V. Place. Niniue et I .ds.syric
Taureau ailé de Dour-Sharrou- KIN. — Type des génies protecteurs placés à l’entrée des palais. Suivant un usage adopté des Hittites, l’avantcorps se détache en ronde-bosse et le corps est plaqué sur la muraille.
(Haut. : 4“, 20.) — Musée du Louvre.
Fouilles de Botta. Ci.. Giraudon.
LA MÉSOPOTAMIE — 2 7
Archers assyriens. — Bas-reliel du palais d’Assurbanipal. (Haut. : 1™,53.) —
Cl. C}iaAuuf>N.
Quant aux effectifs de l’armée assyrienne, il n’est pas possible de les déterminer, et nous ignorons comment était fixée la solde. A la suite de chaque campagne, le butin était partagé; les dieux recevaient d’abord leur part; le roi était ensuite servi, puis les officiers et enfin le gros de la troupe.
Nous ne connaissons presque rien de la stratégie assyrienne; la surprise jouait un rôle considérable; l’occupation des sources empêchait l’ennemi de se ravitailler en boisson. C’est par surprise que l’on cherchait à s’emparer des villes fortes; si l’on n’y réussissait pas, on tentait l’assaut à l’aide d’échelles, on utilisait les sapeurs pour pratiquer une brèche dans la muraille, on essayait de mettre le feu aux portes. Quand il le fallait, on avait recours à l’investissement et le siège pouvait se prolonger plusieurs mois, plusieurs années; on élevait des retranchements, on établissait des voies de bois sur lesquelles roulaient des béliers, machines énormes, montées sur des plates-formes à deux ou trois paires de roues : à l’intérieur des soldats manoeuvraient, à l’aide de cordages, des poutres garnies de métal ; si l’assiégé tentait de saisir les poutres avec des chaînes et de les attirer à lui, d’autres assiégeants s’efforçaient de harponner ces chaînes avec des crochets; au sommet de la machine étaient d’ailleurs postés des archers pour contrecarrer les manoeuvres de la défense. L’assiégé jetait des pierres, des liquides bouillants, des brandons. Quand la famine et les privations de toute sorte avaient enfin brisé sa résistance, les femmes apparaissaient au sommet des tours et élevaient les mains pour obtenir la vie sauve.
C’est alors qu’apparaît dans toute sa cruauté le caractère assyrien. La cité conquise est le plus souvent détruite, brûlée, réduite à un monceau de décombres. Les arbres fruitiers de son territoire sont coupés; le bétail et les objets de valeur, emportés comme butin. Si des raisons politiques n’obligent pas à faire grâce au prince vaincu et prisonnier, s’il n’est pas immédiatement mis à mort, on lui crève les yeux, on lui passe un anneau dans le nez, on l’emmène à Ninive pour l’exposer dans une cage aux sarcasmes de la populace, et, après îles fêtes du triomphe, sa tête sera peut-être suspendue aux branches d’un arbre dans le jardin du palais, à l’occasion d’un banquet. Aux autres guerriers, quand ils ne sont pas incorporés dans l’armée assyrienne, on arrache la langue, on crève les yeux, on coupe les pieds et les mains, le nez et les oreilles; on les étend à terre, chargés d’entraves, et on leur arrache la peau pour en tapisser les murs de la cité qu’ils ont défendue; enfin, on coupe les têtes et on les dresse en pyramides, on empale les troncs pantelants et on les expose devant les murs ruinés de la ville.
Le sort des habitants qui n’ont pas été pris les armes à la main dépend des circonstances. D’aucuns, réduits en esclavage, sont emmenés prisonniers en Assyrie et vendus sur les marchés; d autres sont autorisés à rebâtir leurs demeures moyennant l’engagement de payer un tribut annuel. A partir du règne de Téglath-phalasar III, les populations sont en général déportées dans des régions éloignées et entourées de colonies d’anciens soldats assyriens, auxquels, de temps immémorial, c’est l’usage d’attribuer comme récompense des terres dans les régions annexées.
La Législation. — On a découvert, dans les ruines d’Assur. des fragments de tablettes qui contiennent une partie de la législation en vigueur vers le XIII® siècle avant notre ère, législation plus récente de quelques siècles que la loi babylonienne de
Transport de poutres. — Ce relief du palais de Sargon fait partie dune grande scène dont le Louvre possède quatre panneaux. On y voit des hommes nalant, à force de bras, des matériaux de construction. (Albâtre. Haut. : 3"', 02.) — Musée du Louvre. Fouilles de Botta, Cl. Uiracdo.n.
Hammourabi, mais à peu près contemporaine des lois hittites de Boghazkeuï. L’ensemble témoigne d’une civilisation beaucoup moins avancée que la civilisation babylonienne, d’une certaine barbarie qui demeure toujours la caractéristique des Assyriens.
Ce que nous en possédons se rapporte au code pénal et au droit rural. La mort, la mutilation, l’amende, la bastonnade, la corvée, sont les peines que prévoit la législation répressive.
La loi du talion est appliquée au meurtrier ; au temps des Sargonides, il évitera de la subir en donnant à l’héritier du défunt une famille d’esclaves. Les conventions ne portent pas, comme en Babylonie, les sceaux des témoins; le sceau ou l’ongle de la partie qui s’impose une obligation est seul empreint sur la tablette. L’enga- Musée du Louvre. Mission Place. gement réciproque paraît inconnu. La
vente se fait toujours à prix d’argent, de plomb ou de bronze et au comptant; si le paiement ne peut être effectué réellement, il est fait une reconnaissance de dette. L’acte établi, l’opération est, à moins de convention contraire, définitive et le vendeur qui reviendrait sur l’affaire pourrait être condamné à donner comme dommages-intérêts dix fois la valeur de l’objet de la transaction, à verser une importante somme d’argent ou d’or à une divinité, offrir des chevaux blancs au dieu Ashour, des poulains au dieu Nergal. Ces offrandes à la divinité sont la conséquence du serment au moins tacite qui accompagne la vente et prend les dieux à témoin de la sincérité du vendeur.
LA FAMILLE. — La famille assyrienne forme une cellule
’ORI : \T CLASSIQUE
L’armée d’Assurbanipal et ses musiciens. — La frise des archers, au registre supérieur, est à comparer à la précédente et à celle du palais de Suse. Au deuxième registre, des musiciens et un homme qui emmène des chevaux. Au troisième, guerriers dans une région plantée de palmiers. Un quatrième, non figuré ici, porte également des guerriers au milieu de palmiers. (Haut. : 1“,62.) — Musée du Louvre.
Mission Place. Cl. GiRACunN.
sociale moins fortement organisée que la famille babylonienne; elle a également pour base la monogamie tempérée, mais la répudiation n’y paraît soumise à aucune restriction.
La jeune fille est mariée par son père ou, si le père est décédé, par ses frères. Les fiançailles forment un lien juridique; à partir du moment où le fiancé a versé des parfums sur la tête de la fiancée et offert les cadeaux d’usage, bijoux, objets divers et provisions de bouche, la jeune fille appartient à sa nouvelle famille; si le jeune homme vient à mourir avant le mariage, elle épouse un de ses beaux-frères ou même un de ses neveux, s’il en est d’âge nubile, c’est-à-dire âgé de plus de dix ans. Lorsque la jeune fille disparaît et que le jeune homme n’obtient pas une de ses sœurs comme épouse, il reprend ses cadeaux, sauf naturellement les provisions de bouche. Les fiançailles peuvent cependant être rompues dans le cas où le jeune homme perd un de ses frères et est obligé par le père de famille d’épouser sa belle-sœur devenue veuve.
La femme mariée de condition libre habite chez son époux ou continue de demeurer sous le toit paternel. Quand elle sort dans la rue, elle se couvre la tête d’un voile, et ses filles portent une coiffure pour se distinguer de la hiérodule, de la prostituée, de l’esclave et de la concubine. Celle-ci se voile le visage quand elle accompagne sa maîtresse, mais dans ce seul cas; elle peut être élevée au rang d’épouse si le mari la voile en présence de témoins.
Au second millénaire, la femme ne peut pas s’occuper d’une entreprise dirigée par tout autre que son mari, ses fils ou ses beauxfrères; à l’époque des Sargonides, elle jouit d’une capacité plus étendue, peut posséder des immeubles, vendre et acheter des esclaves.
La mort est le châtiment normal de l’adultère de la femme et elle est prononcée contre les deux complices; mais, en Assyrie comme en jrays hittite ou en Israël, la femme est présumée non coujrable si elle a été violentée contre son gré, sans avoir pu obtenir de secours contre son agresseur. L’avortement est sévèrement puni lorsqu il résulte de coups et, si la femme frappée succombe, le coupable peut être mis à mort. Quand une femme a pratiqué sur elle-même des manœuvres abortives, il lui est réservé le châtiment le jilus affreux que puisse concevoir un Assyrien : même si elle meurt avant l’intervention de la justice, elle est condamnée au supjilice du liai et privée de sépulture.
L’épouse qui n’a pas été répudiée peut se faire délivrer une tablette de veuvage et reprendre sa liberté quand son mari est absent di'ijuif linq ans; le délai est réduit à deux ans si le mari est prisonnier de guerre, et pendant ces deux ans, si ses ressources personnelles sont insuffisantes, elle reçoit en usufruit logement et terrain apparten. .n à 1.. ville. A la mort de son mari, la femme sans enfants devient
l'épouse d’un de ses beaux-frères ou de ses neveux; si elle a des enfants et se trouve sans ressources propres, elle peut demeurer chez eux et ils lui doivent la nourriture.
Les droits du père de famille sur la personne de ses enfants sont plus étendus en Assyrie qu’en Babylonie. Il peut les vendre, les donner en gage, les vouer au service d’un temple. A sa mort, s’il y a des enfants de l’épouse, le bien patrimonial se partage entre eux seuls, et les fils de la concubine n’y ont aucune part. La loi babylonienne retranchait définitivement de la famille tout enfant qui, du vivant de son père, avait reçu sur les biens mobiliers sa part d’héritage; la loi assyrienne, du moins au VIL siècle, permettait au père de lui conserver des droits à sa succession.
La vie privée d’un Assyrien ne semble pas avoir sensiblement différé de la vie d’un Babylonien, son contemporain.
Agriculture, Industrie, Commerce. — La terre arable, sur fond calcaire, en Assyrie, est moins fertile que la terre d’alluvions de la Babylonie, où l’assolement est triennal; il faut laisser le sol se reposer une année sur deux, et les locations se font en général par périodes de six ans. La valeur du terrain est estimée d’après la quantité d’orge nécessaire à l’ensemencement, et la ferme comprend les constructions avec les serfs attachés à la glèbe. Celui qui déplace à son profit les bornes d’un champ doit restituer le triple de ce qu’il a voulu s’approprier; il reçoit cent coups de bâton, fait un mois de corvée et peut, en outre, être condamné à l’ablation d’un doigt. Comme en Babylonie, la terre est soumise à des prestations en nature.
Les rois introduisent dans leurs parcs les arbres fruitiers ou d’ornement des pays conquis par leurs armes, les acclimatent et répandent ces nouvelles espèces dans le pays.
LA VIE INEELLECTUELLE. — L’ART. — L’art assyrien est une branche de l’art mésopotamien, dérivée de l’art sumérien, et modifiée par des influences étrangères où domine l’élément hitlite.
Assur, Kalah, Ninive, Dour-Sharroukîn sont bâties comme les villes babyloniennes sur plan rectangulaire. A Dour-Sharroukîn, les
Prisonniers de guerre. — Dans les deux registres conservés, émigration d'un peuple vaincu, déporté loin de son pays. (Haut. : 0"’,97.) — Musée du Louvre. Mission Place. Cl. Uikaiihon.
Chars de guerre, cavaliers et camp. — Au temps d'Assurbanipal, les plaques de revêtement portent souvent plusieurs registres superposés. Ce panneau en comportait quatre, dont les trois supérieurs sont seuls conservés. Dans le troisième registre, près de chars dételés, un cheval devant une auge emplie de grain et des hommes prenant leur repas. (Haut. : l”,10.) — Musée du Louvre. Mission Place.
Cl. CiLAr liON.
LES ELAMITES — 29
murailles en briques crues reposent sur un soubassement de pierre et sont flanquées de tours rectangulaires formant saillie, percées sur trois des côtés de deux portes, l’une simple pour le passage des véhicules, l’autre ornée d’une archivolte et flanquée de taureaux ailés, réservée au passage des piétons. Les rues de la cité se coupent à angle droit, comme à Babylone, et sont pavées. Le palais s’élève sur une terrasse, à cheval sur la muraille. Il se compose de chambres disposées autour de trois cours (d’où trois quartiers) , appartements de réception, communs et temple.
Les plus anciens monuments de la sculpture assyrienne sont d’art nettement sumérien. Au XI siècle, sous 7 églath-phalasar L’’, les sculpteurs hésitent encore entre les anciennes formules d’art et celles qui se sont développées sous l’influence des Hittites. A partir du IX*" siècle, la sculpture assyrienne prend un grand développement, et ses formules se propagent dans les pays voisins. Les statues en ronde bosse sont rares : aucune ne vaut les œuvres du vieux prince sumérien Goudéa. Les bas-reliefs abondent sur les plinthes des palais, comme en pays hittite, mais leur caractère est différent : alors que pour le Babylonien et le Hittite, ils ont un caractère religieux, l’Assyrien ne veut que perpétuer la gloire de ses rois. La guerre, les chasses, les grands travaux du règne sont les sujets qu’ils retiennent, et, dans le seul palais de Sargon, ils couvrent plus de 6 000 mètres carrés.
Dans la figure humaine, l’Assyrien ne cherche pas à rendre le modelé et la vie, mais seulement le costume, dont il indique soigneusement le détail ; au contraire, dans les représentations d’animaux, les attitudes sont remarquablement étudiées.
Caractères de la civilisation assyrienne. — Guerrier toujours prêt à la lutte pour imposer sa suprématie, l’Assyrien était renommé dans le monde antique pour sa cruauté, et la chute de sa domination fut saluée avec joie par tous les peuples qu’il avait asservis. Tout au cours de son histoire, il demeura moins policé
que le Babylonien, même lorsqu’il s’affranchit de la souveraineté de Babylone ; et jilus tard, quand il lui imposa à son tour son hégémonie, il resta toujours sous sa dépendance pour les concepts religieux, pour toutes les disciplines de l’esprit : les œuvres principales qui composent la Bibliothèque de Nin ive sont des copies, des transc r 1 P 1 1 O n s , des adaptations de documents babyloniens. Dans la basse vallée de l’Euphrate, la religion tient le premier rang parmi les préoccupations du prince ; en Assyrie, tout concourt, au contraire, à l’exaltation de la personne royale; le roi ne néglige pas les sanctuaires, mais il accorde le meilleur de ses soins à la construction et à l’ornementation de son palais.
L’art assyrien est donc historique et non religieux; il n’est d’ailleurs point original, étant emprunté aux Hittites, mais il présente toutefois un perfectionnement sensible des formules adoptées, et, au cours du premier millénaire, il produit un certain nombre de chefsd’œuvre.
Cylindre-sceau assyrien. — Le sujet représente un adorant devant deux divinités guerrières. Dans le champ, quatre symboles divins : un disque ailé, un croissant, une étoile et un groupe de sept globes. Un arbre sacré est figuré près d une des deux divinités. (Haut. : 0"'.053.)
— Bibliothèque Nationale.