peinture sur verre, est d’origine française. Les plus anciens vitraux dont on ait pu fixer la date, ceux de Saint-Denis, ont été exécutés vers 1 140, et ils sont si parfaits qu’ils supposent une technique déjà expérimentée. Au commencement du XIII® siècle, ce n’est plus Saint-Denis, mais Chartres qui est le grand pourvoyeur de vitraux de France (Bourges, Tours, Sens, Rouen) et de l’Angleterre (Cantorbéry, Lincoln). Vers le milieu du XIII® siècle, Paris devient le centre de l’activité verrière (Sainte-Chapelle, Notre-Dame, Soissons, Clermont-Ferrand, Tours, Le Mans, Angers, Amiens, Beauvais), et l’Allemagne, dont les plus anciens vitraux sont de la fin de ce même siècle, est dans la dépendance de l’art français.

Non moins que la sculpture, la peinture sur verre se propose d enseigner et d’édifier : la Bible, les mystères chrétiens, la vie des saints, et aussi les légendes nationales, les faits de la vie quotidienne, fournissent aux maîtres verriers d’inépuisables sujets.

Si les miniaturistes carolingiens avaient subi la double influence byzantine et anglo-saxonne, leur activité avait, du moins, été féconde. Interrompue par les invasions et les guerres, elle reprit, en Allemagne, à l’instigation des Ottons, et l’abbaye bénédictine de Reichenau, sur le lac de Constance, fut un des ateliers les plus artistiques de cette renaissance. L’art de la miniature, qui s inspire souvent des motifs mis en œuvre par les imagiers et les peintres sur verre, est d’abord ornemental et l’initiale à rinceaux en est l’une des caractéristiques ; puis, au milieu du X' siècle, la figure réapparaît, par exemple dans 1 Evangéliaire de

Lincoln. — La cathédrale, l'un des types du gothique anglais primitif. Cl. F, F.

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C-f'-ron et le Psautier d’Egbert. L’atelier de Trêves- Echternach, d’où sort le Registrum Gregorii, un pur chef-d’œuvre exécuté pour la cathédrale, est un atelier de grand luxe, qui garde la tradition de la lettre d’or, qui fournit les manuscrits offerts aux souverains ou donnés par eux aux églises et où sont, entre autres figures, les portraits des grands personnages pour lesquels ils ont été exécutés.

Tandis que les écoles germaniques sont archaïsantes, 1 art anglosaxon cherche dans la simplicité des moyens l’expression vivante de sa pensée, et les artistes ont un esprit d invention et d’originalité, une légèreté de style ( Bénédictional d’Ethelwood, Missel de Robert de Jum.ièges), qui persisteront jusqu’à la conquête normande. En France, nous avons une remarquable diversité d’écoles dans le Nord, où les abbayes de Saint-Bertin et de Saint-Omer semblent les principaux centres de production (Évangile d’Amiens, Pontifical de Cologne). L’école méridionale, qui s’étend jusqu’en Espagne, s’est attachée surtout à illustrer l’/lpocû/ypse (ApocaI\)pse de Saint-Sever).

Au XII'' siècle, à côté de Saint-Bertin, les monastères de Saint- V^aast d’Arras, d’Anchm, de Saint-Amand déploient une certaine activité. En Bourgogne, les cisterciens, tout en protestant contre le luxe de la peinture religieuse, ne négligent pas l’illustration de leurs manuscrits, dont, toutefois, le colons est très sévère; la sobriété qu’ils y apportent ne les empêche pas de produire des œuvres de talent. Au XIII® siècle, Pans, centre intellectuel et universitaire de l’Europe, fournit à son tour aux enlumineurs et aux copistes un travail incessant, et, fait à signaler, la miniature ne sera plus le monopole des moines : les enlumineurs, comme les copistes, forment à Pans une corporation laïque qui a ses statuts particuliers.

Comme la mosaïque, comme la miniature, 1 art de l’ivoirerie subit, tout d’abord, l’influence byzantine. Il s’en dégage ensuite et ses progrès suivent ceux de la sculpture, du vitrail, de 1 enluminure, auxquels il emprunte ses sujets. C’est donc par leur habile et sévère technique, non par l’originalité créatrice, que s’illustrent les ivoiriers. A partir du XIII® siècle, la France possède incontestablement les ateliers les plus productifs; elle est la grande pourvoyeuse de l’Europe, et c’est à tort qu’on a prétendu, au siècle suivant, la rendre tributaire de rital le. Boîtes à miroir, manches de couteaux, tablettes, coffrets, gobelets, statuettes, tabernacles, diptyques, crosses, nos artistes excellent dans tous les genres, étant observé que leurs plus belles œuvres sont celles dont la religion leur a fourni le sujet ; par exemple la tête du Christ de Herlufsholm, VAnnonciaiion et la Descente de croix du musée du Louvre, le diptyque de Soissons.

L’orfèvrerie prend son essor au XI® siècle, peut-être sous l’inspiration de l’archevêque de Trêves, Egbert ; au XIII® siècle, et même dès le XII®, la France tient la première place avec ses émaux limousins : autels portatifs, crucifix, calices, reliquaires et châsses, devants d’autels.

t.L’i . L.a î alhïdrale, I un des types du roman normand d’Angleterre (1 106-1 189).

décorations funéraires, plaques de rel lures, objets à usage liturgique ou à usage profane, se multiplient d’autant plus que ces objets sont, pour qui les possède, une richesse et une ressource en cas de besoin.

LA MUSI¬ QUE. — La musique jouait dans la liturgie un rôle important à l’époque carolingienne.

L’orgue à soufflet, importé de Byzance, soutient le chant grégorien .

Les monastères deviennent autant d’écoles musicales, et, à Tabbaye de J umièges, on commence à prolonger l’alléluia par des proses ou séquences. On doit à un moine victorien, Adam, les plus belles séquences du XII® siècle. Hucbald, moine de Saint-Amand (mort en 930) se fait le théoricien de la polyphonie, de la nouvelle méthode de chant sur le développement de laquelle la séquence a eu tant d action, et on lui attribue le premier emploi des lignes pour inscrire les notes, des lettres latines pour les désigner. Gui d’Arezzo (1), s’il n a inventé ni la portée ni la gamme, a du moins simplifié la musique et facilité l’enseignement de cet art en donnant à chaque note un nom, en établissant la solmisation (2), en précisant que les notes placées sur la même ligne doivent avoir la même signification, en permettant de substituer à la tradition orale la tradition écrite. Le déchant, venu d’Italie en France, où ses lois furent enseignées, est passé de là en Allemagne. Grand amateur de musique sacrée, le roi Robert compose la prose de la Pentecôte: Vent, Sancte Spiritus ; saint Thomas d’Aquin, le Range lingua et le Lauda, Sion; Thomas de Celano, le Dies irez.

La musique fait partie des fêtes religieuses et de la représentation des mystères, et aussi de toutes les réjouissances publiques. Le Moyen âge a, en effet, connu la musique profane à côté de la musique d église ; ménestrels, troubadours, trouvères accompagnent leurs chants sur la vielle ou sur la rote, et souvent l’accompagnement est de leur invention : ils organisent entre eux des concours ou puÿs. Au château, la musique charme les repas, et les dames savent toucher des instruments au son desquels se font les danses : caroles et baleries ; ell es donnent même de véritables concerts. Le peuple aime aussi la musique, égaie sa vie par des chansons et cadence musicalement ses sauteries.

Le Jeu de Robin et de Marion, d’Adam de la Halle, est notre premier opéra-comique.

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