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CHAPITRE III

(de la fin des Hohenstaufen à la mort de Maximilien d’Autriche)

L’ALLEMAGNE DANS LA SECONDE PARTIE DU MOYEN AGE. — Après la ruine des Hohenstaufen, le lien qui avait rattaché l’Allemagne à l’Italie fut à peu près complètement rompu, sinon en théorie, du moins en fait. Désormais, on peut donc étudier séparément l’histoire des deux pays. Aussi bien, les empereurs allemands n’auront pas le goût ou n’auront plus la force de se mêler activement des affaires italiennes. Le voyage de Rome ne les tente guère. Ceux qui passeront les Alpes, trois ou quatre en deux siècles, viendront pour peu de temps, juste assez pour constater leur impuissance, abandonner les derniers restes de leur souveraineté. Allemagne et Italie vivent chacune de son existence particulière, singulièrement confuse et agitée dans la multitude des États qu’on y rencontre et qui se comportent, à l’ordinaire, en rivaux et en ennemis.

L’Allemagne, du moins à partir de 1273, possède, au-dessus du chaos de ses souverainetés innombrables, un chef, un empereurroi, qui tâche parfois d’y mettre un peu d’ordre et de paix. L’histoire allemande semble ainsi moins décousue que l’italienne. En cette fin du Moyen âge, où se préparent les grands États modernes, l’Allemagne, péniblement, se transforme; elle se replie sur elle-même et se dégage de son rêve mystique de domination universelle. Il vient même un moment où l’Empire se laïcise en quelque sorte et s’affranchit de la papauté. Et, au-dessus de la poussière des souverainetés minuscules, se reforment quelques grands groupements territoriaux ; domaines des Électeurs, domaines des maisons de Luxembourg et de Habsbourg surtout, qui ont su profiter de leur accession à l’Empire pour commencer leur fortune.

L’ANARCHIE DU GRAND INTERRÈGNE. — LES VILLES ET LES HANSES. — En Allemagne, on nomme communément le Grand Interrègne, die kaiserlose Zeii (le temps sans empereur), la période comprise entre 1250 et 1273. Nominalement, il y a cependant des empereurs : Guillaume de Hollande, élu après l’excommunication de Frédéric II, puis en 1256, après la mort de Guillaume, Richard de Cornouailles et Alphonse X de Castille, qui ont acheté, l’un et l’autre, le titre impérial. Mais l’Espagnol n’est jamais venu et l’Anglais n’a pu rester en Allemagne le jour où il s’est trouvé sans argent. S’il y a des empereurs, il n’y a plus de pouvoir impérial. Chaque prince, chaque seigneurie, quelle qu’elle soit, prétend à la pleine souveraineté. L’Empire se dissout dans l’anarchie : non seulement les royautés voisines du nord et de l’est, qui avaient été vassales, s’affranchissent, mais, dans l’Allemagne proprement dite, toutes les tendances particularistes, tous les désirs d’indépendance se donnent librement carrière. Sur le Rhin, cette « Rue aux Prêtres » (Pfaffenstrasse) , les évêques et le comte palatin se partagent les biens de l’Empire, terres et revenus, et les « chevaliers-brigands » recommencent à pulluler. En Souabe, en Franconie, où étaient les principaux domaines des Hohenstaufen, plus de cent cinquante seigneuries, profitant de la ruine du maître, se proclament libres de toute suzeraineté. Les grands domaines féodaux d’ailleurs, comme la Bavière, la Saxe, semblent tous condamnés à se morceler, à s’émietter par les partages. Tous ces fiefs, purement indépendants ou vassaux les uns des autres, sont si bien dispersés, enchevêtrés, et c’est un tel fouillis qu’une carte même simplifiée de l’Allemagne apparaît comme une

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moMÏijue, où l’œil hésite et se perd. Et il n’y a pas que /.•< -li 'irics ecclésiastiques ou laïques; il y a, de-ci de-là, au nori' n- I > marais, au sud dans les montagnes, des communautés ns libres; il y a enfin les villes, les vieilles cités du Rhin,

: i , .ivonie, de Souabe et de Bavière et les villes nouvelles des î l de la plaine du nord : villes libres, affranchies de leurs ■vèques, villes impériales qui cherchent à s’émanciper, à devenir, elles aussi, des sortes de seigneuries collectives, où les bourgeois, à l’abri de leurs hautes murailles, développent par l’industrie et le commerce une énorme richesse, objet de convoitise pour les seigneurs féodaux grands et petits.

En l’absence de tout véritable pouvoir central, devant l’impuissance de l’empereur, de la Diète d’Empire et aussi des assemblées provinciales, dans cette Allemagne anarchique où l’on ne connaît qu’une loi : l’intérêt, le caprice individuel; qu’un seul « droit » : celui du « poing » {Faustrecht) , il ne faut compter pour se protéger et se défendre que sur soi-même et sur ses associés. Telle est l’origine de ces Hanses, ou ligues marchandes, dont la plus fameuse est celle que formèrent, dès 1241, Eubeck et Hambourg, la Hanse teutonique. En 1254, les villes de Westphalie; en 1 256, les villes du Rhin s’unissent à leur tour. Mais ces coalitions de villes provoquent des coalitions adverses.

Ligues et contre-ligues, urbaines ou seigneuriales, se forment donc pour l’attaque ou la défense. Partout des guerres continuelles, des violences, des brigandages.

Ceux qui rêvent encore de justice contre les puissants, s’ils ne sont pas capables de se protéger eux-mêmes, en viennent à mettre leur confiance dans ces étranges tribunaux de la Sainte-Wehme, qui tiennent leurs assises en Westphalie, espionnent tout par « leurs voyants », citent les accur sés, les jugent, présents ou contumaces, les absolvent ou les condamnent à une seule peine : la mort, que « les francs juges » doivent infliger eux-mêmes, et au plus tôt, par la corde ou le poignard.

Cette justice mystérieuse, qui tourne facilement à l’assassinat, représente, pour l’Allemagne du Grand Interrègne, le recours suprême contre la violence et l’injustice.

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