SAXE
lagdebourg
LUSAC\ENS VJ ^UABES '
rnu SINGE
rg'-’V:;- Prag ueo BaH%ME
s ,-<>Rati^bonn(
vracovie
iMOHA VIE
Is&Echi
A2:7>Vyi QUt^
petchUnegues
icubbo»
iSLQV
'Trieste
:=«iSîî
Danube
"pSËâra
EMPIREÎ.
YZANTIN
Populations de l’Europe centrale et orientale vers le xP siècle.
en acceptant le culte gréco-slave introduit à ce moment en Moravie par l’apôtre Méthode. Mais le clergé allemand, déjà très fort, établit le culte latin, et la Bohême est rattachée à l’archidiocèse allemand de Ratisbonne. Quand l’État grand-morave auquel elle appartient se disloque après la mort de Svatopluk (894) , le prince tchèque Spiiignieü conclut dès l’année suivante, avec Arnulf, roi de Germanie, l’accord de Ratisbonne, par lequel il accepte sa suzeraineté.
LA BOHÊME ET L’EMPIRE. — La chute de l’État grand-morave eut ainsi pour conséquence d’entraîner la Bohême, dès le IX" siècle, tant au point de vue religieux qu’au point de vue politique, dans l’orbite du germanisme. Saint l^alslaü (925-935), patron de la Bohême, dut s’engager à payer un tribut annuel au roi de Germanie. Vratislav, au siècle suivant, obtint de remplacer ce tribut par un contingent de chevaliers que lui et ses successeurs devaient fournir pour les expéditions en Italie, et la Bohême soutint l’emi^ereur Henri IV dans sa lutte contre Grégoire VII. Sobeslav I '’ reçut de l’empereur Lothaire le titre de grand échanson (1 126), et son successeur, Vladislav II, se fit conférer celui de roi jrar l’emirereur Frédéric II.
En contrôlant étroitement les affaires de Bohême, l’Empire se préoccupait notamment d’écarter le danger qu’eût irrésenté pour l’avenir du germanisme la constitution d’un grand État slave du Danube supérieur et de la Vistule, prenant appui sur les Sudètes et les Karpates. Les Tchèques et les Polonais étaient de proches parents. Le Krok mentionné dans la première chronique tchèque
rappelle étrangement le Krak dont la légende fait le fondateur de Cracovie. Les deux pays revendiquaient en même temps saint Vatslav comme patron national. C’est une princesse tchèque, épouse du premier souverain historique polonais, qui apporte le christianisme à la Pologne. Les domaines polonais et tchèques, pendant plusieurs siècles, apparaissent avec des limites tout à fait instables. De part et d’autre, on tend à l’hégémonie, en se disputant le bassin supérieur de l’Oder, la Moravie, la Slovaquie.
Cet antagonisme des deux plus forts États slaves d’Occident, l’intérêt de l’Empire était naturellement de l’exploiter, en s’alliant tantôt à l’un, tantôt à l’autre. En même temps, suivant la ligne de moindre résistance, il s’insinuait entre les deux masses, colonisant très activement la Silésie polonaise, puis, dans la seconde moitié du XI I" siècle, détachant la Moravie de l’État tchèque pour l’incorporer directement au domaine impérial. Quant à la Slovaquie voisine, on a vu que la Pologne l’avait elle-même cédée bénévolement aux Magyars. A la fin du XII® siècle, tout danger d’un grand système polono-tchèque était conjuré. Tandis que la Pologne était paralysée par l’anarchie, la Bohême se trouvait isolée de plus en plus entre les Allemands et les Magyars.
Aussi la voit-on bientôt submergée par les flots du germanisme. Olokar (I 192-1230) est couronné roi héréditaire en I 198, avec l’agrément de l’empereur. Le roi de Bohême, devenu définitivement prince d’Empire, doit se rendre en personne aux diètes impériales de Bamberg, de Nuremberg et de Mersebourg. Les Allemands affluent, comme en Pologne, pour coloniser les villes, fonder des villages, défricher les forêts, exploiter les mines. La langue aile-
mande pénètre dans la vie publique, le tchèque étant abandonné aux classes inférieures. Le pouvoir royal est restreint non seulement par les prétentions d’une noblesse arrogante, mais par l’immixtion perpétuelle de l’Empire dans les affaires du royaume. Vatslav F'' (1236-1253) s’entoure d’Allemands.
Si la nationalité tchèque se trouvait ainsi en grand danger, ses princes avaient du moins les moyens, comme membres de l’Empire, de jouer éventuellement un rôle important. L’occasion s’en présenta dans la période du Grand Interrègne (1250-1273). A ce moment, régnait en Bohême le plus remarquable des Prémyslides, Olokar II (1253-1278). Il affermit le pouvoir royal, fit des expéditions victorieuses chez les Prussiens, en Hongrie, conquit la Carmole et le littoral de l’Adriatique jusqu’à Trieste. La Bohême, ayant atteint la mer, semblait appelée à former un grand État slave au centre de l’Europe. Otokar, le « Roi d’or », comme on l’appelait à cause de la splendeur de sa cour, jouissait d’un prestige tel que les électeurs lui offrirent la couronne impériale. Il la refusa. Elle fut acceptée par un petit prince originaire des bords du Rhin, Rodolphe de Habsbourg (1273).
L’AUTRICHE. — LES HABSBOURGS. — Entre la Bohême, inondée pai le germanisme, et la Hongrie, héritière de l’Empire moravo-slovaque, un État s’était lentement formé dans les régions du Moyen Danube non occupées par les Slaves. Dans les anciennes provinces romaines de Norique et de Pannonie, Charlemagne avait créé une marche pour tenir en respect les Avars. Le nom de cette marche apparaît pour la première fois dans un document latin de 996 : elle s’appelait le « royaume de l’Est », l’Autriche.
Au X® siècle, elle était devenue héréditaire dans la maison des Babenberg. Henri II avait été, en 1 156, le premier duc héréditaire d’Autriche. Ses successeurs avaient élargi leur domaine entre l’Empire, la Hongrie et la Bohême. L’un d’eux avait acquis la Styrie et une partie de la Carniole. Le dernier représentant des Babenberg étant mort en 1 246, la Bohême en avait profité pour occuper le duché d’Autriche, la Carniole et la Styrie.
La fin de la dynastie autrichienne, l’émiettement de l’Allemagne, les désordres de l’Interrègne, l’offre de la couronne impériale, tous ces événements ouvraient aux Prémyslides de Bohême,^ et au slavisme en général, des perspectives brillantes. Le refus d’Otokar les détruisit. En laissant Rodolphe de Habsbourg prendre la couronne
Entrée du Waw EL. — Ancienne résidence des rois de Pologne, à Cracovie
impériale, la Bohême donne à l’Autriche une dynastie.
Elle permet au germanisme défaillant en Allemagne d’installer sur le Danube un nouveau centre politique.
Elle consacre son encerclement et signe son arrêt de mort.
Une fois ceint de la couronne impériale, Rodolphe somma Otokar de restituer les anciennes terres d’Empire. Otokar s’y étant refusé et n’ayant pas voulu lui prêter hommage, Rodolphe le fit excommunier par le pape, s’allia aux Magyars et lui déclara la guerre.
Le 26 août 1278, Otokar fut battu et tué à Dürrenkrul. Rodolphe donna à ses fils l’Autriche, la Styrie, la Cannthie et la Carniole, qui devaient constituer, pendant des siècles, la base territoriale de la puissance des Habsbourgs.
La Bohême est vouée désormais à se débattre dans une situation inextricable. En 1 306, à la mort de Vatslav III, le dernier des Prémyslides, elle perd sa dynastie nationale, que remplace la domination étrangère. A Vatslav succèdent Rodolphe d’Autriche, puis Henri de Carniole, puis Jean de Luxembourg (1310-1346) Allemand d’origine, Jean s’entoura d’Allemands. Le bruit courut un instant qu’il songeait à expulser tous les Tchèques du royaume. En réunissant la Moravie, que l’Autriche avait détachée, et la Silésie, cédée par la Pologne, il faisait de la Bohême un bel État, mais, avant tout, au bénéfice du germanisme. Avec lui s’établissait une famille qui devait donner aux Tchèques quatre souverains, dont deux empereurs, et régner jusqu’en 1437. Dans la voie où elle était engagée, la Bohême était condamnée à user héroïquement ses forces pour s’émanciper du Saint-Empire.
LES SLOVÈNES. — Une grande partie des territoires qui servirent, au XIII® siècle, à constituer le fonds territorial de la monarchie autrichienne, était occupée par des populations purement slaves. Certaines tribus qui avaient descendu les pentes occidentales des Karpates s’étalent dirigées, au V® ou au VI® siècle, vers la Pannonie et l’Adriatique, et s’étaient fixées dans les régions désignées plus tard sous les noms de Styrie, de Cannthie et de Carniole. Ces Slaves, appelés dans les sources anciennes Sclavi ou Sclaveni, ont adopté eux-mêmes cette appellation sous la forme de Slovènes (Slovenci) .
Les Slovènes appartenaient au groupe des Slaves du Sud. Mais, séparés de la masse méridionale par les Magyars dès le XI® siècle, ils se sont trouvés dans la sphère d’attraction directe du germanisme et ont partagé les destinées générales des Slaves placés entre la Baltique et l’Adriatique.
Leur rôle, d’ailleurs, fut très pâle. On les voit, dès la^ fin du VI® siècle, aux prises avec les ducs de Bavière. Au \'II® siècle, ils tombent sous la domination des Avars, dont ils sont libérés momentanément par Samo. Au VIII® siècle, les Bavarois, convertis au christianisme, détruisent leur État sous prétexte d’évangélisation. Après une révolte inutile en 772, ils tombent, en 788, sous la domination de l’Empire franc. Quand la suzeraineté franque sur les Slaves prend fin au traité de VTrdun, les Slovènes seuls restent sous l’autorité des rois de Germanie, qui créent sur leur territoire le duché allemand de Cannthie. Places sous la juridiction des evêques de Salzbourg, inondés de missionnaires allemands, ils acceptent le christianisme. Dans la partie septentrionale, la germanisation, apres le passage au catholicisme, progresse rapidement, et le slavisme y a disparu dès le XIII® siècle. Dans la partie méridionale, où ils étaient établis en masses compactes, les Slovènes ont réussi à maintenir leur nationalité et ont attendu leur indépendance jusqu’en 1919. Il en reste environ 1 500 000 derrière Trieste, en Carniole, dans une partie de la Carinthie et de la Styrie, dans la région de Goritz et d’Udine.
LES SLAVES DE L’ELBE ET DE LA BALTIQUE. Les tribus slaves en Germanie. — Le territoire qui correspond à peu près à celui de l’Allemagne actuelle a été jadis peu-
HeaUME doré de GiECZ (environs de 1200). — Collection de la Société des amis des sciences de Poznan.
CONSTITUTION DES ÉTATS EUROPÉENS
(lié de Slaves sur les deux tiers environ de son étendue. Il y a toute apparence que, dès le II' et le III'^ siècle, à la suite des déplacements des grandes tribus germaniques, dans la direction du Danube et de la Hongrie, de forts éléments slaves se sont avancés sans rencontrer de résistance sérieuse vers le centre et l’ouest de la plaine germanique. Au \ ir siècle, ils sont fixés, en masses compactes, sur la Saale, et ils envahissent la Thuringe. Au \ siècle, ils sont les voisins immédiats de l’Empire de Charlemagne.
A cette époque, leurs principaux groupes étaient les suivants :
I " Les Sorabes, ou Serbes de Lusace, au nord des monts de Bohême, entre la Saale à l’ouest et la Bobra à l’est;
2' Les Polabes, ou Slaves de l’Elbe (en slave, po, le long de, Laba, Elbe) . Établis sur le cours inférieur du fleuve, ils se sont avancés jusqu’au Sleswig. Hambourg était, au IX*" siècle, « civitas Sclai'orum ». A côté d’eux, les Pagriens occupaient une grande partie du Holstein;
3" V^esObodrites, à l’est des Polabes, dans le Mecklembcurg actuel ;
4“ Les Luliciens ou V élèies, entre les Obodntes et l’Oder, groupe puissant, dont le grand chef appartenait à la tribu des Ratars ou Rélranes (leur place principale, Rétra, avait un temple et un oracle célèbres) .
Au sud des Luticiens, entre les cours moyens de l’Elbe et de l’Oder, au cœur de la Prusse actuelle, une série de tribus, notamment les Havolanes, rejoignaient le domaine sorabe. Au nord, sur la Baltique, résidaient d’autres groupes autonomes, dont le principal, celui des Ranes ou Rugiens, avait, dans l’île de Rügen, le fameux temple d’Arcona, consacré au dieu slave Svanlovil (les fondations en ont été retrouvées en 1921) ;
5° Les Poméraniens (en slave, po, le long de; morje, mer), entre l’Oder, la Notée (Netze), la Vistule et la Baltique.
Leur destruction. — Tous ces Slaves n’avaient jamais été en contact avec aucune civilisation. Ils étaient parfaitement barbares, fanatiquement attachés au paganisme. Ils offraient un vaste champ d’action au prosélytisme chrétien des Germains. Ils ne surent pas s’unir contre le danger commun et ne cessèrent de se combattre en faisant appel aux Allemands, les uns contre les autres.
Charlemagne les trouva devant lui après ses guerres contre les Saxons. Il fit plusieurs expéditions contre les Sorabes et les Luticiens. Mais la lutte contre les Slaves ne devint sérieuse et méthodique qu’après l’extinction de la dynastie des Carolingiens allemands (911), quand les Bavarois furent refoulés du Danube par les Magyars et que le centre de gravité de l’Allemagne se trouva reporté chez les Saxons. Le premier prince de la dynastie saxonne, Henri l’Oiseleur, puis son fils, Ollon le Grand, engagent, au milieu du X'' siècle, une politique d’action militaire et religieuse qui sera poursuivie par leurs successeurs comme par les dynasties franconienne et souabe. En peu de temps, le germanisme est établi solidement sur l’Oder. Des « marches » sont créées en Sleswig, en Misnie, des évêchés à Bamberg, Havelberg, Branibor, un archevêché à Magdebourg (967). Au XI" siècle, Gotschalk constitue un État assez grand avec une partie des Obodrites et des Luticiens, et il y introduit le christianisme. .Mais les prêtres païens d’Arcona donnent le signal du soulèvement, et son État s’écroule. Après diverses tentatives d’insurrection, les tribus slaves succombent; elles sont germanisées par les moines cisterciens, inondées de colons venus de Hollande et de Westphalie, et leurs princes se laissent gagner par les faveurs impériales. Le margrave Albert l'Ours convertit les Havolanes (1142), dans la région où s’élève aujourd’hui Berlin, avec l’aide des archevêques de Magdebourg. Le grand sanctuaire d’Arcona, foyer du patriotisme et du fanatisme |)aïen des Slaves, est détruit en 1168 par les Danois. Deux ans plus tard, les ducs de Poméranie, germanisés, accejitent le titre de princes de l’Empire. A partir de la deuxième moitié du XlT siècle, tous les Slaves de l’Elbe et de la Baltique sont sous le joug allemand.
Obodrites et Luticiens ont été complètement exterminés. Ce qui restait des Slaves à Rügen a disparu en 1404. Un débris des Polabes s’est maintenu dans le Lünebourg jusqu’au X\ Iir siècle, où le dernier vieillard sachant le Pater en slave est mort en 1 798. Environ
I 50 000 Sorabes (Serbes de Lusace) ont subsisté, en agglomérations assez denses, à Bautzen, surtout dans les districts de Cottbus et de Hoyerswerda.
Enfin, 200 000 descendants des Poméraniens slaves occupent encore, sous le nom de Kachoubes et de Slovinces, la partie occidentale du golfe de Dantzig.
« Depuis l’Elbe perfide jusqu’aux flots dévorants de la Baltique, s’écrie un poète slovaque, la voix harmonieuse des Slaves retentissait naguère. Elle est muette aujourd’hui. Qui a commis cette iniquité qui crie au ciel ? Qui a déshonoré dans un seul peuple toute l’humanité? Rougis, jalouse Germanie, voisine de la Slavie! Ce sont tes mains qui ont, jadis, commis cet attentat... »
En déblayant le territoire de l’ancienne Germanie, les Allemands ramenaient la Slavie à ses limites de la période préhistorique, aux
abords de la Vistule, domaine des Polonais.
LA POLOGNE DES PIASTS (Des origines à 1370). — SITUATION
ET RÔLE DE LA POLOGNE. - De tous
les pays slaves, la Pologne est celui qui est entré le plus tard dans l’histoire. Placée au cœur même de la Slavie, hors de la zone des grandes migrations, elle est demeurée de longs siècles sans aucun contact ni avec l’Occident, ni avec le monde byzantin. Son rôle n’a commencé que dans la seconde moitié du X" siècle, quand le voile qui la couvrait a été déchiré par les Allemands en lutte contre les Slaves de l’Elbe et de la Baltique, et quand les Tchèques lui ont apporté le christianisme.
Lorsque les Allemands arrivèrent sur l’Oder, au X® siècle, les Polanes occupaient le bassin de la Warta, les Kujaviens la région actuelle de Thorn, les Mazoüiens le cours moyen de la Vistule, les Vislanes le cours supérieur, les Slé zanes la Silésie, etc. Le centre était dans le pays des Polanes, auquel se rattachent les légendes relatives à l’origine de la dynastie nationale des Piasts, et qui commandait toute la ligne de défense contre le germanisme.
La géographie même faisait de la résistance à la poussée allemande le problème principal que l’État polonais eût à résoudre. Plusieurs de ses princes en eurent une conception très nette, mais il ne sut pas, dans l’ensemble, poursuivre une politique continue.
II en fut empêché par son unification insuffisante et les crises périodiques d’anarchie qui en résultèrent, comme aussi par l’instabilité à laquelle le condamnaient ses contacts avec des peuples variés, dans la zone de transition entre l’Occident et l’Orient. Surtout, il se laissa duper complètement par les maximes chrétiennes dont le germanisme couvrait ses entreprises, au point d’aider les Allemands à détruire les Slaves de l’Elbe et de la Baltique, puis à s’installer en Poméranie et en Prusse.
Les BoleslAS. — Le premier prince historique, Mieszko 7®'’ (960-992) , épousa une princesse tchèque et passa au christianisme avec son peuple, qu’il mettait ainsi à l’abri du dangereux apostolat allemand. Mais il dut payer tribut à Otton le Grand pour les territoires placés à l’ouest de la Warta, et s’engagea dans des expéditions contre les Slaves de l’Elbe et de la Baltique. Ce fut avec son concours, en 991, que les Allemands prirent Branibor (plus tard, Berlin) , et y établirent un prince qui reconnut leur suzeraineté. La Pologne, dès ses premiers actes, s’appliquait à démanteler ellemême le rempart qui la protégeait.
Boleslas le Grand (992-1025) pratiqua la même politique. Il aida l’empereur Otton III contre les Slaves de la Baltique et prit part personnellement, en 995, à une de ses expéditions contre les Obodrites. Il se flattait d’arriver à établir, par ces moyens, un grand État slave d’Occident, et d’employer les Allemands euxmêmes à réaliser ses ambitions. Il se trouva, par bonheur, que
L ÉGLISE DE LA ViERGE MaRIE, A CraCOVIE (Panna Marja). — Cette église, telle qu’on la voit dans notre reproduction, fut reconstruite à la fin du XIV® siècle. La couronne d’or de la flèche date de 1666.
Otton III était distrait par ses rêves de monarchie universelle. Boleslas, après sa mort, enleva aux Allemands les marches de Lusace et de Misnie, et s’empara de la Bohême. Attaqué par le nouvel empereur, Henri de Bavière, abandonné par les Slaves voisins, il resta maître de la Lusace, de la Silésie et de la Moravie, et, en 1 024, il plaçait sur sa tête la couronne royale.
Puis, soudain, Boleslas mort, tout croule. La Slovaquie, la Moravie, la Misnie, la Lusace, la Poméranie sont perdues. Les Tchèques ravagent la Pologne de bout en bout. La province de Mazovie se révolte et se rend indépendante. Le paganisme, mal éteint, se rallume.
Les inquiétudes que donnaient à l’Empire les succès des Tchèques, la lutte engagée entre l’empereur Henri IV et Grégoire VII favorisèrent une restauration partielle du pays. Boleslas le Hardi (1058-1080), après avoir soutenu le pape et les Saxons révoltés, prit de nouveau la couronne royale en 1076, l’année même de Canossa. Mais, excommunié, il s’enfuit en Hongrie. Son successeur reconnut la suzeraineté de l’Empire. Les guerres civiles, à nouveau, se déchaînèrent. La Pologne perdit, pour plus de deux siècles, la Russie Rouge, qu’elle venait de conquérir.
Elle se redressa encore sous Boleslas Bouche-Torse (1102- I 1 38) , qui fit un brillant retour offensif contre le germanisme, conquit la Poméranie, le pays des Luticiens, l’île de Rügen, et étendit la suzeraineté de la Pologne jusqu aux abords de l’Elbe (vers I 125). Cette date marque le point extrême atteint à l’ouest par l’État polonais, incapable de consolider ses conquêtes.
DEUX SIÈCLES D’ANARCHIE ET DE DÉSASTRES (1139-1305). — Maître de la Poméranie, le dernier Boleslas avait fait appel au clergé allemand pour réaliser sa conversion. Un autre de ses actes devait avoir des conséquences encore plus graves : croyant assurer par là la stabilité et l’unité du pouvoir, il institua le principe du séniorat. Cette mesure n’eut pour effet que de déchaîner les rivalités des princes Piasts, qui, pendant des générations, se disputèrem le trône de Cracovie. A la fin du XIII® siècle, le pays était morcelé en vingt-trois principautés. La noblesse et le clergé en profitent pour étendre leurs privilèges, et les ennemis du dehors pour faire leurs affaires. Les Tatars, après avoir abattu la Russie kiévienne, ravagent toute la Pologne méridionale (1240). Les Prussiens païens et les Lithuaniens assaillent celle du nord et de l’est. Un État russien se constitue en Galicie. Quant aux Allemands, leur progression, après l’arrêt imposé par Boleslas Bouche- Torse, reprend à une allure accélérée. Henri le Lion, duc de Saxe, achève vers 1 1 60 la conquête des Luticiens et des Obodrites, qu’il soumet aussitôt à une germanisation implacable, tandis qu' Albert l'Ours fonde la marche de Brandebourg (1157). Les princes Piasts, absorbés par leurs querelles, ne voient rien et n’entendent
K PORTE S.MNT-FlORIAN ET LA BaRBACANE OU « Rondel » de Cracovie (fin du XV siècle).
LES SLAVES DE L’EST. — Entre la Baltique et la mer Noire. — Les Slaves de l’Est, qui ont plus tard porté le nom collectif de Russes, occupaient, à l’origine, un territoire considérablement plus réduit que de nos jours : bassin du Pripet, cours inférieur de la Bérézina, de la Desna, du Teterev, et probablement la Volhynie.
Leur tendance naturelle, comme celle de leurs congénères du Sud et de l’Ouest, devait être de
pas les appels des der- -]
niers Slaves libres de la Baltique. Mieux que cela, l’un d’eux, le duc de Mazovie, appelle les Chevaliers Teutoniques contre les Prussiens païens (1225). En cinquante ans, les Teutoniques soumettent et germanisent la Prusse jusqu’au Niémen. Les margraves de Brandebourg, poursuivant leur politique propre au milieu de la décomposition de l’Empire, fondent en ,
1272 la Nouvelle Marche sur la basse Warta, entamant ainsi, maintenant, le vieux domaine
des Piasts. Le dernier lambeau de terre polonaise au delà de l’Oder, à Lebus, leur est vendu par un Piast de Silésie. Pressée sur l’Oder, sur la Warta, en Poméranie, en Prusse, la Pologne est, par surcroît, inondée de colons allemands, dont les flots déferlent au XII® et au XIII® siècle. A la fin du XIII® siècle, le germanisme semble près de s’installer sur le trône avec Henri Probus, prince germanisé de Silésie, et quand ensuite un prince tchèque, à moitié allemand, Vatslav II, ceint à Gniezno, en 1300, la couronne de roi de Pologne.
Sceau de la ville de Poznan (Posen) fXlV® siècle].