‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 273 sur 344 · L’ITALIE DE 1268 A · texte numérisé non relu

L’ITALIE DE 1268 A

mement nombreux. Si le sud de Tltalie comprenait en effet des groupements de territoires considérables sous des gouvernements absolus, — royaumes de Naples et de Sicile, — plus au nord la terre se morcelait en souverainetés parfois minuscules et les États pontificaux eux-mêmes, tout en restant théoriquement très vastes, n’avaient point échappé à l’émiettement quand, à partir de 1305, les papes avaient quitté Rome pour Avignon.

La plus grande diversité se remarquait dans l’organisation politique de ces États. Alors que chez beaucoup d’entre eux se produisaient des transformations politiques assez rapides, l’organisation féodale persistait, très vigoureuse, dans les marquisats de Saluces et de Montferrat et dans le comté de Savoie. C’est ici qu’est l’avenir de l’Italie; mais, vers la fin du Moyen âge, ces trois États ne comptent pas beaucoup. Souvent en guerre les uns contre les autres, ils sont pauvres, sans industrie, sans grand commerce. Cependant, vers la fin du XIV*^ siècle, la Savoie, trouvant la route barrée à l’ouest par la France, commença de s’étendre vers la plaine du Pô, et Amédée VI, « le Comte Vert », put jouer un moment le rôle d’arbitre entre Gênes et Venise.

En Lombardie, à la fin du XIII® siècle, on rencontre une multitude de villes libres et actives, dont les marchands et les banquiers sont connus de toute l’Europe. En dehors se sont maintenues quelques petites seigneuries, les Visconti sur les rives du lac Majeur, les délia Torre aux environs de Milan, les Gonzague près de Mantoue, les Este près de Padoue. A l’intérieur des villes lombardes, c’est souvent une lutte ardente entre les factions: à l’extérieur, c’est la guerre fréquente avec les cités voisines. Aussi, pour sortir de cet état de trouble, défavorable aux affaires et à la prospérité commerciale, beaucoup de villes se confient à un chef, podestat ou capitaine du peuple, d’ordinaire un étranger, souvent un petit seigneur du voisinage. Mais, de gré ou de force, le capitaine arrive généralement à s’emparer de tout le pouvoir. Ce sont des tyrans au sens grec du mot, des usurpateurs, qui se transmettent le pouvoir de père en fils; ainsi les délia Torre à Milan, et après eux les Visconti, les délia Scala à Vérone, les Este à Ferrare.

Le régime communal, qui, au XIV® siècle, est en train de disparaître dans la plaine lombarde, se maintiendra au contraire dans les républiques maritimes de Pise, Gênes et Venise. Elles sont parvenues à une énorme prospérité: mais, par rivalité commerciale, elles engagent les unes contre les autres des guerres implacables où Venise, la cité aristocratique, finira par triompher.

En Toscane, le principat n’apparaîtra guère avant le milieu du XV® siècle. Au XIV®, Florence, Sienne, Cortone sont encore des républiques d’une vie intense, qui rappellent singulièrement la Grèce antique, et d’un merveilleux développement industriel, commercial, artistique. Florence, qui arrivera à dominer la Toscane entière, a mérité le nom d’Athènes de l’Italie, de mère des lettres et des arts;

elle a vu éclore la plus splendide civilisation au milieu de luttes intestines et de guerres sans cesse renaissantes.

Dans les États de l’Église, en l’absence des papes et sous le gouvernement de légats impuissants, c’est la lutte presque constante entre « les communes » et les nobles.

Les châteaux des barons se dressent un peu partout dans les montagnes et dans les villes ; à Rome même, les monuments antiques servent de forteresses, ou bien, s’ils sont trop dé-

Monnaies d'or de Florence et de Venise. — Florence, dès 1252; Venise, à partir de 1284, frappent ce type de monnaies d or, qui demeura le même jusqu’à la fin de ces républiques. La pureté du métal assura bien vite à ces pièces un cours de faveur. Le ducat, la pièce à 1 effigie du doge, et le florin, marqué de la fleur de lis de Florence, lurent des monnaies internationales ; le premier dans l’est de la Méditerranée, le second dans tout l’Occident. — Bibliothèque Nationale; Cabinet des Médailles. Cl. Giraudon.

Venise Le palais des Doges et la PiaZZETTA — Ce palais, construit aux XIV*;’ et XV® siècles, combine admirablement sur sa façade le style français dans ses galeries inférieures et le style italo-arabe dans le grand mut, percé de larges fenêtres, décoré de carreaux de marbre rouge et blanc et surmonte de créneaux sarrasins. Les deux colonnes de la Piazzetta ont etc prises a Constantinople ; sur 1 une se dresse le lion aile de saint Marc; sur l’autre, saint Théodore, I ancien patron de la ville, est debout sur un crocodile.

labrés, de carrières de pierres pour construire les tours féodales. Les souvenirs de la Ville antique, en ce début de la Renaissance, font monter parfois des bouffées d’orgueil qui, pour un moment, troublent les têtes. Dans cette ville dépeuplée (à peine 30 000 habitants) , sans industrie, sans commerce, où des pâtres à demi sauvages mènent paître leurs troupeaux sur le Forum et sur le Capitole, quelques archéologues s’imaginent faire revivre avec des mots la gloire du passé et la domination sur le monde; mais la dure réalité dissipe le rêve; la fièvre des grandeurs tombe bien vite, et les Romains, dans l’attente de leur pape, retournent à leurs querelles mesquines, aux luttes des communes contre les nobles et des factions féodales entre elles : Orsini contre Colonna.

Dans le sud de la Péninsule, le gouvernement absolu se maintient; mais c’est la lutte entre Sicile et Naples, et ce sont dès querelles de succession qui déchirent à plusieurs reprises le royaume napolitain, jusqu’au jour où le roi d’Aragon réussit à dominer les Deux-Siciles, réunies sous sa main (1442).

Ainsi, les guerres continuelles ont ruiné la Péninsule d’un bout à l’autre, depuis la chute des Hohenstaufen jusqu’au milieu du XV® siècle. Au XIII® et dans la première moitié du XIV®, ce sont les nobles et les citoyens des républiques qui vident eux-mêmes leurs querelles, les armes à la main, sur les champs de bataille. Mais, au milieu du XIV® siècle, on se met à employer uniquement des mercenaires. Là où ils régnent, les tyrans trouvent sage de désarmer leurs sujets, lesquels, d’ordinaire, en sont ravis ; car les marchands et les artisans, sujets de princes ou citoyens de républiques, croient trouver leur avantage à être déchargés du service militaire pour se consacrer entièrement à leur commerce ou à leur industrie. D’ailleurs, en Italie, les progrès de la richesse et de la civilisation amollissent les mœurs et très souvent les courages. Ce seront donc des mercenaires qui se battront pour eux. D’abord, ce furent des étrangers. Il en vint de France : Bretons, Français et Anglais, chômeurs de la guerre de Cent ans, qui trouvaient à s’employer outre-monts; il en vint d’Allemagne, de Suède même. Ces étrangers mirent tout à feu et à sang; puis, vers la fin du XIV® siècle, ce furent des mercenaires italiens, moins féroces et moins cruels. La première compagnie italienne, celle d’Albéric de Barbiano, se distingua dans le royaume de Naples à la solde de Charles de Duras. De la compagnie d’Albéric sortirent deux

CONSTITUTION DUS ÉTATS EUROPÉENS

élcbre? condottieri », Braccio de iMont . et /\ttendolo Sforza ; le premii ■ fit prince de Pérouse et les de en-^ants du second furent ducs de Milan. Car si les condottieri, les chefs de l)andes italiennes, servent les ambilons de qui les paie, ils entendent bien servir surtout leurs propres intérêts ; moyennant une surenchère, ils sont toujours prêts à changer de drapeau. Entre eux, ils en arrivèrent bientôt à se ménager, pour épargner le plus possible leur capital : le sang de leurs soldats, et on cite telle bataille, celle de Eagonara (1423), où il n’y eut que trois morts, et encore par accident, puisqu’ils furent éteuffés dans leur armure. En paix, ils étaient souvent plus redoutables qu’en guerre, s’emparant par surprise des villes mal gardées, les pillant, dévastant les terres des petits seigneurs. Car la bande avait besoin de vivre: elle entendait durer jusqu’à la prochaine guerre et ne point se dissoudre. On a pu dire que ces compagnies formaient comme des sortes d’ « États militaires mobiles » au milieu de l’Italie, solides et bien organisés, habiles et prévoyants, plaçant chez les banquiers les économies faites sur la solde ou le pillage.

Ees condottieri eurent une influence funeste sur l’Italie. Non seulement ils firent perdre au pays tout véritable esprit militaire, mais les défiances qu’ils excitaient, leurs défections, qu’il fallait prévoir, développèrent dans les États italiens cet esprit d’intrigue, de fourberie et de trahison qui donna à la Péninsule un si fâcheux renom à la fin du Moyen âge et au début des temps modernes.

Il est vrai que leur faiblesse militaire développa également chez les Italiens cette finesse diplomatique et cette souplesse merveilleuse

VkNISE. HasII.IQUK .^A'M .MaIK L’<-glisr iuint'Marc tail cjcmèit: un magn liquc rcvêlcnit-nl île marbre et de vires vénitiens. Au (!e->u5 du grand portail, de.s Vénitiens à ( onstantim pie en 1204 royaumes ijue

à former des ligues et des contre-ligues pour le maintien de l’équilibre. Les Italiens, à ce point de vue, furent les maîtres de l’Europe.

Et, d’autre part, l’état politique de l’Italie, lamentable à maints égards, fut cependant très favorable au développement de la Renaissance.

Dans les cités de la Toscane, de l’Ombrie, de la Romagne, de la vallée du Pô, la vie était très active Plus encore que le régime républicain, les tyrans furent favorables aux idées nouvelles. Ils représentaient un pouvoir d’origine récente ; il n’y avait pas de Jouissante noblesse héréditaire entre le souverain et le peuple; l’aristocratie intellectuelle occupa la place vacante.

Ce fut vraiment l’époque des mécènes:

les tyranneaux d’Urbin, de Rimini, de Ferrare, de Mantoue furent, sous ce rajoport, les égaux des Visconti de Milan ou des Médicis de Florence.

LES GRANDS ÉTATS ITA- LIENS AU MILIEU DU XV® SIÈCLE. — Les guerres presque continuelles qui agitent l’Italie des Aljaes à la mer de Sicile, les alliances qui se forment et se défont presque aussitôt, rendent singulièrement confuse l’histoire de ce pays. Cependant, de ce tourbillon, on voit surgir quelques États qui, plus habiles ou plus heureux, étendent leur domination sur tout le voisinage. Quand fut conclue la ligue de Lodi, qui groupa pour un moment, en 1 454, tous les Italiens, la géographie politique de la Péninsule était bien simplifiée. Ici, comme partout alors en Europe, il s’était fa t une concentration de territoires. Si on laisse de côté et les petites souverainetés de deuxième ou de troisième ordre et les États féodaux encore assez médiocres

à la bordure des Alpes occidentales, cinq États se partagent la plus grande partie de la terre italienne et s’équilibrent tant bien que mal : le royaume sicilien au sud, Rome et les États de l’Église au centre, Milan en Lombardie; Venise, la grande cité maritime qui a triomphé de Gênes; Florence, qui domine la Toscane et vient d’absorber Pise.

PiSE. — Pise, quelque temps, avait été la rivale heureuse de Gênes et de Venise. Comme elles, c’était une ville maritime, que les Croisades avaient enrichie; elle avait de nombreux comptoirs dans le Levant et elle était maîtresse, au milieu du XIII® siècle, près des côtes italiennes, de la Corse et de la Sardaigne. Mais elle décline très vite. Les Génois détruisent sa flotte à la Meloria (1284) et lui prennent la Corse; la Sardaigne tombe un peu plus tard aux mains du roi d’Aragon.

Pour se défendre du côté de la terre contre les villes voisines, Pise prit pour dix ans, comme capitaine du peuple, Ugolin de la Gherardesca. Le comte Ugolin défendit assez mal les Pisans et, pour assurer sa domination sur la ville, fit périr un grand nombre de nobles. Cependant, il fut renversé du jiouvoir; on l’enferma, lui et ses fils, dans une tour et on les y laissa mourir de faim. Pise s’était sauvée de la tyrannie (1288) ; mais, quelques années plus tard, les Génois étaient encore victorieux et, cette fois, ils en comblaient le j)ort.

Des rivalités commerciales avaient jrrovoqué la ruine maritime de Pise : les haines jrolitiques lui coûtèrent son indépendance.

Venise. Porta DELLA CaRTA. — Cette porte du palais des Doges, « la porte du papier ou du parchemin », a été ainsi appelée parce que les secrétaires faisaient leur tâche dans le vestibule. Très décorée, elle montre au-dessus de son linteau le lion ailé de saint .Marc, emblème de la ville, et devant lui. à genoux, le doge vêtu d'un long manteau et coiffé de son curieux bonnet ducal, le « corno ».

t'L. .AlIN.VRI.

consIruiU- en hrupics aux .NI' et XII' siècles, dispa mosaïques de toutes [irovenances rapjiortés par les nachevaux anti<|ues, « le cpiadrige de Lysippe », enlevé par les - Les trois grands mâts jiortaient, aux jours de fête, les pavillons des trois -sédait Venise : Chyjire, Candie et la Motée. i ■ Amnaki.

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