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APERÇU HISTORIQUE

Sargon d’Agadé domine à Suse, et les rois d’Our exercent aussi l’hégémonie sur l’Elam, comme le prouvent non seulement de nombreuses tablettes de comptabilité, mais des inscriptions de

Doungi. Vers le temps de Goudéa à Lagash, Suse est gouvernée par l’ishakkou Pouzour-Shoushinak : la légende d’une statue mutilée rapporte son expédition contre Kimash et Hourtim, au nord-est de son territoire; de son prmcipat datent de nombreux textes en écriture « proto-élamite », souvent accompagnés d’empreintes de sceaux.

L’empire d’Our détruit par la coalition des Élamites et des Amorrhéens de Mari, deux royaumes s’élevèrent sur ses ruines. Dans l’empire élamito-mésopotamien fondé par Koutour-Nahhounté, les successeurs des ishakkê de Suse, shakkanakkê d’Elam, se disent soukkal-mah d’Élam, de Sipar et de Suse.

Hammourabi expulse les Élamites de la Babylonie. Ammizadouga, son quatrième successeur, bat le roi d’Élam. La nouvelle monarchie élamite utilise dans ses inscriptions la langue anzanite plus fréquemment que la langue sémitique. L’un de ses princes, Hourpatila, entre en conflit avec Kourigalzou, qui prend à Suse une amulette au nom de Doungi et s’attribue une portion du territoire

élamite. Ountash-Gal, roi d’Anzan et de Suse, est un grand bâtisseur; il a laissé de nombreuses inscriptions et des monuments figurés.

Vers 1255, un autre roi d’Élam, Kidin-Houtroutash, se jette sur la Babylonie gouvernée j^ar Elhl-nâdinshoum; il l’envahit de nouveau sous le règne d’Adad-shoum-iddin et s empare d’Isin. Son second successeur, Shoutrouk-Nahhounté, roi d’Anzan et de Suse, qui com.pte par centaines les villages détruits par ses armes, bat et tue le roi babylonien Zababa-shoumiddin (vers 1 1 88) et emporte à Suse de nombreux trophées de victoire :

obélisque de Manishtousou, stèle de Narâm-Sin, code de Hammourabi, koudourrous des rois k assit es. Son

Empreinte de cylindre sur tablette proto-élamite. — Scène

mythologique archaïque, comportant trois animaux agenouiI.es : taureau. lion et chèvre. Le cylindre est en pierre à couverte blanche, d après une technique analogue à celle de 1 Égypte. (Haut. : 0"’.042.) — Musée du Louvre. Délégation en Perse.

30 — LOKILNT CLASSIQUE

second fils et second successeur, Shilhak-In-Shoushinak, fait encore quelques expéditions, notamment chez les peuplades araméennes cantonnées entre l’Élam et l’Assyrie, mais se préoccupe surtout d’élever de nombreuses constructions dans toutes les cités de son royaume.

Un siècle plus tard, un Élamite, Mâr-bîti-apal-outsour, s’installe, six ans durant, sur le trône de Babylonie (vers 101 1-1006).

Sh amshî- Adad V, roi d’Assyrie, bat les Élamites, alliés de Mardouk-balâtsouiqbi, roi de Babylone, devant Dour-Papsoukal, vers 818.

En 720, Houmbanigash lutte contre Sargon d’Assyrie et construit à la frontière la forteresse Nabou-damiq-ilâni.

Son successeur, Shoutour- Nahhounté (719-701) est battu par Sargon. Hallousou, son frère (701 -694), l’emprisonne et s’empare du pouvoir.

Après avoir été deux fois battu par Sennachérib, allié des Babyloniens, il dévaste Sippar en 694, fait prisonnier un fils du roi d’Assyrie, Ashour-nadin-shoum, devenu roi de Babylonie, et est lui-même tué par les siens.

Koudour-Nahhounté (694-693), après avoir bataillé contre Sennachérib, périt dans une émeute. Houmban-menanou, son frère (693-689), livre la bataille indécise de Halloulé; Houmban-aldash II (681-674) est vaincu avec les Babyloniens par Asarhaddon; son frère Ourtakou (674-661), repoussé par Assurbanipal. Vingt ans durant, la lutte se continue entre les deux pays. En Êlam ce ne sont que révolutions et usurpations. Vers 640, Assurbanipal ravage toute la contrée, pille et détruit Suse.

Un siècle plus tard, Cyrus, roi perse d’Anzan, occupe la Susiane ; Suse deviendra l’une des capitales des princes achéménides.

LA RELIGION. — La principale divinité honorée à Suse, connue sous le nom d’In Shoushinak, « le Susien », est représentée en cunéiforme sémitique par l’idéogramme même qui est celui de la ville, comme en Sumer le nom du dieu est celui de la ville de Nippour. On identifie In Shoushinak soit à Inourta, soit à Adad. Parmi les nombreuses autres divinités élamites se distingue Nahhounté, le dieu-soleil Shamash d’après un syllabaire. Les dieux des Akkadiens et des Sumériens sont honorés en Susiane vers la fin du second millénaire.

Les pratiques de religion ne .semblent pas se distinguer de celles qui sont en usage sur les rives de l’Euphrate. Shilhak-In-Shoushinak prie en premier lieu pour lui-même et pour sa famille, demandant avant toutes choses le bonheur matériel et la protection contre ses ennemis. Comme en Babylonie le dieu est le véritable seigneur du pays; c est lui qui détruit les régions ennemies, les dévaste, en livre les habitants au roi vainqueur. Lorsqu’un dieu quitte, de gré ou de force, le territoire qui lui appartient, il devient en quelque sorte subordonné aux divinités de la région où il est transporté et, s’il y est bien traité, il ne sera pas néfaste. Aussi Ountash-Gal, vers I 500, s étant emparé de la statue d’Imméria, « la sauvegarde » du roi kassite Kashtiliash, interdit-il à tout autre qu’un roi d’Élam de I enlever du heu où il l’a déjrosée.

Shilhak-In-Shoushinak voue aux dieux sa propre statue, celles de sa femme et de ses enfants, comme le faisait déjà Pouzour-In- Shoushinak vers le temjrs où Goudéa plaçait les siennes dans les temides de^ Lagash. Les hauts fonctionnaires font des offrandes d’objets i>récieux pour la vie du jrrince : un buste de Manishtousou est offert i)ar l’ishakkou de Suse au dieu Narouti. Par piété et pour r assurer la faveur divine, [irinces et jrrincesses restaurent les temples anciens, en bâtissent de nouveaux ou les dotent d’objets du culte.

Des sacrifices réguliers sont prévus à la néoménie; d’autres ont pour occasion les événements d’ordre public ou privé : au temps d Adda-pakshou, le [irince ne se met jras en camjiagne sans avoir

fait immoler quelques animaux et obtenu des présages favorables.

Une tablette susienne de l’époque d’Agadé porte les rubriques de l’immolation d’une brebis noire non saillie, liée sur la terrasse de la maison avant d’être égorgée dans le verger et cuite dans un pot neuf sur un feu de bois d’essences choisies. Un autre document de la même époque contient une incantation où 1 on célèbre Enki, le dieu sumérien des pratiques magiques. Par la présence de mots sémitiques, une tablette de présages en anzanite apparaît comme tributaire d’un texte babylonien.

Ainsi, sous quelque aspect qu’on la considère, la religion des Élamites est dans son essence celle des Suméro-akkadiens et lui fait de larges emprunts. Un plateau de bronze avec inscription anzanite de Shilhak-In-Shoushinak porte en relief une scène rituelle qui s’accomplissait au « lever du soleil » ; ce document unique, de valeur inestimable, confirme que Suse avait un haut-lieu aménagé à la manière des hauts-lieux sémitiques.

LES LANGUES ET LA LITTÉRATURE. — Les documents épigraphiques découverts à Suse sont écrits les uns en sémitique, les autres en une langue provisoirement appelée « susienne », ou « anzanite », faute de pouvoir déterminer exactement le nom du groupe ethnique auquel elle appartient.

De cette langue on possède un texte qui remonte au règne de Narâm-Sin, roi d’Agadé; elle est encore parlée à l’époque des rois achéménides et utilisée par eux dans leurs inscriptions trilingues.

La littérature élamite est dans une dépendance complète de la littérature suméro-akkadienne. Quand il est possible de comparer un texte sémitique et un texte anzanite, le second est toujours tributaire du premier.

L’écriture sumérienne, adoptée en Élam, y présente immédiatement un perfectionnement marqué; les textes anzanites, même les plus anciens, sont dégagés des nombreux idéogrammes que les Sémites ont reçus des Sumériens ; si l’on excepte quelques noms propres de divinités, en anzanite tout s’écrit phonétiquement. L’écriture ne suit pas d’ailleurs le même développement qu’en Babylonie. Pouzour-Shoushinak emploie simultanément les deux types dans ses documents lapidaires; pour les tablettes de comptabilité de la même époque, il est fait seulement usage de l’écriture locale, dite « protoélamite ». Les signes, au nombre d’un millier, ne sont pas encore identifiés.

L’ART. — Il reste peu de vestiges de constructions dans les ruines de Suse. Le temple de Shoushinak, reconstruit par Ountash- Gal, était établi sur une plate-forme rectangulaire de 40 mètres sur 20, isolée par un fossé profond de 3 mètres; il mesurait 20™, 70 de long sur 8™, 50 de large, et le sanctuaire proprement dit formait un rectangle de 8 mètres sur 4“*, 90.

L’art des premiers habitants de la Susiane se révèle plus particulièrement par une céramique très fine, d’une pureté de pâte et d’une régularité des formes tout à fait remarquables. Les vases, d’ordinaire très minces, fabriqués sur un tour primitif, se ramènent à trois types sans anses : gobelet, écuelle et marmite, c’est-à-dire vase à boire, assiette à manger, bouteille pour le liquide. Ces vases sont peints; la couleur noire, seule employée, est appliquée directement sans couverte, après séchage de la pièce et avant la cuisson. Le décor est géométrique et rectiligne, sauf de rares cas où s’impose la ligne courbe, par exemple pour les cornes de bouquetin et les figures circulaires. La composition générale est remarquable et le répertoire très riche comporte, avec des combinaisons linéaires, des stylisations de végétaux, d’animaux, de personnages et d’objets mobiliers. De cette stylisation on peut suivre le développement jusqu’aux plus extrêmes limites ; un bouquetin, après diverses transformations, peut devenir un arc de

Napirasou, épouse du roi Ountash- Gal. Statue coulée en creux d’une seule pièce sur une épaisseur de 3 centimètres, sans défaut ni soufflure. L intérieur a été rempli de bronze en fusion. Son poids énorme (1 750 kilogr.) et la dureté du métal l ont protégée contre la destruction. (Bronze, haut. : l'",24.) — Musée du Louvre. Délégation en Perse.

Statuette en or. — Cette statuette trouvée à Suse, en 1904, avec plusieurs autres, au-dessous d un dallage du deuxième millénaire, représente un personnage offrant un chevreau aune divinité.

— Musée du Louvre. Délégation en Perse. D’après les Mémoires de la Délégatioix en Perse.

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