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L’ÉGLISE ET SES RAPPORTS AVEC L’ÉTAT

Au XIV*" siècle, il se produit un réveil de l’esprit gallican. Les libertés de l’Église gallicane, que l’on réclame de tous côtés, doivent s’entendre d’un retour à la liberté des élections canoniques et de l’abolition des taxes prélevées par Rome. Le grand schisme, en obligeant la chrétienté à entretenir deux curies à la fois, a exagéré la fiscalité pontificale et suscité cette énergique opposition. Le gallicanisme ainsi compris se doubla d’une théorie générale touchant la constitution même de l’Église. Les maux du schisme avaient suggéré l’idée que, dans l’Église, le pouvoir suprême devait appartenir non au pape, mais au concile. De plus, la guerre de Cent ans compliquait la situation à l’heure où le sol français se partageait entre deux rois. La suspension d’Eugène IV par le concile de Bâle mit le comble au désarroi.

Alors, pour couvrir sa responsabilité, Charles VII convoqua la grande assemblée du clergé de France à Bourges, en 1 438. Les prélats, tout en s’élevant contre les abus, demandèrent au roi de se poser en médiateur entre le concile et le pape. Ils sollicitèrent la ratification des décrets de réforme pris par le concile au moyen d’un acte de l’autorité civile appelé Pragmatique Sanction, et dont l’exécution serait obligatoire pour toutes les cours souveraines du royaume.

La Pragmatique de Charles VII était une innovation. Aucun précédent ne pouvait être valablement invoqué. Une Église de France se constituait, en face de Rome, sous l’égide du pouvoir royal. La papauté ne songea qu’à briser la Pragmatique, acte unilatéral, pour y substituer un acte bilatéral, autrement dit un concor-

jnSTOIRE GÉNÉRALE.

Le siège de Calais par Édouard 111, roi d’Angleterre (1346-1347). — On voit, au second plan, devant la tente royale, un gros canon protégé par une palissade ; c’est, en effet, lors de ce siège mémorable que l’artillerie lourde fit son apparition. — Manuscrit des Grandes Chroniques de France, Bibliothèque de Saint-Pétersbourg.

dat. Au reste, Louis XI, de lui-même, abolit la Pragmatique. Il la trouvait dangereuse à cause de l’accroissement de puissance qu’elle conférait aux grands seigneurs féodaux, devenus les maîtres des bénéfices ecclésiastiques. Par le concordat d’Amboise (1472), roi et pape s’entendirent pour la première fois dans un pacte formel destiné à régler les rapports du temporel et du spirituel. Mais ce n’est encore qu’une ébauche. Ce sera seulement sous François F'" et Léon X, en 1516, qu’un acte durable réglera, entre la couronne et la tiare, les conditions d’un partage équilibré.

LA NOBLESSE. — Les premiers Valois avaient montré moins d’âpreté que les Capétiens vis-à-vis de la puissance seigneuriale. C’est que le Valois, en montant sur le trône, se souvient qu’il est un féodal ; sa royauté chevaleresque est pleine d’indulgence pour les barons de belle mine qui, naguère, étaient ses égaux. De plus, c’est dans la noblesse que la dynastie, assaillie par l’Anglais, pense trouver son point d’appui. Il en résulte un regain de l’indiscipline féodale, une floraison nouvelle de guerres privées. La présence de compagnies toujours prêtes offre à tout venant le moyen de combattre un voisin ou un rival. Mais la transformation du régime militaire et le développement de l’artillerie vont ensuite à l’encontre du pouvoir seigneurial. Les temps ont évolué. Seul un grand prince peut entretenir des armées à la nouvelle mode. Déjà, lors de la guerre du « bien public », Louis XI impressionne ses adversaires par la puissance d’une artillerie lourde capable de barrer les routes sur plusieurs kilomètres.

En même temps, la royauté, devenue résolument centralisatrice, s’attaque aux châteaux forts, ces réduits autrefois inexpugnables du féodal. L’artillerie les domine irrévocablement. Charles VII interdit non seulement la construction de nouveaux châteaux, mais encore la réparation des anciens sans autorisation. Cette mesure déchaîne contre Charles une révolte : la Praguerie, vite réprimée. C’est que la noblesse n’a trouvé nulle part l’appui du peuple. L’union de la royauté et du peuple, scellée avec l’œuvre nationale de la guerre de libération, isole la noblesse, et partout sa puissance faiblit. La royauté a pris en main la protection des populations contre l’arbitraire féodal : interdiction de lever des redevances excessives, de prendre des denrées sans les payer, de percevoir des taxes extraordinaires, de s’arroger le droit de chasse. Limitant les droits seigneuriaux au nom de sa souveraineté pleinement reconquise, forte de l’approbation populaire, armée du droit de percevoir sans contrôle l’impôt royal sur les terres des vassaux, la royauté achève de miner l’indépendance féodale. Les dernières grandes principautés seigneuriales s’agrègent au domaine.

La noblesse féodale se mue en noblesse de cour. Un nouveau type de noble apparaît : ce n’est plus le baron, ce n’est même plus le chevalier, c’est le courtisan. Pensions, titres, honneurs attachent le courtisan à la personne royale. Si le XIV® et le XV® siècle voient éclore de nouveaux ordres de chevalerie (l’Étoile créée par Jean le Bon, la Toison d’Or par Philippe le Bon, Saint-Michel par Louis XI) , ce sont surtout des décorations. La noblesse nouvelle ne gardera des traditions d’autrefois que son rang de classe privilégiée dans l’État.

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