SG
fO ^
LU
g-XJ
» fô
iM
3 "re
Ua
t/5 3 yV ^
'UJ
'UJ
Habsbourg et Henri de Luxembourg; mais leurs descendants, par l’exercice habile de leurs droits souverains, se voyaient maintenant en possession de domaines immenses. En fait, tous ceux qui groupaient, comme eux, le plus de terres possible se trouvaient à leur insu travailler pour l’avenir de l’Allemagne. Elle fut sauvée de la dissolution complète : 1 ° par cette concentration territoriale aux mains des électeurs et des ducs d’Autriche; 2" par la richesse, la force, l’énergie des villes qui furent, au XlV et au XV”' siècle, suivant le mot de Machiavel, « le nerf de l’Allemagne », et contribuèrent fortement, dans les États provinciaux, à conserver aux Allemands bon nombre de libertés précieuses (garanties pour les impôts, la justice, etc.) .
FraNCFORT-SUR-LE-Mein. Salle du RœMER. — C’est au Rœmer, dans l'Hôtel de Ville actuel de Francfort, qu’avait lieu le banquet solennel où les électeurs servaient l’empereur au’ils venaient d’élire à la cathédrale. Le Rœmer fut construit au début du XV“ siècle.
L’ALLEMAGNE SOUS LES FILS DE CHARLES IV. — LES HUSSITES. — AGGRAVATION DU DÉSORDRE. —
RECUL DE LA PUISSANCE ALLE¬ MANDE. — Charles IV, en achetant les voix électorales, avait fait élire son fils Wenceslas, qui lui succéda en 1378, dans l’année où éclatait le grand schisme d’Occident. Mais bientôt les princes reprochèrent à Wenceslas son ivrognerie, sa paresse, son indifférence pour les choses d’Allemagne, sa prédilection pour la Bohême. Ils lui reprochèrent aussi son impiété, son attitude dans le schisme, l’abandon du pape de Rome, et ce dernier prétexte leur servit à le déposer (1400).
Son successeur, Robert de Bavière, n’était guère redoutable, mais Wenceslas n’essaya point de réagir. La Bohême, qui était travaillée par des mouvements politiques et religieux, les difficultés que lui suscitait son frère, Sigismond, impatient de le supplanter, suffisaient à occuper Wenceslas, adonné de plus en plus à l’ivrognerie. « Il resta, dit un Allemand, comme un porc dans son étable », pendant que Robert conduisait en Italie une expédition complètement inutile. Il ne bougea pas davantage quand, rentré en Allemagne, Robert ne trouva pas d’autre moyen, pour combattre l’anarchie, que de reconnaître toutes les ligues et de légaliser les jugements des tribunaux de la Sainte-Wehme.
En 1410, la mort de Robert, au lieu de deux empereurs, en mit trois en Allemagne; certains électeurs continuèrent, en effet, à reconnaître Wenceslas ; d’autres nommèrent son cousin, Josse de Moravie, et d’autres encore son frère Sigismond. Au même moment, il y avait trois papes! Qu’était devenue la vieille chimère de l’unité : un empereur pour le temporel, un pape pour le spirituel? Du moins, le schisme impérial fut de courte durée. Josse mourut au bout de trois mois et Wenceslas abandonna la couronne allemande à Sigismond, déjà électeur de Brandebourg et, par sa
femme, roi de Hongrie (1) . C’était un royaume difficile à conduire, dominé par une noblesse orgueilleuse et indisciplinée, formé de peuples divers et violemment assailli au sud par les Turcs après leur victoire de Nicopohs (1396).
Il y aurait eu assez à faire en Hongrie; d’autres besognes nombreuses, besognes allemandes et impériales, allaient cependant occuper Sigismond. Il se regardait comme « le seigneur et souverain du monde » et il pensait que l’un de ses premiers devoirs était de mettre fin au schisme, de faire reconnaître par tous un pontife unique et légitime. Le concile de Constance, réuni à sa demande en 1414, rétablit en effet l’unité. Mais Sigismond voulut encore lui faire condamner l’hérésie qui troublait la Bohême. En ce royaume, dont il devait hériter (car Wenceslas n’avait pas d’enfants), la prédication d’un docteur tchèque, Jean Hus, avait déchaîné une profonde agitation à la fois nationale et religieuse. Hus avait chassé les Allemands de l’Université de Prague, puis il avait tenté de les expulser aussi des riches prébendes qu’ils détenaient en Bohême. Là, comme un peu partout, en ce temps du grand schisme, le clergé opulent était fort corrompu. Hus et ses amis dénoncèrent avec violence la richesse corruptrice des prêtres et proposèrent de la confisquer; puis, après avoir attaqué les vices du clergé, ils en vinrent à attaquer le dogme; ils reprirent à leur compte les doctrines hérétiques de l’Anglais Wycliffe. Le concile de Constance livra Jean Hus au feu, malgré le sauf-conduit donné par Sigismond (1415) ; trois mois après, son disciple et ami, Jérôme de Prague, était également brûlé. Ce double supplice provoqua en Bohême un soulèvement à peu près général contre l’Église, les Allemands et l’empereur. Une terrible guerre de vingt ans (I 41 5-1 435) dévasta la Bohême, puis l’Allemagne du Sud ; guerre nationale, mais aussi guerre religieuse; car l’histoire voit en Jean Hus le précurseur de Georges de Podiebrad et aussi celui de Luther.
Le pape Martin V ayant décidé que l’hérésie serait détruite, le peuple riposta, à Prague, par la « défenestration » de treize conseillers catholiques (30 juillet 1419), et aussitôt les hostilités commencèrent. Les quatre articles de Prague (juillet 1420) furent le premier manifeste des Hussites, dans les rangs desquels se mit bientôt la discorde. Les utraquistes, partisans de la comrnunion des laïques sous les deux espèces — le calice (2) avec 1 hostie — auraient accepté un compromis avec Rome. Les seconds, les taboristes, ainsi appelés parce qu’ils avaient pour quartier général la
Nuremberg. La Tour du Bourreau. — L'une des 183 tours des fortifications de Nuremberg et l’un des deux ponts de pierre traversant la Pegnitz. Certains de ces ponts faisaient partie des remparts; ils portaient le chemin de ronde, couvert, là comme partout, de son toit, qui protégeait les défenseurs contre les projectiles.
(1) Mais il n’avait pu recueillir la couronne de I^ologne, les Polonais ayant pris pour reine Edwige, sa belle-sœur, qui épousa Jagellon, grand duc de Lithuanie.
(2) Les utraquistes furent aussi appelés calixlins, le calice étant comme l’éten dard du parti.
CONSTITUTION DES ETATS EUROPEENS
.'ilie ' Tabor, proclamaient le sacerdoce universel, la souve¬
raine ' I ‘'"uple, la communauté des biens. Les premiers eurent Dor : !.ikoubeck, Nicolas de Hus, Pierre Payne, le prêtre
"1 ‘ Rockytsana; les seconds, Jean Ziska, ennemi impitoyable
■ la domination germanique, habile et vaillant capitaine, puis Pro- . o;)C le Grand. Jean Ziska repoussa d’abord toutes les tentatives des Allemands, croisés contre les Tchèques; mais la Bohême dévastée courait le risque de mourir de faim ; Procope le Grand, prenant alors l’offensive, mena ses troupes, pendant dix ans, au pillage de l’Allemagne. Depuis les invasions hongroises du siècle, les pays allemands du Sud n’avaient rien souffert de semblable. Si grande était la terreur inspirée par les Hussites qu’au roulement lointain des charrettes de guerre, pleines de paysans armés de piques et de fléaux, la chevalerie allemande s’enfuyait, prise de panique.
Les croisades prêchées contre les Hussites ayant échoué, le concile de Bâle entendit, en 1432, Jean de Rockytsana et Procope. On ne se mit pas d’accord, mais les députés du concile accompagnèrent en Bohême les envoyés tchèques, et les compactala de Prague, signés le 30 novembre I 433 avec les cahxtins, accordèrent la communion sous les deux espèces. Cette concession fut jugée insuffisante par les laboriles, dont la barbare intransigeance éloigna les modérés, et, après la bataille de Lipany (1434), gagnée par ces derniers, les Etats de Bohême se résignèrent à traiter avec l’empereur Sigismond, qui put faire son entrée dans le royaume dont il avait hérité depuis dix-sept ans. Les Tchèques sortaient de ce conflit sanglant appauvris et momentanément impuissants, mais leur caractère s’était retrempé dans les épreuves, et ils étaient désormais unis autour de souvenirs traditionnels.
Une insurrection allait peut-être éclater contre Sigismond, quand il mourut, en décembre 1437.
Ce prince, intelligent et instruit, mais versatile, d’esprit quelque peu chimérique, s’était beaucoup agité, en pure perte, pour jouer son rôle d’empereur en Occident et en Italie. Un peu avant qu’éclatât la grande guerre de Bohême, tout glorieux d’avoir terminé le schisme, il avait entrepris un grand voyage dans l’Europe de l’Ouest (141 5-1 4 17). Il espérait naïvement faire revivre les droits de l’Empire sur le royaume d’Arles où, dans le nord, s’étendait, indépendante, la maison de Bourgogne; il croyait pacifier les querelles des Armagnacs et des Bourguignons, réconcilier la France et l’Angleterre. Il n’éprouva que déconvenues; plus d’une fois même, il put craindre pour sa sûreté personnelle. Quand il vint en Italie pour recevoir la couronne impériale (1433), il eut la même appréhension et il put mesurer tout le néant de son titre d’empereur. Personne ne lui obéit, personne ne voulut lui payer aucun impôt. Il lui fallut mendier l’hospitalité des villes, emprunter sur ses hardes, ses bijoux, sa couronne. En Allemagne, enfin, il se vit condamner à la même impuissance. Empêtré en ses propres États, il ne causait aucune crainte. Les diètes qu’il convoquait n’étaient guère fréquentées; d’ailleurs, elles s’agitaient dans le vide, tout entières aux querelles des villes, aux querelles des seigneurs et aux luttes qu’ils soutenaient les uns contre les autres.
Depuis la mort de Charles IV, en effet, l’anarchie s’était encore développée, tandis que la puissance allemande reculait non seulement dans le royaume d’Arles, mais sur la Baltique, au nord et à l’est. Malgré la Bulle d’or, qui avait pris nombre de précautions pour diminuer les guerres privées et en adoucir les rigueurs, toute l’Allemagne du Sud-Ouest fut à feu et à sang. De terribles guerres avaient mis aux prises d’un côté les seigneurs, de l’autre les ligues des villes souabes, des villes du Rhin et des cantons suisses plus ou moins alliés. Les Suisses avaient vaincu à Sempach (1386) et à Næfels (1388) et conquis leur indépendance; mais les villes souabes furent vaincues à Deffingen (1388), les villes rhénanes à Worms. Néanmoins, si grande avait été la crainte inspirée par les villes que, même une fois leurs ligues dissoutes, personne ne put songer à les priver de leurs libertés. L’empereur ne donna plus à ses créanciers les villes impériales en gages hypothécaires.
Du côté du nord, la Hanse germanique subit, par contre, un sérieux recul. Les trois États Scandinaves s’étant unis à Kalmar (1397), les Hanséates durent renoncer à leur contrôle sur le Danemark, livrer leurs châteaux forts, acquitter de nombreux péages, etc. Dans l’est, c’était un autre recul de la puissance allemande. La Pologne et la Lithuanie, réunies sous un même prince depuis le mariage d’Edwige et de Jagellon, remportaient sur les chevaliers teutoniques, enrichis et en pleine décadence, la victoire de Tannenberg ou de Grünwald (l4l0). De ce côté, comme en Bohême, les Slaves prenaient leur revanche contre le germanisme. Sigismond, qui [lossédait l’électorat de Brandebourg, confiait en 1415 à son ami, Frédéric de Hohenzollern, le gouvernement de cette marche con 'e F- Slaves. En 14)7, il la lui cédait avec la dignité élec¬
torale. Les Hohenzollern, qui sont restés longtemps de bien petits seigneurs de Souabe, vont développer rapidement dans la plaine du Nord une prodigieuse fortune, en partie au détriment de la Pologne. C’est également Sigismond qui donna l’électorat de Saxe à la maison de Wettin, qui régna sur ce pays jusqu’à nos jours.
Mais, plus que les Hohenzollern et les Wettin, Sigismond avait favorisé les Habsbourg. Il maria, en effet, sa fille et unique héritière à Albert d’Autriche. C’était constituer à cette maison, avec ses possessions héréditaires des Alpes, le royaume de Hongrie et l’électorat de Bohême, une masse compacte de territoires, comme il n’y en avait pas d’autre en Allemagne.
ALBERT II. — FRÉDÉRIC III ET MAXIMILIEN F>- DE HABSBOURG. — PUISSANCE DE LA MAISON D’AUTRICHE. — ORGANISATION DE L’EMPIRE.
— Quand Sigismond mourut, les électeurs nommèrent son gendre, Albert II d’Autriche (1437). Par l’exemple du passé, les Allemands se rendaient compte qu’il était bien inutile de nommer des empereurs pauvres. La Bulle d’or avait d’ailleurs suffisamment garanti la puissance et l’indépendance des électeurs, et il pouvait leur être avantageux de nommer un prince riche, capable de payer un bon prix les suffrages. Il n’y avait même aucun danger à laisser la couronne dans une même famille; elle ne pouvait plus maintenant devenir héréditaire. Albert avait de nombreuses qualités et son règne eût peut-être été bienfaisant pour l’Allemagne, mais il ne régna même pas deux ans. En 1 439, il fut enlevé par la peste, qui ravageait les pays danubiens. Son fils posthume, Ladislas, lui succéda en Hongrie et en Bohême, mais ce fut un autre Habsbourg, Frédéric de Styrie, qui fut élu empereur en 1 440.
Les électeurs l’avaient préféré au Hohenzollern, margrave de Brandebourg, qui leur semblait trop autoritaire et trop rude. Ce n’était pas ce qu’ils devaient craindre de Frédéric III, un timide, un pacifique, continuellement irrésolu. On pouvait impunément braver les ordres de « ce maître du monde, responsable devant Dieu seul ». Son règne de cinquante ans est certainement parmi les plus médiocres de l’histoire allemande. Il ne fit rien, en vérité, pour remédier à l’ordinaire anarchie. Les guerres privées continuèrent de dévaster tous les pays allemands de l’Ouest et du Sud; Frédéric s’en désintéressa si bien qu’il resta vingt-cinq ans sans sortir de ses États héréditaires. Les Danois purent s’emparer du SIesvig-Holstein, les Polonais réduire en vasselage les Chevaliers teutoniques (1466), les Turcs prendre Constantinople (1453) et assiéger Belgrade : Frédéric ne bougea pas. Seuls, ses domaines héréditaires l’intéressaient; il avait transformé l’Autriche en archiduché pour la mettre au-dessus des autres duchés, et il ne rêvait qu’agrandissements territoriaux. A la mort de son cousin, Ladislas le Posthume (1457), il ne put cependant s’emparer de la Bohême et de la Hongrie, qui prirent des rois nationaux, Georges Podiébrad et Mathias Corvin. Quand Podiébrad mourut en 1471, la Bohême lui échappa encore; elle se donna à Wladislas II de Pologne; la Hongrie en fit autant à la mort de Corvin (1490). Celui-ci avait été pour l’empereur un redoutable adversaire ; il l’avait vaincu et lui avait pris Vienne (1485), qu’il garda jusqu’à la fin de sa vie. Mais si la Bohême et la Hongrie échappèrent à Frédéric, il eut du moins la chance de survivre à tous ses cousins et de réunir par héritage à son archiduché d’Autriche tous les autres domaines des Habsbourg. Il pratiqua aussi une habile politique matrimoniale, qui inspira à Mathias Corvin le distique fameux :
Bella gérant alii, lu. felix Austria, nabe;
Nam quee Mars alüs, dai iibi régna Venus,
(Que d’autres fassent la guerre; toi, heureuse Autriche, fais des mariages; car les royaumes que Mars donne aux autres, Vénus te les donne.)
Il maria en effet son fils, Maximilien, à la fille unique de Charles le Téméraire, Marie de Bourgogne. Par ce mariage, les territoires des Pays-Bas et du bassin de la Saône, que les ducs de Bourgogne avaient séparés de l’Empire, allaient devenir la propriété des Habsbourg. Oubliant les misères et les embarras du présent pour ne songer qu’à l’avenir, Frédéric croyait lire dans les astres la domination universelle promise à sa maison, et partout, sur ses livres, sa vaisselle, son tombeau, il faisait graver les cinq voyelles fatidiques : A. E. I. O. U., qu’il interprétait ainsi en latin : Auslriœ Est Imperare Orbi Unioerso (Il appartient à l’Autriche de gouverner le monde entier) , ou en allemand : Ailes Erdreich Isi Oesterre'tch Unterlban (Toute la terre est sujette de l’Autriche).
Devenu empereur à la mort de son père (1493), Maximilien 1" continua l’habile et fructueuse politique matrimoniale des Habsbourg. Par le mariage de son fils, Philippe le Beau, avec Jeanne la Folle, fille des rois catholiques, Ferdinand et Isabelle, il prépare l’acquisition des royaumes espagnols, dont son petit-fils Charles
héritera en 1516; par le mariage de son autre petit-fils, Ferdinand, avec la fille de Wladislas II, il prépare pour 1 526 la réunion de la Bohême et de la Hongrie, qui ont échappé à Frédéric III.
Mais, à la différence de son père, Maximilien ne se désintéresse pas de son rôle et de ses devoirs d’empereur. Son règne est, avec celui de Charles IV de Luxembourg, le plus important pour l’organisation aristocratique et fédérative de l’Allemagne à la fin du Moyen âge. Frédéric III n’avait rien fait et n’avait rien voulu céder de ses droits souverains, tout théoriques. Maximdien, au contraire, accepta ou reprit un certain nombre d’idées mises en avant par ses prédécesseurs ou par les diètes. A Worms (1495), puis à Augsbourg (1500), est interdite, sous peine d’amende et de déchéance, toute guerre entre les États, princes ou villes, qui, dorénavant, devront porter leurs griefs devant la Chambre impériale de Justice, tribunal suprême de l’Empire. Pour l’exécution des arrêts de ce tribunal et l’application des lois, l’Empire fut divisé d’abord en six, puis en dix circonscriptions ou cercles ayant chacun son capitaine et ses troupes. Mais toute cette organisation, à dire vrai, ne changea pas grand’chose à l’anarchie allemande. Il avait été décidé aussi que la diète se réunirait chaque année pendant un mois et qu’elle aurait seule qualité pour voter les lois, les levées d’hommes et les impôts ; sans elle, l’empereur ne pouvait donc rien. Et dans la diète, divisée en trois collèges, électeurs, princes et villes, ce sont les électeurs qui ont facilement la majorité. Ils sont seuls à former le premier, mais ils sont membres du second et ils y exercent la plus grande influence. Comme on vote par collège, voilà donc renforcé le pouvoir énorme qu’ils tiraient déjà de la Bulle d’or; leur intérêt bien net est de maintenir la faiblesse de l’empereur, de ne lui accorder ni subsides ni soldats.
Suivant le mot d’un ministre de Charles-Quint, «l’Empire ne donne pas en force à l’empereur la valeur d’une noisette». Ainsi s’achève l’évolution commencée depuis plus de deux siècles, depuis la ruine des Hohenstaufen.
L’empereur n’a plus qu’un titre vide.
Pourtant Maximilien, par ses vastes domaines, paraissait encore dangereux aux électeurs, et, en 1502, ils resserrèrent leur union pour protéger leur indépendance.
L’année précédente, l’empereur avait créé en effet le Conseil aulique, cour suprême pour ses États héréditaires, et aussi tribunal pour le jugement des causes qui lui étaient réservées. Sa tendance toute naturelle devait être d’accroître la compétence du Conseil aulique aux dépens de la Chambre impériale. Ses troupes soldées de reîtres et de lansquenets semblaient une menace redoutable, mais il avait peu d’argent, peu de persévérance et d’esprit de suite ; il gaspilla ses forces en des luttes multiples, d’abord contre Louis XI, Anne de Beaujeu et Charles VIII, à propos de l’héritage de Bourgogne; puis en Italie, où il fut parfois l’allié et le plus souvent l’ennemi des rois de France. Dans toutes ces guerres, c’est beaucoup moins comme empereur que comme chef des Habsbourg qu’il agit. Ce sont ses intérêts personnels qu’il défend et avec les ressources de ses États particuliers. Mais il entendait transmettre à son petit-fils le prestige du titre impérial ; il acheta les électeurs et Charles-Quint put lui succéder (1519).
ÉTAT DE L’ALLEMAGNE. — PROSPÉRITÉ ÉCO¬ NOMIQUE. — Il lui laissait une Allemagne où se maintenaient et même se développaient encore la richesse et l’activité des villes commerçantes et industrielles. Habiles dans le tissage des étoffes, les Allemands l’emportaient dans le travail des métaux. L imprimerie se développait dans les villes rhénanes, en même temps que l’Allemagne devenait le grand marché de la librairie. Ses nombreuses universités prenaient une large part au mouvement de la Renaissance; Cologne, « la Rome allemande », s enorgueillissait de
ses deux mille professeurs et étudiants. Dans nombre de villes, dans celles de la région souabe, au contact de l’Italie, dans celles de la région rhénane, au voisinage des Pays-Bas, les arts étaient encouragés par la bourgeoisie opulente. Et les « maîtres chanteurs » des villes remplaçaient les Minnesinger des cours princières du Moyen âge.
En général, malgré les luttes de classes, parfois violentes, qui mettaient aux prises le patriciat bourgeois et les ouvriers des métiers, les villes étaient bien administrées, leurs magistrats élus bien obéis. Mais, au dehors de leurs fortes murailles, c’était presque partout le trouble et l’anarchie, malgré les réformes votées par les diètes et décrétées par l’empereur. L’Allemagne était même plus profondément troublée que jamais. Aux vieilles causes de désordre, aux anciennes guerres privées des féodaux, venaient s’ajouter les insurrections agraires causées par la misère des paysans libres ou demi-libres, que voulaient réduire en servage des légistes imbus du droit romain et ignorant ou méprisant, dans leur ferveur pour la Renaissance, les antiques coutumes de la Germanie. Enfin, et surtout, une redoutable agitation religieuse avait éclaté : dès 1517, Luther avait engagé la lutte contre la papauté, aux applaudissements de ceux qui rêvaient soit d’épurer le dogme, soit simplement de dépouiller l’Église de ses richesses.
BIBLIOGRAPHIE
Outre les ouvrages indiqués page 222, on consultera :
Sources. — Hhloria HenridVII de Mussato, publiée dans les Scriptores rerum italicarum ; Hisioria Sigismundi imperatoris d'Eberhard Windecke, publiée par Altmann (1894); la chronique et la vie de Frédéric 111 par Pie II ; Mathias de Neuenburg (m. v. 1355), Heinrich Truchsess (mort en 1376), publié dans les FontesrcTum germanicarum de Bohmer;W. Rolewinck (mort en 1542). — Deutsche Reichtagsak.ten, atteste Reihe (1867 et suiv. T. I-XllI, 1375-1498). — DôNNIGES, Acta Hemici VII (1839-1840, 2 vol.). — Bonaini, Acta Hemici VII (1877, 2 vol.). — Haller (J.). Arnold (R.), Repertorium germanicum, Regesten aus den pâpsilichen Archiüen /, 1431-1447 (1877). — JanssEN (] .) , F rankjurts Reichs-Korrespondenz von 1376-1519 (1863-1872. 2 vol.). — Lorenz (Ottokar), Deutschlands Geschichtsquellen seit der Mitte des 13. Jahrh. (3® éd., 1886-1887). — Priebatsch (F.). Politische Korrespondenz des Kurfürsten Alhrecht Achilles (1894 et suiv., 3 vol.). — RiezLER (S.), Vatikanische Akten zur deutschen Geschichte in der Zeit Kaiser Ludwigs des Bayern (1891). — Zimmermann, Acta Karoli IV. imperatoris inedita (1896). — Huber, Die Regesten des Kaiserreichs unter Karl iV. (1874).
Ouvrages a consulter. — Aschbach (J.), Geschichte Kaiser Sigmunds (1838-1845, 4 vol.). — BaCHMANN (a.), Deutsche Reichsgeschichte im Zeitalter Friedrichs III . und MaxI. (1884-1894, 2 vol.). — BeZOLD (F. von), Kônig Sigmund und die Reichskricge gegen die Hussiten (1872-1877, 2 vol.). — Brandenburg (E.), Kônig Sigmund und Kurfürst Friedrich I. von Brandenburg (1891). — DaENELL (E. R.), Geschichte der deutschen Hanse in der 2''“ Hàlfte des 14. Jahrh. (1897); — Die Blütezeit der deutschen Hanse (1906. 2 vol.). — FriEDJUNG {H.), Kaiser Karl IV. und sein Anteil am geistigen Lehen seiner Zeit (1876). — ZeUMER (K.), Die goldene Bulle K. Karls iV. (1908, 2 vol.). — GoTTLOB, Karls IV. private und politische Bezichungen zu Frank reich (1883). — HÔFLER (C.), Ruprechi Von der Pialz (1861). — JaNSSEN (F.), L’Allemagne à la fin du Moyen âge, trad. E. Paris (1887). — Kempf (J.). Geschichte des deutschen Reichs wàhrend des grossen Interregnums (1893). — KraUS (V. von), KaSER (K.), Deutsche Geschichte im Ausgange des Mittelalters 1438-1517 (1905-1912). — LaVISSE (E.), Études sur l'histoire de Prusse (1895).
— Leroux (A.), Recherches sur les relations politiques de la France avec F Allemagne de 1298 à 1378 (1912); — Nouvelles recherches... de 1378 à 1461 (1882).
— LiNDNER (Th.), Geschichte des deutschen Reichs unter Kônig Wenzel (1875 1880, 2 vol.) ; — Deutsche Geschichte unter den Habsburgern und Luxem burgern. 1272-1468 (1890-1893 , 2 vol.). — Lorenz (O.). Geschichte im 13. und 14. Jahrh. (1863-1867. 2 vol.). — Michael (Emile). Geschichte des deutschen Volkes seit dem 13. Jahrh. bis zum Ausgang des Mittelalters (1897-1915, 6 vol.).
— Muller (C.), Der Kampf Ludwigs des Bayern mit der rômischen Kurie (1879-1880). — RedLICH (O.), Rudolf von Habsburg (1903). — Schafer (D.). Die Hansestâdte und Kônig Waldemar von Danemark (1879). — SiEVERS, Die politischen Beziehurwen Ludwigs des Bayern zu Frankreich (1896). — StEIN (W.), Beiirdge zur (Jeschichte der deutschen Hanse bis um die Mitte des I5.jarhr. (1900). — UlMANN (H.). Kaiser Maximilian I . (1884-1891, 2 vol.). — WerUNSKY (E.). Geschichte Kaiser Karls IV. und seiner Zeit (1880-1892. 3 vol.). — WoHMS. Histoire de la ligue hanséatique (1859).
L'histoire générale de la Confédération suisse a été écrite principalement par Jean DE MuLLER (1786), B. VON Muyden (1786), K. Dandliker (3*' éd.. 1899), J. DiERAUER (trad.franç.). E. GaGLIARDI (1 920), W. ŒcHSLI (Cambridge. 1922). Voir aussi RiLLIET. Les Origines de la Confédération suisse (1869).
Prague. Le vieux Pont et la Tour de la Vieille-Ville. — Ce très beau pont, dont Charles IV posa la première pierre en 1357, compte seize arches et est long de plus de 500 mètres. A chaque extrémité se dresse une tour. Celle-ci, très ornée de sculptures, est la tour de la rive droite ; on entrevoit, sur la rive gauche, l'autre tour un peu désaxée. — Des statues du XVIII® siècle garnissent les parapets. La statue qui se dresse sur la place est celle de Charles IV ; elle a été élevée en 1848.
Fresque exécutée en 1328 par Simone Martini et décorant une salle du palais de la seigneurie à Sienne. Elle montre, sous une forme assez schématique, qu il y avait encore à cette époque de nombreuses tours, se dressant au-dessus des maisons et dominant les remparts de la ville. Ci.. Amnari.