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L’ETAT DE GRANDE MORAVIE. — SV ATOPLUE

— C’est sur les ruines mêmes de la puissance des Avars que les Slaves ont fondé le premier de leurs grands Etats, avec l’aide de Charlemagne et des Carolingiens. L état grand-morave, qui eut son centre dans la région de la Moravie et de la Nitra, était un domaine où se croisaient les influences politiques et religieuses des Carolingiens et des empereurs byzantins, de l’Eglise latine et de l’Eglise grecque. Les princes moraves conçurent ainsi l’ambition de s’émanciper complètement et de jouer un grand rôle en exploitant cette situation.

Quelques années après Charlemagne, les Moraves et les Slovaques ont un Etat important. Rasiislav (846-869) entre en lutte contre Louis le Germanique et contre les évêques allemands de Salzbourg et de Passau, qui prétendent se réserver le monopole de l’action religieuse en Moravie. 11 noue contre les Carolingiens des relations directes avec Rome et Byzance, et il fait venir deux missionnaires, Cyrille et Méthode, originaires des environs de Salonique.

Mais Svatopluk renversa son oncle Rastislav et le livra aux Allemands, avec lesquels il conclut, en 874, un traité par lequel il s’engageait à payer tribut et à placer la Moravie sous la dépendance de Rome. Svatopluk était d’ailleurs le plus puissant des princes slaves de son temps. Ses Etats, assez vaguement délimités, englobaient la Moravie, la Bohême, la Silésie, la Slovaquie, et une partie de la Galicie. Le petit-fils de Louis le Germanique, Arnulf, inquiet de cette prospérité, s’allia contre Svatopluk aux Bulgares, puis à des envahisseurs de race ouralo-altai'que, les Magyars, parents des Huns et des Avars. Les Magyars, appelés en même

temps contre les Bulgares par les empereurs byzantins, arrivèrent sous la conduite d’un chef nommé Arpad. Svatopluk, sur ces entrefaites, mourait (894). La Bohême se détachait l’année suivante en reconnaissant la suzeraineté d’Arnulf.

Tandis que les fils de Svatopluk se faisaient la guerre pendant onze ans, 1 envahisseur magyar s’installait entre la Tisza et le Danube, et jusqu’aux Karpathes.

En 906, l’Etat grand-morave avait cessé d’exister.

Sa chute représente le premier grand épisode de la lutte du germanisme contre les Slaves. Les Allemands venaient de leur arracher le plus beau domaine, celui où leur civilisation eût eu les chances

Ba.-'RII.IM KS (;ni .-v !(tn i,K. (vit vnr siècle), [irovenant Ba.S-WF.I.IH' KN CHFS ROIJGK (vil' -VII'' .siècle), de blara Zagora (Bulgarie). provenant de Slara Zagora (Bulgarie).

d’arriver le plus vite à maturité. Ils venaient d’écarter — et pour toujours — le danger d’une Slavie d’Europe centrale, et de déblayer les voies pour la future Autriche-Hongrie.

La poésie populaire slave a gardé le souvenir du tragique effondrement de la Grande Moravie ; « Près du large Danube, près des flots écumants de la Morava, saigne le cœur blessé des Slaves. O patrie de nos nobles aïeux, théâtre retentissant de nos anciennes luttes, tu gis ensevelie dans ta vaste étendue. La flèche du malheur a traversé ta poitrine. Ton temps est révolu. Ta gloire s’est endormie d’un sommeil éternel... »

LA DYNASTIE HONGROISE DES ARPADS. — En

appelant les Magyars contre les Slaves, les Allemands avaient eu recours à un auxiliaire redoutable, dont la turbulence fut pour eux-mêmes un danger pendant un demi-siècle. Mais ils surent, finalement, le faire servir à leurs desseins. C’est par les soins de missionnaires allemands que le troisième successeur d’Arpad, Ceiza (972-997), fut converti au christianisme. Les princes bavarois favorisèrent la consolidation de l’État hongrois, en s’entremettant pour faire obtenir à ses souverains la couronne royale. Le fils de Geiza, Étienne dit le Saint (997-1038), épousa la sœur du prince de Bavière, plus tard empereur sous le nom de Henri II, avant de recevoir en l’an 1000 la couronne royale envoyée par le pape Sylvestre II.

Active et ambitieuse, la jeune dynastie, qui était avantageusement placée entre l’Empire allemand et l’Empire byzantin, s’agrandit rapidement au XI*^ et au XII® siècle. Dès les premiers temps de leur pénétration dans la région des Karpates, les Magyars avaient trouvé des principautés peuplées de Roumains et de Slaves. Subjuguant ou refoulant ces éléments, ils s’établirent en Transylvanie et en Valachie. Ils se consolidèrent sur un autre point des Karpates — également pour des siècles — en se faisant céder la Slovaquie, en 1027, par un État slave, la Pologne, qui venait de l’enlever aux Tchèques. Lorsque, non loin de là, en Galicie, un État russien de Halitch fut constitué au siècle suivant, après la dislocation de la Russie kiévienne, ils obligèrent une partie du pays, sous Bêla III (1173-1196), à leur prêter hommage.

Mais c’était principalement vers l’Occident que se tournaient les ambitions de la Hongrie. Elle aspirait, par delà le Danube, à atteindre la mer, l’Adriatique, et à jouer un rôle dans la péninsule des Balkans au détriment de Byzance. Elle y était encouragée par le Saint-Siège, qui voulait se servir d’elle pour la diffusion du catholicisme romain, et aussi par la situation où les derniers princes de la dynastie de Macédoine laissaient l’Empire de Constantinople vers la fin du XI® siècle. La domination byzantine étant alors très ébranlée dans les Balkans, les Magyars s’appliquèrent à exploiter le mécontentement des peuples slaves de la péninsule pour les placer sous leur tutelle. Ils progressèrent ainsi au delà du Danube, à travers les régions slavisées, et atteignirent l’Adriatique. Quand la Croatie, constituée depuis 1076 en royaume indépendant, perdit en 1097 sa dynastie nationale, le roi de Hongrie Koloman la rattacha à ses États par un lien d’union personnelle.

En réussissant à établir une sorte de barrage de l’est à l’ouest, des Karpates à l’Adriatique, la Hongrie isolait, et pour toujours, la masse des Slaves méridionaux. Elle contribuait aussi, par là même, à l’encerclement des Slaves du Nord, notamment de Bohême, et à la progression du germanisme. Au XII® et au XIII® siècle, les Allemands, encouragés par cette situation, poussent hardiment un coin au cœur même de l’Europe centrale. La Hongrie, sous

Ceiza II (1141- I 1 60) , les établit en grandes colonies dans les montagnes du nord et en Transylvanie, où leurs descendants subsistent encore. Elle en appelle de nouvelles masses, au XIII® siècle, jiour combler les vides produits par une invasion tatare. Elle aide enfin Rodoljihe de Habsbourg à terrasser la Bohême, et 56 000 Hongrois et Koumans prendront part en 1278 à cette bataille de Diirrenkrut, où un coup terrible sera porté à l’avenir des libertés

Costumes slaves. — Fresque de léglise Sainte-Sophie, à Kiev (1037).

tchèques. Quand s’éteint, en 1301, avec André III, la dynastie nationale des Arpads, les formes de l’Europe centrale, et ses destinées, sont déjà fixées dans leurs grandes lignes. Les Magyars, appelés à la fois par Byzance et par le roi de Germanie, ont détruit l’État grand-morave, annexé la Slovaquie, soumis à leur suzeraineté une partie de la Gahcie, dompté ou refoulé les Vlakc-Bulgares, mis la main sur la Croatie, isolé les Slaves méridionaux, et concouru à l’écrasement de la Bohême par le premier Habsbourg. Ainsi, ils avaient largement contribué à préparer la formation d’une grande monarchie antislave d’Europe centrale, et à fonder la puissance de la dynastie qui devait les soumettre à leur tour.

LA BOHÊME. — LA MAISON D’AUTRICHE. — Les Tchèques. Dynastie des Prémyslides. — Les Tchèques ont été, avec les Magyars, les héritiers de l’État grand-morave, tombé à la fin du IX® siècle.

A l’époque historique, peut-être au V® siècle, des tribus apparentées aux Slaves occidentaux s’étalent fixées en Bohême, en même temps que les Moraves et les Slovaques s’établissaient dans le voisinage. Après de longues rivalités, l’une d’entre elles, celle des Tchèques, l’avait emporté et avait imposé son nom. Le territoire occupé par ces tribus s’étendait approximativement à l’ouest jusqu’à la Bavière, au nord jusqu’aux montagnes, à l’est jusqu’au pays des Moraves et des Slovaques; au sud, il atteignait par endroits le Danube.

Cette position, naturellement très forte, mettait à peu près les Tchèques hors de l’atteinte des Barbares d’Orient, mais elle les exposait aux dangers du contact direct avec le monde germanique. Placés à l’avant-garde de la Slavie, ils ont été les plus rapidement pénétrés par la civilisation occidentale, dont ils ont fortement contribué à répandre les influences sur les pays voisins, mais ils ont été également plus affectés par les grands mouvements de la politique européenne.

Les Tchèques apparaissent de bonne heure dans l’histoire, plus de deux siècles avant les Polonais. On sait d’ailleurs peu de choses sur leurs commencements. La légende entoure les origines de leur dynastie nationale, celle des Prémyslides, qui a constitué la Bohême

médiévale et qui s’est éteinte en 1306. Tous les premiers faits connus montrent la Bohême fortement pressée par le germanisme.

Au \'il® siècle, elle lutte contre les Allemands de Thuringe et les Avars, au XTH® et au IX® siècle contre les Francs. Charles, fils de Charlemagne, organise contre elle une expédition en 805.

Louis le Germanique lui livre en 872 une grande bataille. Vers la fin du IX® siècle, le prince Dorivoj se convertit au christianisme.

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